‹ Les basfonds de la societéChapitre 6 sur 37 · LA BOSSÉ · texte numérisé non relu

LA BOSSÉ

J’y en monterai.

LA GARDE

Si vous plaît, l’putôt s’ra l’meilleur.

LA BONNE

Tantôt.

C’est comme de la volaille, vous en auriez que d’temps en temps, par-ci, par-là ; tune aile, eune cuisse, un pilon, n’importe... ça y ferait plaisir, vous savez. Pis, comme j’vous disais, encore un peu de patience, ça sera pas long, y a pus d’huile dans la lampe, il ira pas loin.

LA BONNE

Faut toujours passer par là.

LA GARDE

Mon Dieu, oui. J’vous l’ai jamais caché, ça serait mon père, voyez-vous, j’en aurais pas pus soin, vot’ dame le sai 1 ben... vot’ dame le sait ben. Elle aussi, aile y est ben atta" chée, n’est-ce pas ?

LA BONNE

Il l’a vu toute petite.

LA GARDE

Y a encore le vin de Bordeaux qui y fait ben du bien à son estomac.

LA BONNE

Il en a t’y plus.

LA GARDE

J’y ai donné hier, avant que d’m’en aller, tout ce qui y en restait. — Y vous a un courage..., non, c’est rien que d’ie dire, faut l’suivre, comme je le suis, depuis que je l’garde, c’est quet’chose de... comment que j’dirail

LA BONNE

J’vous dirai pas.

UN AGONISANT

LA GARDE

Quet’chose de... sublime.

LA BONNE

J’l’aurais jamais cru. Eh ben ! définitivement, j’m’en vas voir en bas si j'y suis.

LA GARDE

J’vous off pas de l’voir.

LA BONNE

Merci, j’sors d’en prendre.

LA GARDE

J’vous l’conseille pas non pus. — Av’vous déjeuné? LA BONNE.

Y a beau jour.

LA GARDE

J’avais pas déjeuné, j’sors de l’voir...

LA BONNE

Vous avez pus faim ?

LA GARDE

Vous l’avez dit.

LA BONNE

J’suis comme vous tant qu’aux odeurs.

LA GARDE

Ça m’enlève l’appétit. J’vas vous dire... c’est un homme, d’après c’que j’vois, qu’ajamais été ben sain.

LA BONNE

Ça m’étonnerait pas.

LA GARDE

Si vous voyiez son corps.

LA BONNE

J’y tiens pas. — A propos, que j’vous dise... j’vas pro^ bablement pas rester dans mon service.

LA GARDE

Tiens, tiens, tiens !

UN AGONISANT

LA BONNE

On m’off’ aut’ chose.

LA GARDE

Sans compter qu’vous avez raison, si ça vaut mieux.

LA BONNE

J’crois ben, d’abord moins à faire, pis plus d’gages et plus d’profits.

LA GARDE

J’prendrais ça les yeux fermés.

LA BONNE

C’est ben aussi c’que j’fais.

LE MALADE, appelant.

Madame Bergeret !

LA GARDE

Oui ! — L’entendez- vous ?

LA BONNE

A moins d’êt’ sourde.

LA GARDE

Comme ça toute la journée.

LA BONNE

Ben du plaisir !

LA GARDE

Et pour c’qui m’donne !

LA BONNE

Faut l’planter là.

LA GARDE

Ma foi ! c’est pas qu’on me l’ait déjà dit... Aprèsça, si y n’a rien.

LA BONNE

Laissez donc.., un vieux trucheux !

Oui-dà !

LA CARDE

UN AGONISANT

LA BONNE

Toute sa vie, y n’a fait qu’ça, trucber d’tous les côtés ! Jamais, d’puis des éternités qu’y vient manger à la maison, y n’a donné un sou d’étrennes aux bonnes. Je n’prétends pas qui soye riche, ça n’empêche que madame, qu’attache passes chiens avec des saucisses... pus souvent qu’allé en prendrait l’soin qu’allé en prend, si al’ y r’trouvait pas son compte.

Ça m’explique, quand a vient, pourquoi qu’a r’garde toujours de tous les côtés.

LA BONNE

Y a son intérêt... sans ça 1... — Décidément j’m’en vas.

LA GARDE

N’oubliez pas la volaille.

LA BONNE

Si j’y pense. ,,v

LE MALADE

Madame Bergeret ! V

LA GARDE

Oui!

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