‹ Les basiliques chrétiennes de RomeChapitre 4 sur 33 · DU VU° ET DE LA PREMIÈRE MOITIÉ DU VIII1' SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU VU° ET DE LA PREMIÈRE MOITIÉ DU VIII1' SIÈCLE

S. Agnese fuori le mura, de Houorius I . 625.

Santi quattro Coronati, — . g25.

S. Georgio in Velabro, de Leon II . . . eg2.

S. Crisogono (au plus tèt). Grégoire III . . 730.

Nous allons indiquer ce que les généralités de ces basiliques ont de commun entre elles, en nous référant à ce que nous avons dit auparavant de ces monuments.

Examinons-les d’abord à l’extérieur :

Le vestibule offre communément le caractère d’un portique à colonnes qui embrasse toute la largeur de l'église : son élévation est semblable à celle des bas côtés. Sur la face du fond et au delà de sa hauteur s’élève la façade de la basilique sous l’aspect d’un

uni quelquefois orné de mosaïques. Ce mur est percé d’une bai. circulaire, souvent aussi de fenêtres couronnées de pleins cintres, qu, s elevent jusqu’au toit légèrement incliné de la nef principale, en sorte qu'il se forme un triangle surbaissé, en guise de tympan’ La les collatéraux accusent leur toiture propre. La saillie de la nef transversale sur les faces latérales n'est sans doute primitive que dans la plus récente des deux magnifiques basiliques à cinq nefs de Saint-Pierre et de Saint-Paul; dans tous les cas, cette saillie dans Samt-Pierre est plus ancienne que la fin de notre époque. Elle est une nouveauté complète dans Sainte-Marie-Majeure, et étrangère aux autres basiliques pour le moment. La tribune semi-circulaire forme saillie sur le mur du fond.

Tel est communément l'aspect de la basilique à l'extérieur. Nous avons la preuve qu'une avant-cour (Paradis,, s, Parvis) existait en avant de ces basiliques à cinq nefs; nous en voyons aussi quelques traces à l'église des Santi Quattro. Cet atrium est un rectangle oblong, entouré de chaque côté d’une colonnade de la hauteur des bas côtés, en sorte que la colonnade du fond forme le vestibule de l'église. Au centre de cet atrium est situé un jet d'eau (canlhams) pour la purification des mains, selon l’usage populaire établi dans tous les péristyles.

L intérieur répond on ne peut plus parfaitement à ce que promet l'extérieur. On voit devant soi une forêt de colonnes disposées symétriquement quand on pénètre dans les basiliques parla porte Médiane, et si l’on aperçoit des piliers, ils ne sont dus qu'à des restaurations postérieures en vue de la solidité de la construction.

La nef du centre s élève habituellement à une hauteur considérable, à environ des deux tiers de ses colonnes, au-dessus des nefs latérales. Cependant la galerie supérieure de l’ancienne basilique judiciaire est presque toujours remplacée par une haute muraille, dans la partie supérieure de laquelle sont pratiquées des fenêtres. Cette circonstance nécessitait une double toiture. Car celle des nefs latérales ne pouvait et ne devait’venir aboutir qu’au-dessous des fenêtres du mur en question. Sa nt Agnese et San Lorenzo seuls ont encore aujourd’hui des galeries supérieures, dont la disposition et les proportions accusent la décadence de l’art ; peut-etro la basilique de Santi Quattro avait-elle aussi primitivement do ces galeries. Toutes ces églises sont des basiliques à trois nefs, que nous allons examiner d’abord comme les plus simples et les plus habituelles.

Cette disposition , quant à la couverture des nefs latérales, témoigne d’un usage constant que l’art ne peut admettre. Dans I origine la couverture de la grande nef était ornée de champs carrés décorés d’une ornementation en bois : c’est au moins ce dont témoignent toutes les basiliques romaines. Une couverture semblable s’étendait sans doute primitivement dans les basiliques à trois nefs, à partir du haut des arcades qui couronnaient les colonnes de la grande lier pour aboutir aux deux murs latéraux de l’édifice, en sorte qu’on y apercevait intérieurement le toit incliné.

