Bouvier, Maladies chroniques de l’appareil locomoteur
2. Laarange, Physiologie des exercices du corps. Paris, F. Alcan.
CONDITIONS HYGIÉNIQUES DE L EXERCICE l£l
La capacité respiratoire des chanteurs a été obtenue uniquement par l’exercice de la respiration, sans aucun travail musculaire qui essouffle, elle est cependant aussi considérable que celle des sujets n’ayant fait que des exercices musculaires violents.
M. le D r Lagrange lui-même se contredit lorsqu’il écrit dam Y Hygiène de l'exercice 1 page 71 :
« Le poumon subit, on le sait, les mêmes lois de développe ment que les autres organes du corps. Son volume augmen! en proportion de son fonctionnement.
« De même que le muscle grossit lorsqu’on augmente son travail, ainsi le poumon acquiert plus de volume lorsqu’on active ses mouvements respiratoires.
« Le poumon soumis au repos forcé diminue de volume comme le fait un muscle qui s’atrophie faute d’agir 2 . »
Ibid., page 75 :
Les exercices des jambes, dont la course est le type, sont supérieurs aux exercices des bras pour développer le poumon, parce qu’ils activent bien davantage la fonction respiratoire. Nous savons bien que les gymnastes adonnés aux exercices des appareils ont généralement la poitrine très développée, mais c’est à la course et à la boxe qu’ils doivent surtout le développement de leur poumon. »
Ibid., page 118 :
« La poitrine est devenue plus ouverte parce que la respiration plus active a gonflé le poumon et que les côtes s'écartent et se relèvent pour lui faire place. »
Cette dernière assertion surtout semble attribuer au poumon un rôle actif, celui de pousser sur la paroi thoracique ; l’on s’explique difficilement le poumon ayant le double rôle de pousser et d’être en même temps élastique, c’est-à-dire tendant à revenir sur lui-même.
S’il pousse contre la paroi thoracique, il n’y a donc pas de
1. F. Lagrange, Hygiène de l’exercice chez les enfants. Paris, F. Alcan, 1890.
2. II est clair que si le poumon se développe ou s’agrandit, il permet une ampliation plus grande de la cage thoracique sous l’effet des muscles inspirateurs ; de sorte, que les mouvements respiratoires se feront en partant d’une position plus élevée si l’élasticité pulmonaire le permet ; ce qui n’empèehe pas le poumon d’être toujours sous pression négative dans le thorax
pression négative dans la cavité pleurale, et on ne peut concevoir le mécanisme de f expiration; Dire que les côLes se relèvent pour faire place au poumon, c’est avancer que le piston d’une pompe monte pour faire place à l’eati qui le soulève, c’est une explication assez étrange qui ferait faire la grimace au plus petit des physiciens.
Nous concluons de ces observations un fait indiscutable : le poumon ne se dilate que sous l’action des muscles inspirateurs, c’est-à-dire d’unè action extérieure au thorax. Le poumon a beau se déplisser dans l’inspiration, jamais il n’arrive à la limite de son élasticité, il tend à revenir sur lui-même avec d’autant plus d’intensité qu’il a été plus dilaté, entraînant les côtes et affaissant le thorax.
D’ailleurs, il faudrait au poumon un point d’appui pour avoir une action sur les côtes et, sauf dans le cas de l’effort, le diaphragme présente une moindre résistance que les parois du thorax, il céderait donc plutôt que de servir de point d’appui au poumon pour soulever les côtes.
Cette assertion du poumon soulevant les côtes, est donc une absurdité et tout l’échafaudage bâti sur cette erreur croule de lui-même avec la thèse contre la gymnastique méthodique. '
La passivité du poumon est un fait classique ; aucun anatomiste qui a ouvert un cadavre n’oserait le nier (Winslow, Paul Bert, Marey, Mathias Duval, Beaunis, Sappey, Cruveilhier, etc.).
Influence des attitudes sur l’ampliation du thorax. - — En résumé, nous avons établi l’influence des attitudes et des mouvements des bras sur la dilatation thoracique. Cette influence s’exerce à des degrés divers suivantles mouvements, elle combat l’affaissement des côtes et F ankylosé des articulations du thorax.
Les vêtements serrés, corsets, ceintures non élastiques, compriment la base du thorax, s’opposent directement à l’amplitude des* mouvements respiratoires. Les mauvaises attitudes où la courbure dorsale est exagérée et le dos voûté, celles où les épaules sont attirées en avant, les bras croisés sur la poitrine, les bords spinaux des omoplates écartés l’un de l’autre, sont défavorables au point de vue de la dilatation thoracique.
Au contraire, les attitudes d’extension, les épaules rejetées en arrière, le corps droit, l’abduction modérée des bras en arrière,
la rotation en dehors, l'abduction horizontale, l’élévation verticale des bras et au plus haut degré la suspension passive par les mains, les bras bien allongés, sont des attitudes ayant une action sur le soulèvement des côtes, sur leur mobilité, ce qui permet les grands mouvements inspiratoires.
Exercices respira toi res. — Ceux-ci doivent être exécutés largement pendant les- attitude s indiquées précédemment, et il faut toujours faire coïneiderla période d’inspiration avec le mouvement, ayant une action dilatatrice du thorax.
Ainsi on élèvera les bras étendus lentement en avant ou .latéralement, en faisant une inspiration profonde ; on abaissera les bras en faisant une expiration (fig.
46 et 47).
On fera de même une circumduction lente des bras, le tronc étendu ; l’inspiration profonde coïncide toujours avec l’élévation ou l’écartement des bras, l’expiration, au contraire, coïncide avec rabaissement ou le rapprochement des bras.
Fig. 46. — Exercices.respiratoires.
. Élever les bras latéralement en inspirant, les tisser en expirant ;— 1 2. Élever les bras verticalement en inspirant; — 3...Étendre le tronc en étendant les bras latéralement et en inspirant; — 4. Circumduction lente des bras avec une prolonde inspiration.
Il est bien entendu que ces exercices respiratoires ne sont qu’une gymnastique des organes mécaniques de la respiration • ils agissent peu ou point du tout sur les échanges chimiques constituant la fonction respiratoire proprement dite.
Le travail musculaire intense peut seul produire cette action physiologique. Nous avons séparé à dessein cette action de l’influence des mouvements sur le mécanisme respiratoire, nous avons montré combien il était utile d’améliorer d’abord celui-ci
avant de s’entraîner à dçs.
exercices violents.
Le sujet éduqué de cette; façon est certainement perfectionné, il montrera une réelle supériorité le jour ou il deman* dera à sa respiration un sur-, croît de fonctionnement.
La course peut provoquer ' les mêmes effets d’ampliation sur le mécanisme respiratoire; nous l’avons vu plus haut, mais c’est un exercice trop violent; dans une course de vélocité.
Fig. 47. — Mouvement inspiratoire les mouvements respiratoires i,U “ so “t suspendus, et uous avons, étudié les accidents graves de 1 essoufflement avec le forçage du cœur qui en peut être la. conséquence.
