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LES REGIONS DE TRANSITION

A. côté des provinces dont les écoles artistiques ont des caractères bien déterminé, et sont arrivés à résoudre d'une manière originale le problème de la construction et de la décoration des églises, un grand nombre de régions se sont contentées de juxtaposer ensemble des éléments venus de directions différentes ; elles n'en ont pas moins produit quelques monuments remarquables.

1. Ile-de-France et Champagne, — Les architectes du domaine royal et de la Champagne ne paraissent avoir trouvé d'autre solution au problème des voûtes que la croisée d'ogives dont les premiers essais remontent peutêtre à la fin du xi' siècle. Comme les Normands, ils se contentaient de couvrir les collatéraux de voûtes d'arêtes et établissaient une charpente sur la nef principale. Les trois nefs étaient même quelquefois couvertes ainsi, comme à l'église de Vignory (Haute-Marne), qui conserve encore ses charpentes apparentes ; la seule partie voûtée commence après l'arc- triomphal et comprend le berceau du chœur qui se termine par une abside en cul-de-four. La nef de Saint-Germain-des-Prcs consacrée avant ioi4.

celle de Saint-Remy de Reims à peu près contemporaine, étaient couvertes de même. La voûte d'arêtes n'était guère employée que pour les cryptes. La sculpture ornementale analogue à la sculpture normande était d'un faible relief, et aimait les ornements géométriques, les lignes brisées, les damiers, les entrelacs, les figures affrontées etc.. Des le XI' siècle cependant les architectes de l'Ile-de-France élèvent les jolis clochers percés de baies nombreuses, et divisés en trois étages surmontés d'une flèche, qui donnent à leurs églises un caractère si gracieux.

2. Bretagne. — Il reste peu d'églises romanes en Bretagne. L'église Sainte-Croix de Quimperlé consacrée en io83, se compose d'une rotonde centrale à laquelle viennent s'ajouter une nef, un chœur et les deux bras du transept. Ce type d'église uniforme imité de l'église Saint-Sépulcre fut employé dans toute l'Europe et ne caractérise aucune école. L'église Saint-Sauveur de Dinan possède une façade sculptée qui rappelle Técole poitevine.

3. Région de la Loire et centre. — Dans les provinces riveraines de la Loire s'est formée une école mitoyenne qui participe des caractères des écoles voisines, poitevine, bourguignonne, auvergnate. La cathédrale Sainte-Croix d'Orléans construite au xi.^ siècle et dont on a retrouvé les restes, comprenait une nef centrale couverte en charpente et accompagnée de quatre bas-côtés ; nous savons combien cette disposition était rare au xi® siècle. L'ancienne abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire possède encore le narthex massif de l'église qui fut élevée sous le Roi Robert, avant 1026 ; c'est un quinconce de fortes piles, ouvert de trois côtés et surmonté de voûtes d'arêtes ; les doubleaux qui les séparent reposent sur de grosses colonnes engagées ; chaque pilier quadrangulaire est flanqué de quatre co-

! lonncs de ce genre ; une salle voûtée de même, mais plus

Il haute, s'étend au-dessus. Dans les églises du Berry on ; trouve toute les voûtes romanes employées ainsi que la ï ' '

coupole sur trompes à la croisée du transept ; un plan exceptionnel est celui du cligsur de Ghâteaumeillant terminé par sept absides de longueur décroissante et séparées les unes des autres par d'élégantes claires-voies formées de colonnettes.

