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2 3^. — L'Art chrétien en France (Sculpture,
Peinture, Mobilier d'église, etc.) Des Origines au XVI* siècle
I vol.
167. Renugci (A.). — L'Influence de la religion dans l'Art I vol.
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INTRODUCTION
LES ORIGINES DES BASlLiaUES
La théorie traditionnelle, d'après laquelle les basiliques religieuses seraient des copies exactes des basiliques civiles, apparaît aujourd'hui comme trop étroite. Il est donc nécessaire, pour éviter les idées préconçues, de rechercher d'abord à quels besoins devaient répondre les premiers édifices destinés au culte, puis de rassembler tous les témoignages archéologiques ou historiques qui nous renseignent sur les conditions dans lesquelles ils ont été construits ou consacrés.
I . Le culte et la liturgie aie iv® siècle. — Au iv^ siècle, c'est-à-dire au moment où des basiliques commencent à s'élever dans toute la chrétienté, la liturgie a pris une forme bien arrêtée : chacune des classes, dont Tensemble constitue la hiérarchie, y a son rôle rigoureusement déterminé. L'évêque entouré de son clergé, prêtres, diacres, sous-diacres, assis derrière Tautei sur lequel il célèbre les saints mystères, préside l'assemblée des fidèles. En face du clergé il faut réserver un espace au chœur des chantres qui se partage souvent en deux demi-chœurs alternants. Les fidèles proprement dits qui ont le droit de participer aux mystères sont divisés aussi suivant le sexe ; certains d'entre eux forment des catégories distinctes et occupent proba-
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blement des places spéciales : telles sont les vierges et les veuves. Au-dessous des fidèles se tiennent tous ceux qui n'ont pas le droit de pénétrer dans l'assemblée ou qui ne peuvent assister qu'aux lectures, chants et prédications, et doivent quitter l'église au moment où commence le mystère. Tels sont les catéchumènes, qui n'ont pas encore reçu le baptême, et les pénitents qui n*ont pas encore été réconciliés. Ils occupent dans dans l'assemblée des places déterminées par l'usage.
D'autre part, bien que le sacrifice eucharistique, la messe, donne lieu à l'assemblée par excellence de la communauté chrétienne, il ne constitue pas toute la vie religieuse. Le baptême par immersion conféré fréquemment à des adultes exige la construction d'édifices appropriés à cette cérémonie. Le culte des saints et la vénération des morts, déjà si répandus à l'époque des catacombes, peuvent s'exercer ouvertement depuis la paix de l'Eglise. L'endroit où repose le corps d'un martyr devient généralement un lieu consacré et, en maint endroit, des tombeaux de saints ont été englobés dans la construction des basiliques. Enfin l'usage s'établit d'enterrer les grands personnages et les évêques dans des édifices spéciaux ou même dans des églises ; on regarde surtout comme un grand privilège de reposer dans une église qui renferme déjà les reliques d'un saint fameux.
Telles sont les nécessités multiples auxquelles les édifices consacrés au culte devaient répondre et, comme ces nécessités étaient essentiellement les mêmes dans toute la chrétienté, malgré des usages locaux, il n'est pas étonnant qu'il se soit constitué dès le iv^ siècle un type relativement uniforme d'édifices qui, à travers l'évolution artistique des siècles et les différences de construction ou d'ornementation, présente les mêmes éléments essentiels.
2. Les premiers édifices consacrés au culte, — Les actes des apôtres et les épitres de saint Paul nous montrent les premiers chrétiens réunis dans des maisons particulières, généralement dans des parties reculées, au premier ou même au troisième étage (i). Il est donc exact de dire que les premières églises furent des maisons. A Rome les documents apocryphes qui voient à l'origine de la basilique Pudentienne la maison particulière du sénateur Pudens, contiennent un fond de vérité ; cette église resta un oratoire privé jusqu'au iv^ siècle. A Carthage on a découvert les traces d'une villa sous la basilique de Damous el Karita. Plus tard les basiliques chrétiennes devaient garder une trace importante de cette première origine : il est impossible en effet de ne pas voir dans l'atrium entouré de colonnes qui les précède le souvenir du peristylium qui formait le centre de la maison grécoromaine.
