Marey, Revue scientifique
sification de l’os, delà l’intimité de la réunion au tissu de ce dernier. La pression venant à diminuer, l’ossification peut envahir le cartilage ; dans la vieillesse les têtes osseuses sont ossifiées, ce qui a fait croire à Fusure des cartilages.
Taille de .l’individu. — La taille de l’individu dépend de l’arrêt de croissance des os en longueur, elle est définitive; au moment de la soudure des épiphvses des os longs. L’exercice violent, le travail excessif hâtent cette ossification, empêchent ainsi la taille d’acquérir toute sa hauteur.
Les enfants des acrobates forains, victimes d’une exploitation immorale, sont fréquemment astreints par leurs parents à des exercices violents pour satisfaire la badauderie publique. Ils restent généralement petits.
Un enfant malade demeurant étendu longtemps sur son lit, pousse, au contraire, en longueur et voit sa taille augménter de plusieurs centimètres en quelques mois.
Influence de l’exercice sur la taille. — Ce sont là des faits positifs qui démontrent la mauvaise influence des exercices de force et du développement musculaire excessif chez l'enfant.
On n’attelle point un poulain à la charrue ; on ne doit pas laisser les jeux athlétiques à l’enfant, sous peine d’en faire un petit homme rabougri, un petit vieillard.
L’enfant doit courir et jouer, sans imiter les exercices, athlétiques, qui seront reculés à vingt ou vingt-cinq ans, lorsque la croissance en longueur sera terminée.
Géants et nains. — La taille ne doit être enrayée par aucun travail exagéré, si ce n’est dans un cas de croissance excessive. Une taille très élevée devient embarrassante et n’est pas une condition de vigueur.
Les géants ont généralement de tristes constitutions et pro-
Fig. 73. — Deux os (fémur et tibia) articulés entre eux et réunis . par des ligaments solides.
duisent bien peu de chose. On considère même le gigantisme comme une maladie analogue à l’acromégalie. Les races latines ont une taille moyenne peu élevée ; ce sont pourtant les races de travailleurs qui ont donné le plus à l’humanité.
Cependant la réduction de la taille est un indice de dégénérescence physique et présente des désavantages évidents.
La taille a une influence sur l’utilisation de la force musculaire, sur la locomotion, sur l’agilité et la vitesse des mouvements, et, à ce point de vue, tout est à l’avantage d’une'taiile moyenne (environ l m ,70).
L’,hérédité se fait sentir sur la taille, mais le produit de deux individus de haute taille n’est pas forcément un homme grand.
11 y a d’autres facteurs que l’hérédité, nous avons vu l’influence du surmenage prématuré, il y a également celle de la nourriture et de l’exercice musculaire convenablement dosés.
Influence de l’exercice musculaire sur l’augmentation de la taille dans l’enfance. — Il serait utile de faire des expériences pour préciser l’influence de l’exercice musculaire sur l'augmentation de la taille dans l’enfance. On rencontre ici de sérieuses difficultés pour connaître la part qui revient à l’âge, à l’hérédité et à l’exercice.
Ces facteurs sont inséparables, et leurs influences interfèrent entre elles. Il faudrait diviser les enfants en deux groupes à peu près identiques, soumettre les élèves d’un groupe à un exercice méthodique régulier, tandis que l’autre resterait étranger à toute éducation physique proprement dite. On verrait alors les différences apparaître dans les effets obtenus.
Le tableau précédent (fig. 27) nous a montré qu’il y a parallélisme entre l’augmentation de la taille et du poids. Ces mesures ont été prises au collège Sainte-Barbe par M. Rey, professeur de gymnastique; elles ont porté sur un grand nombre d’élèves de six à quatorze ans. On voit à l’inspection des courbes, combien la poussée est vive entre sept et huit ans ; elle se ralentit entre huit et neuf, pour reprendre de plus belle à treize ans.
Ces élèves recevaient tous un enseignement gymnastique.
M. le D r Carlierafait de son côté des recherches suivies peu-
i"6 LES BASES SCIENTIFIQUES DÉ L’ÉDUCATION PHYSIQUE
dant quatre années sur les enfants de troupes de l’école Saint- Hippolyte et de Montreuil 1 .
• Il a constaté une réelle supériorité physique des enfants élevés dans ces écoles sur les enfants de troupe de même âge, de treize à dix-huit ans. Cette supériorité se manifeste par une plus-value sur le périmètre thoracique, le poids et la taille abstraction faite des différences ethniques.
Le poids a bénéficié le premier de lâ bienfaisante influence du milieu, puis le périmètre a atteint son augmentation maximum en même temps que le poids. Dès le premier semestre, la taille a éprouvé un rapide accroissement, mais le maximum n’a été obtenu qu’à la fin du quatrième semestre, un au après le maximum du poids et du périmètre.
C’est à la fois à l’influence des conditions hygiéniques, alimentaires et gymnastiques, que sont dus les changements favorables ; l’augmentation du périmètre est attribuée surtout à la somme considérable des exercices: gymnastiques.
Influence des saisons. — L’influence des saisons est indéniable; elle s’est exercée, à tous les âges, aussi bien sur le développement en poids et en périmètre que sur l’augmentation de la taille.
La somme des accroissements de la taille observée pendant les semestres d’été était constamment plus élevée que la somme totale des accroissements observés pendant les semestres d’hiver.
Le poids a acquis son maximum d’augmentation pendant l’hiver.
Loi des accroissements de la taille, du poids et du périmètre thoracique. — Les accroissements successifs de la taille et du poids ainsi que ceux du périmètre thoracique suivent une certaine loi. Il existe, au commencement de l’adolescence, une période de croissance rapide. Cette période est, pour la taille et le périmètre, de quinze à seize ans et, pour le poids, un an après; elle paraît coïncider avec celle de la puberté. Elle a été suivie d’une période de croissance moindre ; par conséquent,
1. Dr Cartier, Recherches anthropométriques sur la croissance. Influence de l’hygiène et des exercices physiques.
comme on l’admet généralement, la croissance de treize à dix-huit ans s’opère par périodes alternatives d’activité et de ralentissement.
Le rapport entre le poids et la taille augmente avec l’âge et croît à chaque âge avec la taille comme chez l’adulte, mais sans qu’il soit possible de fixer l’augmentation de poids qui revient à chaque centimètre de taille en plus.
Inversement, les périmètres les plus élevés relativement à la taille sont ceux qui correspondent aux tailles les plus basses ; le plus faible rapport se rencontre presque toujours dans les tailles les plus élevées, il ne serait pas juste, néanmoins, de dire que ce rapport diminue d’une façon plus ou moins régulière au fur et à mesure que l’on remonte l’échelle des tailles. Ces observations de M. la D r Carlier sont extrêmement intéressantes.
Harmonie du squelette. Déformation par les attitudes et les mouvements. — La beauté corporelle ne dépend pas des dimensions de la taille, mais des proportions et des rapports des parties du corps. Toute déformation des os, toute disproportion des masses musculaires se manifeste par une difformité. L’exercice mal dirigé, les professions manuelles, la pesanteur s’exerçant dans diverses attitudes, le vêtement mal adapté à la forme du corps sont des causes de déformation du squelette et des raisons de désharmonie.
Les attitudes maintenues longtemps ont plus d’effet sur les déformations du rachis que' les mouvements dissymétriques. Plusieurs auteurs n’admettent même point les déviations par défaut d’équilibre musculaire, si ce n’est les déformations de l’épaule.
Cela est vrai en partie, on voit beaucoup moins de déviations chez l’ouvrier exécutant des mouvements dans de mauvaises attitudes que chez des écoliers et des hommes de bureau demeurant immobiles toute la journée. Les déviations ont toujours une cause essentielle : un trouble de nutrition dans le système osseux; aussi, une gymnastique générale qui a un effet hygiénique certain remédie-t-elle en partie à ce trouble de la nutrition et devient-elle quelquefois, en augmentant les forces du malade, un correctif suffisant, .sans
Desieny. — Bases scieDt.
faire appel à aucun autre traitement spécial. Il est néanmoins
Fosse pariétale
Fosse cérébelleuse Atlas (l r * vert, cervicale)
Vertèbres cervicales
Colonne vertébrale
Trous de conjugaison Canal vertébral
Vertèbres lombaires.
• 74. 1 Section de la colonne vertébrale montrant les courbures nor¬
males du rachis.
plus certain de faire agir les-deux effets parallèlement : fortifier le corps par des exercices hygiéniques et provoquer une
nutrition plus active dans les parties faibles par une gymnastique spéciale.
Toute déviation du rachis définitivement constituée est la conséquence de la déformation des vertèbres ; les corps vertébraux n’ont plus leur forme cylindrique, ils s’applatissent; là nutrition semble s’être ralentie d’un côté par suite d’une compression exagérée et augmentée de l’autre, par suite
Fig. 75. — Exemples de la déformation des corps vertébraux dans une déviation du raebis.
d’une sorte de raréfaction ou de dilatation du tissu osseux (fig. 78).
La déformation des vertèbres est accompagnée d’une torsion des corps vertébraux les uns sur les autres, et la gymnastique orthopédique n’a plus d’effet sur une déviation arrivée à ce degré. Il en est tout autrement lorsqu’il n’y a pas encore déformation osseuse. On obtient un résultat certain avec les attitudes actives, en localisant la contraction dans les J groupes musculaires faibles, de façon à provoquer volontairement une réduction des courbures et à maintenir les muscles redresseurs contractés et raccourcis.
Malheureusement, on ne peut agir ainsi lorsque les os sont malléables, les ligaments relâchés et les muscles insuffisants; on est obligé de laisser le malade immobile, couché
dans une position favorable, de comprimer certaines parties de son thorax ou même de faire porter le poids du tronc et
des membres supérieurs par des corsets ou des supports
Fig. 76. — Travail à l’établi, scie à refendre (efforts fléchissants).
extérieurs. Ces traitements sont du domaine de la chirurgie orthopédique *.
La division du travail dans les ateliers a amené la spécialisation demandant le maintien de la même attitude avec des efforts constamment répétés et localisés.
