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Le Violoniste, Paris, Maloine

avec la raideur articulaire, avec l'ankylose, elle est uniquement due à l’action désordonnée des muscles, aux forces qui se contrarient au lieu de s’aider et de s’harmoniser.

Les acrobates habiles exécutent les mouvements les plus difficiles sans force apparente, avec le sourire sur les lèvres, leur souplesse n’exclut pas la force ; bien au contraire, elle consiste dans l’emploi intelligent de celle-ci, dans l’art de réduire les contractions musculaires et la durée de ces contractions à leur minimum, desavoir les faire agir au moment convenable et d’en proportionner l’intensité à l’effort.

Pour obtenir la perfection d’exécution dans un mouvement, il faut d’abord l’analyser, le connaître et le comprendre, puis le décomposer, l’exécuter lentement et le répéter fréqùemment ; on passera progressivement par degrés insensibles des mouvements simples à des actes plus compliqués. Jamais on ne doit accélérer le rythme si l’exécution n’est plus parfaite, et l’on doit cesser le travail dès que la raideur commence.

Il faut toujours être à son aise dans ce que l’on fait ; vouloir aller trop vite, ce serait sûrement reculer.

Travailler n’est pas tout, il faut savoir travailler, il doit y avoir progrès après chaque séance de travail ; on ne peut remplacer la qualité du travail par le nombre d’heures d’application ; c’est une grossière erreur de croire à un progrès double parce qu’on aurait travaillé un nombre d’heures double. L’excçs de travail produit la fatigue et le surmenage, mais point le perfectionnement. Cela résulte de,l’a nature même de ce perfectionnement; coordonner ses mouvements, c’est associer ses contractions musculaires et provoquer une organisation nouvelle des cellules nerveuses. Les conditions essentielles de cette association sont la bonne exécution et la répétition fréquente des mêmes actes. Les mouvements s’associent et se coordonnent comme on les exécute, bien ou mal, et la coordination devient ensuite chose acquise; l’habitude une fois contractée, il est bien difficile de la changer.

Ceci nous fixe sur l’importance d’une bonne éducation dès le début. Les mouvements, il est vrai, peuvent se perfectionner inconsciemment, mais pour une qualité obtenue, que de défauts si on tâtonne et si on cherche soi-même sa voie.

Au contraire, guidé dans son apprentissage professionnel ou

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dans un exercice quelconque par un maître expérimenté, on ira vite et l’on évitera de prendre de mauvaises habitudes. Pour manier un outil, pour courir, sauter, lancer une pierre, il n’y a qu’une manière de bien faire afin d’utiliser les ressources de son organisation, cette manière se retrouve chez presque tous les sujets d’élite ; l’éducation consiste à les imiter et à rechercher les associations naturelles des contractions.

11 y a autant de coordinations spéciales qu’il y a de métiers manuels; toutes sont le résultat del’accommodation du système nerveux à quelques mouvements déterminés, toutes sont régies par la loi du moindre effort et de l’économie du travail. A la distribution intelligente de l’excitation nerveuse dans les groupes synergiques viennent s’ajouter un tact plus parfait, del’à-propos et une rapidité plus grande à saisir à la fois toutes les conditions d’un effort.

La virtuosité dans un sport ne s’acquiert qu’à force de travail et de patience, aussi sommes-nous portés à attacher un grand prix à ce qui nous a coûté tant de peine et à défendre notre manière de faire, même défectueuse. De là, naissent les préjugés d’écoles. Une mauvaise habitude, c’est une association fausse; il est bien difficile de là modifier. Tout professeur préfère commencer l’éducation de ses élèves plutôt que de continuer celle des disciples de ses collègues.

Un élève a pris l’habitude détenir l’épée d’une façon vicieuse, il lui est cependant plus facile de conserver son attitude défectueuse bien qu’elle limite ses progrès ultérieurs, que de la corriger et d’en prendre une nouvelle.

