Les Origines du Crucifix dans l'Art Chrétien. i vol
3o8. La Querelle des Images (Ville et IX^ siècle) . i vol.
38i. Les Églises Bjrzantines i vol.
196. DiMi!£R (L,). — Les Danses macabres et Pidée de la Mort dans T Art chrétien i vol.
216. Germain (Alph.). — L'Influence de Saint-François d'Assise sur la Civilisation et les Arts ... i vol.
234. — L'Art Chrétien en France (Sculpture, Peinture, Mobilier d'Église, etc.). Des Origines au XVIe siècle i vol.
346. St-Padl (Anthyme). — Architecture et Catholicisme. La puissance créatrice du génie chrétien et français dans la formation des styles au Moyen- Age I vol.
INTRODUCTION
LES ORIGINES DE l'aRCHITECTURE GOTHIQUE
I. Caractère du style gothique. — L'expression d'architecture gothique, employée pour désigner les monuments construits sur le modèle de ceux de la région française du xii^ au xv^ siècle, a été universellement adoptée et, bien qu'elle repose sur une
erreur historique (i), elle a l'avantage d'être précise et comprise de tous. Trois caractères principaux distinguent les églises gothiques et en font des édifices entièrement différents des églises romanes : V La voûte sur croisée d'ogives (fig. i) repose sur quatre
Fig. I.
(i) Les Goth» n'ont naturellement rien à voir dans cette art. L'expression de gothique fut adoptée au xvi* siècle, comme
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supports reliés par des arcs : deux arcs doubleaux dans la largeur de la nef et deux arcs formerets parallèles aux murs. Entre les quatre supports s'étend une armature composée de deux arcs qui se croisent en diagonale : c'est la croisée d'ogive , sur les branches de laquelle s'appuient les voûtains ou compartiments de voûte. La poussée qui, dans la voûte en berceaux s'exerce uniquement sur les murs latéraux, ou dans la voûte d'arêtes, sur les quatre supports, est ici répartie sur les arcs qui forment l'ossature de la voûte. L'équilibre est donc plus complet que dans les églises romanes; 2° L'arc-boutant. Dans une église romane il y aune liaison intime entre les voûtes de la nef centrale et celles des nefs latérales : les secondes servent généralement à épauler les premières. La hauteur de la voûte centrale est donc subordonnée à celle des nefs latérales, et seule l'école bourguignonne avait été assez hardie pour ouvrir des fenêtres sur la grande nef au-dessus du point de butée des collatéraux. Grâce au procédé de l'arc-boutant les architectes gothiques ont résolu le problème et rendu les voûtes dm collatéraux absolument indépendantes des voûtes de la nef centrale. Ils ont imaginé de faire partir des contreforts, sur lesquels s'appuient les nefs des collatéraux, de véritables étais en forme d'éperons, les arcs -boutants (fig. 2) qui passant par-dessus le toit des collatéraux, viennent épauler les arcs -doubleaux de la grande nef et les décharger ainsi
synonyme de barbare et en opposition au style classique. Les expressions (V architecture ogivale, architecture française, proposées par YioUet-Leduc n'ont pu prévaloir contre l'usage. Cette question oîTre d'ailleurs un très mince intérêt.
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de la poussée qu'exercent sur eux les croisées d'ogives. Ce procédé a permis de surélever la nef centrale, et de l'éclairer franchement par un étage de hautes fenêtres. Les murs, dont le rôle était si important dans une église romane, et que l'on faisait assez épais pour supporter la poussée de tout l'édifice, n'ont plus aucune importance dans les églises gothiques ; en fait ils sont supprimés dans la plupart des grandes cathédrales où on a ouvert des chapelles latérales entre les contreforts. — S° L'ornementation naturaliste. A part quelques essais timides, la sculpture romane en était restée à l'imitation dégénérée des formes classiques, colonne pourvue d'un chapiteau à feuille d'acanthe et d'une base attique, ou elle s'était inspirée des motifs géométriques et des animaux stylisés de l'orfèvrerie barbare et des étoffes orientales. Pour la première fois peut-être depuis la fin de l'âge hellénique les artistes des cathédrales gothiques regardent la nature, et ornent leurs chapiteaux des feuillages de leur pays. C'est là une révolution profonde dans l'art : de la copie exacte du végétal on en viendra à celle de la forme humaine. Les cartons
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d'atelier que les artistes romains ou byzantins se transmettaient précieusement et dont quelques-uns remontaient aux écoles de l'antiquité feront place maintenant à Ja nature.