Le tourneur, le
sculpteur, l’ajusteur, le menuisier, la blanchisseuse restent
debout et font constamment des efforts des fléchisseurs du
tronc. Le vigneron travaille fléchi; il est voûté à 40 ans; les, couturières travaillent assises à la machine à coudre ; les
mineurs, les raboteurs de parquets, toujours accroupis, ont la colonne vertébrale fléchie. On voit au musée Orflla le squelette de Séraphin, le fameux montreur d’ombres chinoises, c’est un exemple frappant de cyphose professionnelle (fig. 96).
Le travail à l’établi (rabot et scie) penche la tête à gauche, produit un développement exagéré des muscles de l’épaule droite et du grand pectoral correspondant. La colonne vertébrale se dévie et présente une concavité droite de la région dorsale. Le bras droit est plus fort, les doigts sont déformés et fléchis, la jambe gauche est arquée, le bassin s’élève de ce côté, le pied droit appuie sur son bord interne (fig. 76 et 77).
Le sculpteur fait des efforts qui soulèvent l’épaule gauche et la développent. Chez lui la colonne vertébrale présente une
L 'Voir Kirmisson, Les déformatu pendant l’enfanc-, et l’adolescence.
acquises de l’appareil locomoteur
double courbure; le bras droit est plus exercé que le gauche et le poignet comprimé par l’outil s’élargit transversalement.
Le tournenr a l’épaule gauche abaissée, la tête penchée à gauche. L’épaule droite surélevée est plus forte, la colonne vertébrale se dévie et présente une convexité à droite. La pédale développe le membre inférieur gauche, élève le bassin du côté gauche, et la jambe droite portant le poids du corps tend à s’ar-
Fig. 77. — Travail à l'établi. Le rabot (effort 9 uer - fléchissant).
Les tapissiers
sont toujours accroupis, la tête et. le tronc penchés en avant, les bras ne s’exercent pas, et les jambes sont toujours pliées sans mouvements 1 .
Au contraire, les terrassiers chargeant des tombereaux à la pelle, les femmes portant des fardeaux sur la tête ont le buste absolument droit, car ils font des efforts constants pour se rectifier (fîg. 79 et 80).
Dans les sociétés de gymnastique parfois les jeunes gens s’entraînent exclusivement aux exercices de grimper, les bras serrés contre la poitrine par la contraction des muscles pectoraux ; l’effet de cette étreinte constante est de voûter le dos si on ne la contrebalance pas par d’autres mouvements correctifs. Les masses musculaires abaissant le bras, portant l’épaule en avant et affaissant la poitrine sont devenues prépondérantes, et l’équilibre des pièces du squelette est rompu :
1. Observations faites dans les écoles professionnelles d’apprentis de la Ville de Paris.
on évolue vers le type du grimpeur représenté par les grands singes. Les velocipédistes ne sont pas mieux partagés sous ce rapport, nous en reparlerons à propos du vélocipède. Généralement les contractions ne se prolongent pas assez pour produire une déformation osseuse ; les mêmes muscles ne peuvent toujours travailler, ils se fatiguent, se relâchent ou s'atrophient.
Dans l'organisme, certains muscles, dont la contraction per-
Fig. 78. — Travail à l’étau. La lime Fig. 79. — Manœuvre de la pelle (effort fléchissant). (effort de redressement).
manente serait nécessaire à la station debout, sont remplacés par des ligaments limitant les mouvements articulaires, ces ligaments doivent se distendre pour qu’il se produise une déformation osseuse.
Ne voit-on pas des contractures persister très longtemps dans les muscles sans amener aucune déviation? Il faut donc lé concours de la pesanteur agissant d’une façon constante et, de plus, un trouble de nutrition dans les os pour provoquer une déformation.
Pour ces raisons on ne saurait trop surveiller les attitudes habituelles des enfants au moment de l’ossification du squelette.
Les enfants portés toujours sur les bras par leurs nourrices
contractent des déviations de la colonne vertébrale. Les mauvaises stations debout ou assises pour écrire sont aussi des causes certaines de déformations.
Tout s’enchaîne dans l’équilibre du squelette; une déformation des membres inférieurs peut amener une déformation du bassin et de là une déformation du rachis et du thorax. Ce sont les déformations secondaires dites compensatrices. L’usage d’une béquille rompt la symétrie de tout l’appareil locomoteur.
Les pressions des os les uns sur les autres ont une grande influence sur leur nutrition.
On peut expliquer certaines déviations par l’action mécanique de la pesanteur sur la colonne vertébrale; mais il ne faut pas raisonner à priori, comme on le ferait sur une tige inerte ; les éléments vertébraux vivent, ils réagissent à leur façon, on ne peut prévoir ces réactions, il faut observer ce qui se passe dans chaque cas.
Stations debout bonnes et mauvaises ; déformations ET INCURVATIONS DUES A LA PESANTEUR.
— La station debout correcte, pour demander le minimum d’effort, doit amener tous les segments osseux dans le prolongement l'un de l'autre avec le moins de contractions musculaires. La projection horizontale du corps doit être réduite à une surface minimum. C’est l’attitude droite prise contre un mur vertical en faisant toucher la nuque, le dos, les fesses et les talons (fig. 85). Pour peu que l’on abandonne cette attitude, on voit se produire immédiatement une mauvaise répartition des efforts musculaires, les pressions ne s’équilibrent plus, et les rapports des ôs varient, entraînant un changement de forme du corps. Les courbures vertébrales s’accentuent et amènent une diminution de la taille.
Ces courbures se produisent d’avant en arrière et latéralement.
La courbure exagérée ou ensellure projetant le ventre en avant est accompagnée de la voussure du dos et d’une exagération dans la courbure cervicale (fig. 86). Toutes ces courbures
Fig. 81. — Boxe française (effort du Fig. 82. — Vélocipède
redressement du tronc). (attitude fléchissante).
sont solidaires, elles ont pour but de ramener le centre de gravité du tronc au-dessus de la base d’appui, représentée par la ligne des têtes fémorales.
Il faut les combattre dès le début; une fois formées, elles ne
Fig. 83. — Lutte (efforts Fig. 84. — Canotage
fléchissants), d’après Clias. (efforts de redressement).
tendent ensuite qu’à s’exagérer^ Cela se comprend : l’effort, pour maintenir en équilibre deux segments osseux qui supportent le poids du corps, est minimum si ces segments sont dans le prolongement l’un de l’autre ; cet effort augmente lorsque l’angle des deux segments diminue (fig. 8b) ; de même
un arc chargé à son extrémité faiblit de plus en plus avec l’augmentation de sa courbure (fig. 87).
Fig. 85. — Bonne el mauvaise sta- Fig. 86. —Ensellure avec voussure tion droite. du dos et saillie de l’abdomen, d’a¬
près un cliché de M. Londe (hôpital de la Salpêtrière).
Il en est de même de la colonne vertébrale. La voussure du dos a pour conséquence rabaissement de la tête, mais nous tendons instinctivement à avoir le regard horizontal, nous redressons la tête à cet effet, en exagérant la courbure cervicale. Pour rectifier la partie cervicale du rachis, il faut alors serrer le menton au cou, puis faire un effort dans cette position pour relever la tête avec le cou sans relever le menton (fig. 88).
Il suffit de porfer des chaussures avec de hauts talons pour être forcé de fléchir les genoux et les cuisses, le bassin est alors mal orienté, et toutes les courbures du rachis s’exagèrent (fig. 89).
LES BASES SCIENTIFIQUES DE l’ÉDUGATION PHYSIQUE
Fig. 88. — Montrant la manière efficace de rectifier la région cervicale du rachis.
I. Tête .fléchie en arrière sur le cou sans entraîner l’extension de ce dernier (mouvement défectueux). — 2. Extension du cou ramenant le redressement de la tête (mouvement ntilé). — 3. Extension de toutes les régions du rachis; la nuque, le dos et les fessiers appuyés contre un plan vertical.
Fig.89. — Influence des hauts talons sur la mauvaise attitude générale du corps.
Stations assises bonnes et mauvaises. — Les déformations du rachis se produisent ' aussi bien assis que dans la station debout; il suffit pour cela de prendre une mauvaise position sur son siège ou de se servir de sièges défectueux.
Dans une bonne station assise, le corps doit reposer sur les cuisses et les deux fesses, il doit être d’aplomb sur le siège en effaçant les courbures vertébrales. Il faut éviter de se tenir droit en exagérant la courbure lombaire, ce qui aurait tous les inconvénients de l’ensellure en station droite. Pour bien des maîtres, se tenir droit, c’est cambrer les reins, exagérer la courbure lombaire et faire saillir le ventre (fig. 90). Si le corps se penche en avant, il tend à se
On voit les genoux fléchis, voûter, il faut alors une action constante le bassin penché en avant, j i « ,
d’où enseiiure lombaire et des muscles extenseurs du rachis pour maintenir l’équilibre (fig. 90). Cet effort cesse si le dossier du siège et le siège lui-même sont légère-
ment inclinés en arrière ou si l’on prend point d’appui en avant sur la table (fig. 91).
L’attitude la plus mauvaise serait de se pencher trop en avant à cause de la distance trop grande qui séparerait le siège
Fig. 90. — 4. Bonne attitude assise ; — 2. Mauvaise attitude, dos voûté , —• 3. Mauvaise attitude, cambrure exagérée.
de la table, ou bien de s’asseoir sur le bord du siège le dos appuyé sur le dossier (fig. 92).
Cette dernière attitude se rencontre souvent chez les vieil-
Fig. 91. — Bonne attitude assise Fig. 92.—Mauvaise attitude assise donnant le maximum de repos sur le bord du siège (voussure du (dossier et siège légèrement in- dos), clinés).
lards. La voussure du dos s’accentuant., la tête s’abaisse et, pour la relever, le sujet s’asseoit de plus en plus au bord du siège, augmentant constamment sa cyphose et amenant ces voussures énormes que l’on rencontre chez de pauvres mendiants (fig. 93 et 94).
Le siège est encore défectueux dans bien d’autres cas . trop
Fig. 93. — Mauvaise attitude assise Fig. 94. — Pianiste se courbant en (dos voûté), avant à cause de la myopie.
étroit et incliné en avant, il ne repose point, il ne neutralise
Fig. 95. — Voussure du dos (cy- Fig. 96. — Cyphose par mauvaise
phose sénile) d’après un cliché de attitude. Colonne vertébrale de M. Londe (hôpital de la Salpê- Séraphin présentant une voussure trière). généralisée et une soudure des
vertèbres (Musée Dupuytren).
pas les contractions musculaires ; trop haut, il laisse pendre les
ISO
jambes, ce qui fatigue les ligaments des articulations ou nécessite des contractions pour empêcher les surfaces •articulaires de se disjoindre ; trop bas, il oblige la flexion des jambes,
Fig 97. — Sièges défectueux.
