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Une église du xiv" siècle, Saint-Oueii. — L'église de

l'abbaye de Saint-Ouen à Rouen est une des rares églises de dimensions importantes construite dans le Nord de la France au xiv^ siècle. Le chœur et les chapelles absidales furent élevées de 1018 à iSSq ; le transept et la première travée de la nef datent de la seconde moitié du xiv^ siècle ; la nef fut prolongée au xv° siècle et la façade n'a été terminée qu'au xix° siècle, de i8/|6 à i85i. Les dispositions et l'ordonnance sont celles d'Amiens ; il n'y a plus aucune trace d'inQuence normande, mais Sairit-Ouen est remarquable par l'unilé de son style, l'harmonie de ses proportions et la splendeur de sa décoration sculpturale. Sa tour centrale à jour est ornée d'une couronne de clochetons ; le portail, dit des Marmousets, qui termine le transept méridional est surmonté jusqu'au grand comble d'un véritable panneau de sculplure ; les clochetons qui surmontent les contreforts sont ornés d'une forêt de statues. A l'intérieur les ogives retombent sur des faisceaux de colonnettes les piliers qui soutieianent la croisée du transept comprennent chacun vingt-quatre colonnettes qui correspondent à chacune des nervures de la voûte. Un triforium à jour fait tout le tour de l'église au-dessus d'une jolie frise sculptée de feuilles de chêne dans le chœur, de houx et de chardon dans la nef.

3. Le style flamboyant. — Amiens, Cologne, Saint-Ouen, marquent l'apogée de la construction gothique ; l'architecture semble avoir trouvé au xiv** siècle ses formules définitives. Le style flamboyant qui règne en Europe au xv'^ et au XVI* siècle est donc moins un style architectural qu'un système décoratif ; répandu sur les églises gothiques il leur donne une légèreté encore plus grande qui semble atteindre les limites de l'irréel. Ce style est né dans le nord de la France et ce sont des maîtres-d'œuvre parisiens normands ou flamands qui l'ont répandu dans le midi. Des constructions comme Saint-Maclou de Rouen (i^Sj-

i52i), Saint-Wulfran d'Abbeville (i488-i539), le porche et le jubé d'Albi (i473-i5o2), le Clocher Neuf de Chartre du à Jean Texier (i5o7-i5i3),les églises de Notre-Dame de l'Epine et de Caudebec (xv* siècle), représentent ce style dans toute sa splendeur. Bornons-nous à indiquer ses principaux caractères. Sans rien modifier au système des voûtes et des supports, les maîtres du flamboyant se sont attachés à compliquer les profils pour les rendre plus légers et à accuser davantage tous les membres de l'architecture. Les trois tores qui forment l'ogive sont subvidisés eux-mêmes par une infinité de nervures ; quelquefois chacune de ces nervures (fig. 1 3) secondaires retombe sur une colonnette indépendante : les piliers de Saint-Maclou ont l'aspect de larges cannelures (fig. i4) dont les arêtes supportent des nervures sans

l'intermédiaire d'aucun chapiteau ; le plus souvent les nervures viennent se perdre insensiblement dans le fût d'une colonne circulaire ou bien le chapiteau est remplacé par une simple bague sculptée. Les clefs rattachées à la voûte par des crampons de fer de-

Fig. i4.

viennent de véritables pendentifs ou des stalactites suspendus dans le vide. Dans quelques églises, àSouvigny (Allier) par exemple, une nervure longitudinale ou lierne occupe le sommet de la voûte de la grande nef comme une épine dorsale, et des nervures transversales ou tiercerons, la coupent perpendiculairement. Dans le nord en Flandre et

en Normandie les petites églises sont couvertes de véritables voûtes en charpente, semblables à la carène d'un navire. Pour les baies et en particulier pour les portails, on emploie l'arc en anse de panier surmonté d'une accolade que ter- /T mineordinairementun fleuron joliment k'.x }n^f\'J'^^uJs.

sculpté (fig. 1 5). Mais le caractère essen- ^.^ r

tiel du style flamboyant est le dessin de ses remplages qui consiste à relier les courbes concaves aux courbes convexes ; les meneaux des baies ressemblent à des flammes entraînées par un même mouvement d'ondulation ; rien n'égale la grâce des roses flamboyantes, comme celle de la façade d'Amiens (fîg. i8). Les mêmes préoccupations décoratives se rencontrent dans la construction des arcs-boutants qui deviennent de jolies galeries à claires-voies entre une courbe et une contre-courbe (fig. 17). La végétation gothique s'est aussi transformée : aux plantes du xin® siècle, succèdent sur les frises, les pignons ou les arêtes des feuillages plus découpés frisés, ou déchiquetés, comme la feuille de chou relevée (fig. 16) ou le chardon. Enfin les règles de l'iconographie -des grandes cathédrales et le caractère religieux des sculptures ne sont plus qu'un souvenir. L'imitation de la nature a conduit les artistes à un réalisme dont l'art flamand et l'art bourguignon du xv" siècle sont l'expression la plus complète. Des person-

nages profanes se mêlent sur les façades aux saints et aux apôtres et dans sculpture comme dans la peinture tout est sacrifié à la recherche du type individuel. L'art flamboyant se maintint en Francejusqu'au milieu du xvi* siècle environ ; il adopta même quelques motifs classiques et entre i5oo et i56o il se forma un art mixte d'un caractère original et non sans charme.

Bibliographie. Morand. Histoire de la Sainte- Chapalle de Paris, Paris, 1700. — Girardot. Bourges, la Sainte-Ghappelle. (Mém. de la Société des Antiq. de France, xx). — de la Bunodiere. Notice archéologique et historique sur l'église Saint-Ouen de Rouen, Paris, 1896, 8°.

Fig. 18.

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