‹ Les basfonds de la societéChapitre 29 sur 37 · LE COMMIS GREFFIER · texte numérisé non relu

LE COMMIS GREFFIER

Qu’est-ce que c’est ?

LA FEMME

Eune permission qu’on m’a dit que fallait que j’vous r’mette, pour voir un condamné dont j’suis son épouse.

LE COMMIS

Donnez.

LA FEMME

Voilà. — Mossieu?

LE COMMIS

Eh ben?

LA FEMME DU CONDAMNÉ

LA FEMME

Sans vous commander, c’est-y mécredi qui passe ?

LE COMMIS

Il est condamné ?

LA FEMME

A mort, oui, mossieu, pour assassin sus son beau-père. C’est mécredi, pas vrai, qui passe, mon homme ?

LE GREFFIER

J’en sais rien, ça ne me regarde pas, c’est point mes affaires.

LA FEMME

Oh ! qu’si, vous l’savez ! Seulement, vous faites celui qui ne l’sait pas, craint’, des fois, de m’faire ed’la peine. J’vous en sais gré; mais, à la Préfecture, y n’m’ont pas caché qu’son pourvoi était rejeté, d’où j’ai conclu qu’ça serait pour mécredi.

LE GREFFIER

Mercredi ou jeudi.

LA FEMME

Non, putôt mécredi. Pardon, si j’vous interromps, vu qu’c’est jour ed’marché. (A la cousine.) Y s’attendent ben aussi, cheux nous, qu’ça sera mécredi, pas vrai ?

LA COUSINE

Ben sûr!

LA FEMME

Pardon, mossieu...

LE GREFFIER

Encore?

Vous allez-t’y nous donner eune parsonne pour nous conduire ?

LE GREFFIER

Parbleu! croyez-vous pas qu’on va vous laisser naviguer comme ça dans la maison ? merci !

LA FEMME DU CONDAMNÉ

LA FEMME

Ecoutez, moi, j’en sais rien ; j’ai jamais venu ici qu’avec les gendarmes ; la première fois que j 'viens sans ; pas vrai, Mélie? Tois semaines, mossieu, tois semaines, comme vous êtes un honnête homme, que j'ne l’ai vu, mon époux. Pauv’ chéri! Croireriez-vous qu’j’ai pas pu l’y parler, tant j’étais toute je n’sais comment? -- Faut dire aussi qu’dès j’ai été acquittée, merci! j'sors d’en prend’, j’ai pas d’mandé mon resse, j’ai filé.

LE greffier, lui donnant un papier.

Tenez.

LA FEMME

Pourquoi qu’c’est faire, c’que vous m’donnez là?

LE GREFFIER

Vous remettrez ça au gardien qui va vous conduire.

Merci! Ben obligée! — Viens-tu, Mélie?

LA COUSINE

T’inquiète pas.

UN GARDIEN

Où est-ce donc qu’vous allez par là ?

LA FEMME

Dame! j’en sais rien ; j’serche qu’équ’un pour nous conduire .

LE GARDIEN

Attendez. (A un autre gardien.) Mechin !

MECHIN.

De quoi ï

LE GARDIEN

V’ià qui te r’garde.

MECHIN,

Venez- vous-en par ici.

LA FEMME

Viens-t’en, Mélie.

LA FEMME DU CONDAMNÉ

MECHIN.

Vous avez vot’ autorisation î

LA FEMME

La v’ià. — Pardon, si je vous interromps...

MECHIN.

De quoi ?

LA FEMME

C’est-y vous qui va nous conduire ?

MECHIN.

J’en ai peur.

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