Les basiliques chrétiennes de Rome
Dans le céramique intérieur d’Athènes, sur l'Agora, au pied de la colline du Pnyx, était situé un portique, où l'archonte royal, magnifiquement vêtu, assis sur son trône, dirigeait l’instruction qui se rapportait à toutes les questions du droit sacré. C’est de cet archonte que ce portique lut nommé la basilique, c’est-à-dire portique royal, portique suprême. Ce monument a malheureusement disparu de la surface de la terre, aucun auteur ancien n’en a fait la description. La notice qu’en donne Causâmes ne s’occupe que des groupes de sculptures qui en ornaient le fronton et qui d’après leur disposition et leur signification ont été expliquées avec talent par un auteur moderne1. Quant à la forme du monument, Pausanias n’en dit mot. Dans celle situation doit-on accorder à cette basilique primitive la disposition générale de celles qui lui sont postérieures? On est autorisé a résoudre affirmativement cette question. Le nom de portique n’infirme en rien la question; il vient affirmer, au contraire, car les auteurs grecs nomment simplement portiques (svoat) les basiliques de Rome. Les célèbres peintures murales de plusieurs d'entre les portiques grecs prouvent qu’ils avaient des murs latéraux réguliers. Mais là, nous avons dans le portique une tribune, ce qui, considéré d’une manière organique, comme toutes choses doivent l’être chez les Grecs, rend une certaine disposition, une sorte de clôture nécessaires, et principalement une niche destinée au siège du juge, niche placée à une des extrémités de l’édifice. Celle niche lormait-ellc ou non une saillie, un avant-corps t Ltait-il, dans tous les cas, dispose en demi-cercle comme aux basiliques romaines, ou carré, rectangulaire comme dans plusieurs basiliques grecques de la basse antiquité? La forme semi-circulaire, telle qu’on la voit dans les théâtres, les odéons, les stades, et telle qu’on la voyait probablement aussi au trône d’Apollon, à Amyclée, n’était nullement étrangère à l’architecture hellénique des temps reculés, sans nommer encore celle du Tholos, particulièrement celui des trésors. Les termes grecs ou empruntes aux Grecs qui désignent 1 avant-corps en question, tels que hémicycle, abside, présupposent celte forme comme la plus habituellement en usage. Faisons toutefois observer que la forme rectangulaire est celle qui est le plus en rapport avec le reste du monument, qui répond le mieux au style grec. L’une ou l’autre forme de cet avant-corps, que toutes les basiliques postérieures ont en commun, et par lequel elles se distinguent des autres portiques, n’a pu faire défaut aux édifices qui portent le nom distinctif de basiliques.
Dans la basilique primitive d’Athènes des temps historiques, nous avons donc déjà un édifice conçu d’une certaine forme et consacré à un certain usage; il se compose d’un espace entouré d’une colonnade, à l’extrémité duquel est pratiquée une disposition particulière destinée au juge. Dans cette disposition générale, le portique est évidemment l’élément par excellence et primitif. La combinaison doit, en tous cas, appartenir à l’époque primitive du monde hellénique et avoir été léguée comme sacrée à la période du
i l’anofka. La mort de Skiron et de Palrocle. Berlin, 1836.
grand développement de l’art ; car une si élevée des arts en Grèce; et le nom
élude plus détaillée des deux parties essentielles de nus édifices en intime
telle combinaison ne répond pas à l'espril d'unité qui règne durant l’époque de la perfecl.on seul de basilique ne nous transporte-t-il pas réellement an temps des rois? Peut-être une question nous expliquera-t-elle son origine d une manière plus
e, plus claire. Le portique royal d’Athènes aurait-il été, dans l'origine, autre chose que le péristyle , meneur de hab.tat o rois, par conséquent, nn des portiques de l'avant-eour, qui ne se serait distingué des portiques des autres ma, sons que par la ncorps, don, l’addition était dictée naturellement et forcément par le pouvotr judiciaire royal? L extrémité du portée , dtmbt
à gauche de la porte d'entrée des salles était le seul point convenable à ce, effet; ce lieu état, le plus tranquille de tous,
laissait l’accès libre aux diverses pièces de l'habita, ion, e, permettait au juge de voir de son tronc la foule des pla.deurs et des au, . eu . , car la publicité de la procédure hellénique était aussi essentielle que l’était l’émanation de la fonction de juge du pouvot, royal. Le portique d’Homère, avec le trône homérique, devin, donc probablement, à Athènes, la basilique judicatre, e, cela par
une idée fertile on conséquences et en même temps d'une grande simplicité.
