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LA BASILIQUE GRÉCO-ROMAINE

I. Caractères généraux. — La basilique grécoromaine ou, comme on l'appelle souvent, la basilique latine paraît avoir été le type d'église le plus répandu dans le monde chrétien. On le trouve même au fond de l''Orient à côté des types indigènes, et, dans certains pays, en Italie, par exemple, on peut en suivre la persistance jusqu'au xiii° siècle. Ses dispositions malgré quelques variantes répondent toujours au même plan. En avant une cour carrée, entourée de murs et bordée sur trois faces au moins de portiques soutenus par des colonnes, sert d'entrée à l'église proprement dite : c'est l'atrium. Il est orné au centre d'une fontaine d'ablutions. C'est là que se tiennent les classes de pénitents qui sont privés de l'assistance à l'office divin. La forme et les proportions de cette cour sont les mêmes que celles du peristylium que l'on trouve dans toutes les maisons importantes. L'église proprement dite présente à peu près la même ordonnance que

celle des basiliques civiles. C'est un long vaisseau divisé en plusieurs nefs par des rangées de colonnes qui supportent le mur, sur lequel on a établi les fermes d'une charpente, apparente ou dissimulée par un plafond. Cette salle éclairée par de larges fenêtres est le lieu d'assemblée de la communauté chrétienne qui s'y place suivant une hiérarchie bien déterminée ; à chaque nef correspond toujours une porte spéciale. Parfois une nef transversale, le transept vient donner à l'église la forme d'une croix ; cette nouvelle nef est généralement réservée à la liturgie. Au-delà du transept un espace carré plus ou moins développé forme le chœur où prennent place les chantres. Enfin la basilique se termine par une niche voûtée en cul-defour au fond de laquelle se dresse le trône de l'évêque, entouré des bancs réservés au clergé : c'est l'abside, (presbjterium, UpaxeTov, concha, exedra...). Au devant se trouve l'autel, table ou sarcophage sur lequel on célèbre le saint sacrifice. Le grand arc qui limite la voûte de l'abside est l'arc triomphal. Telle est dans ses grandes lignes la disposition architecturale d'une basilique. Dans le récit d'un songe de saint Grégoire de Nazianze on voit fort bien quelle était la place de chacun des membres de la communauté : « Je me vis, dit-il, siéger sur un trône élevé au-dessus du sol. A mes pieds, à droite et à gauche siégeaient les prêtres, chefs du troupeau, revêtus de costumes splendides... Le peuple comme un essaim d'abeilles s'agitait autour des clôtures ; chacun cherchait à s'approcher de plus près. D'autres s'écoulaient sous les portiques sacrés, avides d^entendre et d'un pas pressé... Du haut des tribunes les jeunes filles et les graves matrone?

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tendaient Toreille pour écouter mes paroles (i) ». 2. La basilique gréco-romaine en Orient. — Nous réserverons la question de savoir si le type de la basilique gréco-romaine et celui de la basilique civile elle-même sont des créations orientales et hellénistiques. Ce qui est certain c'est que ce type se rencontre fréquemment en Orient. Il a été usité à Salonique et à Constantinople, où on le retrouve à une époque très postérieure. En Asie Mineure les exemples relevés par M. Strzygowski sont situés dans la partie ouest et sur les côtes. Des traces de basiliques avec atrium se voient même en Syrie et en Egypte. L'église de la Nativité à Bethléem, celle du Saint- Sépulcre à Jérusalem étaient bâties sur ce plan. L'église du Saint-Sépulcre fondée par Constantin en 326 était précédée de deux atriums qui l'isolaient de la ville ; l'intérieur était divisé en cinq nefs par une double rangée de colonnes de marbre superposées ; l'étage supérieur encadrait des tribunes ; les bas côtés étaient séparés par des piliers carrés ornés d'une bordure de feuilles d'acanthe. L'église se terminait par une abside à ciel ouvert soutenue par douze colonnes au milieu de laquelle se dressait le cube du Saint- Sépulcre étincelant de marbres et de dorures tandis que la dernière des nefs de gauche était interrompue par le rocher du Golgotha. Les nefs étaient couvertes d'un plafond caissonné décoré de peintures d'or. Malgré des dispositions exceptionnelles, nous retrouvons là le plan des basiliques gréco-romaines. Il en était de même en Asie Mineure, à Pergame (iv^ siècle), à

(i) P. G. XXXVII, 1254 et ss.

