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Bulletin du Cercle de gymnastique rationnelle, mars

les malades la tête abaissée ; dans les apoplexies, au contraire, on les soulage en maintenant la tête et le tronc élevés.

Les troubles de la circulation s’aggravent encore si les complications de l’effort s’ajoutent aux effets de l’attitude. L’attitude renversée et l’effort agissent dans le même sens pour exagérer la pression artérielle et gêner la circulation de retour, deux motifs de stagnation et de congestion sanguine. Le sang est stagnant dans le cerveau et abandonne le cœur.

Les vaisseaux de la tète doivent donc être éduqués spécialement avant de posséder la contractilité suffisante pour supporter comme ceux des membres inférieurs un accroissement de la pression sanguine. Il faut une accoutumance progressive dès le jeune âge, par des exercices spéciaux. Les suspensions renversées pourront alors dans une certaine mesure être inoffensives, mais elles seront toujours nuisibles si l’on agit brusquement, si on les accompagne d’efforts intenses augmentant la pression sanguine, surtout dans un âge avancé.

Dans la position couchée, la pression s’égalise dans les vaisseaux, et l’action de la pesanteur devient sinon nulle, du moins : minimum ; il y a relâchement des muscles et repos du cœur dont le travail est alors fortement diminué. On connaît la fatigue ressentie lorsque l’on passe une nuit sans pouvoir ni se coucher ni s’étendre : il faut l’imputer certainement au manque de soulagement du cœur, à une mauvaise circulation et aux contractions musculaires inévitables.

Un malade retenu au lit pendant un certain temps perd en partie la contractilité vasculaire de ses membres inférieurs. Cette contractilité s’affaiblit parce qu’elle est devenue inutile dans la position horizontale. Au premier lever, la contractilité des vaisseaux est insuffisante, elle s’épuise vite, les vaisseaux de la jambe deviennent turgescents, le sang s’y porte en masse, abandonné le cerveau, et une syncope peut survenir. Pour l’éviter, le malade doit passer progressivement de la station couchée à la station droite pour accoutumer les vaisseaux à la pression nouvelle et augmenter leur contractilité.

Dans la position horizontale, on constate facilement une répartition très variable de la masse sanguine dans les organes. Mosso, en étetodant un sujet sur une sorte de bascule très sen-

sible, vit celle-ci s’incliner du côté de la tête dès que le cerveau fonctionnait.

On a pu ainsi vérifier cette loi générale que la mise en fonction d’un organe coïncide toujours avec la congestion de cet organe. Cela est vrai pour le cerveau comme pour l’estomac, des muscles et les glandes du corps.

Accommodation de la contractilité des vaisseaux aux excitants divers. — La contractilité des vaisseaux s’accommode à la température extérieure. Les fondeurs, les verriers, toujours exposés à un rayonnement de chaleur intense, deviennent pâles loin de leurs fourneaux, dès qu’ils suppriment l’excitation habituelle devenue nécessaire au cours normal du sang. Les baigneurs, les débardeurs, toujours plongés dans l’eau froide, finissent par avoir pourtant dans les muscles une circulation à peu près normale. Mais, dès qu’ils sortent de l’eau, la réaction se produit, les parties habituées à plonger dans l’eau froide deviennent rouges, et la contractilité vasculaire est inégalement répartie sur la peau. Du reste, chez tous, les mains, la figure s’accommodent à l’air libre aux changements de température, et la contractilité vasculaire est inégale sur différents points du corps. Cela est manifeste à la sortie d’un bain froid ; les mains sont alors moins colorées que le tronc et les parties préservées par les vêtements.

Les excitations morales : la peur, la joie agissent autant 1 sur les vaisseaux que sur le cœur. La rougeur ou la pâleur subite du visage indiquent une dilatation ou un resserrement des vaisseaux sous l’influence nerveuse centrale. Le sang reflue vers le centre avec la peur ou les actions déprimantes ; il afflue, au contraire, à la peau sons Faction delà joie et de l’épanouissement de notre être.

Massage et vibrations. — Les trépidations, les massages, pétrissages et frictions ont un double effet : les frôlements sur la peau excitent les centres nerveux sensibles et réagissent ainsi par voie réflexe sur les vaisseaux et sur la circulation périphérique. Les massages énergiques paralysent cette action, dilatent les vaisseaux et font progresser le sang par simple effet mécanique.

On peut graduer l’intensité des manipulations et obtenir des effets inverses suivant les cas. Le massage superficiel facilite la circulation veineuse, il doit être fait dans le sens de cette circulation ; on peut ainsi apporter une amélioration importante dans l’état des malades atteints d’affections du cœur et soulager ce dernier en diminuant son travail de propulsion. .