Il est impossible de conseiller exclusivement la course à des, enfants ou des hommes âgés, comme exercice respiratoire.
Il y a au contraire avantage immense à séparer l’éducation du mécanisme respiratoire de l’exercice violent.
Nous aurons à revenir sur ce sujet à propos de l’entraînement et de la forme de la poitrine.
Les recommandations pratiques relatives à l’éducation de la fonction respiratoire peuvent se résumer comme il suit : Vivez à l’air pur.
Rythmez votre respiration ;
Respirez largement et lentement ;
Prolongez l’inspiration en inspirant par le nez ;
CONDITIONS HYGIÉNIQUES DE L’EXERCICE 12d
Apprenez à expirer profondément l’air de votre poitrine pour éviter les désordres de l’essoufflement;
Ne parlez ni ne chantez pendant le travail ;
Entraînez-vous avec la progression la plus douce ;
Faites des exercices respiratoires et favorisez l’ampliation de la poitrine par des attitudes de suspension allongée, d’élévation des bras et de rectification du tronc;
Évitez l’effort;
Ne fermez pas la bouche mais comptez à haute voix ou criez pendant l’effort musculaire à l’exemple du bûcheron ou du boulanger;
Si vous avez fait l’effort, cessez-le progressivement en ne rejetant pas tout d’un coup l’air de votre poitrine. Mais en décontractant les muscles du ventre avant d’ouvrir la glotte.
Les grandes inspirations calment les battements du cœur pour la raison indiquée plus haut.
A la suite des efforts le cœur et la poitrine se vident de sang, de là l’accélération des battements ; par de profondes inspirations le sang revient au cœur et à la poitrine et le cœur se calme parce qu’il a un travail plus intense à produire. Dans l’essoufflement la congestion passive du poumon est diminuée par des expirations et des mouvements doux qui rétablissent le cours du sang*.
| 4. — Éducation des fonctions de désassimilation.
Fatigue et entraînement
Source de l’énergie humaine. — La machine humaine tire sa puissance de travail de l’énergie latente contenue dans les aliments sous forme de composés instables. Dans un moteur mécanique, la combustion du charbon oü des gaz combustibles produit de la chaleur, chaleur qui se transforme en travail moteur suivant une loi d’équivalence connue. Mais, qu’elle que soit la perfection du mécanisme, ou l’habileté du chauffeur, toute cette chaleur n’est pas transformée en travail, il n’y en a que les 80 p. 100 au maximum d’utilisés; le reste est perdu ou se retrouve sous forme de déchets, en résidus de la combustion consistant en gaz, scories et usure des pièces de la machine.
i. Voir contre-indications relatives aux exercices respiratoires. Demenÿ, L ’École française. -
LES BASES SCIENTIFIQUES DE l’ÉDUGATION PHYSIQUE
Elimination des déchets de la nutrition et du travail. — Dans le corps humain les choses se passent de même; la vie est un perpétuel échange de matériaux entre les cellules vivantes et les liquides nourriciers; les cellules absorbent à leur profit une partie des substances nécessaires à l’entretien de leur vitalité, elles, rejettent les résidus provenant du fonctionnement même de la vie. Les tissus vivants éprouvent deux nécessités indispensables : celle de toujours se nourrir aux dépens du sans et delà lymphe, et celle de rejeter le reste des produits
élaborés dans l’acte même
Fig-. 48. — Coape du rein.
1, uretère; — 2, bassinet; — 3, calice;
— 4, mamelon ; — 5, substance tubuleuse ;
— 6, substance corticale.
la vie. Il y a les déjections des cellules vivantes, comme il y a les résidus du foyer d’une machine; ces déjections sont fort complexes. Elles proviennent du travail musculaire et nerveux, on les retrouve à l’état d’acide lactique, d’urée, d’acide carbonique.
La présence de ces déchets dans l’organisme est une cause de ralentissement dans la vitalité des tissus, elle empêche les échanges nutritifs et arrête la production du travail. Ces matières ne peuvent séjourner dans l’économie sous peine de troubles graves, d’indisposi¬
tions et de maladies. L’organisme doitles éliminer pour conserver l’intégrité doses fonctions, et il existe pour cela une'série d’organes essentiels chargés de rejeter à l’extérieur les produits devenus inutiles ou nuisibles.
Les déchetsprovenant du travail de l’organisme s’éliminentpar trois voies principales : la peau et le poumon, le rein, l’intestin.
Par l’intestin nous rejetons les résidus du travail de la digestion, lesparties des aliments qui n’ontpu être digérées et n’ont point été assimilées; par la peau et le poumon s’éliminent l’eau en excès, l’acide carbonique du sang et quelques substances acides; par le rein sont rejetés l’eau et les produits du travail musculaire et nerveux contenus dans le sang, (fi,g. 48 et 49).
L’urine en effet change de composition suivant la dose ou la violence de l’exercice auquel nous nous livrons, et nous examinerons la relation existant entre la fatigue et cet état de l'urine.
Élimination par la peau; soins de la peau. — La fonction de la peau est complémentaire de celle du rein; on voit la quantité d’urine augmenter lorsque la sueur diminue, et inversement toute sueur abon dante diminue l’abondance de l’urine émise dans une journée et en augmente la densité.
Il y a du reste une relation si intime entre la peau, le poumon et les reins qu’une suppression subite de la sueur à la suite d’un refroidissement peut occasionner des accidents graves inflammatoires dans les deux derniers organes.
La transpiration cutanée a deux effets utiles : refroidir le corps et éliminer des substances nuisibles en excès. Quand la *• * wc °*
température de notre
corps s’élève, les vaisseaux capillaires se dilatent, le volume des extrémités s’accroît par l’apport d’une grande quantité de sang qui se refroidit en abandonnant les régions centrales; de plus, les glandes, sudoripares se mettent à fonctionner, la sueur perle et s’évapore sur la peau au contact de 1 air en em-
Fig, 49. — Appareil vésico-rénal, vue postérieure.
{«g L ES BASES SCIENTIFIQUES DE L’ÉDUCATION PHYSIQUE
pruntant à noire corps la chaleur nécessaire. La sueur agit donc comme l'eau à la surface d’un vase poreux appelé alcarraza employé dans les pays chauds pour rafraîchir l'eau ; elle est aussi un émonctoire par lequel s’éliminent certains déchets. Bien des gens ont une sueur acide et ont la propriété d’oxyder les métaux au simple-toucher; d autres, les diabétiques, ont une sueur sucrée et se débarrassent ainsi du sucre en excès contenu dans leur sang (fig. 50).
La transpiration est pour cela une fonction qu’il faut favoriser par l’exercice musculaire.
Il est hygiénique de pousser celui-ci jusqu’à la moiteur de la peau, mais il faudra, bien entendu, éviter les refroidissements et.
ne pas s’arrêter dans un courant d’air après avoir fait des mouvements violents qui pro- Fig. 50. - Structure de la peau. yoquent une transpi-
3,3, épiderme;—5,5, derme; — 6,6, papilles ; — 7,7. ,. , , . T1
vésicules adipeuses; — 9,9, glandes sudoripares; — ration abondante. II 10.10, canaux sudorifères; 11.11, leurs orifices. f au dra SUrtOUt ne
point écouter la soif et se garder d’absorber des boissons froides lorsque le corps est échauffé par le travail.