Kardamena dans Tîle de Cos (v^ siècle), à Aladscha Kisle en Lycie (fin du iv^ siècle) où l'on voit les restes de l'atrium carré au milieu duquel était une fontaine, à Sagalassos au sud du Taurus ; ici la déclivité du terrain avait empêché de construire un atrium ; le transept était très accusé et séparé des nefs latérales par une colonnade intermédiaire ; l'abside avait la forme d'un demi hexagone ; la plupart des matériaux et les colonnes ioniques avaient été empruntées à un temple d'Apollon.

^. Rome et Italie. — Des nombreuses basiliques élevées à Rome par Constantin ou sous son règne, il ne reste à peu près rien : c'est à peine si l'on possède encore deux ou trois monuments du v° siècle qui n'aient pas été défigurés par les restaurations et les additions. L'église métropolitaine de Rome, la basilique Saint-Jean de Latran, donnée par Constantin au pape Saint-Sylvestre, s'écroula en 897 et la basilique actuelle remaniée sous Innocent X (1644-55) ne renferme plus aucune trace de la basilique constantinienne. Cette basilique avait cinq nefs qui aboutissaient à un vaste transept ; l'abside en hémicycle était entourée à l'extérieur d'un portique ajouté au v° siècle par le pape saint Léon ; à l'entrée il n'y avait pas d'atrium, mais un narthex ou vestibule sur lequel s'ouvraient cinq portes ; dans la grande nef, entre les hautes fenêtres, des pilastres cannelés correspondant aux colonnes, supportaient la charpente ; les bascôtés couverts par un toit à un seul versant étaient séparés en deux galeries par une file de colonnes plus petites que celles de la grande nef; sur ces colonnes retombaient les arcades qui supportaient les char-

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pentes latérales : la basilique Ulpia avait fourni le modèle de ce procédé.

C'est d'ailleurs à Rome qu'il est le plus facile de saisir le lien qui rattache les basiliques religieuses aux basiliques civiles. La basilique Ulpia avec ses cinq nefs et son transept, paraît avoir inspiré le plan des grandes basiliques, le Latran, Saint-Pierre e^ Saint-Paul hors les murs.

La basilique de Saint-Pierre fut fondée par Constantin après sa victoire du pont Milvius sur la voie Aurélia, près du cirque de Néron. Elle fut destinée à enfermer les sépultures de saint Pierre et des premiers papes ses successeurs, situées au pied de la colline Vaticane, dont les anfractuosités forment aujourd'hui les grottes vaticanes. Consacrée le i8 novembre 324, elle fut surchargée au cours du moyen âge de bâtiments supplémentaires et détruite au xvi^ siècle pour être remplacée par la basilique actuelle. On y accédait d'abord par un vaste atrium entouré de portiques sur ses quatre côtés ; le mausolée d'Hadrien avait fourni les colonnes nécessaires à les soutenir. Les cinq nefs de l'église étaient séparées par quatre rangées de vingt-deux colonnes ornées de chapiteaux corinthiens en marbre de Paros et surmontées d*un entablement de marbre qui supportait les murs latéraux. La longueur des nefs atteignait ^d) mètres ; la grande nef avait 23 mètres de large; comme au Latran les colonnes des nefs latérales étaient surmontées d'arcades. Les colonnes, inégales de diamètre ou de hauteur, étaient en marbre blanc de Paros ou en marbre polychrome d'Afrique. Cinq arcades mettaient les nefs en communication avec un large transept sur lequel

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s'ouvrait l'abside élevée sur sept degrés de porphyre rouge de chaque côté deFautel. En avant, un portique de douze colonnes conduisait à la confession, située sous le maître-autel ; dans le sol de cette crypte s'ouvrait un puits rectangulaire fermé par deux grilles et communiquant avec la chambre souterraine où était le tombeau de l'apôtre. La décoration intérieure de la crypte et de la basilique était remarquable; les nefs étaient pavées de losanges et de rosaces de porphyre séparées par des bandes de marbre. Les marbres précieux et les mosaïques couvraient les murs ou les voûtes ; les colonnes de marbre de Paros qui précédaient la confession étaient surmontées de statues d'argent.

