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LES ORIGINES

Les églises byzantines, dont le style est resté prédominant en Orient, sont la plus belle expression de la société qui s'est développée du v® au xv° siècle autour de Gonstantinople. Les usages particuliers et l'esprit de l'église grecque se sont affirmés dans les dispositions architecturales et l'ornementation caractéristique des édifices dont elle a adopté le type pour lui garder jusqu'à nos jours une fidélité immuable. Une construction à plan central surmontée d'une ou plusieurs coupoles, dont la maçonnerie, blocage ou briques, est dissimulée sous les panneaux de marbre polychrome ou les mosaïques à fond d'or, telle est dans ses grandes lignes une église byzantine. L'origine de ce type ne saurait plus être aujourd'hui douteuse ; il vient d'Orient et s'est développé dès le m® siècle en Asie Mineure, en Syrie, en Egypte (i) ; l'église byzantine dérive de la basilique orientale et surtout des constructions à plan central, octogones, rotondes, églises cruciformes, si répandues en Orient. Grâce aux avantages géographiques de sa situation et à son importance politique, Gonstantinople est devenue, à peine fondée, le

(i) Voyez notre étude sur les Basiliques chrétiennes (même collection).

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centre vers lequel ont convergé les influences religieuses, artistiques, intellectuelles de l'Orient : les industries de luxe qui faisaient l'orgueil d'Alexandrie ou d'Antioche, le tissage de la soie, l'art de la mosaïque s'y sont établis ; elle a pris rang parmi les grandes villes de l'empire et a réussi à la fin du vi^ siècle à les éclipser toutes et à devenir la vraie capitale de l'Orient.

Et pourtant la civilisation byzantine est loin d'être exclusivement orientale ; l'art byzantin n'est pas plus l'art copte, persan ou syrien que les institutions politiques ou sociales de l'empire ne sont persanes ou égyptiennes ; les influences venues d'Orient ont dû s'adapter aux conditions spéciales dans lesquelles se trouvaient l'empire byzantin et la ville de Gonstanlinople : de très bonne heure l'art byzantin a af&rmé son originalité et il faut le distinguer plus qu'on ne l'a fait jusqu'ici des écoles artistiques de l'Orient. A la différence des églises d'Asie Mineure et de Syrie, bâties en magnifique appareil, les monuments byzantins sont en blocage : c'est là une tradition romaine que le manque de matériaux ou le désir d'élever des voûtes sans cintrage ont obligé les architectes byzantins à maintenir ; au contraire les carrières de marbre de Proconnèse et la faculté de mettre au pillage les temples antiques, ont assuré aux églises byzantines une décoration somptueuse. L'influence de la cour impériale a encore augmenté cette tendance au luxe ; le patriarche de Constantinople est devenu un des premiers dignitaires de la hiérarchie impériale ; la liturgie a pris un caractère pompeux, inconnu jusque là, et s'est confondue intimement avec l'étiquette de la cour ; dans une procession impériale par exemple, il n'est pas facile de distinguer les éléments qui appartiennent au culte des cérémonies purement antiques . Le goût du décor et de la magnificence devait donc atteindre un développement

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inoui dans les églises byzantines, et lorsque les empereurs escortés de la foule des dignitaires aux costumes resplendissants allaient assister aux cérémonies religieuses, ils retrouvaient a Sainte-Sophie ou aux Saints Apôtres le cadre de grandeur et de majesté au milieu duquel s'écoulait leur existence. L'église était devenue le palais du Seigneur et l'on empruntait, pour l'embellir, les magnificences du Palais Sacré.

Enfin, une autre circonstance a contribué à séparer l'art byzantin de l'art oriental. Gonstantinople est à partir du VI- siècle la métropole de l'hellénisme et le dernier refuge des traditions littéraires ou artistiques du peuple grec. Dans notre étude sur « les Basiliques chrétiennes » nous avons essayé de montrer les liens qui rattachent l'art chrétien naissant à l'art antique. Cette influence païenne, prédominante au iv® et au v*" siècle, s'est affaiblie au même moment presque partout au yf siècle et surtout au vir siècle. En Syrie, en Egypte, chez les peuples barbares d'Occident la tradition de la grande sculpture s'est perdue en même temps que le goût de la forme humaine. Les sculptures coptes, les étoffes persanes, les sarcophages mérovingiens dits du sud-ouest, les plaques d'orfèvrerie barbare dénotent le même effort pour donner à la décoration animée une apparence de symétrie, puis pour la transformer progressivement en ornement géométrique. Sous des influences diverses l'art européen allait secouer le joug de son éducation gréco-romaine, et il aurait peutêtre suivi dès cette époque, la voie ou devait s'engager plus tard l'art arabe, si les artistes grecs de Gonstantinople n'avaient maintenu la tradition de la forme humaine et de l'art antique ; ce n'est pas un des moins grands services que Byzance ait rendus à la civilisation européenne» L'art antique en effet n'a cessé d'exercer son influence à Gonstantinople ; les forums, les palais y étaient couverts

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des chefs-d'œuvre de la sculpture grecque ; la spina de rHippodrome était un véritable musée ; il en était de même des thermes de Zeuxippe et d'une place voisine de Sainte-Sophie qui comptait jusqu'au vi^ siècle 347 statues païennes. On a la preuve que l'Athena Promachos de Phidias a subsisté à Constantinople jusqu'en i2o3, et on a reconnu sur une cassette d'ivoire conservée à Xanten la reproduction de l'Héraclès de Lysippe dont l'original ornait l'Hippodrome. L'existence de ces chefs-d'œuvre empêcha l'art byzantin d'être un simple plagiat de l'art oriental.

Au cours de la lutte séculaire qu'il a soutenue contre les forces destructives, l'empire byzantin a eu des périodes de crises redoutables suivies de renaissances éclatantes. A chacune de ces renaissances correspond une nouvelle activité artistique et en même temps une transformation de l'art ; trois époques sont particulièrement importantes par la création de types nouveaux d'architecture : le vi® siècle, le siècle de Justinien ; les x"^ et xi*' siècles, époque de la dynastie macédonienne ; le xiv° siècle qui marque la dernière restauration de l'empire par les Paléologues ; chacune de ces périodes nous montrera les aspects divers qu'ont présentés les églises byzantines et les influences qu'elles ont exercées hors des limites de l'empire.

Bibliographie. (Voir la bibliograpliie générale à la fin du volume). Strzygowski. Orient oder Rorn. Leipzig, 1901. — Kleinasien. Leipzig, igo3 (voy. les comptes-rendus de Diehl. Journal des Savants, 1904 et Millet. Revue archéologique, iQoS).

PPEMIÈRE PARTIE L'Église du vi© siècle.

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