La transpiration salit la peau, les sels contenus dans la sueur s’y dessèchent, les poussières de l’atmosphère et les matières sébacées y forment un enduit gras et malpropre.
On ne saurait trop veiller à la propreté de la peau, c’est là une condition hygiénique de première importance. Le bain chaud et le lavage au savon entretiendront la propreté; les frictions sèches, vigoureusement faites, enlèveront la couche morte de l’épiderme et rajeuniront les cellules superficielles.
Il faudra se garder de conserver les tricots ou flanelles trempées de sueur. On doit, au contraire, les enlever et les changer
aussitôt l’exercice terminé et s’habituer à prendre une douche à ce moment.
Hydrothérapie. — Associée aux exercices physiques, l’hydrothérapie donne à l’individu le maximum de résistance et de santé dont il est susceptible. La douche froide ou l’ablution doivent être prises ayant chaud ; il est préférable de s’en abstenir s’il n’en est pas ainsi.
On voit souvent dans les hôpitaux ou les dispensaires des malades auxquels on administre la douche alors qu’ils ont attendu longtemps immobiles dans des vestibules glacés. 11 faut avoir assez chaud pour désirer l’ablution ; du reste, l’effet de la douche, la réaction qui doit l'accompagner, dépendent de la différence entre la température du corps et celle de l’eau.
L’hydrothérapie agit par deux moyens : la température de l’eau et la percussion du jet. La lotion simple n’agit que par la température, seule ; aussi est-il indispensable de la faire toujours suivre de frictions vigoureuses avec des linges rugueux et secs, afin d’obtenir une réaction plus énergique.
La lotion d’eau froide doit se prendre au saut du lit : un tub, un seau d’eau, une éponge ou une serviette suffisent pour celai L’habitude journalière en est excellente et vous aguerrit contre le refroidissement. On trempe l’éponge dans l’eau et on l’exprime sur la nuque, le devant de la poitrine, l’abdomen, et l’on termine par le bain de pied et la friction énergique du dos, de la poitrine et des membres.
L’hydrothérapie en jet demande des conditions plus complexes. Sa pratique est, d’ailleurs, assez délicate pour néces-j siter une étude spéciale. Il n’y a pas de règles générales à dicter, dans son application. Chaque sujet en effet réagit à sa façon et peut en ressentir un effet excitant ou déprimant suivant les cas.
Il y a cependant des indications à suivre pour obtenir l’effet hygiénique et pour éviter des accidents.
La douche doit être prise ayant chaud, même en moiteur, la température de l’eau de 10 ou 12° centigrades, et celle de la salle de 20 à 25°. C’est grâce à la différence entre la température de l’eau et celle de l’air, que l’on obtient la réaction certaine amenant le sang à la peau et la sensation de bien-être final.
Demeky. — Bases scient.
11 ne faut pas diriger le jet sur la tête, mais d'abord sur les côtés de la colonne vertébrale, sur les épaules et les membres supérieurs, ensuite sur les membres inférieurs. Sur l’abdomen et la poitrine le jet devra être brisé; on termine par un jet vigoureux sur les pieds. La durée totale ne dépassera pas dix à douze secondes.
On fera suivre la douche d’une friction sèche et d’un exercice modéré, une promenade d’iin quart d’heure.
On ne peut prendre la douche si le travail de la digestion n’est pas bien terminé, c’est-à-dire deux heures au moins après les principaux repas. Le déjeuner du matin, s’il est léger, n’est pas un obstacle à l’hydrothérapie.
Le froid excessif, une température de l’eau inférieure à 40° et de la pièce inférieure à 15° sont des contre-indications de la douche.
11 en est de même si le sujet est trop excitable, s’il dort mal, ou s’il est atteint d’affections du cœur ou de la poitrine.
Souvent on est obligé de commencer par la douche tiède pour arriver graduellement à la température basse.
Les douches chaudes alternant avec les douches froides sont des raffinements de l’hydrothérapie qui soumettent le système nerveux à une fatigue excessive et n’ont pas un effet aussi nettement déterminé que l’usage de l’eau froide agissant rapidement et suivi de la réaction. Le bain chaud déprime et doit être suivi d’un repos, le bain froid prolongé n’est pas hygiénique, on en sort refroidi, et il faut faire ensuite un exercice assez violent pour provoquer la réaction qui ne se produirait point sans cela.
En résumé, l’exercice modéré joint au soins journaliers de la peau est une condition essentielle du fonctionnement normal des appareils d’excrétion; il facilite le rejet à l’extérieur des déchets provenant soit de la digestion, soit de la nutrition, soit du travail musculaire et nerveux. Dans l’état sédentaire, les fonctions languissent; on dépense moins, on répare moins encore et, ce qui est plus grave, les organes s’encombrent de matériaux de réserve comme la graisse, ou des substances provenant de la désassimilation des tissus. L’exercice stimule la fonction des reins, du poumon et de la peau, par lesquels doivent s’éliminer ces déchets.
CONDITIONS HYGIÉNIQUES DE l’eXEKCICE 13J
C'est le coup de fouet sans lequel l'organisme serait dans un état de paresse et de langueur incompatible avec la vigueur et la santé.
Dans les maladies par ralentissement de la nutrition, dans le rhumatisme, l’arthritisme et la goutte, l’exercice avec une alimentation convenable est le seul palliatif L .
Fatigue. — Tout travail; toute dépense d’énergie, a sa source dans les combustions intimes et s’accompagne d’un changement dans la composition chimique des tissus et des liquides de l’organisme. Le corps perd de sa substance, il a besoin de s’alimenter; il s’encombre des résidus des combustions dont il doit se débarrasser; il lui faut un certain temps pour cela, il doit se reposer pour se retrouver dispos.
Un travail intense trop longtemps soutenu amène un état particulier connu sous lenom de fatigue. Cet état se manifeste par une difficulté, une peine à continuer le travail ; il nous faut faire un effort pour agir.
Cela n’est pas particulier au muscle ; toutes les fonctions, tous les organes, muscles, cerveau, glandes, sont susceptibles de fatigue et s’épuisent par un exercice soutenu.
Il y a une dose d’activité compatible avec la nutrition des organes, on ne peut la dépasser sans provoquer des troubles de la fonction, sans amener son ralentissement et quelquefois même son arrêt.
Cela s’explique : un travail soutenu longtemps est une dépense qui peut surpasser les réserves de l’organisme, il doit cesser forcément pour laisser la réparation se faire. Le repos est une condition indispensable de la réparation.
Loi d’alternance d’activité et de repos des organes. — Aucun travail physique ou intellectuel ne peut se soutenir au delà d’un certain temps sans être suivi de repos. Après une journée de labeur, il nous faut dormir la nuit, nous sommes dominés par la loi d’alternance d’activité et de repos, qui est générale et s’étend à tous les organes.