La basilique de Saint Paul hors les Murs construite par Constantin sur la voie d'Oslie, à l'endroit où l'apôtre saint Paul était enterré, incendiée, puis restaurée sous le pape Léon l'^^ avec le secours de l'impératrice Gallia Placidia, a disparu définitivement à la suite du grand incendie de 1823. La basilique du v^ siècle construite sur le même plan que le Latran et Saint-Pierre, avec cinq nefs et un transept en différait par une disposition architecturale qui devait s'imposer définitivement à tous les architectes : au lieu d'un entablement, les colonnes de marbre cannelé, qui séparaient la grande nef des nefs latérales, supportaient des arcades en plein cintre ; le transept se terminait par un arc triomphal large de 14 mètres ; une confession était placée sous le grand autel.

Une seule église de Rome a conservé à peu près l'aspect qu'elle avait au v® siècle : c'est Sainte-Marie Majeure élevée par le pape Sixte III (432-440) ; le portique qui la précède date du xviii^ siècle. L'église

a 100 mètres de long et 32 mètres de large; elle est divisée en trois nefs par deux rangées de dix-huit colonnes de marbre dont les chapiteaux ioniques soutiennent un entablement décoré de rinceaux ; audessus s'ouvrent de larges fenêtres à plein cintre qui éclairent la nef; la charpente est masquée par un plafond caissonné, dû à Sangallo et placé sous Alexandre VI.

Un grand nombre d'autres basiliques de Rome présentent aujourd'hui les dispositions d'une basilique primitive : la plupart ont été bâties ou remaniées à une époque très postérieure au v^ siècle. Telles sont : les basiliques de Sainte-Croix en Jérusalem, construite au iv° siècle pour abriter un fragment de la Vraie Croix; Sainte-Sabine, aux colonnes corinthiennes surmontée d'arcades, bâtie sur l'Aventin au v^ siècle; Saint-Laurent hors les Murs, formé de la réunion de deux églises dont les absides se touchaient ; Saint- Clément, reconstruit au xi^ siècle sur le plan d'une basilique du iv° siècle : avec son atrium carré, ses trois nefs sans transept, son chœur élevé, son abside, c'est l'église de Rome qui donne le mieux l'idée de ce que pouvait être une basilique du v® siècle ; on a découvert au-dessous de ses fondations une église souterraine et une ancienne grotte mithriaque.

Dans le reste de l'Italie, comme à Rome, la lorme basilicale est restée longtemps prédominante, mais aucun monument des iv° ou v^ siècles ne s'est conservé intact. La basilique Saint-Ambroise de Milan, consacrée en 386, possède encore une abside centrale percée de trois fenêtres dont l'antiquité est très grande ; cette disposition est étrangère à la basilique gréco-

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romaine et paraît provenir d'Orient. A Ravenne, oii la communauté chrétienne r/était réunie jusque-là dans de véritables granges, la première église fut construite par l'évèque Saint-Ursus en 385 avec le concours de tout le peuple ; les grandes églises de Saint- Apollinaire in Classe et Saint-Apollinaire Nuovo commencées à la fin du v® siècle, appartiennent par leur décoration au domaine de l'art byzantin. A Naples la basilique de Sainte-Restitute devait son origine à Constantin ; au v"^ siècle l'évèque Etienne éleva contre cet édifice une autre basilique qui formait avec elle un angle droit : les deux églises avaient un atrium commun. De cette époque date aussi la basilique du Sauveur fondée par l'évèque Saint-Sévère (363-409) et dont on a retrouvé l'abside en 1880; cette abside était percée de fenêtres et ses archivoltes retombaient sur deux colonnes de granit oriental ; d'autres détails de décoration, les tailloirs en forme de coussinets qui supportent les chapiteaux antiques, l'aspect du monogramme qui les orne, indiquent une influence syrienne (1). A la même école devait appartenir le monument le plus considérable qui s'élevât alors dans l'Italie méridionale, le martyrium de Saint- Félix à Noie, composé de cinq basiliques disposées en étoile autour du tombeau du saint. La dernière de ces basiliques élevée en 410 par l'évèque Saint-Paulin, noble de Bordeaux émigré en [Italie, comprenait cinq nefs et trois absides ; l'abside du milieu était percée de trois larges baies qui permettaient d'apercevoir le tombeau ; une disposition analogue se voyait

(i) Bertaux. — Vart dans Vltalie méridionale^ p, 33-39.