Cette manière de rendre justice dans sa propre habitation était aussi pratiquée parles rois de Rome. La scène b, en connue qui coûta la vie à Turquie l’Ancien ne s’explique qu’en admettant que les assassins payés ou que les conjurés déguises ne pénétrèrent dans la cour du palais royal qu’en se disputant et en criant, et qu'enfin, parvenus dans le portique ou péristyle mtérteur, ils firent p sser en jugement le vieux roi qu’on avait fait appeler. Ce fait semble prouver aussi que le motif et l’idée mère de la basihquc étaient inhérents à l’époque primitive et commune de la race, dont les tiges séparées, comme le prouvent la langue et les arts, se
développèrent dans la suite en Grèce et à Rome. A Rome aussi la maison royale resta jusqu’à l’époque la plus avancée de 1 empire,
comme régi a et dm us regis, bâtie sur le forum ancten, au pied du Palatin, tout à fait située comme la basilique athénienne. Mais le caractère romain tenait à maintenir ce qu’il y avait de sacré et de sacerdotal dans la consécration de la dignité royale personnelle ; c’est ainsi que les restes antiques et traditionnels de la maison royale de Rome furent consacrés aux fonctions sacerdotales, ainsi qu’aux droits des prêtres, taudis que l’administration de la justice civile s’en affranchit avec son tribunal pour l'établir dans un |ie„ populaire. De façon qu’il arriva que regia e, basilique, qui en réalité signifiaient la même chose en étant identiques dans l’origine, devinrent tout à fait différentes dans les temps historiques de Rome; de sorte qu’au sixième siècle de la fondation de la ville, la basilique grecque s’éleva en opposition de l’ancienne régi a, comme une nouveauté étrangère, sur le même forum, nouveauté qui s’est rapprochée dans son origine de sa sœur latine, d’une moindre magnificence.
Nous ignorons malheureusement quel a été le développement de la basilique au sein des races grecques. Les passages des auteurs anciens nous la montrent comme une forme généralement on usage dans le monde hellénique, probablement différente chez les Dorions et les Ioniens. Mais aucun texte ancien ni aucun vestige ne peuvent nous mettre à même de restituer ces monuments flans leur forme architectonique.
Le temps nous a conservé deux uniques basiliques qui appartiennent aux gréco-italiens et à leur influence. Elles nous portent à conclure que la basilique grecque ne différait pas essentiellement dans sa forme de la basilique que Rome adopta et qu’elle développa ensuite pour elle-même et pour les siècles à venir. Ces deux basiliques sont celles d’Herculanum et de Pompéi ; elles datent toutes deux de la bonne époque, quoique moins anciennes que la basilique romaine primitive. Mises en parallèle avec la basilique latine, elles ont tontes deux un caractère particulier. La basilique de Pompéi est seule visible encore. Un torrent de lave l’inonda et la couvrit durant une restauration inachevée. Rappelée à l’existence depuis Tannée 1815, ou a malheureusement néglige son éludé, ainsi que sa restitution. Toutefois, son plan et sa disposition générale sont positifs. Le centre était à ciel ouvert ; la colonnade a deux étages, au rez-de-chaussée d'ordre ionique, au premier corinthien; car, au-dessus du rez-de-chaussée, il y avait une galerie. Les longs murs latéraux étaient ornés de colonnes engagées. Il y a cinq entrées sur le devant, dont trois donnent accès à l’espace central; les deux autres sont placées sur Taxe des colonnades, c’est-à-dire aux doux extrémités. En face de ces portes d’entrée, à l'autre extrémité de l’édifice, en avant du mur de ceinture, se trouvait la niche spacieuse du juge ou tribunal, richement ornée; elle était rectangulaire, sans saillie à l’extérieur, et s’élevait à 2 mètres 20 centimètres environ au-dessus du pavé de la basilique.
On sait que la basilique d’Herculanum a de nouveau disparu sous les déblais. Elle avait, comme la précédente, deux galeries latérales, avec colonnes isolées le long des murs latéraux. L’espace du centre avait une grande largeur, sans toit, comme à Pompéi. Le pavé de cet espace était, par conséquent, en contre-bas de celui des colonnades latérales. Le porche, en avant-corps, avait cinq portes voûtées, dont les trois du centre donnaient accès à l’espaee central, également comme à Pompéi. A l’autre extrémité, au centre s’élevait la niche du tribunal, de forme rectangulaire et faisant saillie à l’extérieur. Dans Taxe des colonnades latérales et à leur extrémité, vers le mur d’enccintc et sur la même ligne avec la niche, existaient deux petits avant-corps scmi-circulaircs destinés sans doute à des statues. Il est aisé de se rendre compte que la disposition des deux basiliques était la même dans leurs parties essentielles. Les basiliques do Rome ancienne nous feront mieux comprendre la conception générale de l’ensemble.