Mouvements giratoires. — Les mouvements giratoires agissent en raison de la masse du sang et de sa tendance à être projeté sous l’influence de la force centrifuge ; on ressent des sensations différentes, si l’on tourne autour d’un axe situé aux pieds ou à la tête. A une barre horizontale ou sur une escarpolette, le sang a tendance à se porter aux pieds et à abandonner la tête, la sensation de vertige est due à l’anémie cérébrale. Suspendu à une barre par les pieds ou par les jarrets, et tournant autour de cette barre, la tête se congestionne, et les pieds deviennent exsangues. On peut ainsi tuer en quelques secondes des animaux à qui l’on imprime un mouvement de rotation rapide.

M. le D r Salathé a soumis, dans le laboratoire de M. Marey, des chiens et des lapins à l’action d’un moteur faisant 70 tours à la minute ; tantôt il plaçait la tête de l’animal près du centre du mouvement, tantôt il la dirigeait vers la périphérie.

La mort survenait dans le premier cas par anémie cérébrale au bout de dix minutes ; dans le second cas, il fallait quarantecinq minutes pour tuer l’animal par congestion.

Ces expériences montrent combien il faut être prudent dans le choix des exercices gymnastiques; si l’on veut rétablir l’équilibre fonctionnel chez les hommes déjà congestionnés par le travail cérébral et la sédentarité, il est' nécessaire d’éviter les exercices de ce genre, qui tendent à congestionner le cerveau.

Il existe enfin une influence prépondérante sur la circulation, c’est celle des mouvements respiratoires : nous aurons à l’examiner en détail avec le mécanisme de la respiration.

Modifications apportées a la circulation dans l’état physiologique. Action du système nerveux sur le cœur. — Le mécanisme de la circulation est sous la dépendance du système nerveux.

Le cœur est soumis à l’action de modérateur, situé dans le bulbe avec le cœur par le nerf pneumo teur, fait partie du système grand sympathique (fig. 10).

Le cœur contient aussi en luimême des centres nerveux chargés de l’exciter et de provoquer ses contractions rythmiques.

C’est pourquoi le cœur arraché de la poitrine continue à battre un certain temps. Ce fait se passe surtout chez les animaux à sang froid.

Si l’action des centres accélérateurs l’emporte sur l’action modératrice, on voit les battements du cœur s’accélérer ; l’inverse a lieu quand les centres modérateurs sont plus excités.

Ainsi une excitation intense des nerfs sensibles, un choc violent de l’abdomen retardent et même peuvent arrêter totalement les battements du cœur.

La syncope vient à la suite d’une douleur ou d’une émotion

deux centres nerveux : l’un rachidien est mis en rapport -gastrique ; l’autre, aecéléra-

Fig. 10. — Schéma de l’innervation du cœur (Beaüms).

C, cœur avec ses centres nerveux ; — Ar, centre d’arrêt dans le bulbe B ; Ac, centre accélérateur et Svm, ganglions sympathiques ; — Pn, nerf pneumogastrique ; — 1, 2, 3, nerfs sensibles

Le sentiment n’est pas dans le coeur, mais dans le cerveau. — Une excitation, une émotion morale moins intenses accélèrent au contraire les battements du cœur. Les poètes ont confondu le cœur avec les centres d’innervation ; ils ont placé les qualités de sentiment dans le cœur, au lieu de les laisser à leur vraie place, dans les centres émotionnels. Si le cœur bat sous l’influence d’une impulsion généreuse, il est commandé par le cerveau, mais n’a aucune initiative propre, il n’est la source d’aucune passion ; il les subit, il est le témoin de l’état d’excitation des centres nerveux.

Un cœur froid et insensible correspond à des centres nerveux pea excitables, à une faible sensibilité. La domination du. cœur par les centres nerveux n’a pas seulement pour effet de témoigner de leur état de calme ou d’excitation, elle a une action plus positive : c’est la régulation du travail du cœur.

Les centres nerveux sont d’une sensibilité extrême aux variations de la circulation. Le cerveau ne peut tolérer une diminution dans l’apport du sang ni dans la'richesse de celui-ci sans être profondément troublé dans ses fonctions.

La privation momentanée du sang cause la syncope, c’est aussi un excitant énergique. Les animaux tués par hémorragie ont des convulsions d’une violence extrême. Un sang pauvre amène une excitabilité maladive des centres nerveux; les attitudes brusquement changées, l’état d’inanition sont des causes de faiblesse et d’anémie.

| 3. — Éducation de la fonction respiratoire.