à Kalat en Syrie autour de la colonne de Saint- Siniéon Stylite ; la basilique :'de Saint-Paulin était d'ailleurs précédée d'un atrium et comprenait cinq nefs, mais l'on peut voir qu'il y avait quelques différences entre les procédés en usage à Rome et ceux de l'Italie méridionale.

4. Afrique. — La divergence augmente encore, si nous considérons les églises d'Afrique dont les fouilles de ce dernier quart de siècle ont permis d'apprécier toute l'originalité. La forme basilicale paraît avoir été à peu près la seule employée dans les monuments multiples dont on retrouve aujourd'hui les ruines, mais avec des caractères locaux très particuliers. C'est d'abord l'absence à peu près complète d'atrium, et complète de transept ; l'atrium existe seulement dans quelques monuments, à Tebessa par exemple ; il est remplacé souvent par un portique qui règne sur la façade et que soutiennent des colonnes. Le plan à trois nefs domine, mais on trouve des églises à cinq et même à sept nefs, comme à Sainte- Salsa de Tipasa où l'on ajouta même deux nefs supplémentaires en divisant en trois galeries le vaisseau central jugé trop large; par contre des basiliques assez importantes ont une nef unique. Le presbytérium se compose d'un espace carré et d'une abside, quelquefois couverte d'un simple toit, et toujours plus élevée que le reste de l'église ; les absides voûtées renferment parfois des tubes d'argiles dissimulés dans leur maçonnerie. Un autre détail particulier à l'Afrique est l'absence complète d'entablements ; les colonnes qui séparent les nefs supportent toujours des arcades qui retombent directement sur elles ; bien plus, ces

colonnes sont souvent remplacées comme en Orient par des piliers quadrangulaires. M. Gsell cite même un exemple, Ksar-Tala en Algérie, où des piliers cantonnés de deux colonnes alternent avec des colonnes monocylindriques. Sous les absides sont construites des cryptes où l'on conserve les sépultures des martyres ; les fidèles n'y ont aucun accès, mais peuvent seulement voir le tombeau à travers d'étroites ouvertures, /enestellœ.

Tous ces édifices dont le nombre est surprenant paraissent avoir été construits à la hâte avec plus de ferveur que de véritable goût. Les murs étaient la plupart du temps en blocage séparé par des chaînes de pierres de taille ; le grand appareil est très rare. Pour enrichir les basiliques on a mis au pillage les monuments païens et surtout les temples qui ont fourni la plupart des colonnes et des morceaux d'entablement. On ne craignait pas d'employer ces débris sans discernement et souvent à contre-sens ; non seulement, comme plus tard dans les mosquées arabes, les colonnes étaient disparates ou de hauteur inégale, mais à Guelma des chapiteaux doriques sont employés comme bases ; à Tigzirt un fronton au lieu d'être supporté par des colonnes, repose sur un mur plein et la base d'une colonnette s'appuie sur son angle terminal ; c'est le renversement de toutes les règles de l'art antique. De même les chapiteaux étant destinés à supporter désormais la retombée des arcades, il a fallu leur donner des formes plus lourdes et plus massives ; les volutes ioniques, les feuilles d'acanthe corinthiennes s'y montrent sans aucun relief et le tailloir est souvent orné d'un sym-

