LA BOSSÉ
J’y en monterai.
LA GARDE
Si vous plaît, l’putôt s’ra l’meilleur.
LA BONNE
Tantôt.
C’est comme de la volaille, vous en auriez que d’temps en temps, par-ci, par-là ; tune aile, eune cuisse, un pilon, n’importe... ça y ferait plaisir, vous savez. Pis, comme j’vous disais, encore un peu de patience, ça sera pas long, y a pus d’huile dans la lampe, il ira pas loin.
LA BONNE
Faut toujours passer par là.
LA GARDE
Mon Dieu, oui. J’vous l’ai jamais caché, ça serait mon père, voyez-vous, j’en aurais pas pus soin, vot’ dame le sai 1 ben... vot’ dame le sait ben. Elle aussi, aile y est ben atta" chée, n’est-ce pas ?
LA BONNE
Il l’a vu toute petite.
LA GARDE
Y a encore le vin de Bordeaux qui y fait ben du bien à son estomac.
LA BONNE
Il en a t’y plus.
LA GARDE
J’y ai donné hier, avant que d’m’en aller, tout ce qui y en restait. — Y vous a un courage..., non, c’est rien que d’ie dire, faut l’suivre, comme je le suis, depuis que je l’garde, c’est quet’chose de... comment que j’dirail
LA BONNE
J’vous dirai pas.
UN AGONISANT
LA GARDE
Quet’chose de... sublime.
LA BONNE
J’l’aurais jamais cru. Eh ben ! définitivement, j’m’en vas voir en bas si j'y suis.
LA GARDE
J’vous off pas de l’voir.
LA BONNE
Merci, j’sors d’en prendre.
LA GARDE
J’vous l’conseille pas non pus. — Av’vous déjeuné? LA BONNE.
Y a beau jour.
LA GARDE
J’avais pas déjeuné, j’sors de l’voir...
LA BONNE
Vous avez pus faim ?
LA GARDE
Vous l’avez dit.
LA BONNE
J’suis comme vous tant qu’aux odeurs.
LA GARDE
Ça m’enlève l’appétit. J’vas vous dire... c’est un homme, d’après c’que j’vois, qu’ajamais été ben sain.
LA BONNE
Ça m’étonnerait pas.
LA GARDE
Si vous voyiez son corps.
LA BONNE
J’y tiens pas. — A propos, que j’vous dise... j’vas pro^ bablement pas rester dans mon service.
LA GARDE
Tiens, tiens, tiens !
UN AGONISANT
LA BONNE
On m’off’ aut’ chose.
LA GARDE
Sans compter qu’vous avez raison, si ça vaut mieux.
LA BONNE
J’crois ben, d’abord moins à faire, pis plus d’gages et plus d’profits.
LA GARDE
J’prendrais ça les yeux fermés.
LA BONNE
C’est ben aussi c’que j’fais.
LE MALADE, appelant.
Madame Bergeret !
LA GARDE
Oui ! — L’entendez- vous ?
LA BONNE
A moins d’êt’ sourde.
LA GARDE
Comme ça toute la journée.
LA BONNE
Ben du plaisir !
LA GARDE
Et pour c’qui m’donne !
LA BONNE
Faut l’planter là.
LA GARDE
Ma foi ! c’est pas qu’on me l’ait déjà dit... Aprèsça, si y n’a rien.
LA BONNE
Laissez donc.., un vieux trucheux !
Oui-dà !
LA CARDE
UN AGONISANT
LA BONNE
Toute sa vie, y n’a fait qu’ça, trucber d’tous les côtés ! Jamais, d’puis des éternités qu’y vient manger à la maison, y n’a donné un sou d’étrennes aux bonnes. Je n’prétends pas qui soye riche, ça n’empêche que madame, qu’attache passes chiens avec des saucisses... pus souvent qu’allé en prendrait l’soin qu’allé en prend, si al’ y r’trouvait pas son compte.
Ça m’explique, quand a vient, pourquoi qu’a r’garde toujours de tous les côtés.
LA BONNE
Y a son intérêt... sans ça 1... — Décidément j’m’en vas.
LA GARDE
N’oubliez pas la volaille.
LA BONNE
Si j’y pense. ,,v
LE MALADE
Madame Bergeret ! V
LA GARDE
Oui!