Il est incapable de faire l’effort d’attention nécessaire pour éviter ses faux plis et détruire l'automatisme existant. Il préfère continuer à mal faire plutôt que de renouveler les ennuis du début et de passer pour un novice. 1

Voilà pourquoi les praticiens considèrent tous leur méthode comme la seule bonne et se bornent au respect des traditions, à l’imitation servile des choses antérieures. Appelé souvent à donner notre voix dans des concours d’exercices physiques, nous avons souvent cherché en vain la raison du classement des lauréats ; satisfaire les règles naturelles n’était point jugé une supériorité réelle, l’estimation de la valeur relative reposait sur des bases conventionnelles. Peut-être l’ignorance des

lois biologiques était-elle pour quelque chose -dans celtemanière de procéder. /

Influence de la. volonté. — 11 faut une. volonté ferme pour ob- Wtofrh '

tenir des résultats sérieux dans la coordination, la volonté rem- s *—

place bien souvent les moyens Æ ,

naturels. Un homme privé de ses v ,

membres par la nature avait pour r ‘

tout organe de préhension un 1b

simple moignon de quelques cen- w tMi - \

timètres. Cela ne l’empêchait pas *

d’écrire (fig. 168 et 169) d’une jÈziMséë' > 1

façon élégante, de peindre, d’exé- - ^

cuter différents exercices d’àdres- „

se, d’être marié et de diriger une famille de onze enfants. Il y a des IL snobs bien développés et incapables d’en faire autant ; s’ils ont ' æ

leurs dix doigts, il leur manque * ~

la volonté d’agir. Le malheureux Fi S- 16S - — Sujet , .. l’arrêt de dévelop

cite comme exemple avait, au me mbres et doué contraire, toutes raisons de ne d’une volonté asse

rien faire et d’implorer la pitié; avo . ir acquis sonin

. ' maigre son état

par son énergie, il est deve- physique, nu indépendant et heureux, il avait un cerveau bien organisé commandant à son

Fig. 169. — Spécimen de l’écriture du sujet ci-dessus. La plume était tenue entre le moignon et la joue droite.

On a connu plusieurs peintres travaillant aussi avec lespieds y

ce sont tous exemples de coordination intéressants à signaler, il est consolant pour les travailleurs de voir l'effort porter en lui-même sa récompense. D’après M. le D r Faure, un ataxique ayant perdu l’usage des membres peut se refaire une nouvelle éducation du système nerveux en utilisant ce qui lui reste d’indemne dans celui-ci 1 .

Mouvements décomposables . — Tous les mouvements difficiles ne peuvent pas se décomposer, tels les mouvements où la vitesse est l’élément indispensable ; on peut analyser un saut, mais on ne peut l’exécuter lentement. Certains exercices difficiles et dangereux ont besoin du secours d’un aide. On n’osera pas essayer seul un saut périlleux; aidé et retenu dans la chute, on se risquera, on acquerra confiance et l’on pourra marcher seul.

Émotion amenant l’incoordination. —• Certaines influences viennent encore contrarier une coordination pourtant bien établie. Beaucoup de gens sont intimidés ou paralysés par l’émotion dès qu’ils doivent concourir ou paraître en public ; ils oublient ce qu’ils savent et deviennent maladroits et incoordonnés. Placés à une certaine hauteur du sol, le vertige les saisit, et le moindre mouvement devient difficile.

Pour être perfectionné, il ne suffit pas de savoir bien exécuter les mouvements, il faut aussi avoir acquis une sûreté d’exécution suffisante pour les répéter correctement où et quand l’on voudra.

La grande difficulté du métier d’artiste musicien, c’est justement de devoir affronter le public à jour fixe étant bien ou mal disposé. Cela demande un travail énorme et une grande possession de soi-même.

La douleur et le froid sont encore des causes de maladresse et d’incoordination.

Le JEUNE AGE EST FAVORABLE A LA COORDINATION. — Le jeune âge est particulièrement favorable aux modifications du système nerveux. Le cerveau de l’enfant est un tableau sur lequel on n’a pas encore crayonné ; toutes les impressions s’y gravent pour ne plus s’effacer. Mais on peut encore se perfectionner plus tard. Les petits prodiges sortis des conservatoires de musique

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