Cette disposition choquait le sentiment de l’art, elle lui était contraire et n’avait point sa raison d’être de par la couverture de la grande nef. Car si plus tard, comme cela eut lieu à Rome à la suite des destructions faites par les Sarrasins et d’autres malheurs, vers la fin de cette époque, on laissait la charpente apparente dons la nef principale, cette disposition offrait une forme architectonique arrêtée, tandis que sur les côtés, le plan incliné du toit présentait l’aspect d’une grange, plan qui ne pouvait s’allier avec l’emploi de la colonne. C’était donc le témoignage d’une nécessité malheureuse, difforme cl antipathique à l’art.

Les basiliques à cinq nefs ont, dès lors, une toiture commune aux collatéraux et à deux égouts ou versants. Les arcades pratiquées dans le mur au-dessus des colonnes des nefs intermédiaires, qu’on voit dans les représentations de l’ancien Saint-Pierre, semblent prouver que ces nefs s’élevaient au-dessus des collatéraux extérieurs. Il y avait donc un toit plat qui s’étendait jusqu’aux nefs médianes, et le collatéral intermediaire était éclairé par ces fenêtres en forme d’arcades.

La suppression des galeries supérieures fut ensuite un appauvrissement du type et une perle pour l’utilité de l’espace dans les basiliques à trois nefs. Cela n’avait pas lieu, toutefois, dans les basiliques à cinq nefs. Car dans quel but auraient-elles eu ces galeries ! L espace pour les auditeurs était là plus étendu qu’il ne fallait. Le but qu’on avait en vue, et qui consistait à ce qu’on pût entendre de partout ce qu’on disait dans la tribune, était effacé par le désir d’offrir au spectateur un espace spacieux et magnifique. Mais la lourdeur et 1 aspect inorganique du mur qui couronnait les colonnes étaient encore là plus visibles, car, avec une telle longueur et une telle largeur, on devait chercher à obtenir une élévation plus considérable que celle que permellaienl les lois immuables de 1 art antique appliquées à une colonnade simple. Si l’on demande par conséquent la raison de ce moyen d’appesantissement inhérent, c est en général cet effort non méconnaissable à obtenir la plus grande élévation possible. Le vaisseau central de Saint-Paul offre des colonnes de 32 pieds de hauteur ; par l’élévation qui lui est donnée, l’édifice demanderait, selon les lois de l’art, des colonnes de 42 pieds; ou reporta donc la différence en moins sur le mur qui surmontait ces colonnes. Or un tel mur parut d’une élévation disproportionnée, mais il offrait l’espace désiré pour l’ornementation par des mosaïques représentant des faits historiques on rapport avec le caractère spécial de la nouvelle religion.

Le sol de la nef était toujours dallé ou souvent orné de carreaux de couleur. Il n était point question, dans les vaisseaux des basiliques romaines, de sièges à demeure, ni de bancs ou de stalles, mais au contraire la décoration du sol prouve, là où elle est conser-

vée, qu’on n’y voyait rien de la sorte. On peut reconnaître la faible traee d’une séparation architectonique et transversale dans la -,iande nef, dont parlent les auteurs, aux églises de Sainle-Balbine de Rome et de Saint-Michel de Ravenne. Ceux des fidèles qui éta.ent en entière communauté avec l’église avaient leur place au delà d’un mur percé de portes, sorte de clôture, quant aux aulies, on leur avait assigné la partie antérieure de l’église, plus éloignée de l’autel, et située entre cette clôture et les portes d entrée de la basilique.

Celte ligne d’enceinte est nommée narthex (v#f(hnÇ), la férule, sans doute par rapport à la discipline ecclésiastique. Nous savons de plus que le vestibule et l’atrium étaient encore assignés aux pénitents : le premier est propre à toutes les basiliques romaines et 1 ati ium l’est à l’entier développement de la forme. C’est peut-être pour cette raison que cet isolement au moyen du narthex n eut pas lieu dans les églises romaines. A l’exception de Sainte-Agnès et de Saintc-Balbine (la dernière n’est qu une simple salle avec abside), toutes les basiliques romaines de celle époque ont l’espace intermédiaire entre la nef et la tribune, et qu’on nomme nef transversale ou transsept : c’est une salle située en travers de toute la largeur du bâtiment, terminée au fond par un mur de la hauteur de celui de la grande nef. Si sur un côte la tribune s’ouvre sur cette partie transversale, celle-ci communique avec la partie antérieure de 1 église ou avec les nefs longitudinales par une grande arcade sur l’axe des nefs. A Sainte-Agnès, dans laquelle il n’y a pas de transsept, les nefs aboutissent au mur du fond, d’où l’abside semi- circulaire forme saillie. Là on passe donc directement du vaisseau central dans la tribune. Dans une semblable disposition, naturelle pour de petites églises, l’autel doit se trouver dans la grande nef, ce qui est clïectivemciit le cas à Sainte-Agnès. La grande arcade entre le transsept et la nef principale a les mêmes dimensions que 1 arcade de la tribune. 11 était d’usage eu général d’orner richement l’épaisseur et le soffite de cette arcade de haut en bas, de mosaïques offrant des représentations diverses, qui, selon leur caractère, différaient, par leur nature symbolique et leur ordonnance, des représentations qu on voyait dans la grande nef. Saint-Paul et l’ancienne église de Saint-Laurent, aujourd’hui la partie postérieure de l’église, en donnent des exemples visibles.