Ces trois caractères mis à part, on peut dire que l'église gothique a adopté la plupart des procédés de l'architecture romane, le plan à trois nefs avec transept et chœur à déambulatoire couronné de chapelles rayonnantes, les piliers à colonnes engagées ou monocylindriques, les tribunes ou le triforium surmontant les bas-côtés, l'ordonnance générale des façades et des clochers. Il n'est pas jusqu'à l'arc brisé lui-même, appelé longtemps ogive par une véritable impropriété d'expression (i), qui ne soit le legs de l'architecture romane : à partir du xii* siècle on le trouve dans toutes les provinces, en Poitou, en Bourgogne, en Provence etc.. employé pour les voûtes en berceau et les arcades. Il ne fut applique que baaucoup plus tard aux fenêtres et aux portes ; beaucoup d'églises gothiques ont été construites avec des baies en plein cintre ; toutes au contraire ont leurs arcades en arc brisé. La forme des fenêtres peut donc servir à dater une église, mais ce n'est pas un élément essentiel de l'architecture gothique.
2. — Leproblème des origines. Darteiii (Architecture lombarde) trouvait la croisée d'ogives à Saint-Ambroise de Milan, au ix^ siècle. Qaicherat en voyait le prototype dans les ccancri » qui supportaient le phare d'Alexandrie. Il
(i) Il faut absolument renoncer à cette mauvaise habitude et réserver la dénomination d'ogives aux arcs diagonaux qui soutiennent les voûtes.
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croyait avec Viollet- Leduc qu'elle avait pu apparaître en môme temps sur plusieurs points, h la rotonde de Quimperlé construite en 1029, au porche de Saint-Victor de Marseielle (io4o), au porche de Moissac (règne de Philipe I"), au narthex de Vézelay (xï° siècle). Corroyer a essayé de faire dériver la croisée d'ogives de l'architecture à coupoles du Périgord. Tous les exemples invoqués pour édifier ces théories ont été reconnus comme très postérieurs à l'apparition de la croisée d'ogives dans le pays qui semble bien être sa patrie d'origine, dans la région française proprement dite (ile-de-France, Picardie, Champagne, Vexin normand.)
3. Les premières églises gothiques. — C'est dans les églises rurales de ces régions qu'il faut chercher les premiers exemples de croisées d'ogives, d'arcs-boutants et de décoration naturaliste. S'il est à peu près impossible de retrouver le monument original d'où découle tout l'art gothique, si les archéologues hésitent encore entre des églises picardes ou françaises, l'abondance des exemples fournis par cette grande région prouvent que les procédés gothiques sont nés sur son territoire. L'architecture gothique a constitué d'abord une des écoles régionales de l'art romain, l'école française. L'église de Morienval (diocèse de Soissons) qui date de la fin du xi^ ou du début du xii^ siècle, avec ses trois clochers à toits de pierre et l'ornementation stylisée de ses chapiteaux est une église toute romane ; un détail nouveau cependant s'y montre : les voûtes de son déambulatoire sont soutenues par des nervures lourdes en forme de gros boudins qui reposent sur des piliers monostyles,
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Des croisées d'ogives d'aspect aussi archaïque ont été retrouvées par M. Enlart dans les églises picardes de Lucheux et d'Airaines (1120), par M. Perrault-Dabot à l'église de Marolles-en-Brie (1117), par M. John Bilson en Angleterre (11 20); celles-ci seraient une importation normande.