bole chrétien, calice, grappe de raisin, monogramme. De toutes les basiliques africaines, une seule est datée d'une façon certaine, c'est celle d'Orléansville, consacrée en 324. Un grand nombre cependant doivent remonter à l'époque constantinienne, comme l'indique leur situation excentrique à l'extérieur des villes. Telle est la basilique de Damous-el-Karita près de Cartilage, retrouvée en 1878 et connue parles fouilles du père Delattre : elle était séparée en neuf nefs par 8 rangées de 12 piliers ; la nef principale avait une largeur de 12^,80. A l'est elle était terminée par une abside, mais à l'ouest l'atrium avait aussi la forme d'un hémicycle entouré d'un portique et, au sommet de la courbe se trouvait une de ces absides en forme de trèfle qui ne sont pas rares en Afrique et dont les absidioles renfermaient des sarcophages ; à la croisée du transept était un ciborium supporté par des colonnes de marbre vert dont les bases et les chapiteaux étaient de marbre blanc. — L'ancienne Rusuccuru aujourd'hui Tigzirt (Algérie), ne comptait pas moins de quatre basiliques, parmi lesquelles se trouve l'une des plus grandes de toute l'Afrique : ses nefs étaient séparées non par des colonnes, mais par de gros piliers en pierre de taille : au-devant de l'abside, à laquelle on accédait par deux escaliers de quatre marches, était une colonnade de trois travées, composée de huit colonnes accouplées deux à deux ; de chaque côté de l'abside se trouvaient deux pièces carrées qui servaient de sacristies : des portes ménagées dans l'abside y donnaient accès et on a retrouvé sur leurs linteaux les traces de clous qui servaient à fixer les rideaux. Les collatéraux étaient surmontés de tri-

bunes et communiquaient par une galerie établie derrière la façade. Un détail particulier à Tigzirt est l'importance des « dosserets », coussinets composés de pierres variant de i mètre à o'", 50 de large sur o"-,30 de hauteur et qui servaient à asseoir mieux le poids de l'arcade sur le chapiteau ; ces dosserets sont couverts de sculptures variées.

Tigzirt nous montre ce qu'était une basilique africaine à la fin du v° siècle. L'ensemble considérable de ruines que Ton a découvert à Tebessa surtout,dans les fouilles de 1891-92, semble appartenir à des époques très diverses. La grande basilique dédiée à Sainte-Crispine, martyre à Tebessa en 304, paraît dater du iv° siècle. Elle est précédée d'un atrium carré entouré de portiques auquel on montait par un escalier de quinze degrés ; trois portes formaient l'entrée des trois nefs, que séparaient deux rangées de douze colonnes et que terminait une abside flanquée de deux salles carrées. A l'est se trouvait en dehors de l''église, mais communiquant avec elle, une salle en forme de trèfle, où l'on a cru reconnaître les restes du tombeau de Sainte-Crispine. Au v^ siècle on construisit des tribunes et, aux murs extérieurs, on appuya une série de petites cellules sans communication entre elles qui donnent à cette basilique un aspect des plus curieux. La plupart des détails de cette architecture africaine diffèrent d'ailleurs entièrement de ceux qui distinguent les basiliques romaines ; elles n'ont guère avec celles-ci qu'un trait commun : l'absence complète de voûtes et l'emploi exclusif des charpentes. Pour le reste elles semblent se rattacher au système d'architecture de FOrient. L'Afrique forme ainsi une

région de transition entre deux écoles artistiques.

5. Espagne^ Gaule ^ Bretagne, — Le reste de l'Occident n'offre plus d'ensembles de monuments du IV® et du v° siècle que l'on puisse comparer à ceux de l'Italie ou de l'Afrique ; les invasions et les reconstructions d'église ont fait disparaître presque entièrement les édifices de cette époque ; les débris mêmes que l'on peut étudier ne sont pas de date très certaine. En Espagne, à Mérida et aux environs de Cordoue on trouve des chapiteaux analogues à ceux des basiliques d'Afrique, mais est-il bien certain, comme le prétendent certains érudits, que l'arc en fer à cheval s'y soit introduit dès l'époque des Wisigoths ? En Irlande quand le christianisme s'introduisit au iv^ siècle, on ne renonça pas, pour construire des églises aux coupoles en encorbellement, aux murs inclinés vers l'intérieur dont les assises finissent par se rejoindre pour former une voûte, aux portes plus larges à la base qu'au sommet, dont le lourd linteau est à peine dégrossi, à tous les procédés en un mot dont la tradition remonte aux âges préhistoriques et qui font songer à l'architecture de Mycènes. En Angleterre tous les édifices religieux furent détruits par les Anglo-Saxons et ce fut seulement après la conversion de ces peuples au christianisme, c'est-à-dire au vii^ et au viii° siècle que l'on y élève de nouvelles églises à l'architecture tout à fait barbare ; le plan de la basilique gréco-romaine y paraît tout à lait abandonné.

