Le Violoniste, Paris, Maloine
CONDITIONS éCONOniQUES B'E l'eXEHGIGB 263
avec la raideur articulaire, avec Tankylose, elle est uniqtreînent due à Taction désordonnée des muscles, aux forces q;ui se contrarient au lieu de s'aider et de s'harmoniser.
Les acrobates habiles exécutent les mouvements les plus^liffîciles sans force apparente, avec le sourire sur les lèvres, leur souplesse n'exclut pas la force ; bien au contraire, elle consis1,e dans l'emploi intelligent de celle-ci, daus l'art de réduire les contractions musculaires et la durée de ces contractiotos à leur minimum, de savoir les faire agir au moment convenable et d'en proportionner l'intensité à l'effort.
Pour obleûit la perfection d'exécution dans un mouvement, il faut d'abord l'analyser, le connaître et le comprendre, puis le décomposer, l'exécuter lentement et le répéter fréquemment; on passera progressivement par degrés insensibles des mouvements simples à des actes plus compliqués. Jamais on ne doit accélérer le rythme si l'exécution n'est plus parfaite, et l'on doit cesser le travail dès que la raideur commence.
Il faut toujours être à son aise dans ce que l'on fait ; vouloir aller trop vite, ce serait sûrement reculer.
Travailler n'est pas tout, il faut savoir travailler, il doit y avoir progrès après chaque séance de travail ; on ne peut remplacer la qualité du travail par le nombre d'heures d'applica* tion ; c'est une grossière erreur de croire à un progrès dnjuble parce qu'on aurait travailléun nombre d'heures double. L'excès de travail produit la fatigue et lé surmenage, mais point le perfectionnement. Cela résulte de la nature même de ce perfection* nement; coordonner ses mouvements, c'est associer ses con^ tractions musculaires et provoquer une organisation nouvelle des cellules nerveuses. Les conditions essentielles de cette association sont la bonne exécution et la répétition fréquente des mômes actes. Les mouvements s'associent et se coordon^nent comme on les exécute, bien ou mal, et la coordination devient ensuite chose acquise; l'habitude une fois contractée, il est bien difficile de la changer.
Ceci nous fixe sur l'importance d'une bonne éducation dès lé début. Les mouvements, il est vrai, peuvent se perfectionnïer inconsciemment, mais pour une qualité obtenue, qa« de défauts si on tâtonne et si on cherche soi-même sa voie.
Au contraire, guidé dans son apprentissage professionnel ot
dans un exercice quelconque par un maître expérimenté^ on ira vite et Ton évitera de prendre de mauvaises habitudes. Pour manier un outil, pour courir, sauter, lancer une pierre, il n*y a qu'une manière de bien faire afin d'utiliser les ressources de son organisation, cette manière se retrouve chez presque tous les sujets d'élite ; Téducation consiste à les imiter et à rechercher les associations naturelles des contractions.
Il y a autant de coordinations spéciales qu'il y a de métiers manuels ; toutes sont le résultat de l'accommodation du système nerveux à quelques mouvements déterminés, toutes sont régies par la loi du moindre effort et de l'économie du travail. A la distribution intelligente de l'excitation nerveuse dans les groupes synergiques viennent s'ajouter un tact plus parfait, del'àpropos et une rapidité plus grande à saisir à la fois toutes les conditions d'un effort.
La virtuosité dans un sport ne s'acquiert qu'à force de travail et de patience, aussi sommes-nous portés à attacher un grand prix à ce qui nous a coûté tant de peine et à défendre notre manière de faire, même défectueuse. De là, naissent les préjugés d'écoles. Une mauvaise habitude, c'est une association fausse; il est bien difficile de la modifier. Tout professeur préfère commencer l'éducation de ses élèves plutôt que de continuer celle des disciples de ses collègues.
Un élève a pris l'habitude de tenir l'épée d'une façon vicieuse^ il lui est cependant plus facile de conserver son attitude défectueuse bien qu'elle limite ses progrès ultérieurs, que de la corriger et d'en prendre une nouvelle.
