‹ Les basiliques chrétiennes de RomeChapitre 5 sur 33 · V. — BASILIQUES ROMAINES DE LA SECONDE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

V. — BASILIQUES ROMAINES DE LA SECONDE ÉPOQUE

DU DERNIER QUART DU Vin® SIÈCLE.

S. Giovanni a Porta Latina . Adrien I (sinon plus ancien) . de 790 .

S. Maria in Cosmedin . . #

S. Vincent aux trois fontaines . . „

S. Laurent, hors des murs (église antérieure) . . „

De ces quinze basiliques huit appartiennent positivement aux premières soixante années de notre époque (de 790 à 850), et trois autres les suivent immédiatement. La douzième basilique, Saint-Jcan-de-Lalran actuel, l’église épiscopale de Rome, fut reconstruite au commencement du xe siècle. A partir de celte époque, deux siècles s’écoulèrent sans qu'on élevât de nouvelles églises. Car les trois dernières appartiennent à la première moitié du xii® siècle. Nous ne pouvons assigner une date certaine à la seule église d’Araceli. Toutefois elle appartient plutôt au commencement qu’à la fin de ce siècle.

C’est donc vers le milieu du xii® siècle que se termine notre époque, mais la quatrième et dernière ne commence qu’avec les premières années du xiv1 siècle, au moment où l'architecture ogivale est introduite à Rome. Mais alors on ne la voit employée que pour les tabernacles des églises principales, comme à Saint-Paul et à Saint-Jean-de-Latran. Une sorte d’église ogivale ne paraît à Rome pour la première fois que vers la fin de ce siècle. La dernière et plus récente construction où l’on a encore tenté de conserver le type de la basilique porte toutefois la trace de la renaissance italienne, comme la précédente manifeste la trace du style ogival. Ces deux édifices témoignent de l’irruption d’un élément nouveau. Ces deux églises sont :

S. Maria sopra Minerva.

S. Augustin.

La première a une voûte d’arête ogivale au-dessus d’arcades à ogive, l’exemple le plus simple du style ogival. La seconde est à plein cintre avec une coupole, et toutes deux dans le style judicieux de la renaissance italienne primitive.

On observe dans ces deux églises un fait remarquable, abstraction faite de l'architecture. Le chœur, en usage au moyen âge primitif, a disparu ensemble avec ses ambons et son lutrin. Mais on a conçu un autre chœur qui dès alors porte ce nom dans la suite et qui est établi dans presque toutes les églises de l’Occident. Le premier chœur en question occupait le côté antérieur de la nef, représentant l’élite de la communauté des fidèles, et la reliant avec elle par les chantres et les lecteurs ecclésiastiques. Le second, au contraire, choisit pour emplacement la tribune : là se rangent les chanoines nouvellement reconstitués, ou les moines dominicains ou franciscains auxquels est dévolu le service de l’église. Dans ce but la tribune a reçu une autre forme : l’hémicycle traditionnel disparaît pour être remplacé par une sorte d’église destinée à l’autel et qui est par devant séparée de la communauté par des grilles. Cette petite église forme un rectangle auquel se soude de nouveau, à l’extrémité postérieure, l’hémicycle. Les tabernacles au-dessus de l’autel deviennent plus étendus et interrompent de plus en plus la vue. Dans le plan général sont déjà conçues les chapelles ouvrant sur les bas côtés. La chaire remplace les ambons et elle est comme collée à un des piliers de la grande nef. L’emplacement du maître-autel au fond de la tribune témoigne d’un nouveau type, en opposition avec celui de l’ancienne basilique selon l’idée et selon l'architectonique. On peut dire que l’ancienne basilique est abandonnée cl avec elle aussi les mosaïques ont disparu, ces belles mosaïques qui étaient la parure habituelle des basiliques romaines.

Dans l’origine, les mosaïques alternant avec des applications de marbres, ornaient l’ensemble de l’intérieur des églises; spécialement ainsi dans Saint-Paul dont le plafond primitif, selon la description de [Prudence, était décoré en mosaïques et or. Cette ornementation habituelle de mosaïques des églises anciennes existe encore dans Saint-Apollinaire à Ravenne. En tête des anciennes mosaïques de Rome, sont celles sans contredit qui couronnent les colonnes de la grande nef de Sainte-Marie-Majeure et celles de l’arc triomphal de l’église Saint-Paul : à ces mosaïques en succède une suite non interrompue dans les églises de la première et de la seconde époque. Quand on cessa l’édification de nouvelles basiliques, aux xme et xivc siècles, les mosaïques se perpétuèrent dans les basiliques de Rome avec un caractère particulier et très-remarquable. La décoration de la façade principale de Saint-Paul appartient à celle époque avancée. La tradition non interrompue de la peinture proprement dite des basiliques antiques, telle

quelle s est continuée durant mille ans, du commencement du ve jusqu’au milieu du xiv’ siècle, cette tradition, disons-nous, s est développée magnifiquement et avec une vie réelle dans les mosaïques. Nous pensons donc que dans une description destinée à faire comprendre ce qu étaient les basiliques romaines, les mosaïques méritent une attention spéciale. Huit des planches de ce volume reproduisent une sérié de mosaïques de neuf siècles avec leur développement : .