Le sol de la ncflransversale est surélevé ordinairement de plusieurs marches et orné avec plus de richesse que celui des nefs longitudinales. Ce fait est constant. La hauteur du transsept est la même que celle de la grande nef: elle semble toutefois être plus considérable par la raison que la largeur de la nef transversale est d’habitude moindre que celle delà nef principale. Ce n est qua Saint-Paul que ces largeurs sont déjà identiques. Si l’on a donné à cette partie de l’édifice une signification plus profonde, un caractère plus élevé, il est certain quelle n’était point séparée de l’église antérieure par une clôture quelconque, point isolé du lieu où se rassemblaient les fidèles. Les vestiges d’une telle clôture retrouvés de nos jours appartiennent à une époque postérieure, et c’est une erreur de considérer celte innovation comme une partie intégrante du type des basiliques antiques. Par type, nous entendons l’expression d’une idée générale et essentielle des basiliques, et ce type est évidemment l’antique ordonnance seule.

Le point central de toute la nef transversale, le motif de sa haute signification, c’est X autel : car l’ancienne basilique n’avait qu’un seul et unique autel. Son emplacement naturel était donc où nous venons de l’indiquer; c’était aussi le plus habituel, c’est-à-dire dans l’intersection des nefs. La diversité de sa position est ainsi qu’il suit : l’autel se trouve quelquefois immédiatement au point où se joignent la grande nef et la nef transversale, et quelquefois au contraire tout auprès de la tribune. Ces deux emplacements ont leur raison d’être par des circonstances locales, comme par exemple la position de la confession, c’est-à-dire du tombeau du confesseur de la foi, ou encore par une construction antérieure. Dans les plus anciennes basiliques de Rome, la forme de l’autel est on ne peut plus simple : c’est celle de la table de communion ; c’est-à-dire que les baldaquins et les tabernacles en sont exclus, dont l’emploi est arrivé insensiblement par des additions en métal en guise d’offrandes. De cette manière la vue n’était point interceptée depuis l’entrée de Pé^lise jusqu’à l’arc principal de la tribune. L’espace aux deux côtés de l’autel était consacré, comme place d honneur, aux empereurs, aux impératrices, au sénat et aux divers fonctionnaires publics. Donc les places d’honneur du transsept sont l’origine du banc d’œuvre et des sièges dans les nefs.

La nef transversale.élait primitivement sans saillie sur les murs latéraux, en sorte que sa longueur n’était pas plus étendue que la largeur entière de la basilique. Sous le règne de Théodose, la saillie en question est plutôt la conception d'une forme séparative que l’idée d'une aile. Toutefois nous voyons dans Saint-Pierre une forte saillie de ce genre assez primitive; mais à l’intérieur la longueur habituelle est rétablie au moyeu d’une rangée de colounes. Le prolongement au delà de eette colonnade semble avoir eu en vue l’idée de chapelles : l’un d’eux était un baptistère, ce qui est prouvé.

Nous verrons plus loin qu’à ce sujet les monuments de Rome rendent les représentations de la pensée chrétienne primitive le plus purement et le plus clairement. Tandis que dans les autres parties de l’Italie et au delà des monts, on aperçoit les efforts faits pour inculquer au type un caractère plus chrétien par des formes architectoniques particulières, et tandis que de Byzance, comme point de centre, rayonnait un eachet spécial qui se répandit et devint immuable dans tout l’Orient, Rome conserva sévèrement la forme

antique.

