LE CONDAMNÉ, LE GARDIEN, LA FEMME, LA COUSINE
LE GARDIEN
T’nez, d’Ia société qu’on vous amène .
LA FEMME
Où ça qu’il est, mon homme, si ou plaît? je n’vois rien. le gardien.
Là, sus son lit. Probablement qui dort. — Dites donc, hé ! là bas.
LF. condamné, s' éveillant.
De quoi î
LE GARDIEN
Vot’ épouse qui vous arrive.
LA FEMME
Bonjour, Gabriel.
LE CONDAMNÉ
De quoi ?
LA FEMME
Comment qu’ça va I
LE CONDAMNÉ
Hein!
LA FEMME
Tu me r’connais pas, mon chéri?
LE CONDAMNÉ
Si.
LA FEMME
Pourquoi qu’tu m’dis rien ?
LA FEMME DU CONDAMNÉ
LE CONDAMNÉ
Quoi qu’tu veux que j’te dise ï
LA FEMME
Nous sommes là, qu'nous venons t’voir, avec ta cousine, avec Mélie. Dis z’y bonjour... tu sais ben, Mélieï LE CONDAMNÉ.
Oui.
LA FEMME
Aile a demandé à t’voir.
LE CONDAMNÉ
T’as pas entendu parler d’mon pourvoi!
LA FEMME
Si.
Eh ben?
LE CONDAMNÉ
LA FEMME
Paraît qu'ça va pas fort.
LE CONDAMNÉ
J 'suis rejeté ?
LA FEMME
J’te dis pas ça. — Allons, voyons, fais pas l’enfant. T’as donc pus d’courage? Voyons, donne-moi ta main, Gabriel, donne-moi ta main. Tu veux pas m’ia donner? Voyons, ma vieille, te laisse pas abattre. (An gardien.) Vous avez pas un peu d’eau.
LE GARDIEN
Dans la cruche, doit y en avoir. (La lui présentant.) Tenez !
LA FEMME
Ben obligée! J’vas y en frotter un brin les tempes. — Pauv’ chéri, va! — T’sens-tu mieux, dis î — Voyons donc, Mélie, tu m’iaisses tout sus les bras ; tu bouges pas plus qu’une pièce ed’çanon... Passe un peu par ici, soutiens-le
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LA FEMME DU CONDAMNÉ
d’sa tête, ton cousin ; hardi, aïe pas peur ! C'est ça. — T’sens-tu mieux, ma vieille, dis? Voyons, mon bibi chéri, donne-moi ta main ?
LE CONDAMNÉ
Peux pas.
LA FEMME
Dis putôt qu’tu veux pas, vieux brigand !
LE GARDIEN
Vous voyez pas qu’il a la chemise?
LA FEMME
C’est vrai, pour pas qui leux détruisent; j’y pensais pus. Après ça, si vous croyez qu’on y voit, vous êtes encore pas mal bon enfant ! — Dis donc, mon bibi ?
LE CONDAMNÉ
De quoi ?
LA FEMME
J’viens pour prend’ tes effets.
LE CONDAMNÉ
Pasceque?
LA FEMME
Dame! autant qu’ça soye moi qu’en profite qu’les aut’s, sois juste et d’bon compte, moi qu'es ta femme! Quoi qu’t’as ben ici ?
LE CONDAMNÉ
J’en sais rien.
LA FEMME
Et ta montre, où ça qu’allé est ?
LE GARDIEN
Au greffe.
LA FEMME
Faut pas que jToublie. — Mélie, tu m’y feras penser, au cas que j’l’oublierais, tends-tu î — Quoi qu’o’est qu't’as
LA FEMME DU CONDAMNÉ
là, sous ta tête, mon bichon chéri?... Réponds-moi, mon ange, quoi qu’t’as là, sous ta tête, dis ?
LE CONDAMNÉ
Sous ma tête ?
LA FEMME
Un gilet? — Tiens, Mélie, prends-le... que s’cherche partout durant qu’j’y suis... — Quoi que j’sens là! ton pantalon?... Bonne affaire î — Mélie, fourre tout ça dans l’panier. — T’as des mouchoirs?
LE CONDAMNÉ
Oui.
LA FEMME
Donne-moi-les... Teschaussettes, où qu’a sont?
LE CONDAMNÉ
Dans mes pieds.
LA FEMME
Sors-les.
LE CONDAMNÉ
Tu veux donc m’mett’ tout nu ?
Pis qu’t’es rejeté, tu vas pus avoir besoin de rien. Et ta redingote qui faut qu’j’emporte aussi ; m’ia faut, pour habiller l’petit. Pauv’ enfant ! y viendra t’voir passer... il a déjà pas tant d’plaisir !... C’est point l’embarras, il ont été u i brin rudes pour toi, merci! y t’ont point ménagé... Tu vas pas l’embrasser, ta vieille, dis, mon bibi ?
LE CONDAMNÉ
Si.
LA FEMME
Tu seras point exécuté ici, mon chéri ; au pays, qu’tu l’seras, mardi ou mécredi.
LE GARDIEN
Allons, en v’ià assez ; faut voir à s’en aller.
LA FEMME Dü CONDAMNÉ
LA FEMME
Faut ben qu’j’y parle. — Dis donc, trésor, faudra t’confesser, tends-lu ? j’te l’conseille, fais-!e... et pas d’sottises à ton prêtre, t’en prie, on sait pas c’qui peut arriver.
LE GARDIEN
Voyons, voyons, filons, y n’est qu’temps.
LA FEMME
Voilà, voilà. — Nous y serons tous, chez marne Vernier, au premier, sus l’balcon, tends-tu!. . Et tes souliers, ma biche, où qui sont ?
LE CONDAMNÉ
J’sais pas.
LA FEMME
Où qu’on les a mis ? c’est pas eux qu’t’as aux pieds, c’est des sabots!... — R’garde un peu par terre, Mélie, tu les sens pas ?... Tiens, comme tu serches, les v’ià !
LE GARDIEN
J’ vous ai déjà dit qu’follait songer à vous en aller.
LA FEMME
De quoi! A vous pas peur qui s’enrhume ?
LE GARDIEN
Vous allez voir qu’ça va s’gâter, j’vous en préviens!
LA COUSINE
Viens-nous-en, Pauline, pis qu’on nous l’dit; j’ai pas l’intention d’moisir ici.
LA FEMME
Aie pas peur. — A présent, mon bibi, j’vas t'faire mes adieux... N’à r’voir, mon p’tit homme; sois ben sage... Ah ça! du courage, pas vrai ? songe que t’as un garçon, qu’tu y dois l’exemple... Baise ta vieille ! — Mélie î
LA COUSINE
De quoi ?
LA FEMME DU CONDAMNÉ
LA FEMME
Tu viens pas l'embrasser, ton cousin?... Non? Comme tu voudras, ma fille, te gêne pas. — Eh ben 1 adieu, chéri, sans rancune.