I. Trop étroit et incliné en avant; — 2, trop élevé; — 3, trop bas.
fléchit la colonne vertébrale et comprime les viscères abdominaux (fig. 97).
Déviations latérales dans les attitudes non symétriques. — Les déviations latérales se produisent dans des attitudes non symétriques du corps, la station hanchée et la station unifessière.
Station hanchée. — La station hanchée fait porter le poids du corps sur une seule jambe, la hanche opposée est abaissée, et la jambe correspondante fléchie ; la ligne des hanches est oblique et, pour rétablir l’équilibre, la ligne des épaules s’incline en sens inverse. De là une incurvation générale du rachis avec convexité à gauche pour le hancher sur la jambe droite (fig. 98).
Station unifessière ; déformations scolaires dues a la mauvaise attitude pour écrire. — Dans la station assise unifessière les choses se passent de même.
Les professeurs d’écriture et les instituteurs, n’ayant généralement aucune notion de statique, obligent leurs élèves à tenir leurs cahiers droits, c’est-à-dire parallèles au bord des pupitres. Pour l’écriture courante inclinée dite anglaise, l’élève est donc forcé de se pencher à gauche et de faire reposer le poids du
corps sur la fesse gauche et le .coude gauche. L’épaule gauche
Fig. 98. — Station hanchée sur la jambe droite et station de l’écolier sui le fessier gauche provoquant les mêmes flexions latérales du rachis.
est élevée ainsi que [la hanche droite tandis que la hanche
Fig. 99. — Déviation latérale de la Fig. 100. — Scoliose ancienne à trois colonne vertébrale provoquée par courbures,
une mauvaise attitude prise en écrivant.
gauche et l’épaule droite sont abaissées. De là une incurvation
latérale du rachis présentant sa convexité à gauche (fig. 100).
Cette attitude, maintenue pendant les longues heures de classe, peut occasionner une véritable difformité, la scoliose classique (fig. 99 et 100) à courbures de compensation.
Plusieurs médecins ont pris la question à cœur et out rompu des lances pour faire cesser cet état de choses dans les écoles primaires, mais leur parole n’a guère été entendue, malgré les chiffres éloquents qu’ils ont donnés comme preuve de l’influence néfaste des attitudes scolaires.
M. Daily a constaté la fréquence des déviations chez les sujets un peu grands et une proportion de quinze à un chez les filles et les garçons, surtout chez les institutrices 1 .
D'après l’enquête très sérieuse faite par le D r Sholder 2 dans les écoles de Lausanne 23 et 26 p. 400 des filles, c’est-à-dire le quart environ de la population scolaire ont contracté une scoliose à l’école.
De plus, ceci est très démonstratif et prouve bien l’influence des attitudes scolaires, le nombre des scolioses observées augmente avec celui des années ; à treize ans on trouve 37,7 p. 100 de filles et 26,3 p. 400 de garçons seoliotiques. Ces chiffres sont en rapport avec l’accroissement du nombre des myopes et sont caractéristiques.
Tout au plus a-t-on réformé le matériel et l’a-t-on mis en rapport avec la taille de lelève. La chose s’aggrave en effet, si à
1. Daily, Déformations scolaires de la colonne vertébrale, 1879.
2. Les déviations de la colonne vertébrale dans les écoles de Lausanne , par les D rs Sholder, Weith et Combe.
Fig. 101. — Attitude penchée et défectueuse de l’écolier à qui qn impose de tenir son cahier droit devant lui (cause de la scoliose ; vue d’en haut).
l’incurvation latérale vient s’ajouter la voussure du dos par suite de la faible hauteur des tables ou de l’écartement de la table et du banc.
M. Desnoyers, professeur d’écriture, a fait les mêmes constatations et ajppelé dernièrement l’attention du corps médical sur ce point 1 .
Il serait bien simple d’é-, viter ces inconvénients en faisant reposer l’élève également sur les cuisses et les deux fesses et également aussi sur les deux coudes, le corps restant bien droit.
La direction et l’orientation du papier seraient données en conséquence ; les jambages deviendraient presque perpendiculaires au bord de la table, le papier étant incliné pour faciliter les Fig. 402. — Attitude correcte de I’éco- mouvements de la main lier inclinant son cahier pour l’écri- ,inc)\
ture courante, vue d’en haut. (."§>•
Il est plus sûr de prévenir ces difformités que de chercher à les guérir une fois confirmées, nous en avons vu la raison dans les déformations des os.
Déformation des membres. — Le squelette présente encore bien d’autres déformations pouvant influer sur les courbures du rachis : les pieds-bots, les genoux cagneux, les lésions de l’articulation coxo-fémorale produisent soit des déformations du bassin, soit des orientations anormales de cette ceinture osseuse. Il en résulte des modifications dans les courbures vertébrales ; elles sont dues spécialement à l’action de la pesanteur.
Toutes ces déformations du squelette nuisent au bon fonctionnement des organes locomoteurs, à leur solidité et reten-
1. Desnoyers, Comptes rendus du Congrès international de l'Education physique de 1900.
lissent également sur la vitalité des organes contenus dans le thorax ou l’abdomen. Il y a donc intérêt à les éviter dans l’éducation première.
Il faut veiller à ne pas faire marcher les enfants trop tôt ni trop longtemps. Le pied doit reposer sur le sol par la plante, sans porter ni en dedans ni en dehors, la chaussure ne doit pas avoir de hauts talons, ce qui ferait marcher sur la pointe; la jambe doit s’étendre sur la cuisse, l’abdomen doit être aplati, le bassin ne doit pas se renverser en avant, le thorax doit se bomber, les courbures vertébrales être effacées, la tête droite. Nous reviendrons bientôt sur ces points particuliers.
| 3. — Modifications du système musculaire.
Utilité d’un développement musculaire modéré. — La force musculaire est naturellement liée au développement du muscle. C’est une condition d’activité dans la vie de relation; il n’y a pas de fonctions sans organe. Le muscle est le siège d’échanges nutritifs intenses ; la masse des muscles est une part importante du poids du corps, la circulation y est activée, et le mouvement s’accompagne de production de chaleur.
Le développement des muscles est, pour cette raison, une condition essentielle de.santé.
Inconvénients d’un développement exagéré. — Mais faut-il rechercher un développement excessif des muscles, ne vaut-il pas mieux se borner à obtenir une musculature moyenne ?
L’hérédité joue certainement un rôle essentiel dans le tempérament athlétique, et l’on voit quelquefois des hommes posséder
Fig. 103. — Sujet présentant des déformations multiples du squelette et une déchéance physique caractérisée (coxalgie et rachitisme.
Hôpital des Enfants-Malades).
Demeny. — Bases scient.
des muscles d’hercule sans pour cela les exercer. Si l’on n’est pas doué du tempérament athlétique, y a-t-il avantage à chercher à l’obtenir par l’exercice? Nous ne le croyons pas. Il ne faut pas forcer la nature et attirer spécialement la nutrition dans le système musculaire. Un homme conformé en athlète, possède en même temps un développement parallèle des organes de la nutrition, appareil digestif, poumon et cœur ; mais celui qui hypertrophie ses muscles par un travail gymnastique spécial n’est plus dans les mêmes conditions physiologiques. Le muscle se développe plus vite que les autres organes, et il peut résulter de cet accroissement une disproportion fâcheuse entre les organes du mouvement et les organes servant à la réparation du travail. La prédominance du système musculaire détourne une somme considérable d’activité au détriment des autres systèmes; le muscle ne fait que dépenser, il n’a pas en lui la source de réparation ; cette force apparente est en réalité une pauvreté, une déséquilibration. La santé des athlètes n’est pas enviable, la phtisie ne les épargne point. On voit dans Galien et Hippocrate de vives critiques sur la dépravation des athlètes anciens. Ils étaient d’une gloutonnerie repoussante, avalaient une quantité prodigieusè d’aliments et mettaient un temps énorme à les digérer. Leur activité cérébrale était pauvre et endormie, ils étaient dominés par des besoins brutaux, et leur seule ambition était de satisfaire leur vanité dans les luttes ou. des efforts stériles.
Les temps ont changé, l’athlète est devenu l’artiste forain, laissons-le sur le champ de foire, et n’envions pas ses biceps s’ils sont incompatibles avec la puissance intellectuelle et morale, les vraies forces dirigeantes à notre époque. Vouloir rétablir la brutalité, athlétique, e’est faire le plus grand tort au développement de l’éducation physique; la perspective de l’acrobatie n’a guère d'attraits pour un penseur. Il faut se rappeler que la véritable application de la gymnastique n’est pas dans le gymnase, mais, chaque jour, dans la lutte pour l'existence. ■
. Du reste, la force musculaire ne dépend pas uniquement de la grosseur des muscles : on voit des hommes musclés sans exagération, être doués d’une force musculaire considérable. Les musctessont les serviteurs de la volonté, le degré d’intensité de
leur contraction dépend de l’excitation nerveuse qu’ils reçoivent.
Ceux qui produisent le plus de travail ne sont pas toujours ceux qui possèdent les plus gros muscles ; il ne faut pas confondre la force musculaire avec la résistance à la fatigue, liée, comme nous l’avons vu, aux phénomènes intimes de la nutrition.
Les grosses masses musculaires sont un élément même de perte de travail à cause de leur inertie.
Harmonie du système musculaire. -— L’équilibre est rompu chez ceux qui sont relativement trop musclés, comme chez ceux
qui présentent une atrophie générale ; l’éducation doit avant tout rechercher cette harmonie au lieu de viser à l’exagération, et il existe pour chacun un rapport entre le poids des muscles et la taille qu’il ne faut pas raisonnablement dépasser.
On voit dans les cirques des gymnastes adonnés aux exercices spéciaux des anneaux ou des poids avoir une charpente relativement faible recouverte de muscles monstrueux ; ce sont là des anomalies fort laides. D’autres répètent constamment les mêmes mouvements au moyen d’âppa-
reils à ressort. Ils arrivent ainsi à une hypertrophie étonnant lés badauds; ils servent de réclame vivante aux marchands. Ils développent leurs muscles comme on cultive chez un mouton la laine ou la viande à l’exclusion du reste.