Le cœur travaille toute la vie, mais travaille d’une façon
i. Bouchard, Les maladies de la nutrition.
i32 LES BASES SCIENTIFIQUES DE L’ÉDUCATION PHYSIQUE
intermittente : il se repose pendant la diastole, la proportion de repos et de travail est dans la prdportion de la durée de la systole et de la diastole, c’est-à-dire pour l’oreillelte de 2 à 8 et pour le ventricule de l à l. Il en est de même des puissances actives dans la respiration, des muscles et des glandes de l’appareil digestif. Les centres nerveux surtout s’épuisent et nécessitent le repos. Le sommeil nous supprime un tiers au moins de notre vie active, mais nous avons beau lutter, il devient un besoin impérieux, c’est une nécessité que nous devons subir.
Le repos doit être réglé de façon que la réparation des pertes subies par l’organisme à la Suite du travail soit intégrale ; à chaque reprise de travail les fonctions doivent être entièrement rétablies. Gerégime une fois obtenu, la machine humaine peut travailler longtemps sans se fatiguer.
Au contraire, lafatigue se manifeste dès que la dépense excède la réparation ; elle peut présenter des formes légères et des formes graves, depuis la courbature inoffensive jusqu’à la syncope mortelle.
La période de repos pendant laquelle se fait la réparation pour un travail ordinaire semble être de quarante-huit heures'. C’est au bout de ce temps que l’on voit apparaître , les déchets dans les urines, c’est aussi la durée de la courbature.
Période de réparation qui suit un travail intense. — Si l’on s’exerce en vue d’une épreuve physique ou intellectuelle et si l’on veut bénéficier au jour fixé de tous les avantages d’une longue préparation, il est bon de laisser écouler ce délai de quarante-huit heures entre le dernier effort d’entraînement et l’épreuve.
Il serait bien maladroit de se fatiguer le jour même où l’on doit disposer de toute son énergie, où l’on doit concourir à une épreuve sportive par exemple. Le travail intellectuel est soumis aux mêmes lois. Si je veux me trouver bien dispos pour faire une leçon en public, je me garderai de la préparer le jour même, je n’aurais alors aucune lucidité ; deux jours auparavant, de préférence le soir, j’en reviserai le plan et en arrêterai la matière, laissant les détails et la forme au gré de l’improvisation. Le jour venu je me livrerai à l’exercice modéré, je ferai une promenade, je me distrairai, évitant de penser à
mon sujet. J’arriverai ainsi bien reposé et néanmoins bien préparé. J’ai souvent été étonné de la lucidité obtenue par ce procédé. Chacun connaît le travail latent, inconscient même, qui s’élabore dans le cerveau pendant la nuit lorsqu’on a fixé fortement son attention sur une question. Le matin, au réveil, on trouvé sans peine la solution cherchée vainement la veille avec effort.
Degrés divers de la. fatigue. — La fatigue se manifesté à divers degrés suivant la violence des efforts, la quantité de travail produit, le rythme du travail, le coefficient personnel de résistance, le degré d’entraînement et Part d’économiser ses forces.
Nous pouvons en distinguer immédiatement deux formes : la fatigue locale et la fatigue générale.
Fatigue locale. — Je maintiens mon bras horizontalement sans difficulté pendant quelques secondes ; mais, si je veux persister plus longtemps dans cette attitude, ,je ressens une sensation pénible dans l’épaule, mes muscles perdent leur vigueur, il me faut faire un effort nouveau de volonté pour demeurer immobile et ne pas laisser mon bras retomber. Le muscle est agité par des soubresauts, des secousses brèves, il tremble; il arrive même un moment où j’ai beau vouloir, je n’ai plus de pouvoir sur mes muscles; ils refusent d’agir, je suis incapable de leur commander et je dois m’avouer vaincu. Cinq ou six minutes ont suffi pour amener ce résultat, il en faudra encore moins si le bras est chargé d’un poids additionnel.
Dans ce cas particulier, les contractions ont été localisées dans les muscles élévateurs du bras; ceux-ci contractés en permanence se sont fatigués ; c’est un exemple de fatigue locale par contraction statique.
Mais ils auraient pu aussi bien se fatiguer en effectuant des mouvements. J’aurais puisé de l’eau en tirant à la corde d’un puits, en tournant la manivelle d’un treuil, j’aurais scié ou fendu du bois : tous ces mouvements longtemps répétés, surtout si je n’en ai pas l’habitude, fatiguent quelques muscles spéciaux.
Courbature. — Le lendemain et surtout le surlendemain je
134 LES BASES SCIENTIFIQUES DE l’ÉDUCATION PHYSIQUE
ressentirai une courbature localisée dans ces muscles seuls el qui disparaîtra au bout de deux jours.
Elle apparaîtra de nouveau si je recommence le travail, mais il faudra pour cela me fatiguer davantage, et finalement par l’habitude j’en serai totalement à l’abri.
Mais si je change d’exercice, si, rompu à l’escrime, je fais du canotage, je serai courbaturé de nouveau, non plus dans les mêmes endroits, mais dans les muscles inaccoutumés au travail.
Cela est frappant et donne presque un moyen d’analyse du mécanisme des mouvements ; on peut dire qu’il y a autant de courbatures spéciales que d’exercices spéciaux.
La courbature locale entraîne peu d’inconvénients graves, deux jours de repos suffisent en général pour la dissiper. C’est surtout un avertissement dont nous devons tenir compte pour ménager nos efforts.
Causes de l’impotence fonctionnelle du muscle. — Par excès de travail nous pouvons amener le muscle à une véritable impotence fonctionnelle, soit à cause de la douleur ressentie, soit parce que la contraction n’est plus possible. La douleur provient du froissement ou du déchirement des éléments sensibles ; un coup reçu, un massage énergique produisent le même résultat.
L’impuissance à agir tient à une rupture d’équilibre entre les phénomènes d’assimilation et de désassimilation ; la dépense ayant excédé la réparation, et le tissu même du muscle étant modifié et surchargé des déchets de combustion, il n’y a plus les conditions voulues pour la production de travail.
Dans ce cas extrême il y a intoxication du muscle, et le repos devient indispensable pour ramener les choses dans leur état primitif.
La condition la plus essentielle pour rétablir la fonction du muscle fatigué, c’est de le débarrasser des déchets de combustion dont il est encombré. Ceci est plus important qu’un apport de sang nouveau, riche en oxygène.
Le tissu du muscle fatigué est acide, et le sang d’un animal surmené, injecté à un animal reposé, produit chez lui tous les désordres de la fatigue. Inversement un massage, en débar-
rassant les tissus des déchets du travail, rétablit la fonction du muscle beaucoup plus activement que le repos.
Un muscle fatigué jusqu’à l'épuisement devient capable d’une nouvelle série de contractions par un simple lavage qui entraîne les substances toxiques produites pendant le travail.
