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LES ÉGLTSES POITEVINES ET LES ÉGLISES 4 COUPOLES DU SUD-OUEST

1. Origines. — Il semble qu'on doive chercher les origines de l'école poitevine dans la région de la Loire comprise entre Tours et Angers. L'église du monastère de Saint-Martin de Tours consacrée en ioo5, et dont on a retrouvé les restes, avait comme les églises d'Auvergne, comme la cathédrale de Clermont consacrée en g/jG, un chœur à déambulatoire couronné d'absidiolcs. A Saint-Hilaire de Poitiers, consacrée en 1094, la nef centrale était primitivement couverte d'un comble, mais le déambulatoire existait déjà ; il en était de môme à Sainte-Radegoiide consacrée en 1099. A cette époque cependant l'école poitevine était déjà constituée avec ses procédés originaux et au début du xii* siècle elle était en pleine activité.

2. Saint-Savin. — L'église de Saint-Savin paraît représenter un des plus anciens types d'église poitevine. Les détails révélentcncore des caractères très archaïques ; les contreforts qui la flanquent au nord sont postérieurs à la construction primitive ; l'appareil régulier à l'extérieur n'est en réalité qu'un revêtement qui cache un blocage fait de matériaux de tout genre ; la décoration architecturale, complètement absente à l'extérieur où les murailles sont en-

LES Ef. LISES IIOMANES

tièremcnt nues, est rudimentaire à rintéricur. Par contre cette cglisc présente déjà tous les caractères de l'école poitevine. L'entrée principale est surmontée d'une grosse tour carrée, vrai donjon orné de deux arcades aveugles sur chaque face (la flèclic actuelle est du xv^ siècle). Sous cette tour se trouve un nartliex voûté en berceau, interrompu par un arc doubleau et surmonté d'une tribune, qu'un mur sépare del'église. L'églisecomprend trois nefs très hautes ; la nef centrale privée de jour est couverte d'un berceau central que viennent enserrer les voûtes d'arêtes des collatéraux assez élevées pour les contrebuter. Un toit à double rampant enveloppe l'ensemble des voûtes. Telle est la solution originale que l'école poitevine apporte au problème de la couverture des églises : les voûtes des collatéraux appuyées elles-mêmes sur les murs extérieurs viennent contrebuter le berceau central à sa naissance. Les architectes poitevins ont donc renoncé à éclairer la grande nef comme les Bourguignons, et à la border d'un triforium comme les Auvergnats. A Saint-Savin de grandes fenêtres en plein cintre s'ouvrent dans les murs extérieurs des collatéraux. Le berceau central est continu, sauf dans les trois premières travées pourvues de doubleaux ; il n'en est pas de même pour les collatéraux dont les voûtes d'arête sont contiguës. Les arcades qui séparent les trois nefs reposent sur des piliers de forme diverse : c'est d'abord un faisceau de quatre colonnes, puis un pilier carré à quatre colonnes engagées, puis le pilier monocylindrique ; les chapiteaux ont une corbeille lisse ou décorée d'entrelacs. Cette église a aussi un transept, sur les croisillons duquel s'ouvrent deux absidioles à l'est ; à la croisée se trouve une coupole supportée par des piliers, dont la saillie est si forte, qu'ils masquent presc|ue l'entrée du chœur. Le chœur, élevé de quelques marches au-dessus d'une crypte, se compose d'un rond point déterminé par onze arcades très étroites ; il est entouré d'un déambula-

loirc sur lequel s'ouvrent cinq chapelles rayonnantes.

