INFLUENCE MORALE DE L’EXERCICE
Dualité de l’être humain. — L’être humain est double. Cette dualité se manifeste par l’activité des fonctions de la vie organique et par l’activité morale ou l’âme humaine. Les organes chargés d’entretenir la vie et le mouvement fonctionnent sans le secours de la volonté. Le cœur bat, le sang circule, la poitrine se dilate, les aliments progressent dans le tube digestif, y subissent des élaborations multiples, sont transformés en tissus, tout cela s’effectue sans le secours de notre attention.
Vie organique et vie cérébrale. — Nous pouvons oublier de respirer et de digérer, il y a, heureusement pour nous, les centres nerveux de la vie organique pour y veiller et administrer au mieux notre économie intérieure.
Il ne nous parvient de cette activité intime aucune sensation particulière, à moins de maladie; la douleur est alors un avertissement de la nature pour rétablir l’ordre compromis. Tout animal est une sorte de république formée d’éléments vivant pour leur propre compte et pour l’ensemble de l’individu. Les organes chargés d’une fonction spéciale sont néanmoins solidaires, l’un d’eux ne peut s’altérer sans que les autres n’en ressentent le contre-coup, et l’on voit ainsi apparaître la mort successive des organes dès qu’une fonction importante est supprimée.
L’homme et les animaux possèdent tous cette vie végétative inconsciente, sur l’importance de laquelle nous avons tant de fois attiré l’attention, mais l’homme est particulièrement doué sous le rapport de l’activité cérébrale. Les centres cérébraux
commandent à tout l’être humain ; de leur état de santé ou de maladie, de force ou de faiblesse, de raison ou de folie dépendent la bonne ou la mauvaise direction donnée à notre activité, notre bonheur ou notre malheur.
Les animaux, moins bien doués cérébralement, sont cependant moins sujets à l’erreur, ils possèdent des notions concrètes exactes sur les choses ; leurs instincts sont la résultante de leurs sensations ; s’ils ne sortent pas de leur cercle restreint d’idées, ce qu’ils savent, ils le savent bien. L’imagination et la faculté d’associer des sensations et des idées donnent à l’homme le pouvoir d’abstraction, lui permettent d'abandonner le terrain solide des faits pour s’égarer dans le rêve et l’utopie. Bien dirigée, l’abstraction, est certes une grande force ; sans elle, pas de loi, pas d’ofdre, on se perd dans la confusion des faits particuliers, mais la généralisation employée par des cerveaux médiocres est une propriété bien dangereuse et la source des plus grandes erreurs.
Influence réciproque du physique et du moral. — Inversement les centres cérébraux, greffés sur la souche commune, ne peuvent avoir leur existence indépendante ; ils vivent de la vie des autres organes et meurent avec eux. Comme un ministre,, ils commandent à la république des cellules, mais ils sont appointés par elles et ne peuvent exister un instant sans elles. La relation intime entre tous ces éléments constitue l’influence réciproque du physique et du moral.
Bichat et Cabanis 1 ont été les premiers à préciser ces rapports ; ils ont posé les bases de la psychologie en montrant que les phénomènes moraux pouvaient être étudiés en euxmêmes et dans leurs rapports avec les phénomènes généraux de la Vie.
Depuis lors, un chapitre nouveau a été constitué comme annexe à la physiologie ; il deviendra certainement l’un dès plus importants, eu égard aux applications pédagogiques ; la psychologie éclairera l’éducation intellectuelle et morale comme la physiologie éclaire maintenant l’éducation physique.
Pour le moment, nous pouvons étendre l’effet hygiénique de
1. Bichat, Recherches sur la vie et la mort-, Cabanis, Relations entre le vhysique et le moral.
l’exercice à l’activité des centres nerveux et aux fonctions les plus élevées du cerveau. Déjà nous avons constaté que la coordination des mouvements est l’indice d’un affinement des centres moteurs des muscles et qu’il existe une relation entre les mouvements et la nutrition des centres nerveux sensitivomoteurs.
Mais l’exercice physique agit encore de deux façons pour améliorer la fonction de l’encéphale : il met celui-ci dans de bonnes conditions d’hygiène générale et en facilite ainsi la fonction normale. Il provoque en outre des efforts spontanés, source même de notre énergie et seul moyen de développer nos qualités viriles; il apporte des notions multiples des organes des sens et établit entre l’activité centripète et l’activité centrifuge du système nerveux un équilibre salutaire et précieux qui retentit sur notre entendement, sur ce qu’il y a de plus élevé dans notre être moral.
Effet hygiénique dé l’exercice sur le cerveau. — L’effet hygiénique général de l’exercice s’exerce sur le cerveau comme sur les autres organes par le seul fait de la subordination des fonctions entre elles. L’exercice augmente les échanges nutritifs, il influe sur la vitalité des tissus et active toutes les fonctions.
Il n’y a peut-être pas d’organe plus sensible aux variations de nutrition que le cerveau. Mal nourri, irrigué par un sang impur ou pauvre, il en souffre à sa façon; il se produit des troubles fonctionnels de nature psychique. L’action des toxines ou ptomaïnesest aussi manifeste que l’action de l’alcool ou du chloroforme exaltant ou abolissant la fonction des centres nerveux.
Pour la même raison, un entraînement rigoureux aux règles de l’hygiène donne à l’économie son maximum de vitalité et fournit aux centres nerveux les éléments réparateurs indispensables. Ceux-là peuvent ainsi faire face à une dépense importante d’énergie sans être au-dessous des conditions d’une bonne nutrition. Le cerveau se trouve dans un état meilleur de fonctionnement, de là une activité intellectuelle plus calme, plus égale, plus positive et une sensibilité moindre.
Les hommes d’étude ont particulièrement besoin de cet effet hygiénique pour reposer leur cerveau toujours en ébullition 1 ;