Fig. 104. — Sujet ayant obtenu une hypertrophie des masses, musculaires des membres en cultivant exclusivement des exercices spéciaux (appareils à ressort). — On peut constater la disproportion entre le développement de son thorax et celui des bras et des jambes.
Pour juger du peu d’harmonie
qui résulte de ces moyens factices, il suffirait de faire courir un de ses monstres aux formes athlétiques : on serait étonné de voir, combien ces masses charnues sont incapables de produire du travail (fig. 104).
Tous ces inconvénients disparaissent avec un développement moyen du système musculaire. Il n’y a alors qu’avantages au point de vue de la santé et de la vigueur; l’activité musculaire est le meilleur moyen de calmer l’excitabilité exagérée du système nerveux; cette influence calmante de l’exercice modéré sur les centres nerveux le rend précieux pour l’homme d’étude, tandis que l’exercice violent excite et dispose peu aux travaux de l’esprit.
Il est plus intéressant et plus pressant d’élever la moyenne de la vigueur de la population plutôt que de former un petit nombre d’athlètes. La gymnastique générale nous donnera des résultats certains et des hommes harmonieusement développés. A ce point de vue on peut classer les hommes en séries bien tranchées.
États divers du développement des muscles. — Ceux qui n’ont jamais fait de gymnastique et n’ont pas de métier manuel présentent une atrophie générale du système musculaire et des atrophies partielles de certains muscles. Dans la station droite en effet, à moins d’efforts ou de résistances à vaincre, le poids du corps remplace l’action des fléchisseurs du tronc, le poids des bras l’action des adducteurs de l’humérus et des extenseurs de l’avant-bras.
Les muscles fixateurs de l’omoplate en arrière, qui s’opposent à leur écartement de la ligne médiane et à leur éloignement du thorax, ne sont jamais énergiquement mis en jeu dans la vie ordinaire, il faut faire des exercices spéciaux, vaincre des résistances horizontales pour les développer. Ces muscles, les plus utiles à la bonne attitude, sont justement les plus faibles et les plus atrophiés; de là résultent les conformations si laides signalées plus haut.
D’autres personnes ne font pas de gymnastique proprement dite, mais elles ont un métier manuel ; nous avons vu les inconvénients résultant d’un travail professionnel spécial localisant les efforts dans un groupe restreint de muscles.
D’autres font bien de la gymnastique, mais une gymnastique spéciale ; ils se livrent exclusivement à des exercices de grimper, de suspension ou d’appui, au saut, à la pratique des poids lourds, à la lutte, à l’escrime.
Bien peu d'exercices spéciaux comportent un développement harmonieux, ils ne sont pas assez complets et ne répartissent pas le travail également sur tout le corps. Si l’on en excepte la natation, la boxe française, le canotage et quelques jeux gymnastiques, les autres ne doivent pas être pratiqués seuls, pour éviter les inconvénients de la spécialisation.
Avantages de la gymnastique générale. — La gymnastique générale au contraire nous donne l’harmonie du système musculaire sans laquelle il n’y a ni beauté, ni équilibre des forces.
Mais il faut bien s’entendre, le mot gymnastique a été si mal employé qu’il demande une explication. Nous ne la restreignons pas aux exercices de locomotion avec les mains, ni aux mouvements extraordinaires ou anormaux ; nous comprenons tous les exercices qui perfectionnent l’être humain et lui servent dans l’application : aussi bien la marche et la course que le maniement des fardeaux et des armes, le grimper, la natation, le canotage et le lancer ; la gymnastique comprendrait même pour nous les jeux gymnastiques ou sports athlétiques.
Lois du développement des muscles. — Le développement des muscles dépend évidemment de l’activité de ces organes ; il est de connaissance vulgaire que le repos atrophie le muscle ; mais on connaît moins l’influence du mode d’activité sur la forme de l’organe, et pourtant il y a beaucoup de manières d’exécuter les mouvements et de contracter ses muscles. Les contractions peuvent être vives, lentes, statiques ou sans mouvement, dynamiques ou avec déplacement.
Il y a encore à considérer : 1° l’intensité de la contraction ; 2° l’amplitude du mouvement produit ; 3° la durée de la contraction ; 4° la répétition ou fréquence de cette contraction, pour avoir idée des lois du développpement des muscles.
Influence de l’intensité des contractions sur la grosseur des muscles. — L’intensité de la contraction dont un muscle est susceptible dépend, pour la même excitation nerveuse, de la section de ce muscle.
Chaque fibre musculaire est susceptible d’un effort; autant de fibres dans la section du muscle, autant de fois cet effort
198 LES BASES SCIENTIFIQUES DE l’ÉDÜCATION PHYSIQUE
élémentaire, de là proportionnalité entre la force d’un muscle, c’est-à-dire le poids qu’il peut soulever, et sa section.
Le muscle grossit en exécutant des contractions énergiques et il devient plus dense, il durcit.
Tout adolescent a tâté et mesuré son biceps, il a jugé sa force et la valeur des exercices à la grosseur de ses muscles.
Il y a du vrai dans cette constatation naïve, cependant le muscle ne grossit pas toujours, il atteint vite une limite maximum sans pouvoir la dépasser ; cette limite dépend de la nature du musele et du travail effectué.
Les constitutions pléthoriques et sanguines, lesraces blondes flamandes sont susceptibles d'un très fort développement musculaire, tandis que les Arabes, les bruns à tempérament sec, auront toujours les muscles grêles, très contractiles et très durs.
Ils sont cependant énergiques les uns et les autres.
Le muscle ne peut toujours travailler, l’excès d’activité altère sa nutrition, et il dépérit par suite de fatigue; son tissu contractile fait place à une proportion plus grande de tendon, ,c’est la vieillesse du muscle, comme nous avons vu la vieillesse des os.
On est étonné de ne ne pas trouver un grand développement musculaire chez les débardeurs ou déchargeurs de bateaux, qui donnent quotidiennement une somme de travail énorme. Cela s’explique par la dépense excessive et la réparation insuffisante, il y a état de surmenage constant.
Le muscle s’accommode mal d’un travail continu, et la meilleure condition pour le développer, c’est de lui faire exécuter des contractions énergiques répétées fréquemment sans aller jusqu à la fatigue et séparées par de longues périodes de repos.
Le mieux est d’exécuter lentement les contractions et d’obtenir ainsi un raccourcissement complet du muscle sans à-coups. <4
On obtient un effet très rapide avec les appareils élastiques | formés de câbles de caoutchouc fixés au mur et terminés par des poignées ; ces appareils font porter justement la contraction sur les muscles spéciaux en relâchant leurs antagonistes et, quelles que soient la direction et la vitesse du mouvement, ils présentent toujours une résistance constante à vaincre, sollicitant l’action continue du muscle avec un degré moyen d’intensité.
Ruptures dues a des contractions excessives. — Il faut se gar-
der de faire dès contractions trop énergiques ; l’énergie de la contraction peut même dépasser la résistance des tissus et des os.
. Lorsqu’on fait un faux pas, on cherche à rétablir son équilibre compromis par des contractions soudaines et très intenses, il n’est pas rare de voir se produire des déchirures d’aponévroses, des ruptures du tissu musculaire et même des os.
Je me rappelle un accident assez curieux : un moniteur de gymnastique se déchirale pectoral en faisant un rétablissement en force à la barré fixe. Le sujet était habillé, gêné dans ses mouvements, il faisait froid, le mouvement avait été commandé par un supérieur devant des spectateurs de marque ; l’amourpropre était fortement surexcité, il fallait réussir. La volonté ne faisait pas défaut, mais les organes étaient insuffisants pour lui obéir. L’accident eut des suites graves, il se déclara un phlegmon de l’aisselle, et le malheureux gymnaste faillit perdre le bras. Autre exemple : en août 1903, un professeur de quarante-cinq ans, non entraîné, Se déchire le long chef du biceps dans un rétablissement en force à la barre fixe.
Le froid est certainement pour beaucoup dans la difficulté de la contraction, il produit un engourdissement que la volonté ne peut vaincre. 11 faut l’éviter en se couvrant chaudement de maillots de laine lorsque l’on veut faire des exercices de force, l’hiver, par une basse température.
En resserrant les vaisseaux périphériques le froid empêche le sang d’affluer au muscle comme le ferait la ligature d’une artère.
En résumé l’intensité moyenne des contractions et les repos fréquents sont la condition la meilleure de nutrition du muscle ; il ne faut pas demander aux muscles de produire des efforts qui ne sont pas en rapport avec leur section et les exciter à se raccourcir sous des charges exagérées.
Influence de l’amplitude des mouvements sur la nutrition du, muscle. — L’amplitude du mouvement produit par un muscle dépend de la quantité dont il se raccourcit sous l’effort de la volonté. La fibre musculaire est capable en se contractant de se raccourcir du tiers de sa longueur, la course totale dont le muscle est susceptible dépend ainsi de là longueur de la partie contractile, de la partie rouge du muscle ; c’est environ le tiers de cette partie. Pour conserver la longueur des faisceaux mus-
culaires dans toute leur intégrité, il est indispensable de les exercer en leur faisant parcourir toute l’étendue du raccourcissement dont ils sont susceptibles, étendue en rapport avec l’amplitude complète des mouvements articulaires.
Cette contraction complète des faisceaux musculaires est le seul moyen d’obtenir l’irrigation du tissu par un sang pur 1 .
Adaptation du muscle a la forme du travail. — Deux muscles peuvent effectuer un même travail sous deux formés différentes. L’un soulèvera un poids de 20 kilogrammes à 15 centimètres de hauteur,, l’autre un poids plus faible de o kilogrammes à
Fig. 105. — Montrant l’adaptation de la forme du muscle à la forme du travail habituel.