A partir de 1126 environ, la croisée d'ogives paraît avoir été employée dans de plus grandes proportions. L'église Saint-Etienne de Bcauvais construite en iiio avec une charpente, fut pourvue en 11 3o de voûtes sur croisées d'ogives ; les bas-côtés actuels datent de cette construction ; les chapiteaux sont ornés de larges feuilles d'eau que l'on trouve dans les étangs ou au bord des rivières. A Bury (vallée du Thérain) les trois nefs ont été voûtées ainsi et le profd de l'ogive est déjà moins archaïque ; il se compose de deux gros tores se- ^^* • parés par une fine arête (fig. 3) ou de trois boudins accolés, dont un aminci en amande (fig. 4) '■ cette église date de 11 20. L'église de Poissy, restaurée entière- "" . . ment par Viollet- Leduc, indiquait les hési-
]^ CT tations d'un architecte du Parisis, entre 11 aS
^-^ N-^ et II 35. Tous les arcs étaient en plein cintre ;
^. , les voûtes d'arête appareillées se montraient
Fig. 4. , , , , . ,
à côté des voûtes sur croisées d'ogives. Sur
les chapiteaux les entrelacs se mêlaient aux feuilles d'eau,
aux feuilles d'acanthe et aux arums. L'église abandonnée
de la Noël Saint-Martin (canton de Pont Saint-Maxence),
celles de Bellefontaine, Gambronne-lez-Glermont (Beau-
vaisis), la crypte de Gormeille en Parisis, le porche de la
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chapelle octogonale des Templiers à Laon, les églises de Vauxrezis, Bcrsy-le-Sec, Gourmelles (diocèse de Soissons) datent de la même époque et marquent les progrès de la croisée d'ogives. A Paris l'église du prieuré de Saint-Martin des Champs (aujourd'hui Conservatoire des Arts et métiers), construite vers ii4o, offre le plan d'une église à double déambulatoire qui prévaudra dans la suite ; cette galerie est d'ailleurs couverte de voûtes d'arêtes et l'ogive n'est employée que pour le chœur et la chapelle absidale. 4. — La basilique de Saint-Denis. Les constructions de Suger à Saint-Denis montrent la première application du style gothique à un grand édifice. Désireux de reconstruire son église abbatiale, dont l'étroitesse avait provoqué, un jour de fête, une catastrophe et, professant sur le luxe des églises des idées opposées à l'austérité exigée par saint Bernard, il s'adressa aux meilleurs architectes, interrogea les pèlerins sur les splendeurs de Sainte-Sophie de Constantinople et songea à faire venir par le détroit de Gibraltar des colonnes de marbre du palais de Dioctétien ; la découverte d'une carrière de calcaire très dur dans les environs de Pontoise l'empêcha d'avoir recours à ce moyen, et la population s'attela volontairement aux énormes blocs tirés de cette carrière qui servirent à construire les fûts monolithes du déambulatoire. Les nefs actuelles et le transept de Saint-Denis datent de la reconstruction de Saint-Louis ; à l'œuvre de Sugcr appartiennent la façade, les deux premières travées, le chœur et son double déambulatoire, la crypte. La façade avec son double étage de qaies couronnées de créneaux et ses deux tours carrées,
dont une seule subsiste, montre le mélange d'arcs brisés et d'arcs en plein cintre qui caractérisent le début du xii" siècle ; la décoration sculpturale des tympans de ses trois portails est toute romane et bourguignonne d'inspiration. La façade et les premières travées furent inaugurées en 1137; immédiatement après on commença les travaux du cliœur qui fat consacré le 11 juin ii44» en présence de Louis VII, d'Aliénor de Guienne, de Thibaud de Champagne et de dix-huit évêques. Le chœur comporte un double déambulatoire supporté par des piliers cylindriques et monolithes surmontés de beaux chapiteaux à crossettes ; sept chapelles rayonnantes le couronnent ; au-dessous s'étend l'ancienne crypte agrandie par Suger et couverte de voûtes d'arêtes appareillées. Quant aux deux premières travées de la nef, elles ont conservé leurs, voûtes sur ogives à profd de trible boudin retombant sur des colonnettes engagées dans les piliers.