C’est ce qu’on voit généralement dans la tribune. L’ancienne saillie en hémicycle de celte partie de l’église se présentait comme étant la plus universellement convenable pour la réalisation de l’idée chrétienne. L’hémicycle offrait un espace suffisant pour le clergé qui y était assis; l’évêque, son président, occupait un siège en forme de trône qui s’élevait sur des degrés; ce siège était semblable à la Sella Curulis, ou siège curulc du préteur : à sa droite et à sa gauche était placé le reste du clergé sur des bancs de peu d’élévation. Dans la basilique romaine, la tribune était aussi le lieu propre de l’orateur cl du prédicateur chrétien, et nous savons par des documents authentiques que du temps de Grégoire le Grand, on prêchait encore de ce lieu. Mais il n’y a aussi aucun doute que cet usage fut encore général dans les basiliques de la fin de l’époque qui nous occupe. C’est de la tribune que le prédicateur pouvait être non-seulement entendu de tous ceux qui étaient dans l’église antérieure, mais il pouvait encore en être vu; ce n’est sans doute pas par hasard que dans Saint-Pierre la vue partant du point le plus reculé de la tribune n’aperçoit pas les deux nefs latérales extérieures seules, que dans Saint-Paul elle les embrasse encore, et que dans Sainte-Marie-Majeure elle embrasse précisément les trois nefs. Dans la nef transversale, le nombre des personnes placées aux deux côtés de l’autel était naturellement limité, en sorte que l’espace favorable à la vue était évidemment suffisamment spacieux. L’élévation du siège épiscopal n’était point considérable. On voit clairement que cette élévation était calculée pour de petits espaces, de façon que ce siège atteignait environ le niveau de la moitié des colonnes de la grande nef. Le soubassement, dans cet espace de la tribune et de face, est orné de marbres de différentes couleurs cl de mosaïques. Au-dessus de la corniche qui termine celle partie de la tribune, entre cette corniche et l’imposte de la voûte, les murs sont ornés de figures en mosaïque, telles que celles des apôtres avec une infinité d’agneaux cl de béliers. Les représentations les plus significatives sont placées dans la voûte sphérique. Habituellement la figure colossale du Christ, d’un caractère élevé et digne, semble commander à l’espace entier : elle est entourée d’anges et d’autres sujets de la magnificence céleste. Toutes ces figures s’enlèvent sur un fond d’or, ce qui produit un effet aussi splendide que poétique.

Toutes choses dans celle ordonnance sont disposées selon leur nature; elles sont conformes à leur but et susceptibles d’une belle représentation architectonique. Cette ordonnance dans ses origines est un développement particulier, chrétien de l’idée ecclésiastique. 11 en est tout autrement de la forme circulaire absolue dont nous avons déjà cité un exemple dans Sainl-Elicnne-Ie-Rond. Dans celte forme le sentiment chrétien exige aussi une tribune. Mais elle forme une saillie semi-circulaire insignifiante, inorganique, à l’extérieur du grand cercle de l’église, elle est comme une difformité et en contradiction avec le plan général de l’ensemble. Dans cette forme circulaire la difficulté du placement de l’autel est encore plus considérable. Arcliitcctoniquement parlant, il n’y a pas d’emplacement plus digne de l’autel que le point de centre de ce cercle. Une moitié des fidèles au moins, et effectivement celle qui est le plus proche du prédicateur, doit nécessairement tourner le dos à l’autel.

Quant à l’audition dans un monument de forme circulaire, elle est tout aussi difficile. L’orateur, placé dans l’hémicycle de la tribune, aura à lutter avec les plus grands obstacles de l’acoustique et l’avantage pratique de la tribune, comme un abat-son, créé par l’architecture elle-même, est complètement perdu par la forme circulaire de l’espace dans laquelle la voix est envoyée; quiconque parlerait placé auprès de l’autel aurait également à lutter avec des obstacles non moins considérables. La forme circulaire absolue, pour les églises, a donc été une méprise réelle qui, à l'époque en question, ne pouvait trouver d’imitation, époque où l’on élevait encore des églises pour les fidèles, et non uniquement pour le plaisir de représenter des figures géométriques et appeler un effet pittoresque, arbitraire !