L’oxygène est probablement l’agent principal de réparation de la fatigue ; il faut un milieu oxygéné au muscle pour produire du travail, et l’on épuise vite le muscle si on le fait travailler sans lui donner du sang oxygéné. La respiration a celte double fonction de rejeter l’acide carbonique du sang et de dissoudre de l’oxygène pour l’apporter au muscle. Le rein est chargé de débarrasser le sang des déchets uratiques (acide urique, urée), provenant de la désassimilation des tissus, le sang doit entraîner ces déchets dans le torrent circulatoire et produire un lavage des tissus.
Si les conditions d’aération du sang et de lavage du muscle ne sont pas convenablement remplies, il y a perte d’excitabilité du muscle, celui-ci se contracte, mais réagit moins vite à l’excitation, la secousse est plus prolongée, l’amplitude du mouvement est moindre pour une même excitation, et la période latente est plus longue.
Courbe de la fatigue chez un individu. — Chacun possède une courbe de fatigue spéciale que l’on peut obtenir au moyen de l’ergographe de Mosso.
Cette courbe est caractéristique, elle indique le travail produit par un muscle soulevant un certain poids, puis le laissant retomber pour le soulever de nouveau au bout d’un certain temps de repos, c’est-à-dire d’après un certain rythme.
La courbe de la fatigue signale au début une sorte d’entraînement du muscle, le soulèvement de la charge est accentué, puis la
Fig. 51. — Courbe de la fatigue à l’ergographe présentant une convexité (Mosso).
fatigue se fait sentir, la courbe s’affaisse, et la diminution de travail est proportionnel à la quantité des efforts, la ligne est alors presque droite, elle se relève pour arriver doucement à O lorsque le muscle est complètement épuisé et devient incapable de produire du mouvement (fîg. 54, 52 et 53).
Ace moment si l’on excite le muscle électriquement, il est encore susceptible de produire du travail : c’est qu’il. n’était donc pas tout à fait épuisé ; une part de la fatigue revenait aux centres nerveux qui le commandent.
Mais le muscle déjà fatigué est dans des conditions déplorables pour produire du travail, un surcroît de* travail léger pour un muscle déjà fatigué est une cause?
d’épuisement plus sérieuse qu’un travail considérable pour un muscle reposé.
11 y a ici- à considérer deux éléments du travail : l’effort ou la charge supportée par le muscle, et le rythme ou ïe nombre de? contractions, dans un temps, donné, la durée des contractions et la durée: relative du repos qui les sépare.
Selon les; expériences du D r Màggiora, en opérant dans les? mêmes: conditions, on a pu produire :
2.662 kilogrammètres avec une charge de 2 kilog. à l’ergographe- 1.892, — seulement 4 — —
Il y a un poids optimum correspondant à l’effort le plus convenable pour être répété un grand nombre de fois de suite.
Remarque importante, si un muscle s’épuise à la suite de 30 contractions successives et que deux heures de repos soient, nécessaires pour dissiper la fatigue, il suffira d’une demi-heure
Fig. 52. — Courbe de la fatiguç montrant une concavité (variation individuelle); d’après Mosso.
de repos pour obtenir le même résultat si le muscle a fait seulement 15 contractions, c’est-à-dire moitié moins. Si l’on augmente la durée et le nombre des contractions, la fatigue croît plus vite que la dépense de travail, puisque le temps de repos nécessaire à obtenir la réparation intégrale au lieu d’être proportionnel au travail produit augmente beaucoup avec le surcroît de travail.
C’est en cela que nous différons des machines locomotrices.
Chez elles, pour obtenir un travail double il faut une consommation double de combustible ; il n’y a rien de semblable dans la fatigue. Chez nous, dès que la fatigue apparaît, le muscle doit, pour continuer son travail, faire appel à des réserves d’énergie et recevoir des excitations nerveuses plus intenses, l’équilibre n’existe plus comme dans le régime d’une machine à laquelle on fçurnit le combustible nécessaire.
Rythme optimum des contractions. — Le rythme des contractions a la plus grande importance sur le régime. Ainsi avec 6 kilogrammes de charge à l’ergographe on a pu répéter les contractions d’une façon continue sans fatigué en les espaçant de 10 en 10 secondes, le travail produit était ainsi de 34.560 kilogrammètres par heure. En allant plus vite, en répétant les mouvements toutesles quatre secondes on ne pouvait faire que 1.074 kilogrammètres à l’heüre, il fallait 2 heures de repos, et finalement la somme de travail était 32 fois moindre.
Charles Richet, en se servant du rythme de 200 par minute avec intermittences de 2 secondes de travail, 2 secondes de repos pour soulever 1.500 grammes au moyen des fléchisseurs de l’index, obtenait pendant 2 heures et demie un travail double de celui qu’il pouvait produire par l’action continue, et cela
Fig. 53. —Courbe de la fatigue présentant une ligne droite (variation individuelle), d’après Mosso.
au prix d’un effort de volonté moindre et d’une souffrance presque nulle.
Le cœur, grâce à un rythme convenable, peut effectuer son travail journalier sans fatigue et sans interruption. Le travail nécessité par la poussée de la colonne sanguine équivaut à 62.000 kilogrammètres environ par jour, c’est 1/5 du labeur de l’homme dans une journée de 8 heures.
Mais, si l’on augmente son travail normal, il cherche à se mettre en rapport avec le régime nouveau qu’on lui impose, il s’hypertrophie, se fatigue, se laisse distendre et devient hors d’état de travailler. Les émotions morales répétées produisent le même effet, c’est la fatigue par excès d’excitation nerveuse.
Action de la chaleur sur la fatigue. — Les muscles sont impropres à produire du travail s’ils sont refroidis. Dans une température élevée, ils se fatiguent vite, les produits de la fatigue acquièrent un pouvoir toxique plus intense avec le surchauffement, peut-être aussi les actions chimiques étant favorisées par la chaleur, la quantité de ces déchets est-elle plus abondante.
Les accidents dus au surmenage se manifestent plus vite pendant la chaleur que dans une basse température.
Les matières toxiques agissent sur les terminaisons nerveuses, tandis que le muscle reste irritable ; il perd sa contractilité quand on l’excite par voie nerveuse.
La neurine est le produit de désassimilation le plus actif sur l'état de fatigue. L’alcool augmente l’excitabilité au début, mais bientôt à cette période d’excitation succède une incapacité de travail ; le rendement total est finalement inférieur au rendement normal sans le secours d’excitants.
Le sucre ajouté au régime ordinaire augmente la production de travail, le thé, le café, le kola présentent certains avantages sans avoir les inconvénients de l’alcool.
Ces faits s étendent à la fatigue générale, nous y reviendrons à ce propos.
Fatigue générale, degrés divers. — Une longue marche ou tout autre exercice de fond exécuté sans préparation, amène d’autres désordres que ceux de la courbature ou de la fatigue
locales. On ressent une fatigue générale de l'organisme, spécialement lorsqu’on interrompt le travail, et cette sensation de fatigue se manifeste tout à coup, sans progression.
Il y a trois degrés à considérer dans la fatigue générale : la lassitude, le surmenage et le forçage.