Dans le Nivernais le style bourguignon domine à la Charité-sur-Loire dont l'église possède un triforium élevé ; l'église Saint-Etienne de Nevers avec son chœur entouré d'un déambulatoire à trois chapelles, sa nef centrale couverte d'un berceau interrompu par des arcs-doubleaux et contrebuté par les voûtes en quart de cercle des tribunes, ses contreforts extérieurs reliés par des arcatures, ses arcs en mitre et en trèfle, doit beaucoup à l'école auvergnate ; cependant l'influence bourguignonne se fait sentir dans la solution hardie qu'on a adoptée pour éclairer la grande nef par de hautes fenêtres placées au-dessus des tribunes ; les façades latérales avec leurs arcatures ressemblent à la façade méridionale de Notre-Dame du Port. Enfin on retrouve les influences combinées de la Bourgogne du Poitou et de l'Auvergne dans les églises du Bourbonnais, à l'abbaye de Souvigny qui comprend cinq nefs, à l'église d'Izeure-lez-Moulins dont les voûtes et les arcades sont de forrne brisée et disposées suivant la méthode poitevine. A Souvigny on conserve un célèbre calendrier, pilier historié sur ses quatre faces et qui constitue un monument curieux de la sculpture romane.

4. Velay. — Les églises du Velay ne doivent rien, malgré la proximité, à l'école auvergnate ; elles n'ont ni la voûte en quart de cercle destinée à contrebuter le berceau de la grande nef, ni, à l'origine du moins, le chœur à déambulatoire ; elles sont couvertes suivant les modes poitevin (nef aveugle) ou bourguignon (nef éclairée) ; en outre, plusieurs églises à une nef et couvertes en berceau se rattachent à des modèles provençaux. De même la marqueterie polychrome, si fréquente en Auvergne, est assez

rare ; en revanche on a employé souvent des claveaux alternativement blancs et noirs, ce qui donne aux églises un aspect mauresque.

L'édifice le plus important du Vclay, la cathédrale du Puy, ne doit à peu près rien à cette école et n'a exercé sur elle aucune influence. C'est un édifice unique qui est peutêtre ce que l'architecture romane a produit de plus puissant et de plus étrange. Le plan qui est celui d'une église en croix latine dont la grande net'est couverte d'une série de coupoles octogonales sur trompes, rappelle celui de Saint- H^laire de Poitiers, mais sa situation pittoresque, ses proportions grandioses et l'austérité élégante de son ornementation, dont le principal motif consiste dans l'alternance continuelle des claveaux noirs et blancs, en font une œuvre bien originale. La façade à laquelle on accède par un escalier qui semble interminable est décorée uniquement de trois étages de baies ou d'arcatures brisées, en plein cintre, ou en trèfle très évasé : trois frontons indépendants la surmontent. Le porche monumental d'un niveau inférieur à celui de l'église, venait autrefois déboucher par un nouvel escalier en face du grand autel. La nef accompagnée de bas-côtés est divisée par de grands arcs doubleaux en six travées couvertes de coupoles octogonales, recouvertes d'un comble (i). Deux autres porches très profonds s'ouvrent sur les côtés et, au midi, s'étend un cloître merveilleux, aux chapiteaux variés. Ce monument auquel les archéologues ont attribué longtemps une antiquité fabuleuse paraît avoir été commencé à la fin du xi" siècle et achevé dans le courant du xii^ siècle ; il occupe la place d'églises antérieures et de monuments païens dont on a retrouvé les restes.

5. Lyonnais. — Les traditions gallo-romaines ont persisté très longtemps dans le Lyonnais. La première

(i) Le sanctuaire elle clocher sont modernes.

église abbatiale d'Ainay (église Saint-Martin) fut construite en 966 ; c'est une nef unique voûtée, aux dimensions restreintes (17°" sur 9™) dont la voûte est soutenue par dix colonnes aux bases régulières. A la fin du xi° siècle le style bourguignon s'introduisit à Lyon. La deuxième église d'Ainay consacrée par le pape Pascal lien 1108, marque ce changement ; sa voûte en berceau plein est épaulée par celles des bas-côtés. Les arcades sont supportées par des colonnes surmontées de chapiteaux corinthiens : deux de ces monolithes de granit proviennent de l'autel de Rome et d'Auguste ; une tour s'élevait à la croisée ; une autre, à la façade, forme porche.