L’architecture rationnelle cl générale avait à lutter avec une difficulté, et cette difficulté était la forme réelle et effective de la basilique : il s’agissait de porter la parole d’ailleurs que de la tribune. Par la position de l’autel dans la basilique, l’orateur qui parlait de celle place durant la célébration de la cène, n’avait point de peine à se faire entendre ; de plus, les paroles qu’on y prononçait, tirées de l’écriture, formules plus ou moins liturgiques et immuables, étaient plus intelligibles qu’un sermon pour les fidèles. Mais dès qu’on franchit une certaine mesure (et c’est ce qui arriva déjà dans Sainte-Marie-Majeure et dans un plus haut degré dans les deux basiliques à cinq nefs de celle époque), on dut rencontrer quelque embarras pour la lecture de certaines parties de lecrilure, lecture toujours indispensable. Pour obvier à cet embarras, le plus habituellement on eut recours à deux ambons, ou chaires, ou pupitres; c’était une réminiscence de la synagogue. Cela était naturel, puisque cet élément du culte y était passé de la synagogue. L’emplacement de l’ambon ne pouvait évidemment être en avant de l’autel, ce qui aurait paru inconvenant, mais cet emplacement pouvait être sur le côté, et c’est aussi sans doute pour cette raison qu’on établit bientôt deux ambons qui remplirent le but proposé. Toujours est-il que celte disposition ne fut point architectonique, mais seulement, sans doute, un détail mobile de l’intérieur de l’édifice. C’est ainsi que nous trouvons effectivement, dans la première moitié de notre époque, la lecture de l'évangile séparée de celle des épîlres et d’autres parties de l’écriture, la première effectuée par le diacre et celle des épîtres par les sous-diacres. C’est pour cette raison que le côté gauche (cornu) de l’autel est nommé côté des épîtres (cornu epistolœ), et le côté droit, côté des évangiles (cornu evangelii), parce que dans le moyen âge avancé, celte lecture se faisait de l’autel durant l’office principal, Dès le vi” siècle,

vers 577, nous apprenons que Pelage Ier fil ériger un ambon dans la basilique de Saint-Pierre, sorte de pupitre en marbre immobile d’un style architectural, une vraie chaire à prêcher. C’est de cet ambon qu’on lisait les évangiles cl les épîlres, les premiers du haut de la chaire et les seconds d'une élévation formée de degrés. C’est do là que le chant qui suivait la lecture des épîtres fut nommé graduale, et nullement d’après les degrés ou gradins de l’autel L’ambon dans Saint-Apollinaire n’est guère d’une date plus récente. Nous apprenons en même temps que les diacres faisaient lecture publique des homélies d’évêques célèbres ainsi que des Pères de l’Église, et cela sans doute de l’emplacement où la lecture se faisait en général. C’est ainsi que commença à naître l’usage de prêcher du lieu où l’on faisait les lectures, ce qui pouvait paraître convenable pour des espaces considérables, par la raison que le prédicateur était plus rapproché de la masse des auditeurs. Mais cet usage n’était point adopté dans l’idée de la basilique, et dans la suite il n’y fut pas non plus consacré. L’emplacement de cet ambon ou suggestus, ou de deux ambons, a dû être à l’extrémité de la grande nef. Ces ambons furent les types des chaires à prêcher. Il nous est toutefois impossible d’en indiquer à Rome un exemple architectural de celte époque. C’est à Ravenne qu’on en trouve le modèle le plus ancien.

Telle est la représentation des anciennes basiliques chrétiennes de Rome dans leur rapport avec son prototype antique. On ne peut nier que le type chrétien ne se soit assimilé de la manière la plus heureuse la forme antique. Il est tout aussi positif que ce type fut utilisé en toute liberté et qu’il laisse encore d’autres libertés au développement ultérieur dans le même sens.

Ce type se maintient donc dans ce qu’il a d’essentiel durant l’époque suivante, la seconde, c’est-à-dire à partir du règne de Charlemagne jusqu’à Boniface VIII, ou de la deuxième moitié du vme jusqu’au commencement du xive siècle. La ressemblance des monuments romains affectant la forme de la basilique durant cette époque, est si parfaite avec celle de la première, qu’en jugeant d’après eux, nous ne serions pas autorisés, malgré la décadence continue de l’art, de commencer une nouvelle époque à partir de la grande évolution historique qui eut lieu alors. Celle interdiction provient de ce que deux traits importants se manifestent dans la physionomie des basiliques romaines, traits qui sont étrangers à la première époque : il s’agit du chœur du moyen âge avancé, et le clocher, le campanile ou les deux clochers, ou tours renfermant les cloches.

