III. — La. Tabatièbe
Comme souvent dans le monde, il y avait un jeune homme
LITTÉRxYTURE ET imANSOXS lll
qui voyageait. En marchant, il trouva un jour une tabatière. Il l'ouvre et la tabatière lui dit : « Que quieres * .« » Saisi de peur, il s'empressa de serrer la tabatière dans sa poche ; heureusement il ne la jeta pas. Il alla loin loin loin et se dit en lui-même : <^ Si elle me dit de nouveau que quieres, je saurai quoi lui répondre. » Il reprend sa tabatière, l'ouvre, et elle lui dit de nouveau : que quieres ? Le jeuue homme répondit ; « Mon chapeau plein d'or », et le chapeau se trouva rempli d'or.
Notre jeune homme fut ravi ; désormais il n'aurait plus be-^ soin de rien. Il alla loin loin loin et après avoir traversé des forôts arriva devant un beau château. Là demeurait un roi. Il en faisait le tour et le tour, regardant partout avec assurance. Le roi lui demanda ce qu'il faisait là — << je regarde votre ch\xteau » -r- « tu préférerais en avoir un pareil, n'est-ce pas ?» Le jeune liomme ne répond rien. Mais quand arrive le soir, il prend sa tabatière et l'ouvre : « Que quieres f — Fais-moi icimême un château avec les lattes d'or, les tù|les de diamant, et tout le fourniment en argent et en or. » Il finissait à peine de parler qu'il voyait en face de la maison du roi un château comme il l'avait demandé. A son réveil, le roi fut stupéfait en apercevant cette magnifique piaison qui tirait les yeux sou^ l'éclat^ du soleil. Toutes les servantes demeuraient aus^i là à regarder. Le roi alla chez le jeune homme et, lui dit qu'il était un homme d'un grand pouvoir, qu'il devrait bien venir chez lui et consentir à vivre tous ensemble, qu'il avait une fille et qu*on la marierait avec lui. Il en arriva comme avait dit le roi et tous se rendirent à la magnifique maison. Il se maria avec la fille du roi et ils vécurent heureux.,
La femme du roi avait une grande jalousie envers ce jeune homme et envers sa fille. Elle savait par sa fille comment ils avaient une tabatière qui leur procurait {ou\ ce qu'ils voulaient. Elle s'entendit avec une servante pour
« Que veux-tu? » en espagnol.
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essayer de voler cette tabatière. Biles obsenrèreni avec soin on où la mettait le soir et, quand elles connurent Tendroit, au milien de la nuit, pendant que ses maîtres étaient e&dormis, la domestique s^en empara et rapporta à sa vieille maîtresse. Quelle joie pour celle-ci ! Elle ouvre la tabatière qui lui dit : «k qtte quieres? — je veux que tu m'emportes avec mon mari et tous mes serviteurs dans cette belle maison de Tautre côlé de la mer rouge ; et que ma fille et sou mari demeurent ici. »
A leur réveil, les jeunes époux se retrouvent dans le vieux château et leur tabalière leur fait défaut. Ils la cherchent mais inutilement. Le jeune homme ne veut pas perdre un instant : il faut qu'il «e mette tout de suite en quête du château de la tabatière . Il prend un cheval et autant d*or qu'il peut en porter. Il s'en va loin loin loin . Il cherche en vain dans tous les p9js environnants. Il arriva à la fin de son argent sans avoir rien trouvé nulle part, mais il allait toujours autant que le permettaient les forces de son cheval, mendiant pour vivre.