On voit deux muscles produire la même somme de travail ; mais l’un soulève un poids quatre fois plus lourd à une hauteur quatre fois moindre, de là les sections et longueur des muscles différentes.
une hauteur plus grande, 60 centimètres. Le même travail mécanique aura été accompli, à savoir 30 kilogrammètres : 20 ks X 0 m ,15 ou 5^ x 0 m ,60. Dans le second cas l’effort fait aura été quaLre fois plus petit, mais le déplacement ou le raccourcissement du muscle quatre fois plus étendu. Si deux muscles identiques travaillent constamment ainsi, ils s’àclapteront à la forme du travail qu’on leur fait exécuter ; celui qui fera
1. Voir les effets de la pleine contraction par Macdonald Smith (Congrès de Liège 1905).
COXbtTtOXS ESTHÉTIQUES DE L’EXERCICE 201
les contractions les plus intenses grossira de section, mais celui
Fig. 106. — Muscles de la cuisse et de l’avaut-bras montrant la structure charnue du couturier G et la longueur relative des tendons des muscles fléchisseurs des doigts, en rapport avec l’étendue des mouvements.
qui fera les mouvements les plus étendus augmentera de longueur et prendra la forme de fuseau.
Le poids des deux sera le même, la forme seule sera diffé-
rente; le poids est proportionnel au volume, au produit de la section par la longueur, c’est-à-dire au travail.
M. Marey a insisté sur la simplicité de cette loi et expliqué ainsi la forme des masses musculaires réparties sur le squelette des animaux 1 .
Les muscles gros et courts correspondent aux efforts intenses avec un mouvement réduit ; les muscles longs et grêles sont chargés de donner une grande étendue de mouvement aux segments osseux sans produire une grande force. Les muscles de la mâchoire et les muscles des doigts sont des exemples de cette différence de structure.
Le couturier doit se raccourcir beaucoup pour fléchir la jambe, il est long et grêle. Le pectoral produit les efforts énergiques d’étreinte, sans grand mouvement, il est court et charnu.
Quand les mouvements diminuent Fig. 107. — Montrant d’amplitude, le muscle change de forme, les rapports de la le tendon semble s’allonger, mais, en SïdTs adducteurs réalité > ü 1 a atrophie partielle de la parde la cuisse avec l’é- tie charnue et diminution de sa longueur ; tendue du mouve- jj ne su Lsiste que la longueur de fibre nécessaire au mouvement, le reste disparaît, la portion de tendon devient ainsi relativement plus grande.
On voit ce fait se produire constamment dans des cas pathologiques, dans des ankylosés partielles, dans la vieillesse oùles mouvements sont restreints. Une bonne gymnastique doit veiller à entretenir dans toute sa vitalité la plus longue portion possible du corps charnu du muscle. Il faut combattre l’atrophie en longueur comme l’atrophie en épaisseur. C’est un moyen d’obtenir le maximum de souplesse dans les mouvements. L’enfant tout jeune a les mouvements de la jambe les plus étendus, il porte facilement le pied à la bouche, ses muscles
1. Voir C. R. Acad. Sc-, 12 sept. 1887. Revue scientifique, 3 juillet 1886. La Machine animale, ch. vin, p. 9àetsuiv., F. Alcan, 1873. Arch. de Physiologie, 1« janvier 1889, n° 1.
CONDITIONS ESTHÉTIQUES DE l’EXERCICE 203
sont longs. La dansense a un mollet charnu jusqu’au talon, grâce â la grande amplitude de l’extension du pied dans les exercices de pointe. Le vieillard, au contraire, a le mollet court et sec, s’arrêtant net à moitié jambe et terminé par une grande longueur du tendon d’Achille (fi g.
108 et 109). Le nègre n’a pas la saillie du mollet du blanc. Voir Marey (C. R., 12 septembre 1887)..
Exercices de force et exercices de vitesse. — Si l’on abuse des contractions intenses, si les muscles se contractent toujours en se raccourcissant, ils tendent à rester raccourcis, même dans le repos, et peuvent ainsi provoquer des déformations ou des attitudes vicieuses du squelette. Le terrassier serrant constamment le manche de la pelle a bien de la peine ensuite à ouvrir la main, ses doigts ne peuvent s’étendre, les fléchisseurs l’emportent sur les extenseurs.
L’athlète maniant des poids lourds à bras fléchis conserve l’avant-bras fléchi sur le bras, même dans le repos musculaire ; ceux qui portent de lourds fardeaux sur les épaules, ont cellesci surélevées. Les gymnastes toujours pendus à la corde lisse ont les pectoraux raccourcis et Tépaule attirée en avant.
Les exercices de force, la lutte,
Fig. 108. — Muscles du mollet montrant la proportion relative du tendon et du corps charnu (adulte normal).
les poids, le port des fardeaux, développent les saillies musculaires et donnent au corps le type athlétique.
Les exercices de vitesse, avec mouvements de grande amplitude des membres, la course, les sauts, la natation, le lancer, les exercices d’élan, l’escrime, développent les muscles en longueur et donnent au corps le type de vitesse plus fin et moins massif.
L’hercule et le gladiateur sont les produits de deux entraînements différents (fig. 112 et 113).
Le second est sans contredit plus élégant et plus complet ; il est fort et il est agile. L’hercule est embarrassé par sa masse ; terrible lorsqu’il étreint, il peut être très inférieur devant un adversaire qui ne se laisse pas approcher. Goliath a été terrassé par David.
Ces deux constitutions différentes se rencontrent chez les animaux de vitesse et de fond. Le cheval de trait et le cheval de course, le bœuf et le cerf sont adaptés ; l’un aux grands efforts
Fig. 109. — Mollet d’un vieillard et mollet de danseuse.
On voit la partie charnue, très restreinte chez le premier, descendre très bas chez la. seconde. Cette longueur du mollet se rapporte à l’étendue des mouvements.
lents et prolongés, l’autre aux grandes vitesses ; il suffit d’intervertir leurs fonctions pour voir les différences profondes qui les séparent. On n’attelle pas à un train express une épaisse locomotive destinée aux trains de marchandises.
Conséquences a tirer au point de vue du développement normal du corps. — Il faut tirer enseignement de ces observations
Fig. 110. — Apollon (forme Fig. 111. — Ascète (atrophie généefféminée.) raie des muscles.)
Fig. 112. — Hercule Farnèse (hyper- Fig. 113. — Gladiateur antique
trophie musculaire), type de la (finesse des formes), type de force, lorce statique. de vitesse et d’agilité.
naturelles et 'éviter les mouvements étriqués dans lesquels le muscle ne fournit qu’une partie de l’étendue du mouvement dont il est susceptible : nous nous garderons des contractions statiques prolongées, elles finissent à la longue par produire le rapprochement définitif des points d’insertion. Nous pourrons cependant les utiliser pour raccourcir certains muscles faibles et rétablir ainsi l’équilibre du squelette, équilibre rompu dans les mauvaises attitudes de l’épaule et du tronc.
Mouvements concentriques et mouvements excentriques. —Ling, le fondateur de la gymnastique en Suède, connaissait ces propriétés dés mouvements sur le développement des muscles, il distinguait les mouvements où les points d’insertion se rappro-
Fig. 114. — Différentes formes du travail musculaire.
I. Travail statique (contraction sans mouvement) ; — 2. Travail positif (contraction avec raccourcissement) ; — 3. Travail négatif ou résistant (contraction avec élongation).
chent de ceux où les points d’insertion s’éloignent. Dans les oppositions et les luttes, on résiste à un effort de l’opposant, et si cet effort est vaincu, le muscle se raccourcit ; c’est la contraction concentrique des Suédois. Au contraire, si la résistance à vaincre l’emporte sur l’effort musculaire, le muscle est étiré en étant contracté jusqu’à son allongement complet; c’est la contraction excentrique (fig. 114).
Cette dernière a la meilleure influence sur la nutrition de toute la partie charnuç du muscle ; elle doit être employée pour remédier aux inconvénients de la contraction concentrique trop souvent répétée dans les mouvements usuels. 11 faut choisir les exercices convenables pour améliorer la forme et pétrir le corps à sa convenance. Il ressort clairement de ces observations que l’amplitude du mouvement doit aboutir à la nutrition complète
du muscle et que les oppositions et résistances à vaincre nous permettent de varier les effets de la contraction musculaire en faisant travailler le muscle statiquement, ou bien en le raccourcissant ou bien en l’étirant 1 .
Influence de la durée de la contraction,- loi du rythme. — La durée de la contraction est en rapport avec la vivacité du mouvement et l’intensité de l’effort.
Plus l’effort est intense, moins la durée peut être grande : nous en avons expliqué la raison à propos de la fatigue ; voilà pour l’effort statique.
Dans un mouvement, il y a les masses des membres, celles du corps et des instruments ou appareils portatifs à mouvoir. Ces masses ont leur inertie, il faut un certain temps pour leur communiquer de la vitesse, ce temps ne peut être diminué sans inconvénients ; plus la masse à mouvoir est grande, plus il devient considérable. Le rythme ou cadence d’un mouvement périodique comme l’est celui de la jambe dans la marche, celui des bras portant un haltère ou une massue, doit varier avec la grandeur de masse à mouvoir.
Si l’on suspend une lourde pierre à une longue corde, une légère pression du doigt suffira à la faire osciller, mais il faudra un certain temps pour cela ; vous ne réussirez pas à l’ébranler en donnant un violent coup de marteau, vous en briserez une partie. Le choc du marteau est une action trop instantanée, localisée en un point de la pierre elle n’a pas le temps de se propager dans toute sa masse, tandis que le doigt produisant une pression faible mais durable, réussit à communiquer le mouvement en totalité.
Autre exemple : j’attache un fil à un poids léger, un demikilogramme; je tire brusquement sur le fil pour enlever le poids, le fil se rompt, et le poids n’a pas été remué. Je soulève au contraire le poids si je tire lentement et je puis même le charger encore sans casser le fil.
Dans le premier cas, le poids n’a pas été mis en mouvement, et cependant la traction du fll a dépassé de beaucoup la valeur du poids, mais cette traction n’a pas duré, le fil s’est rompu ; nous avons dépassé sa résistance.
1. Demeny. Nouvelle méthode d’exercice paie le mouvement complet continu et am'ondi. Société de Biologie et Congrès d'hygiène scolaire de 1910.
Dans le second cas, la traction a été beaucoup plus faible, à peine supérieure au poids à soulever, et cependant nous avons réussi à le mettre en mouvement en agissant lentement.
Il sepasse des choses analogues dans les mouvements brusques du tronc ou des membres, dans une détente, le coup de poing, le saut, où des masses importantes sont soudainement sollicitées par une contraction énergique et instantanée des muscles.