La plus ancienne expression du chœur primitif est celle qui suit : la partie de la nef située le plus près de l’autel est consacrée aux lecteurs et aux chantres (Lectores et Cantores) et plus ou moins isolée du reste de la nef par des clôtures. Tl y avait habituellement dans cet espace deux ambons richement ornés et d’un style tout à fait architectural. L’un d’eux est disposé pour la lecture des épîtres, avec un pupitre faisant face à l’autel; le second, l’ambon principal et dans l’origine unique, est pourvu de pupitres dirigés vers la largeur de l’église : c’est de cet ambon qu’on prêchait, dans le cas où l’évêque ne prêchait point du haut de son siège. L’usage du fauteuil, avancé à quelque distance latérale de l’autel et destiné à levêque, ne semble jamais avoir délogé à Rome la cathedra ou trône de la niche du tribunal.

Toute la disposition du chœur, à partir de la moitié de la longueur de la nef jusqu’à la tribune, nous présente une étendue enveloppant l’autel de tous les côtés, et isolant le clergé du reste des fidèles : elle répond entièrement à l’esprit de l’époque qui admettait, dans l’idée du elergé, tous les fonctionnaires actifs dans l’olïice divin, en opposition de l’idée de la communauté des fidèles Cet ensemble est clôturé du côté de la nef, comme l’autel l’est dans dans le transsepl; cette clôture est en marbre ( cancella ) à Rome. La partie antérieure de l’enceinte fut appelée le chœur, et la partie postérieure le presbytère, expression identique dans l’origine à la tribune et qui, plus tard seulement, comprit aussi l’autel. On voit des vestiges de celle ordonnance dans les deux églises à dates certaines, bâties par Adrien Ier du temps de Charlemagne. Ces deux monuments sont Santa Maria in Cosmedin et Saint-Laurent. Le chœur est parfaitement conservé dans Saint-Clément, du ix° siècle. Le second trait nouveau et caractéristique dans la physionomie de 1 architecture des églises, n’est point visible à l’intérieur, mais cependant irès-important dans l’aspect des basiliques : il s’agit des tours. La construction des tours s’élève environ vers le commencement de notre époque et fait irruption dans le type des basiliques à Saint-Pierre; ce qui est remarquable, c’est qu’on n’a nulle part cherché dans les basiliques romaines de les souder d’une manière organique aux édifices religieux. Les tours de Saint-Pierre se rapprochent le plus d’une soudure ou union semblable. Elles sont élevées en avant de l’entrée de l’atrium, en sorte quelles en flanquent le vestibule. Mais là aussi elles ne se relient point au reste 'de la construction, ce qui est encore moins le cas dans les tours des autres basiliques. On voit dans les basiliques nouvelles une seule tour, élevée sans symétrie, d’ordinaire isolée, séparée de l’édifice. On n’a jamais eu le dessein d’exprimer dans ces basiliques, par des tours, l’idée de la coupole, comme surexhaussement de l’emplacement de l’autel. A ce point de vue on ne peut nier que la coupole byzantine est plus organique à sa place que ne l’est la tour à la sienne.

Ces deux additions, le chœur et la tour, portent le cachet bien déterminé d'une conception propre dans les basiliques de Rome L’ambon de l’évangile, ou, pour être plus explicite, la chaire de la basilique pure, a essentiellement la forme de la tribune antique aux harangues ; c’est ce qui résulte des études les plus récentes sur le Forum. Et dans ce que les basiliques ont d’étranger et de partieulier, on reconnaît tout à lait le génie de l’architecture antique.

Nous ne connaissons d’ambons et do tours, en dehors de ceux de Rome, que celui de Revenue, dont nous avons déjà perlé • dans tous les autres, encore existants ailleurs qu'à Rome, l'influence de Rome est ou ne peut plus reconnaissable. Parmi les ambons’et les tours, ceux de l'antique église de Revello, auprès d'Amalfi, sont sans contredit les plus magnifiques; ils sont même plus artistiques et plus richement décorés que ceux de Rome.

