LE COMMIS GREFFIER
Qu’est-ce que c’est ?
LA FEMME
Eune permission qu’on m’a dit que fallait que j’vous r’mette, pour voir un condamné dont j’suis son épouse.
LE COMMIS
Donnez.
LA FEMME
Voilà. — Mossieu?
LE COMMIS
Eh ben?
LA FEMME DU CONDAMNÉ
LA FEMME
Sans vous commander, c’est-y mécredi qui passe ?
LE COMMIS
Il est condamné ?
LA FEMME
A mort, oui, mossieu, pour assassin sus son beau-père. C’est mécredi, pas vrai, qui passe, mon homme ?
LE GREFFIER
J’en sais rien, ça ne me regarde pas, c’est point mes affaires.
LA FEMME
Oh ! qu’si, vous l’savez ! Seulement, vous faites celui qui ne l’sait pas, craint’, des fois, de m’faire ed’la peine. J’vous en sais gré; mais, à la Préfecture, y n’m’ont pas caché qu’son pourvoi était rejeté, d’où j’ai conclu qu’ça serait pour mécredi.
LE GREFFIER
Mercredi ou jeudi.
LA FEMME
Non, putôt mécredi. Pardon, si j’vous interromps, vu qu’c’est jour ed’marché. (A la cousine.) Y s’attendent ben aussi, cheux nous, qu’ça sera mécredi, pas vrai ?
LA COUSINE
Ben sûr!
LA FEMME
Pardon, mossieu...
LE GREFFIER
Encore?
Vous allez-t’y nous donner eune parsonne pour nous conduire ?
LE GREFFIER
Parbleu! croyez-vous pas qu’on va vous laisser naviguer comme ça dans la maison ? merci !
LA FEMME DU CONDAMNÉ
LA FEMME
Ecoutez, moi, j’en sais rien ; j’ai jamais venu ici qu’avec les gendarmes ; la première fois que j 'viens sans ; pas vrai, Mélie? Tois semaines, mossieu, tois semaines, comme vous êtes un honnête homme, que j'ne l’ai vu, mon époux. Pauv’ chéri! Croireriez-vous qu’j’ai pas pu l’y parler, tant j’étais toute je n’sais comment? -- Faut dire aussi qu’dès j’ai été acquittée, merci! j'sors d’en prend’, j’ai pas d’mandé mon resse, j’ai filé.
LE greffier, lui donnant un papier.
Tenez.
LA FEMME
Pourquoi qu’c’est faire, c’que vous m’donnez là?
LE GREFFIER
Vous remettrez ça au gardien qui va vous conduire.
Merci! Ben obligée! — Viens-tu, Mélie?
LA COUSINE
T’inquiète pas.
UN GARDIEN
Où est-ce donc qu’vous allez par là ?
LA FEMME
Dame! j’en sais rien ; j’serche qu’équ’un pour nous conduire .
LE GARDIEN
Attendez. (A un autre gardien.) Mechin !
MECHIN.
De quoi ï
LE GARDIEN
V’ià qui te r’garde.
MECHIN,
Venez- vous-en par ici.
LA FEMME
Viens-t’en, Mélie.
LA FEMME DU CONDAMNÉ
MECHIN.
Vous avez vot’ autorisation î
LA FEMME
La v’ià. — Pardon, si je vous interromps...
MECHIN.
De quoi ?
LA FEMME
C’est-y vous qui va nous conduire ?
MECHIN.
J’en ai peur.