3. Caractères de F architecture poitevine. — Les procédés de construction employés à Saint-Savin apparaissent plus perfectionnés dans les églises poitevines du xii" siècle. A Poitiers l'église Notre-Dame la Grande offre la disposition de la nef centrale voûtée en berceau et contrebutée par les voûtes d'arête très élevée des collatéraux, mais la construction est plus régulière : des arcs doubleaux divisent en travées distinctes le berceau de la grande nef et les voûtes d'arête des collatéraux ; les piliers sont carrés avec, sur leurs quatre faces, des colonnettes engagées qui reçoivent la retombée des arcs doubleaux et des arcades ; à la croisée s'élève une tour carrée à deux étages percées de fenêtres ornées de moulures ; elle est couronnée d'un lanternon circulaire formé de petites arcades qui se termine par une flèche conique à écailles de pierre. Deux lanternons analogues flanquent la façade principale. Les murs extérieurs sont couronnés d'un parapet défensif et les contreforts sont reliés entre eux par des arcatures, comme à Notre-Dame du Port.

A l'église de Parthenay-le-Yieux la voûte poitevine subit la même modification que la voûte bourguignonne du xii^ siècle : elle affecte la forme du berceau brisée et il en est de même des arcades qui séparent les nefs ; en outre, sous l'influenee de l'architecture auvergnate, les collatéraux sont voûtés en quart de cercle ; la coupole centrale est surmontée d'une jolie tour octogonale.

4. La décoration. — Gomme dans les autres provinces, la décoration intérieure des églises fut d'abord demandée à la peinture qui à Saint-Savin couvrait non seulement les murailles, mais les fûts et les chapiteaux des colonnes ; elles avaient le même caractère religieux que les mosaïques des églises byzantines ; l'église actuelle conserve encore une partie notable de cette décoration. A la fin du XI® siècle, au contraire, et surtout au xii' siècle, la sculpture

poitevine prend un développement qui peut cire comparé à celui de la sculpture bourguignonne ; de simples églises rurales présentent aujourd'hui encore des façades joliment historiées, car ce fut de ce côté que se porta tout l'efibrt des sculpteurs. On abandonna les clochers formant façade (Sainte-Radegonde, Saint-Porchaire de Poitiers) et on les remplaça par des façades plus développées offrant un champ libre au sculpteur. Les Bourguignons réservaient la sculpture aux portails : les Poitevins en couvrirent toute la façade : au lieu de la concentrer sur le tympan qui n'existe pas dans la plupart des portails, ils la firent déborder tout autour. Enfin la décoration végétale ou géométrique tient moins de place chez eux que la sculpture animée ou l'iconographie religieuse. A Saint-Pierre d'Aulnay (Charenteinférieure) les quatre voussures qui forment le portail sont ornées d'une succession de figures minuscules cj[ui représentent une faune fantastique, ou des personnages religieux, les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse par exemple. Un type de façade très usité est celui de Parthenay-le- Vieux ou de Givray : trois grandes arcades décorent le rezde-chaussée et le premier étage, mais seules les deux arcades centrales sont percées, l'une d'une porte, l'autre d'une haute fenêtre ; les quatre autres sont entièrement remplies par des sculptures ou dessins d'appareil. A Parthenay sous les deux arcades latérales du bas sont sculptés deux cavaliers reproduits sur d'autres façades du sud-ouest et dans lesquels on a voulu voir Constantin et Charlemagne. La façade de Notre-Dame la Grande à Poitiers, celle de la cathédrale d'Angoulême présentent quelques variantes : les trois arcades du premier étage sont remplacées par une fenêtre centrale accostée de plusieurs registres superposés de sculptures. Celle de Poitiers qui offre déjà Punité de plan des façades gothiques, est consacrée à la chute de l'homme et à sa rédemption. La sculpture poitevine fit école dans tout le sud-ouest : sur un pilier de la

façade de l'église de Souillac se déroule une mêlée fantastique d'hommes et d'animaux chimériques qui s'entrcdévorent les uns les autres. Des scènes analogue ornent les chapitaux des églises poitevines, ceux de l'église de Chauvigny par exemple.