L ancien chœur et les tours ont laissé le vaisseau de la basilique sans altération. La forme rectiligne et simple des murs d’enceinte ainsi que la saillie en hémicycle de la tribune sont maintenues. Les autels augmentent en nombre, çà et là ils sont déjà entourés de murs, donc renfermés dans une chapelle, mais nulle part ils ne forment avant-corps ou saillie en dehors des murs d'enceinte. Une petite niche, comme terminaison du collatéral et disposée en chapelle, ne s'écarte que faiblement du vieux type, comme architecture. L autel, maintenant maître-autel, reste à sa place dans la nef transversale ou au commencement de la tribune. Mais un tabernacle élevé, supporté ordinairement par quatre colonnes magnifiques, donne bientôt à l'autel un aspect nouveau et contraire à celui des basiliques primitives; car cette addition verticale cache la tribune dès l'entrée dans l’édifice. Une telle addition ne peut donc en aucune manière s’accorder avec le type ancien. L’idée qui en est la base ne pouvait se développer d’une manière organique et digne que par la coupole élevée au-dessus de l’intersection. Cette idée consistait à donner à l'emplacement de l'autel la plus grande distinction possible ainsi que la plus haute élévation symbolique.

Tout ce qui se manifeste en outre comme différence et déviation peut être rapporté en grande partie à deux circonstances, Tune plus intrinsèque et l’autre tout à fait extérieure : à savoir, la décadence incessante de l’art et l’absence successive de monuments, dont on pût utiliser les colonnes sans autre appropriation. Celte décadence était plus forte à Rome qu’en Allemagne plus particulièrement; les oeuvres de la statuaire des deux pays, de l’époque des Othon, prouvent que l’art et la science n’étaient nulle part tombes plus bas qu’à Rome, et qu’ils ne furent nulle part plus élevés qu’en Allemagne et qu’en France. A Rome on enlevait les colonnes aux monuments de l’antiquité, on les rassemblait telles qu’on les trouvait, quelles eussent ou non les mêmes dimensions.

On a fait passer à tort le genre de la couverture de la basilique pour une marque caractéristique des basiliques anciennes et nouvelles de Rome. D’autres sont tombés dans une grande erreur en admettant même que les basiliques do l'époque théodosienne n’avaient point de couverture plate, mais laissaient les fermes apparentes, telles que quelques-unes le font effectivement dans 1 époque en question et que nous traitons. Ainsi que nous l’avons vu, les basiliques anciennes et nouvelles de Rome avaient des couvertures ou plafonds plats, semblables à ceux de la basilique juridique de Rome antique. Ce ne Tut qu’à la suite des pillages et des destructions des Sarrasins que l’église de Saint-Paul fut privée de son plafond, et dans d’autres églises, il tombait en vétusté; dans les deux cas on n’eut ni les moyens ni l’habileté pour les restaurer dans leur ancienne splendeur. Qu’on ait ailleurs et plus tard accepté le fait comme type et supprimé le plafond des basiliques à dessein, comme l’ornementation de la charpente apparente le prouve, cela témoigne peut-être qu’on lut satisfait du résultat de l’emploi de la couverture à deux rampants en gagnant une plus grande élévation, circonstance qui était susceptible d'un perfectionnement architectonique. Nous n’avons pas à nous occuper de ces considérations ni de ce fait, car nous n’étudions que les basiliques de Rome. Là on ne trouve aucun exemple d’une couverture à deux rampants.

Ainsi que dans l’exécution de l’ornementation, nous trouvons une diversité dans les fenêtres. On voit par Saint-Paul et Saint-Pierre que les plus anciennes basiliques recevaient considérablement de lumière, et que leurs fenêtres étaient à plein cintre ou circulaires. Ces fenêtres furent murées dans la suite. Les baies étaient fermées par des grillages en pierre, dont les jours étaient ornés de plaques transparentes de marbre ou d’albâtre, ou de minces masses transparentes semblables au verre à vitres. Les fenetres de lépoque en question sont en petit nombre; elles sont oblongues en hauteur et couronnées d’un demi-cercle; leur division architectonique intérieure se rapproche aussi davantage des fenêtres des églises de l’architecture byzantine.

La série de ces églises se continue jusqu’au milieu du xn' siècle, ainsi que le démontre l’énumération suivante :

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