Quand les communautés chrétiennes eurent pris dans les villes plus d'importance, il y eut des maisons spécialement affectées aux réunions et au culte ; d'autre part les chrétiens prirent l'habitude de se réunir dans les cimetières, dans les catacombes, autour des tombeaux des martyrs ; enfin, et c'est là un résultat nouveau apporté par de récentes découvertes, on construisit des édifices tout différents des maisons ordinaires, des églises proprement dites. Cette évolution paraît s'être produite au m® siècle, au moment où la propagande chrétienne atteignit sa plus grande extension. Sous Alexandre Sévère (222-235), ^^^ procès à propos d'un terrain où les chrétiens voulaient bâtir une église et qui leur était disputé par un cabaretier, fut jugé par l'empereur à leur bénéfice (2). En 260,
(i) Act. Apost., 1,13 — 2,46 — 20,6. 1, CoriîitJi. 16,19. (2) Lampride, — Alex. Sev. 49.
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Gallienrendità la communauté romaine quarante églises qui avaient été envahies par les païens et qui furent de nouveau détruites sous Dioclétien (i). Les salles pourvues d'absides et d'exèdres que l'on a trouvées dans les catacombes de Rome ou d'Alexandrie, prouvent l'habitude des réunions dans les cimetières (2). Il en était de même à Carthage et en Afrique (3), mais c'est dans cette province et en Orient qu'on paraît avoir bâti des édifices spécialement adaptés aux nécessités du culte. 11 existait à Cirta (Constantine) en 303 une église qui comprenait une bibliothèque et un triclinium (4). La chronique d'Edesse mentionne dans cette ville une église, détruite par une inondation en 201, et date de 313 la construction de Féglise métropolitaine. Les actes des martyrs de la persécution de Dioclétien semblent prouver que toutes les villes d'Asie- Mineure avaient déjà des églises au début du iv® siècle ; les actes de saint Théodote nous montrent le martyre d'Ancyre prosterné à l'extérieur d'une Eglise, près de l'abside qui renfermait l'autel (5). Enfin l'expédition autrichienne envoyée en Asie-Mineure a retrouvé dans un bassin intérieur situé au sud de Konieh les ruines grandioses de Binbirhilisse (les milles églises) que M. Strzygowski propose pour des raisons archéolo^ giques de dater du 111° siècle (6). Cette découverte importante donne une grande autorité au témoignage des textes et nous montre que le type architectural
(i) EusÈBE. — Hist. eccles.y Vil, 13.
(aj VoycT;^ Baudrillart. Les catacombes de Rojue.
(3) AuDOLLENT. — Cartilage romaine^ p. 6o-j.
(4) Cabrol. — [Dictioiin. d'Archèol. chrêt.^ I, p. 659).
(5) Strzygowski Kleinasien^ p. 159. — Ruinart. — Acta sincera
(6) Strzygowski. — Se fonde sur la décoration de l'église de Kodscha-Kalessi, dérivée d'une église de Binbirkilisse et qui peut être datée de 325,
des basiliques chrétiennes a dû se fixer avant la paix de l'Eglise.
3. La construction des basiliques après la paix de VEiïlise. — Uédit de Milan et la reconnaissance officielle du christianisme par le gouvernement impérial permirent aux chrétiens de relever les églises détruites pendant la persécution de Dioclétien ; la conversion en masse des populations les força à bâtir d'innombrables basiliques et souvent à tirer parti d'édifices antérieurs pour abriter les assemblées religieuses. Il y eut au début du iv^ siècle une véritable ardeur pour la construction des églises. Constantin et Sainte Hélène donnèrent un exemple qui fut suivi par la plupart des évêques. Des constructions grandioses, fruit de la munificence impériale, s'élevèrent à Rome, à Constantinople, à Antioche, à Jérusalem. Les églises d'Alexandrie étant trop petites pour l'affluence des fidèles, Saint-Athanase dut aller célébrer l'office dans l'église métropolitaine encore inachevée (i). Désormais il n'est pas d'évêque qui n'ajoute quelque édifice aux constructions de ses prédécesseurs ; il suffît de parcourir des chroniques comme le Liber Pontificalis de Rome, celle d'Agnellus de Ravenne, celle de Grégoire de Tours, celle d'Edesse pour comprendre qu^au même moment toute la chrétienté se couvrit de basiliques, d'oratoires, de « martyria », de baptistères.
