DEUXIÈME PARTIE
EFFETS DE L’ÉDUCATION SUR LES FONCTIONS DE LA VIE
Idée générale de la vie. — L’éducation physique |dans sa conception la plus générale est l’éducation des fonctions de la vie ; nous l'avons indiqué précédemment.
Les êtres vivants obéissent à des lois communes, ils ont des fonctions multiples à remplir pour se conserver et se multiplier.
La vie n’est pas ce qu’on a cru longtemps : un je ne sais quoi, une flamme qui vivifie l’être, une puissance surajoutée au corps et qui se sépare de lui ou s’éteint le jour de la mort.
La vie, pour un physiologiste, c’est la résultante des fonctions, elle n’existe pas en dehors de celles-ci et nécessite, pour se manifester, des conditions complexes d’état des organes et du milieu.
Une horloge consomme peu à peu l’énergie emmagasinée dans ses ressorts par la main de celui qui la remonte ; elle s’arrête lorsque ses ressorts sont détendus.
L’homme, au contraire, doit puiser à chaque instant son énergie, la source de son activité, dans un échange constant avec le monde extérieur. La suspension nomentanée de ce travail intime entraîne pour lui la mort immédiate et irrémédiable.
Fonctions et conditions de la vie. — Dans les organismes inférieurs, les rapports et échanges avec le monde extérieur sont simples et ne nécessitent pas grand appareil. Dans les orga-
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nismes élevés. Ici division du travail est extreme, des organes spéciaux-sont préposés à des fonctions multiples.
La cellule vivante ou la malière vivante à l’état rudimentaire possède à elle seule les propriétés multiples des organismes élevés, l’irritabilité, le mouvement, les échanges nutritifs, le travail d’assimilation et de désassimilation sont confus, imparfaits, mais existent cependant dans les êtres inférieurs.
Division du travail dans les organismes élevés. — Chez l’homme, des organes spéciaux sont chargés de chacune de ces fonctions, et cette division du travail amène une fonction plus parfaite. L’irritabilité, avec le pouvoir de réagir, est confiée au système nerveux et à ses annexes, le mouvement aux muscles, les échanges nutritifs aux appareils de la digestion, de la circulation et de la respiration, le rejet des produits du travail de désassimilation à la peau, aux reins et aux poumons.
Tous les organes vivent dans une certaine dépendance, les organes meurent les uns après les autres, et quelques fonctions subsistent quelque temps encore après la mort.
Mais cette indépendance est illusoire, un organe détaché de l’animal ne lui survit pas longtemps, chaque cellule vit pour son propre compte et aussi pour l’ensemble des autres cellules, pour t’être entier ; c’est une république bien assise où l’individu est obligé de travailler pour la société sous peine de mort.
Relations entre les fonctions. — Les organes sont solidaires, les fonctions sont intimement liées, on ne peut imaginer l’altération de 1 une sans que le contre-coup de cette altération se fasse sentir sur toutes les autres. Mais rindépendance relative des fonctions permet d’agir séparément sur chacune d’elles pour les perfectionner.
Si la fibre musculaire ou la cellule nerveuse trouvent les conditions nécessaires à l’accroissement ou à T entretien de la fonction, peu importe d’où viennent ces conditions, elles sont satisfaisantes, voilà tout. Gela montre le peu d’importance des moyens employés, naturels ou artificiels; ils seront bons pourvu que les
conditions précédentes soient remplies.
Le mouvement influe sur toutes les autres fonctions. La
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manifestation la plus frappante de la vie, c’est le mouvement. Volontaire ou non, il est finalement le résultat d’une excitation extérieure ou centrale, de l’activité intellectuelle, d’une passion ou de notre sensibilité.
La cause de ce mouvement ost inconnue, mais elle n’est pas plus mystérieuse que le mouvement produit dans nos machines motrices. La machine humaine ne peut créer du travail plus qu’une autre, elle ne peut que transformer l’énergie.
Le sang renferme des matières hydrocarbonées analogues à l’huile de nos lampes, au charbon de nos foyers, il contient aussi de l’oxygène qui, se combinant avec elles, produit leur combustion, source de chaleur et de travail ; la contraction musculaire et le mouvememt sont la conséquence de ce travail physiologique. La volonté provoque le mouvement, comme l'étincelle électrique provoque une -déflagration dans un composé instable, une matière explosive. Les nerfs apportent cet excitant jusque dans les éléments intimes du muscle. Après l’explosion, c’est? à-dire après le mouvement, on retrouve l’hydrogène, le carbone, l’oxygène combinés à l’état d’eau et d’acide carbonique, et l’on constate une élévation de température. La substance des tissus n’a pas été épargnée dans cette combustion, elle subit un état d’oxydation plus ou moins intense et donne lieu à des déchets.
Le sang doit circuler sans cesse pour apporter de nouveaux matériaux de combustion nécessaires aumouvement, réparer les pertes subies par les tissus, accroître ceux-ci et les débarrasser des déchets devenus nuisibles.
Le sang est en mouvement dans l’appareil spécial de la circulation. Au fur et à mesure qu’il traverse les organes, il perd ses éléments de travail et sa richesse nourricière, il s’appauvrit ; il se charge Aussi de résidus analogues aux cendres de nos foyers ; il devient impur.
Deux fonctions sont alors indispensables à l’entretien du mouvement : recharger le sang de matériaux de .réparation et de combustion et le débarrasser des résidus des combustions antérieures.
Ce sont les fonctions d’assimilation et les fonctions d’excrétion. Par la digestion et l’absorption nous faisons passer dans le sang les produits nécessaires au travail, à la chaleur et à la
nutrition des tissus, après les avoir puisés dans le inonde extérieur sous forme d’aliments. Nous puisons aussi dans 1 air, par la respiration, l’élément comburant par excellence, l’oxygène, et nous nous débarrassons par la même voie de l’eau en excès et de l’acide carbonique. Les autres résidus de la digestion et des combustions au sein des tissus sont expulsés par des voies spéciales.
1 Le mouvement peut ainsi trouver au sein de l’organisme une source qui l’alimente, il s’entretient avec les matériaux puisés * au dehors ; à ce point de vue, l’homme est assimilable à nos machines, mais avec cette différence caractéristique de l’être vivant : à savoir la faculté de se développer, de s’adapter à la forme du travail, deréparer l’usure de ses organes et de pouvoir se reproduire.
En résumé, la volonté commande le mouvement, mais celui-ci ne peut se produire sans l’apport de matériaux indispensables; le mouvement à son tour exerce une influence réciproque sur les fonctions chargées de l’entretenir. Ce fait s’explique facilement par la corrélation entre celles-ci. Tout mouvement est une dépense de travail, et toute dépense de travail est un appel aux organes chargés de la nutrition.
Le mouvement peut ainsi donner l’harmonie ou apporter le désordre dans les grandes fonctions de la vie, cela dépend de sa nature et de la façon de l’appliquer.
Voilà tout le secret de l’éducation physique au point de vue de l’hygiène.
Le tableau suivant permet d’embrasser d’un coup d’œil les rapports et la subordination des fonctions.
Subordination des fonctions de l’organisme humain.