5. Les églises à coupoles. — Un certain nombre d'églises du Poitou et d'Aquitaine diffèrent par leur forme de celles de l'école poitevine et soulèvent un problème dont on n'a pas donné jusqu'ici de solution satisfaisante : ce sont les églises à coupoles. A Périgueux, l'église Saint-Front est bâtie sur un plan à croix grecque couronnée par cinq coupoles qui reposent sur de grandes arcs de forme brisée par l'intermédiaire de pendentifs ; les murs de clôture, d'une faible épaissseur, sont percés de fenêtres en plein cintre ; les coupoles sont apparentes à l'extérieur. La cathédrale d'Angoulême a la forme d'une croix latine dont la nef unique est couverte par une série de trois coupoles analogues abritées sous un même comble, et par conséquent invisibles à l'extérieur ; les croisillons voûtés en berceau se terminent chacun par deux tours. La nef unique sans transept qui forme la cathédrale de Cahors est surmontée de deux coupoles analogues ; il en est de même à l'église de Souillac, tandis que le plan d'Angoulême est reproduit à Fontevrault.A Poitiers Téglise Saint- Hilaire, dont la nef centrale était primitivement couverte d'une charpente, est surmontée depuis le xii'' siècle d'une série de coupoles octogonales ; la nef paraissant trop large, on a élevé, pour les contrebuter, des piliers massifs qui sont reliés aux murs de l'ancienne nef par des arcades. L'église de Solignac (Haute-Vienne), bâtie en forme de croix latine, est couronnée de quatre coupoles qui couvrent la grande nef et le chœur. Des coupoles analogues à celles de Saint- Hilaire surmontent la cathédrale du Puy. Enfin, on retrouve cette architecture à coupoles loin duPérigord, dans l'église de Ripen(Jutland), fondée par Ganutllauxn^siècle.

La théorie mise en honneur par de Verneilh, d'après laquelle cette architecture serait d'origine byzantine, a soulevé de nombreuses objections. Il est faux que l'église actuelle de Saint-Front soit celle qui fut rebâtiepar Saint-Frotaire de 976 à 991 ; cette église couverte d'une charpente a été incendiée en 11 20 ; les restes d'une basilique latine qui précède l'église à coupoles peuvent seuls remonter à cette époque. L'église actuelle date du xii° siècle et il n'est pas certain, qu'elle soit le prototype des autres églises à coupoles. D'une manière générale ces églises diffèrent complètement des églises byzantines. Les coupoles ne sont ni en blocage, ni en briques, mais en claveaux taillés suivant la courbe que l'on voulait former et dont les assises régulières ont dû être construites à l'aide d'un cintrage ; les profils des pendentifs et des calottes ne sont nullement byzantins ; l'emploi de l'arc brisé pour les grandes arcades, la couverture des coupoles au moyen de combles, le plan en croix latine sont encore des caractères propres au sudouest. S'ensuit-il de toutes ces différences qu'il n'y ait eu aucune influence extérieure sur la genèse de cette architecture ? La théorie nouvelle, d'après laquelle elle serait autochtone, paraît tout aussi aventureuse que la théorie byzantine. Le plan de Saint-Front est incontestablement le même que celui de Saint-Marc de Venise et des Saints Apôtres de Gonstantinople; si les procédés employés ont un caractère local, l'idée même de la coupole et du plan à croix grecque n'a pu venir que du pays d'origine de cette architecture, c'est-à-dire de l'Orient.

Bibliographie. Berthelé. Recherches pour servir à l'histoire des arts en Poitou. Mellc 1890. — de Verneilh. L'architecture byzantine en France. — Caries. Monographie de Saint-Front. Périgueux 1871. — Berthelé. La question et le date de Saint-Front (Revue de l'Art chrétien 1896 )- — ■ Bratails. La question de Saint-Front (Bulletin monumental 1895). Voyez dans le même recueil l'article de Spien.) — Bertaux. L'art dans l'Italie mériodioi^ale (étude sur les églises à coupoles de l'Italie du Sud),

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