En Gaule enfin nous ne connaissons à peu près rien des basiliques détruites par les invasions du v^ siècle et c'est à peine si nous pouvons, d'après

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quelques débris et les témoignages des chroniques, nous représenter l'aspect des églises élevées à l'époque mérovingienne. La basilique de Saint-Martin de Tours élevée en 472 par l'évêque Perpetuus est une des seules qui aient pu survivre aux invasions ; elle dura jusqu'aux invasions normandes ; elle ofifrait le plan d'une basilique gréco-romaine avec un atrium, des nefs séparées par des colonnes et une abside unique ; des fouilles récentes ont mis à jour les restes d'un déambulatoire du xi^ siècle que des érudits ont attribué à tort à l'église de Saint-Perpetuus. Le texte de Grégoire de Tours ne parle nullement d'une galerie circulaire flanquée d'absidioles qui aurait fait le tour du chœur ; ce plan eût été si exceptionnel à cette époque qu'il n*aurait pas manqué de le mentionner dans la description qu'il fait de son église épiscopale.

Un des monuments les plus précieux des premiers âges du christianisme gaulois est le temple Saint-Jean de Poitiers, dont le mystère a été pénétré, grâce aux belles études du père de la Croix qui a pu restituer, malgré les additions postérieures, le plan du monument primitif construit au iv" siècle : c'était à l'origine un rectangle, flanqué de bâtiments en saillie, qui servait de baptistère. Après avoir franchi un porche on entrait dans la salle de la piscine qui communiquait avec les vestiaires par des portes ornées de colonnes jumelles ; on descendait par trois marches dans la piscine qu'un acqueduc d'époque romaine alimentait. Au vil'' siècle probablement on ouvrit sur cette salle trois absidioles, une pentagonale à l'est, deux rectangulaires au nord et au sud ; le porche et

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les vestiaires disparurent et des contreforts furent ajoutés aux angles sud-est et nord-est. Dans son état actuel le monument porte la trace des remaniements du xi"" et du XIII® siècle, mais les façades avec leurs corniches décorées d'entrelacs et leurs arcatures triangulaires, dans l'intérieur desquelles on a sculpté des rosaces, paraissent dater du vii° siècle.

Il y eut à l'époque mérovingienne un grand nombre d'églises construites sur le modèle des basiliques gréco-romaines ; cependant la Gaule paraît avoir eu son style particulier dans lequel on trouve à la fois des éléments barbares, des influences apportées d'Orient par des colonies de Syriens, qui formaient la population commerciale des villes, et des dispositions dues aux habitudes religieuses des barbares. Les constructions en bois semblent avoir été assez nombreuses ; des églises en bois s'élevaient à Thiers (Puyde-Dôme), à Reims, à Strasbourg, à Brives, etc.. ; les basiliques en pierre elles-mêmes furent souvent surmontées à la croisée du transept d'une tour-lanterne en bois ; Grégoire de Tours décrit celle de l'église Saint-Antolianus à Clermont ; au-dessus de l'autel on avait élevé quatre murs soutenus par des colonnes de marbre ; ces murs étaient couverts d'un plancher sur lequel se dressait un pavillon à plusieurs étages en retrait percé d'arcades circulaires ; une flèche élevée en formait l'extrémité. On peut saisir dans cette innovation une des origines des tours lanternes si usitées dans l'architecture romane. L'influence orientale paraît s'être fait sentir surtout dans l'ornementation et la sculpture. Enfin la popularité dont jouissait le culte des saints à l'époque mérovingeiune donna

une grande importance à la « confession » placée sous le chœur et destinée à enlermer de précieuses reliques. Comme le chœur était élevé de plusieurs marches audessus du niveau de Féglise, on put pratiquer entre les deux escaliers qui y conduisaient de petites fenêtres qui servaient aux fidèles à considérer et même à toucher le tombeau vénéré. Au vu® siècle on construisit même sous Tabside de véritables cryptes recouvertes de voûtes d'arêtes telles que les cryptes de Jouarre. On trouve donc dans les basiliques mérovingiennes des détails d'une grande originalité et qui devaient se perpétuer plus tard dans l'architecture romane, mais dans leur ensemble les édifices gaulois, couverts de charpentes, formés de nefs séparées par des colonnes et aboutissant à un transept, restaient fidèles au plan de la basilique gréco-romaine.

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