L’intensité de la contraction musculaire acquiert un degré considérable qui peut, nous l’avons vu, dépasser la limite de résistance des tissus. Les chocs fatiguent le muscle, le courbaturent. Ils doivent être évités et remplacés dans les mouvements éducatifs par des efforts continus et durables ; le muscle progressivement raccourci et ensuite mollement étiré, devient le siège d’une circulation active, propre à amener les matériaux de réparation et à entraîner les résidus des actions chimiques intimes.
Les mouvements saccadés et précipités sont incompatibles avec l’amplitude. Les mouvements vifs ne sont jamais complètement étendus, on les retient involontairement pour éviter le choc final : on.ne peut lancer vivement le bras en arrière et le laisser absolument libre ; le choc final à fin de course est aussi mauvais que le choc de départ. 11 porte sur les os et les ligaments, si la contraction soudaine des antagonistes ne vient pas arrêter la vitesse exagérée. L’élasticité du muscle absorbe heureusement une partie des chocs ; s’il en était autrement, les articulations seraient bientôt disloquées.
Le rythme est toujours l’élément le plus essentiel du mouvement. Il faut donner à la cadence une valeur en rapport avec la masse du segmenta mouvoir, plus lente pour les membres étendus que pour les segments partiels qui les composent, plus lente encore pour le tronc que pour les membres. Cette cadence doit être telle que le temps de repos permette la réparation dans la nutrition des tissus.
L ÉNERGIE d’un MOUVEMENT N’EST PAS SA PRÉCIPITATION. - NOUS
ne devons pas confondre la vigueur et l’énergie d’un mouvement avec la sécheresse et la précipitation. La vigueur doit se manifester par des contractions énergiques, durables, unies à l’ampleur du mouvement. Bien entendu, la brièveté de la détente est quelquefois une qualité à rechercher; le saut et le coup de
poing en sont des exemples, mais, dans le saut, la masse à mouvoir est considérable, c’est le poids du corps ; la vitesse d’extension des segments ne devient pas assez grande pour produire les chocs dans les articulations ; le coup de poing doit être donné pour toucher, il est amorti par cela même s’il ne se fait pas à vide.
Si le mouvement est complexe, son rythme se composera de cadences propres à chaque segment suivant la loi des masses précédemment énoncée. Nous reviendrons sur le rythme, nous le verrons devenir un des facteurs les plus importants du travail 1 . De plus le temps qui correspond à l’effet que l’on désire obtenir devra être prolongé.
Répétition des contractions successives. — Le nombre des contractions successives que le muscle peut effectuer dépend de l’effort ou de l’intensité de la contraction et de la cadence du mouvement. Un muscle ne peut produire de travail sans se fatiguer et se reposer, nous avons examiné les conditions de réparation à propos de la fatigue ; celle-ci se manifesle par un affaiblissement dans la vivacité et l’intensité de la contraction et s'accompagne de douleur locale. A un certain degré de fatigue il devient même impuissant à produire du travail et, loin de se développer, il dégénère.
Il lui faut des alternances de repos et d’activité judicieusement proportionnés pour obtenir les meilleures conditions de travail et de nutrition.
La répétition d’un mouvement ne doit jamais être poussée jusqu’à la fatigue ; elle sera, comme la cadence, en rapport avec la masse à mouvoir. Si l’on remue le bras librement, on pourra naturellement répéter le mouvement plus fréquemment et plus vite que si le bras est chargé d’un poids. A plus forte raison, la cadence et la répétition du mouvement seront encore moindres dans le cas où les points fixes d’insertion des muscles moteurs sont intervertis, si les muscles moteurs du bras sur le tronc sont chargés de mouvoir le tronc sur le bras : dans le grimper, par exemple ; si les muscles moteurs des jambes deviennent moteurs du tronc, comme dans le saut.
i. G. Demeny, Mécanisme el éducation des mouvements, Paris, F. Alcan. 1903.
Demesy. — Bases scient. 14
On peut, en alternant les mouvements des membres supérieurs avec ceux des membres inférieurs, répéter plus fréquemment les .mouvements avec une fatigue moindre, surtout si l’on a soin de séparer chaque groupe de mouvements par une halte où l’on fera des exercices respiratoires.
§ 4. — Fixation de Vépaule.
Mobilité de l’épaule et forme variable suivant les individus.
— Il n’y a peut-être pas de partie du corps présentant une
Fig. 145. — Ceinture osseuse formée par les omoplates et les clavicules constituant l’épaule et servant d’attache au bras.
On voit la position vicieuse de l’omoplate par rapport au thorax dans la figure de droite.
forme aussi variable que l’épaule chez les différents individus.
Fig. 116. — Ceinture scapulaire et ceinture thoracique vues d’en haut.
La position de l’épaule change les rapports du bras et du tronc, et altère les proportions du cou et la forme du dos (Voir pages 164 et 165).
Les épaules tombantes, les épaules trop hautes, les épaules
réalité l’épaule n’est pas invariablement fixée au tronc, c’est une ceinture osseuse incomplète qui n’a pas la solidité du bassin, sa fixité est obtenue par les muscles qui s’y attachent et la relient au tronc.
Fig. 119. — Muscles de la partie postérieure du dos et du cou (seconde couche).
1, splénius"; — 3, grand complexus ; — 5, petit dentelé supérieur ; — 6, petit dentelé inférieur; — 10, rhomboïde; — 11, angulaire; — 12, sus-épineux; — 13, sous-épineux; — 16 ; grand dentelé.
Des ligaments relient la clavicule et l’omoplate, formant la voûte acromio-coracoïdienne; d’autres relient la clavicule au sternum et à la première côte (fig. 117).
Ces ligaments limitent le mouvement de l’épaule, et l’articulation sterno-claviculaire le détermine. Par structure, le moignon
de l’épaule se trouve constamment sur une portion de sphère ayant la clavicule pour rayon et son articulation sternale pour centre. La clavicule a pour fonction de maintenir l’épaule éloignée du tronc. Le sujet qui a la clavicule cassée se présente dans une attitude caractéristique, le bras pendant en avant, l’épaule portée en dedans.
Fig. 420. — Muscles de la partie antérieure du tronc.
A, grand pectoral ; — B, deltoïde ; — C, trapèze ; — D, sterno-cleido-mastoïdien
L’omoplate n’est fixée au tronc que par des muscles ; il y a les muscles unissant directement l’omoplate èt la clavicule au tronc : ce sont principalement les fixateurs de l’épaule : les trapèzes, angulaire, rhomboïde, grand dentelé. D’autres : le deltoïde, sus et sous-épineux, les petit et grand rond, sous-scapulaire, le biceps (longue portion) et le coraco-brachial relient le
bras à l’épaule, tandis que le grand dorsal et le grand pectoral relient le bras au tronc (fig. 118, 119, 120, 121).
Fig. 121. — Shéma de l’action des différents muscles qui agissent sur la position relative de l’épaule par rapport au thorax.
On voit les muscles qui relient le bras à l’épaule, l’épaule au thorax et le bras au thorax. Les flèches indiquent la direction de l’action musculaire ; les lettres sont les abréviations des noms des muscles.
Équilibre de l’épaule. — L’épaule prend une position d’équilibre résultant du poids du bras, de l’action complexe des muscles nombreux agissant sur elle et des résistances extérieures. Dans la station droite, le poids du membre supérieur tend à tirer l’épaule en avant et en bas ; cela contribue à courber le rachis et à affaisser le thorax.
Influence des atrophies musculaires. — Sil’omoplate n’estpas
CONDITIONS ESTHÉTIQUES DE l’eXEBCICE 215
constamment fixée contre le thorax et soulevée par la tonicité des masses musculaires qui s’y insèrent,, elle sera abaissée, son bord interne se détachera du thorax, et son angle inférieur fera saillie sous la peau. Les enfants peu vigoureux présentent cette déformation due à l’atrophie des trapèzes et des rhomboïdes, l’omoplate se détache du thorax en forme d’aile, et l’on peut passer les doigts entre les côtes et la fosse sous-scapulaire; en même temps, le bras entraîne l’épaule en avant, et la distance entre les bords spinaux est exagérée (fig. 122).
Fixation de l’épaule. — Le grand dentelé a un rôle très important dans la fixation de l’épaule; lorsque le bras est horizontal, il s’oppose au mouvement de bascule qui tend à se produire ; de plus, il fait entièrement basculer l’omoplate dans l’élévation verticale du bras et la maintient dans cette position, la cavité glénoïde tournée vers le haut. Les sujets atteints d’atrophie du grand dentelé ne peuvent effectuer l'élévation verticale du bras : chez eux, l’élévation horizontale est très pénible et se fait sans force.
Les rhomboïdes, trapèzes (portion moyenne et supérieure), l’angulaire attirent l’épaule en haut et rapprochent les bords des omoplates, les grands dentelés les fixent contre les côtes, les grands dorsaux agissent sur le bras et attirent en arrière la tête de l’humérus, ils luttent contre le poids du membre supérieur et la prédominance des grands pectoraux, ils contribuent en même temps un peu à redresser les courbures de la colonne vertébrale (fig. 123 et 124).
Ces muscles sont les fixateurs de l’épaule en arrière, ils ont un rôle capital dans l’équilibre de l’épaule, ils effacent celle-ci, ouvrent la poitrine et donnent l’attitude de la vigueur, l’attitude du soldat au port d’armes.
La force des bras est intimement liée au développement de
Fig. 122. — Sujet présentant une atrophie des muscles fixateurs de l’omoplate (rhomboïdes, trapèzes).
On voit les omoplates faire une saillie sous fa peau en forme d'ailes.
la masse musculaire des fixateurs de l’épaule. Une épaule large, charnue et bien placée est la marque de la force.
Chez les personnes sédentaires qui ne font aucun effort des bras, l’épaule est décharnée ; chez les enfants des écoles primaires des villes, la mauvaise attitude de l’épaule est un défaut presque constant ; elle entraîne souventFatfaissement du thorax, aussi la gymnastique sco-
-n. laire doit-elle remédier à
cette déformation par des séries d’exercices spéciaux.
/ɑM\ Il suffit de raccourcir
pM-S par des contractions con-
centriques les muscles chargés de rapprocher les bords des omoplates, > d’effacer les épaules et
[q d’allonger par des con-
\\ tractions excentriques
\\ les muscles antérieurs de
la poitrine.