5. — La première diffusion du style gothique. Dès le milieu du xn'' siècle le style gothique s'introduisit dans les provinces voisines de l'Ile-de-France et de la Picardie. L'église de Saint-Germer de Fly (pays de Bray) est probablement antérieure au chœur de Saint-Denis et constitue la première és^lise normande qui soit pourvue d'un déambulatoire et couverte de voûtes d'ogives. Les arcades qui soutiennent le rond-point sont ornées de jolies archivoltes brisées, avec moulures en dents de scie, caractéristique de l'école normande (i) ; au-dessus règne un étage
(i) Cf. les arcatures intérieures de la chapelle du petit-Quevilly, près de Rouen.
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de tribunes voûtées d'arêtes qui s'ouvrent sur le chœur par des arcades géminées en plein cintre, dont le tympan est percé d'un œil, et plus haut, s'ouvraient deux étages de fenêtres. Les chapiteaux sont ornés de feuilles d'acanthe et de fouilles d'eau. A l'extérieur les voûtes de l'abside sont soutenues par des éperons qui sont apparents au-dessus des basculés mais pénètrent sous les combles du triforium ; c'est un des premiers exemples d'arc-boutant extérieur. Une église normande un peu postérieure à celle de Saint-Germer, mais qui présente de grands rapports avec elle, est l'église abbatiale de Fécamp. Un incendie ayant détruit en 1168 l'église romane construite à la fin du xi° siècle, l'abbé Henri de Sully la fit reconstruire en conservant le chœur à déambulatoire et les chapelles rayonnantes ; à sa mort en 1187, les nefs et le transept étaient à peu près achevés ; comme à Saint-Germer les voûtes d'ogives sont sur plan barlong et reposent sur des piliers à colonnettes engagées ; les bas-côtés sont surmontés d'une large tribune dont le triforium a été remanié plus tard et à l'extérieur, des arcs -boutants, encore très simples et sans ornements, s'étendent entre les contreforts et les voûtes de la grande nef; enfin plusieurs détails, l'emploi de l'ogive à cinq branches dans les bas-côtés, la magnifique tour-lanterne qui surmonte le transept, la bande lombarde d'arcatures soutenues par des modillons à tête plate qui sert de corniche, indiquent l'influence de l'école normande. D'autres édifices contemporains, la jolie salle capitulaire de Saint-Georges de Boscherville (1160), la chapelle de l'hospice du Petit-Quevilly élevée la même année, la tour
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Saint-Romain, seul reste de la cathédrale de Rouen dé truite par l'incendie de 1200 attestent la rapidité de l'ex pansion du style gothique dans la Haute-Normandie.
A Paris le chœur de Saint-Germain-des-Près consacrj en II 63, montre un des plus anciens exemples de l'emplo des arcs-boutants. En Champagne, de la même époqu datent le chœur et le transept de Notre-Dame-des-Vaux t Châlons-sur-Marne, le chœur de Saint-Rémi de Reims] les parties basses de l'église de la Madeleine à Troyes, 1 chœur de Saint-Quiriace de Provins dont le rond-poin est supporté par treize piliers cylindriques. Tous ces mo-| numents ont des arcs-boutants apparents. Enfin dans 1 nord, la cathédrale de Cambrai démolie en 1796, était 1 spécimen des premières cathédrales gothiques ; elle avait été construite de ii5o à îi8o.
Bibliographie. (Voir la bibliographie générale à la fin du volume). Lefèvre-Ponialls. L'architecture religieuse dans l'ancien diocèse de Soissons, Paris, 1897. Saint-Evremond de Grell {Bulletin Monum., igo^, p. 160). Etude sur le chœur de Saint-Martin des Champs {Bib. de l'Ecole des Chartes, 1886). Etude sur la date de l'église de Saiut-Germer [id., i885). — AntJiyme Saint-Paul. Suger, l'église de Saint-Denis et Saint-Bernard (B. A. G. T. H., 1890). — Alline et Loisel. La cathédrale 1 de Rouen avant l'incendie de 1200, Paris, 1904. — Leglay. Notice sur la cathédrale de Cambrai [Mon. Soc. Antiq. de France f VU). — Lambin. Les églises de l'Ile-de-France, Paris, 1904. — Leclere. L'origine de la voûte d'ogives [Revue universitaire de Bruxelles, 1902). — de Lasteyrie. Les origines de l'architecture i gothique, Caen, 1901.