Lassitude. — La lassitude est le degré le plus léger de la atigue générale. Au milieu d’une longue étape, on s’arrête pour se reposer, en se levant on n’est plus aussi dispos que pendant la marche ; on est las, il faut faire effort de volonté pour se remettre en route, et cet effort n’est pas en rapport avec le travail que l’on demande.
Cette lassitude disparaît avec un déjeuner pris de bon appétit si elle est plus intense, il y a alors inappétence, insomnie, fièvre ; mais, si la nuit a été bonne, il n’y paraît plus au réveil,, et l’on est plus dispos que jamais pour recommencer.
Au contraire, si nous nous levons encore las de la veille, s’il persiste un état de faiblesse qui n’est point de la courbature, mais une véritable diminution du potentiel, il nous faut, pour agir, un effort de volonté toujours croissant, et alors, malgré cet avertissement de la nature, si nous nous remettons au travail, la lassitude augmentera, persistera, et nous arriverons au surmenage.
Surmenage. — Dans l’état de surmenage, les troubles de la nutrition se manifestent, la balance entre les dépenses de l’organisme et la réparation des.forces est rompue; s’il y a de plus insuffisance de l’alimentation, la constitution s’appauvrit, et le corps devient bientôt un terrain de culture favorable à l’éclosion des maladies.
Il y a cependant une certaine tolérance de l’organisme, et nous sommes tous plus ou moins obligés de supporter un peu de surmenage pour faire face aux obligations de la vie actuelle.
Nous nous retrempons ensuite par des périodes de repos espacées. Ce sont nos vacances, attendues avec impatience, et indispensables à notre santé. Il vaudrait mieux évidemment ne point arriver jusqu’au surmenage, et des repos plus fréquents interrompant de courtes périodes de travail seraient plus efficaces. Les animaux domestiques, les chevaux dont nous utilisons
üo LES BASES SCIENTIFIQUES DE L’ÉDUCATION PHYSIQUE
la forcé musculaire, sont, dans les grandes villes, dans un état permanent de surmenage; on voit les ravages causés par cet excès de travail si l’on compare les chevaux de fiacre, toujours fatigués, aux chevaux des voitures de maître qui font à peine la dépense de travail journalière strictement utile àleur santé.
Forçage. — Si l’on veut aller plus loin et continuer le travail même étant surmené, on arrive au troisième degré, au forçage où apparaissent alors les conséquences graves de la fatigue poussée à l’extrême.
Dans l’état de forçage, l’équilibre entre là dépensent la réparation est tout à fait rompu, les muscles refusent d’agir, ils se raidissent ; un animal forcé à la course tombe et meurt sur place. Aussitôt la rigidité cadavérique et la décomposition se produisent ; la chair de ces animaux n’est plus mangeable ; les bouchers se garderaien t bien de fatiguer et de malmener le bétail avant de le sacrifier, uniquement parce qu’ils connaissent l’effet désastreux du surmenage sur la qualité comestible de la viande et sur sa conservation. Inutile de répéter que cette décomposition rapide des tissus est due a la présence dans les muscles des substances toxiques produites par le travail.
Réparation après la fatigue. — Ce que nous avons dit à propos de la fatigue du muscle peut se répéter pour la fatigue générale ; ainsi la durée de la courbature ou de la fatigue légère est celle de la réparation des pertes dues au travail, c’est environ quarante-huit heures.
Au bout de ce temps apparaissent dans les urines les sédiments uratiques et d’après M. le D r Lagrange, la nature de burine, varie suivant le moment où elle est examinée, suivant la violence plus ou moins grande de l’exercice, l’état d’accoutumance ou d’entraînement du sujet et son état de vigueur et de dépression.». De sorte que ce ne serait point la valeur absolue du travail qui influerait sur la composition de l’ürine, mais bien l’excès sur le travail habituel. Les sédiments n’apparaîtraient dans l’uriné que lorsqu’on aurait dépassé la limite de sa capacité actuelle, ils mesureraient le degré d’entraînement. Ceci semble conforme à la réalité, mais l’urine subit l’influence des dépenses nerveuses : une émotion, une excitation ou un travail intellectuel
CONDITIONS HYGIÉNIQUES DE L’EXERCICE lii
intense produisent un effet identique sans être accompagnés de travail musculaire.
L’élimination des déchets par les urines indique bien qu’il y a eu dépense et échanges nutritifs, c’est une excellente chose au point de vue de l’hygiène ; il faut, surtout pour la jeunesse, pousser l’exercice jusqu’à ce degré de fatigue sous peine de l’obtenir aucun résultat sérieux.
Mais est-ce la présence de ces déchets dans le sang qui cause la fatigue et amène l’impotence fonctionnelle, ou bien lafonctior motrice est-elle abolie par le fait de la désassimilation excessive dont le muscle est le siège pendant le travail, la présence des déchets dans l’urine étant une conséquence de l’excès de la désassimilation des tissus sur la nutrition? Ces points sont encore discutés et ne sont pas faciles à éclaircir.
La fatigue est-elle une intoxication. — Il y a des raisons pour attribuer la fatigue à une insuffisance des échanges nutritifs et à un épuisement. En effet, la fatigue locale cesse avec lé repos; la fatigue générale légère disparaît avec une alimentation et un repos convenables avant que les matériaux toxiques soient éliminés ; la ligature d’une artère apportant les matériaux de nutrition à un muscle amène la fatigue de ce muscle, cette fatigue disparaît lorsqu’on rétablit la circulation artérielle. Enfin, malgré la présence des déchets toxiques dans le sang et l’état de la fatigue excessive dans lequel les muscles refusent d’agir, un surcroît de volonté, une poussée d’énergie suffisent néanmoins pour agir encore. L’intoxication du muscle n’était donc point complète, l’épuisement des centres nerveux avait sans doute aussi sa part dans l’impotence fonctionnelle du muscle.
La fatigue ne serait donc pas seulement une intoxication mais surtout un épuisement de l’énergie cellulaire.
Les sujets amenés par l’entraînement à un certain degré de résistance à la fatigue, s’ils ne dépassent pas la limite de cette résistance, n’ont pas, d’après M. le D r Lagrange, de sédiments uratiques dans leurs urines; il y a donc chez eux une désassimilation moins rapide des tissus, accompagnée d’ünè nutrition plus active et d’une élimination plus parfaite des produits d’excrétion.
Dans l’état de fatigue légère ou de lassitude, cette élimination se fait complètement et, après un court repos, les organes sont dans les conditions du début et prêts à fonctionner de nouveau.
Dans l’état de surmenage, au contraire, les matériaux de désassimilation restent à l’état permanent dans l’organisme, la fonction motrice n’est pas abolie, mais on produit toujours des déchets sans avoir un repos suffisant pour pouvoir les éliminer, il y a encombrement de l’organisme par les produits toxiques, c’est un foyer qui tire mal parce qu’il est obstrué parles cendres et les scories.
Dans l’état de forçage l’intoxication est complète ; à ce degré les muscles refusent d’agir, leur fonction est abolie, et les centres nerveux sont empoisonnés par l’excès de matériaux de désassimilation qu’il est impossible d’éliminer.