Fig. di3. — Montrant l’action des muscles rhomboïdes et trapèzes (portion moyenne) ainsi que celle des grands dorsaux dans l’effacement de l’épaule.
La figure de droite indique l’antagonisme des dorsaux et des pectoraux.
Influence des mouvements SUR LA FIXATION DE
l’épaule. Exercices favorables. — Est-ce là ce que nous faisons dans la gymnastique avec les appareils ? Dans les rétablissements à la barre fixe, aux trapèzes, aux anneaux, aux murs, l’étreinte du bras prédomine constamment, les muscles antérieurs de la poitrine se raccourcissent, les muscles du dos s’allongent. Les jeunes gymnastes ont généralement le dos voûté pour cette raison, il est indispensable de corriger les défauts de ces appareils par des exercices spéciaux (fîg.'12§).
C’est une erreur de croire que la suspension et l’appui sur les mains contribuent en quoi que ce soit à la rectification des mauvaises attitudes de l’épaule. Dans la suspension le poids du corps allonge le bras etl’élève; dans l’appui l’épaule estpoussée verticalement en haut, on résiste à cette action par la contraction des muscles abaisseurs du bras, mais le rapprochement des
épaules et leur
effacement ne ^ '{^XZ.
dépendent nul- ^ to
omoplates sont W i V
surtout localisés IA V ^ n
dans les muscles
tion de ces efforts —^~
doit être bori- T”ft3“ * r ^ 1 “"^“ îJeS
zontale perpen- Fig ' 124 - — Squelette du thorax et de l'épaule vu en ,. , , , projection horizontale,
aicuiaire a 1 axe On voit l'antagonisme des muscles dorsaux et du pectoral dans
spinal ; il n’est la P osiUon de r6 P aule -
point du tout nécessaire de se suspendre par les mains pour
Influence de la position des bras en avant ou de côté rapprochement des bords spinaux des omoplates, iflerence des deux attitudes correspondre à un écartement des omoplal mt et à un rapprochement des omoplates pour les bras situés dans
obtenir les effets de ces contractions, la suspension ne peut au contraire que les gêner et les contrarier.
Debout, assis, appuyé, couché, dans tous les mouvements avec appareils portatifs il suffit de s’efforcer de placer toujours les bras et les coudes dans le plan transversal des épaules pour être assuré de mettre en jeu les muscles fixateurs de l’épaule et de les raccourcir. En sus¬
pension et en appui ceci peutévidemmentse faire, mais il faut être déjà arrivé à un certain degré de force pour cela, ce n’est pas le cas de l’enfant, il serait étrange, pour obtenir des réactions horizontales des muscles du dos, de faire agir des résistances verticales, c’est pourtant le cas présent.
Le grand dorsal a un effet important : il abaisse le bras et tire le moignon de l’épaule en arrière.
Les suspensions par les mains le sollicitent très vigoureusement, mais il n’est pas seul à produire l’abaissement du bras.
Fig. 126. —Montrant la contraction intense avec raccourcissement de tous les muscles du dos fixateurs de l'omoplate dans l’élévation verticale des bras exécutés dans le plan des épaules (gymnastique suédoise).
les pectoraux sont plus favorablement placés pour le faire, et ils l’emporteront presque toujours sur les grands dor¬
saux, à moins d’y porter attention et d’en avoir la force.
Tous les enfants faisant une traction de bras sans être sur¬
veillés, l’exécuteront toujours les coudes en avant, c’est l’économie de la force qui l’exige.
Il faut un effort considérable de volonté pour faire prédominer la contraction des dorsaux sur les pectoraux; il faut aussi avoir des muscles assez développés pour produire l’effort voulu.
La suspension, l’appui, toutes les attitudes gymnastiques devront viser à co résultat important : la fixation de l'épaule, et il y aura toute une échelle de gradation dans les différents mouvements utiles pour cela. Les attitudes de la gymnastique suédoise sont les plus actives et apportent une amélioration rapide dans la conformation de l’épaule. Leur principe est de maintenir des attitudes de départ et de conserver ensuite dans
Fig. 127. — Contraction intense avec raccourcissement des muscfês fixateurs de l’omoplate dans l’attitude des mains à la nuque, les coudes dans le plan des épaules (gymnastique suédoise sans appareils).
tous les mouvements le coude et les mains dans le plan transversal des épaules (fig. 126 et 127). Le canotage, les oppositions deux à deux, les appareils à ressort ou à contrepoids développeront les rhomboïdes et trapèzes, et rapprocheront les bords spinaux des omoplates.
Les suspensions allongées ou fléchies à l’échelle horizontale ou oblique, aux barres de suspension doubles à écartement fixe au moins égal à celui des épaules, les perches fixes accouplées, rempliront aussi le même but et développeront les grands dorsaux, mais à la condition qu’on soit déjà assez musclé pour y prendre l’attitude convenable et que jamais les pectoraux ne 1’emportent sur les grands dorsaux. Ce n’est pas tout : en dehors des mouvements gymnastiques il faut encore conserver dans la
vie Ordinaire la bonne attitude du corps, sous peine de perdre tout le résultat de ses efforts. Il faut agir constamment sur le
Fig. 128. — Exemples d’exercices classiques dont l’effet sur la fixation dé l’épaule est tout à fait illusoire.
Ces mouvements font contracter au contraire les pectoraux et par conséquent, au lieu d’améliorer l’attitude, ne font qu'en aggraver les défauts.
squelette et sur les muscles si l’on veut les modifier et déterminer une harmonie définitive.
Préjugés sur les mouvements ayant un effet apparent sur la
CONDITIONS ESTHÉTIQUES DE l’£XERCICE
fixation de l'épaule. — Nous avons indiqué expressément des attitudes et des mouvements où la volonté rectifie la position des épaules ou bien s’oppose à une résistance convenablement
1. Suspension allongée. 2. Echelle orthopédique. 3. Lancer les bras horizontalement.
Fig. 129. — Exercices dont l’action extensive est purement passive. L’effet réel est de susciter les actions fléchissantes des muscles pectoraux sans améliorer la position de l’épaule, ni localiser la contraction dans les dorsaux utiles au redressement.
dirigée pour mettre en jeu les muscles du dos fixateurs desomoplates. Il faut bien se mettre en garde contre les mouvements ayant un effet apparent et momentané sur la position de l’épaule et ne pas les confondre avec ceux dont l’effet est réel et durable.
On comprendra aisément que tirer sur l’épaule en arrière pour la mettre en place passivement ne peut produire qu’un effet nul ou mauvais puisque les muscles réagissent alors pour porter l’épaule en avant ; la contraction passe dans les pectoraux tandis que les muscles du dos chargés de rapprocher les épaules tombent dans le relâchement. Les figures 128, 129, 130 montrent quelques mouvements à effet apparent sur la position de l’épaule; tirer sur des poignées, s'appuyer sur les mains contre des perches ou sur des barres parallèles, se suspendre à l'échelle dite orthopédique, se servir de bretelles ou de bâtons placés derrière le dos, lancer les bras horizontalement en abduction en arrière et enfin, le plus détestable de tous, se maintenir en suspension par les mains à des anneaux les bras en abduction forcée.
Fig. 130. —Attitude appelée sirène aux anneaux ou les muscles du dos fixateurs de l’omoplate sont relâchés.
La contraction est localisée au contraire dansles muscles pectoraux et abdominaux (effet d'extension purement apparent et passif.)
222 LES BASES SCIENTIFIQUES DE l’ÉDUCATION PHYSIQUE
Dans tous ces mouvements la contraction des muscles, utiles au rapprochement des épaules est remplacée par l’action du
1. Élévation des bras avec 2. Poussée verticale avec 3. Appui incliné
allongement complet. effort d’extension. au mur.
4 . Suspension inclinée. 5. Saut cambré. 7. Appui oblique sur le sol
8. Suspension oblique aux perclies. . 9. Opposition à l’élévation des bras.
Fig. 134. — Montrant une série d’exercices dont l’effet utile sur la fixation de l’épaule est des plus intenses.
poids du corps, celle des bretelles ou des bâtons; les muscles que l’on devrait développer sont relâchés.
Le dernier exercice est antiphysiologique à tous points de vue, ses défauts valent une explication plus complète, sur laquelle nous reviendrons au sujet de l’analyse des mouvements.
§ 5. — Ampliation thoracique.
Le mécanisme de l’ampliation thoracique se comprendra sans difficulté si l’on se reporte à ce que nous avons déjà dit à propos
Fig. 132. — Mouvements et attitudes usités dans la gymnastique suédoise ayant un effet des plus marqués sur le redressement et la fixation de l'épaule *.
des exercices respiratoires (p. 84), de la correction des attitudes vicieuses (p. 109) et si l’on a bien étudié le mécanisme de la fixation de l’épaule dans le chapitre précédent.
Ce qu’il faut entendre par développement de la poitrine. — Il faut d’abord s’entendre sur ce que l’on appelle la poitrine et le développement de la poitrine. La poitrine n’est pas la forme
1. Demeny, Guide du Maître chargé de l’enseignement des exercices phy. tiques dans les écoles, Paris, Société d’éditions scientifiques.
extérieure du thorax, c’est la cage thoracique elle-même. Les dimensions extérieures de la poitrine n’ont qu’un intérêt médiocre, et souvent sa forme apparente est loin de donner une
idée de sa forme réelle.
L’avantage d’une large poitrine consiste dans une capacité respiratoire considérable, dans le volume et l’aisance des poumons, une place plus grande pour le cœur et les gros vaisseaux : en définitive dans une disposition avantageuse des organes pour l’accomplissement des fonctions respiratoire et circulatoire (fîg. 133).
Les mesures circonférencielles de la poitrine sont loin de donner une idée des dimensions du thorax, et le ruban métrique ne fournit que des chiffres erronés.
La circonférence extérieure de la poitrine dépend en effet de trois éléments variables : les dimensions de la cage thoracique, la couche musculaire et la couche adipeuse qui la recouvrent.
Fig. 133. — Situation et rapports du cœur et du poumon dans le thorax.
1 Poumons ; — 2, péricarde renfermant le cœur ; ■— plèvre; — 7, trachée; — 8, yeine cave supérieure; — 9, tronc veineux brachio-céphalique ;— 13, tronc artériel brachio-céphalique ; — 14 et 15, artères carotides.