Il est incapable de faire l'effort d'attention nécessaire pour éviter ses faux plis et détruire l'automatisme existant. Il préfère continuer à mal faire plutôt que de renouveler les ennuis du début et de passer pour un novice.
Voilà pourquoi les praticiens considèrent tous leur méthode comme la seule bonne et se bornent au respect des traditions, à l'imitation servile des choses antérieures. Appelé souvent à donner notre voix dans des concours d'exercices physiques, nous avons souvent cherché en vain la raison du classement des lauréats; satisfaire les règles naturelles n'était point jugé une supériorité réelle, l'estimation de la valeur relative reposait sur des bases conventionnelles. Peut-être l'ignorance des
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lois biologiques était-elle pour quelque chose dans cette manière de procéder.
Influence de la volonté. — Il faut une volonté Terme pour obtenir des résultats sérieux dans la coordination, la volonté remplace bien souvent les moyens naturels. Uahomme privé de ses membres par la nature avaitpour tout organe de préhension un simple moignon de quelques centimètres. Cela ne Tempéchait pas d'écrire (fig. 168 et 169) d'une façon élégante, dépeindre, d'exécuter différents exercices d'adresse, d'être marié et de diriger une famille de onze enfants. Il y a des snobs bien développés et incapables d'en faire autant ; s'ils ont leurs dix doigts, il leur manque la volonté d'agir. Le malheureux cité comme exemple avait, au contraire, toutes raisons de ne rien faire et d'implorer la pitié; par son énergie, il est devenu indépendant et heureux, il avait un cerveau bien organisé commandant à
Fifç. 188. — Sujet présentant l'arrËt de déveluppeinent des membres et doué cependant d'une voloDté assez Forte pour avoir acquis son indépendance malgré son état d'iarériorité
On a connu plusieurs peintres Ira vaillant aussi avec Les pieda ;.
ce sont tous exemples de coordination intéressants à signaler, il est consolant pour les travailleurs de voir TefiFort porter en lui-même sa récompense. D'après M. le D' Faure, un ataxique ayant perdu Tusage des membres peut se refaire une nouvelle éducation du système nerveux en utilisant ce qui lui reste d'indemne dans celui-ci ^
Mouvements dégouposables . — Tous les mouvements difficiles ne peuvent pas se décomposer, tels les mouvements où la vitesse est l'élément indispensable ; on peut analyser un saut, mais on ne peut l'exécuter lentement. Certains exercices difficiles et dangereux ont besoin du secours d'un aide. On n'osera pas essayer seul un saut périlleux ; aidé et retenu dans la chute, on se risquera, on acquerra confiance et Ton pourra marcher seul.
Émotion amenant l'incoordination. — Certaines influences viennent encore contrarier une coordination pourtant bien établie. Beaucoup de gens sont intimidés ou paralysés par l'émotion dès qu'ils doivent concourir ou paraître en public ; ils oublient ce qu'ils savent et deviennent maladroits et incoordonnés. Placés à une certaine hauteur du %o\, le vertige les saisit, et le moindre mouvement devient difficile.
Pour être perfectionné, il ne sufGt pas de savoir bien exécuter les mouvements, il faut aussi avoir acquis une sûreté d'exécution suffisante pour les répéter correctement où et quand l'on voudra.
La grande difficulté du métier d'artiste musicien, c'est justement de devoir affronter le public à jour fixe étant bien ou mal disposé. Cela demande un travail énorme et une grande possession de soi-même.
La douleur et le froid sont encore des causes de maladresse et d'incoordination.
Le jeune AGE est favorable a la coordination. — Le jeune âge est particulièrement favorable aux modifications du système nerveux. Le cerveau de l'enfant est un tableau sur lequel on n'a pas encore crayonné ; toutes les impressions s'y gravent pour ne plus s'effacer. Mais on peut encore se perfectionner plus tard. Les petits prodiges sortis des conservatoires de musique