‹ Les basfonds de la societéChapitre 31 sur 37 · LE CONDAMNÉ, LE GARDIEN, LA FEMME, LA COUSINE · texte numérisé non relu

LE CONDAMNÉ, LE GARDIEN, LA FEMME, LA COUSINE

LE GARDIEN

T’nez, d’Ia société qu’on vous amène .

LA FEMME

Où ça qu’il est, mon homme, si ou plaît? je n’vois rien. le gardien.

Là, sus son lit. Probablement qui dort. — Dites donc, hé ! là bas.

LF. condamné, s' éveillant.

De quoi î

LE GARDIEN

Vot’ épouse qui vous arrive.

LA FEMME

Bonjour, Gabriel.

LE CONDAMNÉ

De quoi ?

LA FEMME

Comment qu’ça va I

LE CONDAMNÉ

Hein!

LA FEMME

Tu me r’connais pas, mon chéri?

LE CONDAMNÉ

Si.

LA FEMME

Pourquoi qu’tu m’dis rien ?

LA FEMME DU CONDAMNÉ

LE CONDAMNÉ

Quoi qu’tu veux que j’te dise ï

LA FEMME

Nous sommes là, qu'nous venons t’voir, avec ta cousine, avec Mélie. Dis z’y bonjour... tu sais ben, Mélieï LE CONDAMNÉ.

Oui.

LA FEMME

Aile a demandé à t’voir.

LE CONDAMNÉ

T’as pas entendu parler d’mon pourvoi!

LA FEMME

Si.

Eh ben?

LE CONDAMNÉ

LA FEMME

Paraît qu'ça va pas fort.

LE CONDAMNÉ

J 'suis rejeté ?

LA FEMME

J’te dis pas ça. — Allons, voyons, fais pas l’enfant. T’as donc pus d’courage? Voyons, donne-moi ta main, Gabriel, donne-moi ta main. Tu veux pas m’ia donner? Voyons, ma vieille, te laisse pas abattre. (An gardien.) Vous avez pas un peu d’eau.

LE GARDIEN

Dans la cruche, doit y en avoir. (La lui présentant.) Tenez !

LA FEMME

Ben obligée! J’vas y en frotter un brin les tempes. — Pauv’ chéri, va! — T’sens-tu mieux, dis î — Voyons donc, Mélie, tu m’iaisses tout sus les bras ; tu bouges pas plus qu’une pièce ed’çanon... Passe un peu par ici, soutiens-le

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LA FEMME DU CONDAMNÉ

d’sa tête, ton cousin ; hardi, aïe pas peur ! C'est ça. — T’sens-tu mieux, ma vieille, dis? Voyons, mon bibi chéri, donne-moi ta main ?

LE CONDAMNÉ

Peux pas.

LA FEMME

Dis putôt qu’tu veux pas, vieux brigand !

LE GARDIEN

Vous voyez pas qu’il a la chemise?

LA FEMME

C’est vrai, pour pas qui leux détruisent; j’y pensais pus. Après ça, si vous croyez qu’on y voit, vous êtes encore pas mal bon enfant ! — Dis donc, mon bibi ?

LE CONDAMNÉ

De quoi ?

LA FEMME

J’viens pour prend’ tes effets.

LE CONDAMNÉ

Pasceque?

LA FEMME

Dame! autant qu’ça soye moi qu’en profite qu’les aut’s, sois juste et d’bon compte, moi qu'es ta femme! Quoi qu’t’as ben ici ?

LE CONDAMNÉ

J’en sais rien.

LA FEMME

Et ta montre, où ça qu’allé est ?

LE GARDIEN

Au greffe.

LA FEMME

Faut pas que jToublie. — Mélie, tu m’y feras penser, au cas que j’l’oublierais, tends-tu î — Quoi qu’o’est qu't’as

LA FEMME DU CONDAMNÉ

là, sous ta tête, mon bichon chéri?... Réponds-moi, mon ange, quoi qu’t’as là, sous ta tête, dis ?

LE CONDAMNÉ

Sous ma tête ?

LA FEMME

Un gilet? — Tiens, Mélie, prends-le... que s’cherche partout durant qu’j’y suis... — Quoi que j’sens là! ton pantalon?... Bonne affaire î — Mélie, fourre tout ça dans l’panier. — T’as des mouchoirs?

LE CONDAMNÉ

Oui.

LA FEMME

Donne-moi-les... Teschaussettes, où qu’a sont?

LE CONDAMNÉ

Dans mes pieds.

LA FEMME

Sors-les.

LE CONDAMNÉ

Tu veux donc m’mett’ tout nu ?

Pis qu’t’es rejeté, tu vas pus avoir besoin de rien. Et ta redingote qui faut qu’j’emporte aussi ; m’ia faut, pour habiller l’petit. Pauv’ enfant ! y viendra t’voir passer... il a déjà pas tant d’plaisir !... C’est point l’embarras, il ont été u i brin rudes pour toi, merci! y t’ont point ménagé... Tu vas pas l’embrasser, ta vieille, dis, mon bibi ?

LE CONDAMNÉ

Si.

LA FEMME

Tu seras point exécuté ici, mon chéri ; au pays, qu’tu l’seras, mardi ou mécredi.

LE GARDIEN

Allons, en v’ià assez ; faut voir à s’en aller.

LA FEMME Dü CONDAMNÉ

LA FEMME

Faut ben qu’j’y parle. — Dis donc, trésor, faudra t’confesser, tends-lu ? j’te l’conseille, fais-!e... et pas d’sottises à ton prêtre, t’en prie, on sait pas c’qui peut arriver.

LE GARDIEN

Voyons, voyons, filons, y n’est qu’temps.

LA FEMME

Voilà, voilà. — Nous y serons tous, chez marne Vernier, au premier, sus l’balcon, tends-tu!. . Et tes souliers, ma biche, où qui sont ?

LE CONDAMNÉ

J’sais pas.

LA FEMME

Où qu’on les a mis ? c’est pas eux qu’t’as aux pieds, c’est des sabots!... — R’garde un peu par terre, Mélie, tu les sens pas ?... Tiens, comme tu serches, les v’ià !

LE GARDIEN

J’ vous ai déjà dit qu’follait songer à vous en aller.

LA FEMME

De quoi! A vous pas peur qui s’enrhume ?

LE GARDIEN

Vous allez voir qu’ça va s’gâter, j’vous en préviens!

LA COUSINE

Viens-nous-en, Pauline, pis qu’on nous l’dit; j’ai pas l’intention d’moisir ici.

LA FEMME

Aie pas peur. — A présent, mon bibi, j’vas t'faire mes adieux... N’à r’voir, mon p’tit homme; sois ben sage... Ah ça! du courage, pas vrai ? songe que t’as un garçon, qu’tu y dois l’exemple... Baise ta vieille ! — Mélie î

LA COUSINE

De quoi ?

LA FEMME DU CONDAMNÉ

LA FEMME

Tu viens pas l'embrasser, ton cousin?... Non? Comme tu voudras, ma fille, te gêne pas. — Eh ben 1 adieu, chéri, sans rancune.

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