L’augmentation des muscles de la poitrine ne doit pas être
CONFONDUE AVEC L’AUGMENTATION DE LA POITRINE. - Souvent à la
suite d’un entraînement aux exercices actionnant spécialement les muscles de l’épaule et du bras, le ruban métrique indique une augmentation très rapide de la circonférence bimammaire chez les uns et une diminution chez d’autres. Ce résultat s’ex-
plique très bien. Les augmentés sont les sujets musclés dont les pectoraux et grands dorsaux ont grossi ; les diminués sont les sujets gras chez qui la graisse a fondu.
La circonférence thoracique donne une indication fort complexe : c’est le résultat cfe l’augmentation de laçage thoracique, augmentée de l’accroissement des muscles et diminuée de la fonte de la graisse (fig. 134). circonférence extérieure indi-
Si Ton veut avoir les dimen- que peu les dimensions vraies , , .. du thorax a cause de la prenions vraies de la cage thoracique, geilce des couches musc ulaire
il faut prendre les diamètres du et adipeuse, thorax aux points où l’on peut
aborder le squelette sous la peau ; on élimine alors les erreurs
Fig. 134. — Coupe shématique de la poitrine destinée à montrer combien la mesure de la
î’ig. 133. — Cage thoracique ouverte montrant le cœur (6), reposant sur la voûte du diaphragme (9).
dues à l’épaisseur variable des couches musculaire et adipeuse,
Dement. — Bases scient. 15
et les variations de l’ampliation thoracique se réduisent à des chiffres bien moindres.
Il n’est pas rare de constater chez des jeunes gens au niveau des mamelons une augmentation de la circonférence de la poitrine allant jusqu’à 7 et 8 centimètres en quelques mois. Les mesures des diamètres de la cage thoracique donnent à peine une augmentation de quelques millimètres, souvent même elle est nulle, et c’est l’amplitude des mouvements respiratoires qui seule a augmenté (Voir le chapitre : Respiration ,)
S’il y a accroissement rapide de la circonférence thoracique au début de l’entrainement, il faut l’attribuer aux muscles. C’est la joie des jeunes gymnastes de mesurer chaque j our leur poitrine et de gonfler leur pectoraux afin d'y constater une circonférence toujours plus grande. Ces mesures sont illusoires parce qu’elles n’indiquent pas les dimensions du thorax. Un sujet très musclé peut avoir un petit thorax et se trouver dans une situation inférieure pour produire du travail à -cause de l’insuffisance respiratoire. Les acrobates spécialisés aux exercices des anneaux sont de véritables monstruosités à ce point de vue. L’hypertrophie de leur système musculaire n’est pas en rapport avec la fonction de l’hématose ; c’est une machine à vapeur ayant de gros cylindres et de gros pistons alimentés par une petite chaudière et un foyer trop restreint (fi g. 104).
Volume du thorax et capacité respiratoire. — L’obèsê, l’emphysémateux ont des poitrines énormes et, pourtant, une respiration insuffisante, parce que leurs mouvements thoraciques sont trop étriqués pour donner la capacité respiratoire et produire une ventilation du poumon en proportion de leur poids.
Nous ne reviendrons pas ici sur la manière d’augmenter la capacité respiratoire ; nous avons établi antérieurement la relation entre l’amplitude des mouvements des côtes et du diaphragme avec la quantité d’air inspiré ; nous avons suffisamment insisté sur les expériences démonstratives.
Manières d’augmenter le volume de la cage thoracique. — Nous avons maintenant à examiner les influences agissant directement sur l’augmentation du volume de la cage thoracique et sur le mécanisme de cette ampliation.
On peut augmenter les dimensions du thorax par deuxmoyens : la contraction des muscles inspirateurs seule et les attitudes et les mouvements des bras. La manière la plus certaine d’obtenir le maximum d’effet est de faire agir ces deux causes simultanément.
Les mouvements volontaires de la respiration, la gymnastique respiratoire dilatent le thorax en agissant directement sur le soulèvement des côtes, par l’action des muscles inspirateurs.
La gymnastique des attitudes et des bras procède plus indirectement mais a un effet très marqué sur l’ampliation thoracique. Il y a une relation intime entre les courbures du rachis, la forme du thorax et celle des organes qu’il contient. Le redressement des courbures vertébrales produit nécessairement le soulèvement des côtes; le léger mouvement d’extension de chaque vertèbre sur la vertèbre Fi S- 136 - ” Forme normale de la cage . ,, - thoracique,
voisine entraîne 1 anneau
costal avec lequel elle s’articule, tend à soulever les côtes et à agrandir le thorax sans que la force musculaire ait besoin d’intervenir (voir p. 119).
Inversement tout affaissement ou exagération des courbures vertébrales s’accompagnent d’un affaissement thoracique partiel ou total. Cela peut se constater facilement dans les mauvaises attitudes où l’on se tient courbé ou les bras serrés sur la poitrine. Je me courbe, en avant, mon vêtement flotte sur ma poitrine; je me redresse, il me serre. L’affaissement thoracique produit une diminution dans la capacité du thorax, la corn-
pression et la gêne des organes qu’il contient. Les mauvaises attitudes sontincompatibles avec la santé; l’hygiène etlabeauté sont inséparables.
Grand obüque de l’abdomen
Fig. 137. — Côtes formant les parois de la cage thoracique avec les insertions musculaires.
On peut éviter l’incurvation sénile, c’est une affaire de volonté, il ne faut jamais se laisser aller, mais résister toujours au poids du corps qui vous entraîne. Le poids des ans est une figure poétique ne répondant à rien de réel pour ceux qui ont de bons
Petit dentelé postérieur et inférieur
muscles dorsaux. On voit des octogénaires droits et des jeunes hommes de trente ans voûtés : la raison n’est pas dans l’âge, mais dans la bonne habitude de se bien tenir et dans les exercices fortifiants.
Action déformante des corsets et vêtements serrés. — Avant de chercher à amplifier la cage thoracique, il faut éviter de la comprimer par des vêtements serrés et de l’affaisser par de mauvais maintiens. Les vêtements serrés, les corsets sont des causes d’affaissement du thorax qui détruisent tout l’effet d’une bonne gymnastique. Ils agissent constamment sur les côtes en les comprimant; les mouvements correctifs n’agissent qu’un temps limité et d’une façon intermittente.
Les tailles fines coûtent cher à la femme. Le thorax rétréci à sa base comprime les poumons, le cœur, l’estomac et le foie. Les mouvements des côtes inférieures, les plus utiles dans la respiration, sont abolis. La pression sur les viscères les déforme, le foie est creusé d’un sillon profond qui froisse la vésicule biliaire; l’estomac se dilate et se déplace, la grande courbure augmente, et, le pylore n’étant plus au-dessous du cardia, les aliments s’accumulent dans cette poche dilatée et sont la source de fermentations anormales : de là les mauvaises digestions avec production de gaz et douleurs à l’épigastre (fig. 139 et 140).
La pression sur les viscères abdominaux se transmet à l’intestin jusqu’aux organes génito-urinaires, et bien des accidents et des troubles fonctionnels chez la femme n’ont pas d’autre cause.
base du thorax et refoulant le3 viscères abdominaux.
230 les bases scientifiques de l’éducation physique
Utilité des mouvements des bras, des bonnes attitudes et des exercices respiratoires pour l’ampliation du thorax. — Nous obtiendrons le plus rapidement l’ampliation thoracique en donnant par des mouvements des bras et des exercices respiratoires une grande mobilité aux articulations des côtes, en évitant les vêtements serrés, les mauvaises attitudes et en nous opposant ainsi que le thorax se solidifie dans la position d’affaissement voisine de l’expiration.
Il faut ramener la moyenne des oscillations des mouvements thoraciques à un maximum tel que l’on respire plus amplement et avec plus d’air dans la poitrine.
Toutes les attitudes où la colonne vertébrale est rectifiée et l’épaule portée en arrière sont favorables à la dilatation thoracique, et l’on peut les distinguer en attitudes actives et attitudes passives.
L’effet produit est purement mécanique, il dépend de l’augmentation des diamètres par le soulèvement des côtes.
Les attitudes actives consistent dans la rectification du rachis et l’effacement de l’épaule par les contractions musculaires. Les attitudes passives sont celles où l’extension est produite par l’effet de la pesanteur du corps ou une traction quelconque pour allonger la colonne vertébrale, telle la suspension par les mains.
Les muscles grands dorsaux ayant leurs insertions fixes au bassin et à la région lombaire produisent l’abduction du bras en arrière, l’effacement de l’épaule et l’extension de la colonne vertébrale.
Les trapèzes et rhomboïdes qui rapprochent les bords spinaux des omoplates concourent au même but et corrigent l’abaisse-
Fig. 139. — Forme du thorax et position de l’estomac avec ses courbures normales chez un sujet ne se comprimant pas l’épigastre au moyen du corset, d’après Boas (Liedbeck, Gymnastique suédoise).
CONDITIONS ESTHÉTIQUES DE [/EXERCICE 23t
ment en masse de l’épaule produit par les grands dorsaux.
Les mouvements des bras sont produits ordinairement par les muscles qui prennent leur point fixe sur le tronc, mais on peut intervertir les points fixes* fixer les bras, faire agir quelques-uns de ces muscles sur le thorax et soulever ainsi les côtes.
Mouvements spéciaux. — La fixation ■de l’épaule en arrière produit déjà manifestement la dilatation thoracique (fig. 123).
A plus forte raison cet effet augmente avec les attitudes où les points d’insertion des muscles se trouvent rejetés en arrière ou en haut, ce qui leur permet d’agir plus efficacement sur l’élévation des côtes en rendant leur action plus normale au plan de celles-ci.
Ainsi l’écartement horizontal des bras dilate le thorax; la rotation des bras en dehors accompagnée d’un mouvement de supination énergique de l’avant-bras augmente cette dilatation, à la condition d’étendre en même temps le rachis. La rotation du bras en dehors produit l’enroulement du tendon du pectoral autour de l’humérus si l’épaule est fixée en arrière, les faisceaux du petit et grand pectoral peuvent agir sur les côtes.
L’abduction modérée du bras en arrière peut avoir un peu
chez la femme serrée par le corset, d’après Chapotot.
Ou voit l’estomac vertical et le pylore abaissé (Liedbeck, Gymnastique suédoise *).