Rôle de la fonction respiratoire. — La fonction respiratoire /' a pour objet de revivifier le sang veineux en le mettant en contact avec l’air. Elle est en rapport direct avec l’exercice : il ne

peut y avoir de vie ou de mouvement sans oxygène, et tout mouvement produit une consommation de ce gaz en changeant la composition chimique du sang.

Il faut deux conditions essentielles pour assurer une bonne respiration : avoir de l’air respirable et savoir introduire cet air en quantité suffisante dans le poumon pour produire la

ventilation de ce dernier. Le poumon où se font les échanges respiratoires représente une véritable éponge formée d’un lacis des vaisseaux sanguins et aériens. On estime à 200 mètres carrés la surface de la nappe sanguine en contact avec la nappe aérienne. L’air contient de Foxygëne, la fin de la fonction respiratoire est de réoxygéner le sang veineux et de rejeter l’acide carbonique qu’il renferme. Parmi les éléments de nutrition contenus dans le sang pur, dans le sang rouge ou sang artériel, l’oxygène joue le rôle prépondérant, la vitalité des tissus ne peut être conservée sans la présence de l’oxygène, le tissu nerveux est particulièrement sensible à cet excitant, source de chaleur et de vie.

L’oxygène n’est pas à l’état de dissolution dans le sang, il se combine avec l’hémoglobine des globules sanguins. L’hémoglobine est la matière colorante des globules rouges ; il y a o millions de ces globules dans un millimètre cube de sang normal et 100 grammes d’hémoglobine peuvent absorber 130 centimètres cubes d’oxygène. On voit par cela l’avidité du sang pour l’ôxygène de l’air. Malheureusement, les globules sanguins n’ont pas seulement de l’avidité pour ce gaz bienfaisant ; ils se combinent aussi facilement avec l’oxyde de carbone fréquemment répandu dans l’atmosphère des appartements depuis l’usage des poêles à combustion lente; le globule saturé d’oxyde de carbone est impuissant à s’en débarrasser ; de plus, il devient impropre à se combiner avec l’oxygène, de là l’action toxique au plus haut degré de l’oxyde de carbone et le danger redoutable de l’asphyxie par ce gaz.

Pureté de l’air. — Dans les grands centres habités, l’air est souillé par les émanations des industries insalubres ; les déchets de toutes sortes, les résidus des aliments, les gaz provenant de la combustion des appareils de chauffage et d’éclairage forment de véritables foyers d’infection.

La ventilation de nos appartements est presque toujours insuffisante, l’air contient une proportion trop grande de matières irrespirables ; on y trouve de l’acide carbonique eu excès, des poussières organiques et minérales qui, une fois introduites dans le poumon ont beaucoup de mal à s’éliminer- L’excès d’acide carbonique dans l’air empêche le sang de se

débarrasser de celui qu’il contient déjà. Dans les salles de spectacle, dans les écoles, dans les cafés où l’on fume, l’air est particulièrement vicié.

Rejeté du poumon, l’air est irrespirable, il devient toxique par la présence de corps organiques appelés ptomaïnes, son effet se manifeste bientôt par les signes d’une véritable contamination. Souvent, après un séjour dans une salle de concert bondée de monde, on est pris d’un malaise subit, les orifices de sortie de l’air, les fosses nasales, l’arrière gorge sont rouges et enflammés, la fièvre survient avec sécrétions de mucosités abondantes de mauvaise nature. Ce sont là les rhumes infectieux, les grippes dues à un empoisonnement de l’air. Si l’on suspend dans une salle remplie de spectateurs un ballon de verre refroidi par de la glace, l’eau qui se dépose et provient de la vapeur condensée prend bientôt une odeur infecte, signe d’une véritable putréfaction ; injectée dans la circulation d’un chien ou d’un lapin, elle ne tarde pas à le tuer.

Les personnes habituées à demeurer dans ces locaux fermés perdent le goût de l’air pur et pervertissent leur instinct naturel.