6. Provinces da midi. — Les provinces du midi, Languedoc, Gascogne, Roussillon, Béarn n'ont pas eu à l'époque romane d'architecture bien caractérisée et ont subi, comme le nord de l'Espagne, des influences étrangères. Nous avons vu que l'art auvergnat avait pénétré, probablement par l'intermédiaire du Saint-Sauveur de Limoges, jusqu'à Toulouse et à Gompostelle ; l'architecture à coupoles s'implanta dans le Quercy. De tous ces éléments il se forma un style bâtard qui persista dans certaines provinces jusqu'au xiv'' siècle ; beaucoup d'églises romanes de ces régions ont été bâties en pleine période gothique. La cathédrale de Lescar (Basses-Pyrénées) élevée au début du xn" siècle, présente une disposition unique : sa grande nef voûtée en berceau séparé par des arcs-doubleaux, est contrebutée par les berceaux transversaux en plein cintre élevés au-dessus des bas-côtés ; ces berceaux étranges ont probablement succédé à des charpentes apparentes. Il s'est fofmé en revanche au xii* siècle en Languedoc une école de sculpture qui a laissé un ensemble important, la façade de l'église Saint-Pierre de Moissac. Sur le tympan le Christ est assis dans une gloire elliptique bordée d'étoiles, vêtu du manteau impérial, la couronne sur la tête entourée d'un nimbe crucifère ; il porte une longue barbe

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et lève la main pour bénir : à ses côtés deux anges déroulent des phylactères et au-dessous de lui sont assis, divisés en trois registres, les 24 vieillards de l'Apocalypse, tenant chacun un instrument de musique et un vase de parfums ; un juge autorisé a pu rapprocher ce magnifique tympan de celui de Saint-Trophime d'Arles (i). Autour de ce motif central s'étend une décoration fantastique, pleine de verve et de fantaisie. Sur la face antérieure du trumeau sont étages symétriquement trois couples de lions et de lionnes ; sur ses faces latérales sont deux saints personnages tenant des livres et des phylactères. Isaïe, le prophète de l'ancienne Loi, et saint Pierre l'apôtre de la Nouvelle Loi, sont sculptés sur les pieds-droits. Des deux côtés du porche les sculptures couvrent les murs latéraux, et sous des arcatures en plein cintre on voit à droite des scènes de la vie de la Vierge et de l'enfance du Christ, à gauche la mort du mauvais riche et des personnidcations assez réalistes des vises. A l'église de Moissac s'appuie un cloître dont les colonnes jumelles sont surmontées d'un chapiteau unique ; la fantaisie la plus originale s'est exercée sur ces chapiteaux ornés comme d'une orfèvrerie de palmettes, de rinceaux, d'enroulements perlés au milieu desquels se joue tout un peuple d'animaux fantastiques empruntés à la faune du bestiaire. Le musée des Augustins à Toulouse conserve quelques beaux spécimens de chapiteaux semblables destinés h surmonter les colonnes jumelles du cloître de la Dalbade. Leur style est voisin de celui des chapiteaux de Saint-Trophime.

Bibliographie. Lejhvre-Pontalis. L'architecture monumentale dans l'ancien diocèse de Soissons au xi» et xn^ siècle. De la Monneraye. Essai sur l'histoire de l'architecture religieuse en Bretagne (xi^-xne s.j. Rennes, i83i. — Buhot de Kersers,

(i) De Lasteyrie, Monuments Piot, t. VIIL

Caractères de l'architecture religieuse eft Berry à répbqiië romane. (B. A. G. T. H. 1890. p. 25). Histoire et statistique monumentale du département du Cher. Bourges, 1875-99.8 v. — Bourassé. Esquisse archéologique des principales églises du diocèse de Nevers. Nevers, 1844. 8° — Thiollier. L'architecture religieuse k l'époque romane dans l'ancien diocèse du Puy, Paris, 1900. — Rapin. L'abbaye et les cloîtres de Moissac, Paris, 1897. — de Lahondes. Les églises romanes de l'Ariège. B. A. G. T. H. 1896. — Brutails. Notes sur l'art rehgieux du Roussillon. B. A. G. T. H. 1893. — Thiollier. Vestige de l'art roman en Lyonnais. B. A. G. T. H. 1892.

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