Il y a deux causes principales d’intoxication dans un exercice Soient. Dans là course forcée on s’empoisonne parce qu’on produit un travail excessif et parce que l'essoufflement abolit en partie la fonction respiratoire.
L’excès de travail amène la saturation du sangparles produits de désassimilation (acide urique, urée), qui devraient s’éliminer par le rein et n’ont pas le temps suffisant pour cela; l’essoufflement amène la saturation du sang par l’acide carbonique, qui devrait s’éliminer par le poumon et ne peut le faire suffisamment vu l’insuffisance delà ventilation pulmonaire. En un mot, le sujet forcé à la course s’empoisonne et s’asphyxie. Le foie est le destructeur des ptomaïnes, le rein en est l’éliminateur ; la rate pourrait bien être le réservoir d’emmagasinement du sang impur qui serait revivifié ensuite par le travail (Pagès).
.Signes objectifs de la fatigue. — Y a-t-il des signes objectifs de la fatigue, des indications extérieures permettant de la constater sur un sujet et d’en mesurer le degré? Cela serait intéresrant à connaître pour éviter les accidents et graduer la dose d’exercice suivant l’état de fatigue.
Si l’on interroge sur ce point un jeune homme vigoureux,- il vous répondra toujours qu’il n’est point fatigué. L’amour-propre est un facteur psychique assez puissant pour masquer un instant les manifestations de la fatigue, mais c’est ainsi que se produisent les accidents de surmenage.
L’exercice modéré sera toujours le plu s hygiénique, cependant il est bon d’en augmenter quelquefois la violence ; la jeunesse s’accommode mal de trop de sagesse : donnons libre cours à son
Fig. 5i. — Forme de la secousse musculaire suivant le degré de fatigue du muscle, d’apTès Marey.
1. Muscle frais; — 2, muscle un peu fatigué ; — 3, muscle plus fatigué.
exubérance, mais évitons les excès et veillons à ce que la récréation ne dégénère pas en folie.
Une fatigue générale légère est une preuve de dépense, c’est un coup de fouet donné à l’organisme, c’est une preuve certaine
d échangés nutritifs et d un légère est le meilleur sédatif d’un système nerveux excitable.
Comment saurons-nous que nous n’avons pas dépassé les limites raisonnables ? Il y a là une grande difficulté d’appréciation.
La fièvre, le sommeil agité, le manque d’appétit sont bien des marques de la fatigue exagérée, mais ces accidents sont longs à apparaître. Pendant l’exercice on ne peut surveiller qu
effet hygiénique réel. La fatigue
dans la marche.
AB, durée de l’appui au début ; — A'B 7 , après un long parcours et au môme rythme. La durée de l'appui est allongée par la fatigue.
la respiration, le cœur, la pâleur
ou la rougeur de la face, le tremblement des membres et rien d’autre ; s’il y a d’autres critériums de la fatigue, ils sont mal¬
heureusement encore du ressort des laboratoires de physio¬
logie.
li t LES BASES SCIENTIFIQUES DE L’ÉDUCATION PHYSIQUE
Un muscle fatigué a une secousse pLus longue et moins intense (flg. 54). La période latente a plus de durée.
La courbé de la fatigue obtenue avec l’ergographe, l’analyse de l’urine, ne sont pas des indications pratiques.
Dans quelques cas cependant il y a des signes objectifs certains de la fatigue. Le marcheur fatigué ralentit la cadence de son allure, il a une démarche caractéristique, les genoux fléchis, le corps penché en avant, absolument comme un homme chargé d’un poids lourd.'Nous avons pu constater 1 et mesurer même l’influence de la fatigue sur la durée du double appui des pieds jur le sol (bg. 55).
Les appréciations de ce genre seront toujours délicates parce que le coefficient personnel de résistance diffère notablement selon chaque individu et aussi, chez le même sujet, à différents moments. Le jeûne, la veille, la température, l’émotion, sont autant de causes de variations. L’état appelé neurasthénique vous rend absolument inférieur et peut cependant n’être que passager. L’influence psychique et les troubles de nutrition des centres nerveux peuvent masquer les phénomènes de fatigue musculaire proprement dite.
Fatigue nerveuse. — Les centres nerveux supportent beaucoup moins que les muscles la privation du sang ou l'altération de ce liquide nourricier. Le cerveau, privé un instant de sang artériel, a toutes ses fonctions immédiatement abolies ; baigné de sang impur, de sang chargé des produits de désassimilation du travail musculaire, il est le siège de troubles fonctionnels-.considérables.
M. le D r Tissié a été témoin de nombreux cas de folie passagère dus au surmenage dans des concours athlétiques 2 .
Toute fatigue musculaire est naturellement accompagnée de fatigue nerveuse, puisque le muscle reçoit son excitation de la décharge des centres nerveux ; mais il peut y avoir fatigue nerveuse sans fatigue musculaire ou, du moins, sans qu’il y ait eu travail du muscle.
Le savant, l’artiste, l’inventeur se fatiguent nerveusement,
1. Demeny, Mesure de la durée du double appui dans la marche, Comptes rendus de l’Académie des sciences.
2. D r Tissié, La Fatigue et l'entraînement physique. Paris, F. Alcan.
CONDITIONS HYGIÉNIQUES DE l’eXEBCICE
mais cependant tout autant que le manouvrier. Tous ceux qui ont dû passer par l’état de surmenage nécessité par les épreuves scolaires vous diront qu’ils préfèrent de beaucoup la fatigue musculaire à la fatigue du cerveau. L’ouvrier ne se rend pas compte des souffrances du penseur, il ne mesure la peine qu’aux objets matériels déplacés et au travail matériel exécuté.
La fatigue cérébrale seule est particulièrement pénible, et l’exercice musculaire modéré la combat efficacement, justement pour cette raison qu’il donne aux échanges nutritifs un surcroît d’activité et le bénéfice d’une circulation plus active entraînant les déchets du travail cérébral. Il faut pour cela éviter les efforts qui congestionnent et faire de grandes inspirations à l’air pur.
Le cerveau travaillant seul se congestionne et s’intoxique forcément. La fatigue intellectuelle diminue, il est vrai, la force musculaire, mais il est possible de redonner au cerveau sa vigueur perdue par un surcroît de nutrition générale.
Certains auteurs avancent que toute fatigue, même la fatigue musculaire, est d’origine nerveuse; cette affirmation ne s’accorde pas avec les no tions expérimentales. Si le travail musculaire est toujours accompagné de dépense nerveuse, cette dépense est relativement faible par rapport à la dépense musculaire, et les dernières recherches permettent d’assimiler la décharge nerveuse à l’étincelle ou à l’amorce qui met le feu à la poudre dans une arme à feu. Le muscle est une machine prête à produire du travail, il contient dans son tissu, apportés par le sang, des composés instables prêts comme des explosifs àdétODner et à céder l’énergie latente qu’ils renferment pour la transformer en mouvement.