Quelle fut l'origine de ces nombreux édifices ? Un assez grand nombre furent bâtis entièrement de fond en comble. Les autres, qui existaient déjà et furent seulement transformés en églises,peuvent se diviser en trois catégories : i° On continua à disposer de maisons particulières pour les besoins du culte. A Rome la
(i) Saint Athan. — Apoîog. ad Constant. — P. G. = Patrologie grecque, XXV, p. 612.
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maison des Laterani, qui appartenait au fisc et fut donnée par Constantin à l'église romaine, renfermait déjà une basilique privée qui devint la métropole des papes. Les fouilles pratiquées autour de Saint-Clément montrent la solidité de la tradition d'après laquelle ce sénateur Clémens établit une basilique dans sa maison. A Tours la première basilique consacrée par Litorius en ^^) était auparavant la maison d'un sénateur (i). Enfin le xenodochium (hôpital) de Pammachius à Ostie avec ses deux absides concentriques est un des exemples les plus curieux de ces transformations d'édifices privés en églises. 2° Dans presque toutes les provinces de l'empire on trouve des exemples de temples païens changés en églises chrétiennes. Ce n'est là d'ailleurs qu'un fait exceptionnel et dans beaucoup de cas on détruisit les temples et on se servit de leurs matériaux pour construire des églises sur leur emplacement. Il y avait d'ailleurs une contradiction trop grande entre les dimensions restreintes de ces temples, destinés à n''être que des reliquaires, dont l'accès était fermé aux profanes, et les exigences du culte chrétien auquel il fallait de vastes salles, assez grandes pour contenir la communauté des fidèles toute entière. A Rome la transformation la plus célèbre d'un temple païen en église est celle du Panthéon qui n'eut lieu que tardivement, sous le règne de Phocas, à la demande du pape Boniface IV (608-615) C^)* ^^^ le IV* siècle en Asie-Mineure, le temple d'Aphrodisias et celui de Rome et d'Auguste à Ancyre reçurent des adjonctions ou des retranchements qui en firent des basiliques à colonnes (3) ; à Aphrodisias en détruisant le mur de la cella et en le reportant au-delà de la
(i) Grégoire de Tours. — Hist. franc., X, 31.
(2) Liber Poitii/îcaliSj ed Duchesne, LXVIII,
(3) SxRZYG. Kleinasien^ p. 44, 45.
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colonnade extérieure on obtint une église pourvue de bas-côtés. A Cavesus (Syrie) le temple de Baal fut transformé d'une manière analogue (i). A Cirta, en Afrique, on utilisa le soubassement du temple du Capitôle et une partie des murs de la cella ; à Tipasa l'église fut établie dans une synagogue qui avait ellemême succédé à un temple (2). A Vernègue, colonie de Marseille, située entre les vallées du Rhône et de la Durance, un temple grec devint une basilique chrétienne (3). A Athènes, le Parthénon fut changé en une église dédiée à la Sainte-Vierge. 3° Enfin il y eut quelques basiliques civiles transformées en églises, mais les exemples en sont fort rares et assez tardifs. Tel est le cas de la basilique civile de Junius Bassus construite en 317 sur TEsquilin. Devenue au v° siècle la propriété de Valila, elle fut donnée à l'église romaine et le pape Simplicius, sans rien changer à sa décoration, en lit une église en l'honneur de saint André (4).
4. Conclusion, — Le problème de l'origine des églises est donc des plus complexes. Les témoignages historiques nous montrent qu'elles ne sont nullement des basiliques civiles désaffectées, mais la plupart du temps des maisons particulières ou des constructions originales, par exception seulement des temples païens. Les basiliques civiles avec leurs nefs séparées par des colonnes ont dû certainement servir de modèles aux architectes chrétiens, mais leur plan ne suffit pas à expliquer celui des églises et de bonne heure on a employé pour construire celles-ci des modèles tout
(i) Texier. — Architect. by:iant., p. 83.
(2) Cabrol. — Diction. d'ArchéoL, I, p. 666.
(3) Texier. — Architect. by^ant.y p. 99, planche XI
(4) Elle fut détruite en 1686. Duck[esne. — Liber Pontife p. 250.
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différents. Si ron cherche à classer les divers types de construction usités du iv® au vi« siècle on obtient en réalité trois classes de monuments : 1° La basilique gréco-romaine avec charpentes et atrium ; 2° La basilique voûtée d'Orient ; 3° La construction centrale. Ce sont ces catégories que nous chercherons à décrire.