A. L’arc triomphal de l’église Saint-Paul : de Galla Plaeidia, vers 440.

B. La tribune des SS. Cosma e Damiano : de Félix IV, 530.

C. Le triclinium de l’habitation patriarcale du Latran, de Léon, vers 800.

D. La façade principale de S. Marie du Transtevere : du xne siècle.

E- ha tribune de l’église S. Paul : du xm« siècle.

F- de S. Jean de Latran : de Nicolas IV (Jacopo Turrita) de 1292.

G ■ — de S. Marie Majeure (Rosetti et Gaddo Gaddi), vers 1292.

H. La façade principale de l’église S. Paul : du xiv1' siècle (Pietro Cavallini), vers 1330.

à la suite de ces huit feuilles de mosaïques, viennent deux feuilles qui terminent notre volume et qui donnent des exemples de paves on mosaïque et de quelques autres ornements.

L exposé que nous venons de faire est destiné à donner une image fidèle des vicissitudes que traversa la basilique romaine durant trois époques dans une série comprenant presque douze siècles. Les anciennes basiliques subsistèrent jusqu’à la fin de cette période, non sans que 1 usage nouveau ne lit plus ou moins irruption dans leurs proportions simples et faciles à saisir; plus d’un détail, comme par exemple l’atrium, fut supprimé à cause de son isolement, l’église Saint-Paul moins que toute autre ne subit point l'influence des innovations; Saint-Pierre au contraire offrait au commencement du xve siècle tous les Caractères et toutes les traces des directions nouvelles prises par 1 art, et cela d une manière plus accentuée que dans toute autre église. Voilà pourquoi nous avons mis en parallèle le plan fidèle et détaillé qui en fut levé lors de sa démolition, tout en nous servant des descriptions contemporaines. C’est dans ces dernières que sont indiquées les modifications légères, subies par la basilique jusqu’au couronnement de Charlemagne. Et dans cet état même son plan nous offre encore une image exacte des plus anciennes basiliques. Le plan de Saint-Pierre est le document le plus instructif et le plus mémorable de leur forme la plus récente. Un coup d’œil jeté sur cette basilique prouvera mieux ce que nous disons que ne le feraient des volumes de mémoires sur le sujet. 11 en fut de même des autres basiliques. La beauté des colonnades, la puissante simplicité et l’aspect d’ensemble de la nouvelle architecture des basiliques, ont disparu; les grandes lignes des murs des bas côtes sont percées à jour, interrompues par 1 addition des chapelles, et dans notre monument dans toute sa longueur. Ce n’est que dans les plus anciennes constructions que l’autel est placé çà et là sur son emplacement primitif. Mais les moines ou les chapitres qui ont remplacé les chanoines du passé ont pris possession de la tribune en y comprenant ordinairement aussi le maître-autel.

C’est en raison de ces déviations que les plus anciennes basiliques encore existantes sont pleines d’irrégularités. Or ce sont précisément ces déviations dans la basilique qui meurt, qui lui donnent un attrait plus puissant que ne le font les essais destinés à aboutir à une régularité absolue dans les basiliques les plus récentes de la série que nous avons présentée. Car ces basiliques témoignent d’une combinaison et d’un calcul d’accords, dont l’objet ne ressort pas intrinsèquement de ces basiliques elles-mêmes. El par contre ces irrégularités sont autant de témoignages du type originel unitaire qui. s'explique de lui-même; et tandis que ces irrégularités prouvent un attachement fidèle au type primitif, autant qu’il le pouvait de fait, elles agissent sur le sentiment avec l’ascendant multiple des nombreux siècles chrétiens qui se reflètent en elles. C’est en général cette irrégularité, cette impossibilité de déduction de la construction d’un seul et unique principe de l’intelligence, c’est cette unification sans cesse tentée mais non découverte, qui donnent un charme particulier au moyen âge occidental, charme qui forme un trait caractéristique dans l’ensemblede sa poésie. Dans tous les arts plastiques où elle se manifestait, cette poésie avait son côté mortel, amené qu’il était par les effets du hasard et de l’incomplet, produits eux-mêmes de la conception mntérielle'et l’absence de sentiment pour la réalité. Mais en même temps aussi cette poésie manifeste les facultés mentales, les tendances de l’âme et l'énergie de création de l’esprit germanique. Cet antagonisme entre le type primitif et les dispositions nouvelles destinées à une métamorphose de l’ensemble, concourait évidemment à cette métamorphose sur un plan nouveau, et ce plan fut essayé, quoique de diverses manières, par l’architecture ogivale du xme siècle d’abord, ensuite au xve et au xvie siècles par l’architecture de la Renaissance.

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