La décharge nerveuse est l’occasion de cette transformation, mais elle n’est point la source du travail. Entre l’énergie dépensée dans l’excitation nerveuse et le travail du muscle, il y a même disproportion qu’entre l’explosion de l’amorce et la force vive due à l’explosion de la gargousse dans une pièce à feu. Néanmoins les centres nerveux s’épuisent pendant le travail musculaire, puisqu’ils deviennent quelquefois insuffisants pour produire la contraction du muscle, bien qu’une décharge électrique puisse encore la provoquer.
Lorsqu'on fait travailler un muscle déjà fatigué, on est forcé
Demeny. — Bases scient.
d’augmenter l’excitation nerveuse pour produire sa contraction, la dépense nerveuse s’accroît dans ce cas.
De même, si l’on veut vaincre une résistance considérable en la faisant supporter par des muscles faibles, ces derniers ne peuvent se contracter avec l’énergie suffisante qu’en recevant des centres nerveux des excitations intenses ; c’est encore une dépense nerveuse considérable. Le cas se présente si l’on porte un poids lourd à l’extrémité du doigt, si l’on se soulève à la force des bras. La fatigue est augmentée si l’on ne sait pas économiser ses contractions musculaires, si l’on se raidit même sans mouvement, il y a dépense nerveuse. Les émotions agissent de même : un travail exécuté froidement nécessite une dépense très modérée d’énergie, il devient énervant si l’amour-propre, l’impatience ou la colère nous aiguillonnent.
Les accidents sont dus pour la plupart à cette dépense exagérée, au manque de sang-froid ; dans les concours athlétiques la jeunesse imprévoyante va jusqu’à la limite de ses forces et souvent la dépasse.
Les races diffèrent sous ce rapport ; nous autres Français, dit Hugues le Roux, nous courons avec nos nerfs, les Anglais courent avec leurs muscles. C’est une manière piquante d’exprimer la part différente de dépense nerveuse et de dépense musculaire dans la production d’un même travail.
Identité de la fatigue musculaire et de la fatigue nerveuse. — Il y identité entre les troubles de nutrition provoqués par la fatigue dans les muscles et dans les centres nerveux. Le nerf est un conducteur qui semble échapper à ces désordres, tandis que les centres nerveux sont éminemment sensibles aux degrés différénts de la fatigue.
On retrouve dans la dépense nerveuse comme dans la dépense musculaire, avec les déchets du travail nerveux : le degré de lassitude disparaissant par le repos ou le changement de travail, l’état de surmenage qui ne cède qu’au repos, et le degré de forçage qui amène des accidents mortels.
Des hommes, luttant avec l’énergie du désespoir sous l’influence de violentes émotions, meurent et sont aussitôt frappés de rigidité cadavérique. On a vu dans des batailles, là où se sont accomplis des actes d’héroïsme, des groupes de soldats
conserver dans la mort l’attitude du combat. Il y a dans ce cas forçage nerveux et forçage musculaire, mais l’épuisement nerveux peut se manifester seul dans bien des cas.
Les émotions fortes, la démoralisation, ôtent toute énergie et toute force musculaire ; sans être aucunement acteur dans un drame passionnel, il suffît d’en être témoin pour conserver longtemps après la trâcede la secousse morale ressentie.
Il y a deux modes d’activité nerveuse : la sensibilité et l’action ; les actions d’arrêt ou d’inhibition demandent une forte dépense de volonté, et l’on est souvent plus fatigué de combattre une impulsion que de s’y laisser aller en esclave.
L’attention est une dépense nerveuse ; un dilettante qui ne perd pas une note d’une symphonie n’est passif qu’en apparence, en réalité il se fatigue comme l’exécutant, celui-ci effectue encore un certain travail mécanique où l’on peut trouver une cause d’activité circulatoire ; chez l’auditeur il n’y a qu’une excitation congestive, sans aucune cause de régulation du cours du sang. Mosso a montré le gonflement du cerveau lorsqu’on appelle par son nom un sujet endormi 1 , l’effet est plus saisissant encore lorsque notre attention est fixée sur un sujet déterminé.
L’attention trop longtemps soutenue sur un même objet, les excitations multiples et intenses subies dans la vie des grands centres sont des causes de fatigue nerveuse et, par suite, de l’exagération dans l’excitabilité des centres nerveux.
Les veilles, le travail de nuit, fatiguent parce que nous n’avons plus la lumière, les bruits de toutes sortes, les mouvements qui agissent le jour comme excitants sur nous.
On a beau se reposer le jour, le sommeil est alors moins réparateur. Malgré l’isolement, des bruits parviennent toujours à nos oreilles, et, même non perçus, ces bruits ont une influence excitante sur le cerveau.
Les passions vives et l’abus des excito-moteurs ruinent l’Organisme, mènent à la folie et à l’incapacité de travail.
Le défaut d’énergie et l’inégalité d’humeur sont les moindres désordres dus à la fatigue nerveuse, l’effort d’attention devient bientôt impossible, les maladies de la volonté détruisent le
1. Mosso, la Fatigue intellectuelle et physique, Paris, F. Alcan.
caractère, et ce qui constitue le moi, la personnalité de l’individu s’amoindrit et s’effondre 1 .
Impossibilité de suffire en même temps a une dépense musculaire et a une dépense nerveuse exagérées. — En résumé actes sensibles, actes volontaires, actes moteurs, tout cela est une dépense et il devient impossible de suffire à une double activité musculaire et cérébrale si on ne reste dans une sage mesure. On ne peut toujours dépenser, quelque robuste que l’on soit : il faut s’arrêter à temps pour éviter le surmenage.
Changer d’occupation est une distraction, mais ce ne peut être un mode de repos. On se délasse ainsi des fatigues locales, on repose certaines parties spéciales du eerveau ou certains muscles fatigués en reportant le travail sur d’autres parties ou d’autres muscles frais, mais, si la somme totale de travail dépasse notre budget d’énergie, il n’y aura pas moins fatigue générale, car les fatigues nerveuse et musculaire s’ajouteront,
De Humboldt se félicitait de n’avoir point suivi ses maîtres dans sa jeunesse, il estimait que jamais il n’aurait pu acquérir son développement et produire une grande somme de travail s’il s’était surmené en acceptant leur tâche.
Mosso nous cite des cas de surmenage nerveux chez des adultes illettrés auxquels on veut apprendre à lire ou à compter. Ce seul effort bien léger pour d’autres leur fait venir la sueur au front et leur donne le vertige.
Il y a là un entraînement progressif et un mode de travail indispensable si l’on veut se livrer à des études de longue haleine, comme si l’on veut parcourir une longue étape. Certains ont donné la loi des trois 8 comme la meilleure manière de produire du travail ; elle consiste dans huit heures de sommeil, huit heures de travail et huit heures de repos, c’est peut-être la loi économique du travail.
Il faut être pondéré pour produire des œuvres fortes et durables ; les élucubrations des excités, des déprimés à la suite du surmenage sont forcément éphémères, leur portée n’est jamais en rapport avec la fatigue qu’elles ont occasionnée à leurs auteurs.