On ne saurait attacher trop d’importance à la ventilation des appartements ; on se calfeutre avec d’épaisses tentures et des bourrelets à toutes les issues. Vivre le plus possible à l’air libre, voilà la meilleure condition de santé. Beaucoup ne peuvent résister aux suggestions de la mode ou aux instances intéressées de leur tapissier ; ils revêtent le plancher des appartements de tapis moelleux, véritables nids de microbes, et entourent leur couche d’une cage de rideaux somptueux où ils respirent plusieurs fois l’air qu’ils ont rejeté de leur poitrine. Ils se plaignent d’avoir le sommeil lourd et la mine blême, la raison est dans tout ce luxe inutile. Le pauvre qui couche sur un grabat la fenêtre onverte dort d’un sommeil moins agité et se trouve dans des conditions moins malsaines à ce point de vue.

Les poussières répandues dans les gymnases comme dans les ateliers nuisent à la fonction respiratoire parce qu’elles ne s’éliminent pas une fois introduites dans le poumon.

Mécanisme respiratoire. — La pénétration de l’air dans le poumon est produite par les mouvements du thorax et du diaphragme : la poitrine est un véritable soufflet, à chaque mou-

vement respiratoire, on inspire en moyenne 1 litre d’air; or, on fait 16 mouvements à la minute ou 960 à l’heure, 28.040 en vingt-quatre heures ; total : 20 mètres cubes d’air environ passent par le poumon en un jour.

Ce volume d’air contient 4.000 litres d’oxygène et 16 mètres cubes d’azote. Ces chiffres approximatifs sont plus que doublés

Fig. 12. — Schéma du mécanisme Fig. 13. — Bulbe et centre respira-

respiratoire. toire et situé à la pointe du V du

C, centre respiratoire situé dans le bulbe ; calamus scriptorius, plancher du

— V, veine apportant le sang impur exci- 4 e ventricule, tant ce centre; — M, nerfs moteurs des muscles inspirateurs. Mu, élévateurs des -côtes Cô et abaisseur du diaphragme Di, communiquant avec le centre C; — S, nerfs sensibles du poumon excitant le centre respiratoire.

Les mouvements respiratoires sont automatiques, cela est heureux pour nous : s’ils étaient seulement volontaires, bien des gens distraits oublieraient de respirer. Mais, si nous retenons notre respiration quelques secondes, une minute au plus, nous suffoquons, le besoin d’air devient impérieux, et nous faisons, bon gré, mal gré, de grandes inspirations.

Ces mouvements inspiratoires sont sous la dépendance du système nerveux, ils sont commandés par un centre spécial nommé pour cette raison le nœud vital et situé dans le bulbe. Si l’on pique en cet endroit la moelle, on voit les mouvements respiratoires s’arrêter et la mort survenir par asphyxie (fig. 12 et 13).

Demeky. — Bases scient. 6

Fig. 14. — Tronc et colonne vertébrale vus de derrière et de côté.

duil, mais le sang devenant plus impur, les mouvements respiratoires se rétablissent d’eux-mêmes parce que la présence de l’acide carbonique est.un excitant des centres nerveux moteurs. La nature a mis ainsi un remède à côté du mal ; le fait se retrouve fréquemment. La chaleur agit aussi comme excitant du centre respiratoire quand la température du sang dépasse une valeur normale. Un chien placé dans un milieu surchauffé devient haletant; il cherche à se débarrasser de sa chaleur en excès par une augmentation de la ventilation pulmonaire.

Capacité 'respiratoire et faculté de retenir sa respiration.

— Lorsqu’on fait une expiration profonde, on vide la poitrine d’une partie de l’air qu'elle contient, mais on en retient toujours une certaine quantité dans les bronches ; le maximum que l’on peut inspirer ensuite dans une inspiration profonde mesure la capacité respiratoire.

La capacité respiratoire est donc la différence du volume d’air contenu dans le poumon entre une expiration et une inspiration profondes, il ne faut pas la confondre avec la faculté

de retenir sa respiration. -

Les plongeurs s’entraînent à retenir leurs mouvements respiratoires afin de •

séjourner le plus longtemps 1 - /c> /

possible sous l’eau. Æ? ,<fà/

Paul Bert 1 a montré que i—;-

la faculté de résister à la *--

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veau-nés, sont assimilables j !

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mesurer la capacité respi-

ratoire, on a conseillé aussi Fi S- 15 - “ Schéma pour démontrer . l’écartement des côtes par Faction

de faire expirer lentement muscles intércostaux. (Les mus-

en comptant à haute voix^ clés sont remplacés par des bande-

OU bien de mesurer au jettes élastiques AB qui soulèvent les

tiges de Dois représentant les côtes).

moyen d’une montre à secondés la. durée de l’expiration la plus lente. Ces expériences n’indiquent point du tout la valeur de la capacité respiratoire; pour évaluer celle-ci, il faut jauger directement l’air expiré de la poitrine.

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