Quelqu'un lui dit qu'il devrait aller chez la Lune, que celleci fait un voyage assez étendu et qu'elle pourra le guider. U alla loin loin loin et finit d'une manière quelconque par arriver chez la Lune. Il y trouva une petite vieille qui lui dit : « Que venez-vous faire ici ? Mon fils mange tous les êtres et, si vous êtes sage, il vaut mieux que vous partiez sans entrer. » U lui raconte ses malheurs, lui dit comment il possédait une poissante tabatière et comment on la lui avait volée, comment il se trouvait maintenant sans rien loin de sa femme et privé de tout; peut-être son fils aurait-il vu dans ses courses son palais avec les lattes en or, les tuiles en diamants* et tout le fourniment en argent et en or. Sur ces derniers mois, apparaît la Lune. Elle dit à sa mère qu'elle sent quelqu'un. Sa mère lui dit comment un homme malheureux qui a tout perdu est venu la trouver pour la consulter. Elle lui dit de le faire avancer. 11 se montre et demande à la Lune si elle n'aurait pas vu par hasard une maison avec des lattes en or, des tuiles de diamant et tout le fourniment en argent et en or ; il possédait cettt maison et on la lui a prise. La Lune Jui répond ^ue non, mais
que le Soleîî iéît plus de chemin et parcourt plus d'étendue qu'elle et qu*il ferait mieux d'aller le trouver.
n fi'ea va donc loin loin loin autant que le permettent les forces de son cheval, mendiant pour vivre. Il finit d'une manière quelconque par arriver chez le Soleil. Il y trouva une petite vieille qui lui dit : « Que venez-vous faire ici ? allezvous-en; ne savez-vous pas que mon fils mange tous les chrétiens? » Il lui répond que non, qu'il ne s'en ira pas, qu'il est si' malheureux que cela lui est égal mÔme de mourir, qu'il a tout perdu, qu'il possédait une maison comme il n'y en a pas de pareille ailleurs, car elle a les lattes en or, les tuiles en* diamant et tout le fourniment en argent et en or ; qu'il s'est mis h sa recherche il y a bien longtemps et qu'il n'y a pas d'homme plus malheuïeux que lui. Cette femme le cache. Le Soleil arrive et dit à sa mère qu'il sent l'odeur d'un chrétien et qu*ii ^etit le manger. Sa mère lui dit comment un homme malheureux qui a tout perdu est venu lui parler et elle le prie d'en avoir pitié. Qu'il paraisse donc. Le jeune homme se présente et demande au Soleil s'il n'aurait pas vu par hasard une maison qui n'a pas la pareille ailleurs avec des lattes en or, des tuiles en diamant, et tout le fourniment en argent et en or. Le Soleil lui répond que non, mais que le Vent l'aura trouvée, car il entre dans tous lès coins et il n'est pas de choses qu'il ne voie, et quand personne ne saurait lui seul saurait.
Notre pauvre homme se met donc en route et va autant que le permettent les forces de son cheval, mendiant pour vivre. Il finit d'une manière quelconque par arriver chez le Vent. Il trouve une petite vieille occupée à remplir d'eau beaucoup de barriques. Bile lui demande à quoi il pense de venir là et lui dit que son fils mange tout, qu'il va arriver en fureur et qu'il prenne garde à lui. 11 répond que cela lui est égal même d'être mangé, qu'il n'a peur de rien tant il est malheureux. Il lui conte comment on lui a pris une belle maison qui n*a pas sa pareille, et avec elle toutes ses richesses, qu'après avoir abandonné sa femme il s'est mis en n[iar'*.he sans la trouver et qu'il est venu envoyé par le Soleil pour consulter le Vent. Elle
le fait cacher sous l'escalier et le Vent du sud arrive comme s'il voulait arracher la maison de ses fondements. Tout altéré qu'il fut, avant de boire, il sentit l'odeur de l'espèce chrétienne et dit à sa mère de faire sortir celui qu'elle avait caché et qu'il fallait qu'il le mangeât. Sa mère lui dit de manger et de boire ce qui était devant lui et elle lui raconte les malheurs de cet homme, comment le Soleil lui a laissé la vie en l'envojrant au Vent pour qu'il le consultât. Elle lui amène cet homme, celui-ci lui dit comment il est à la recherche d'une maison et que, comme personne n'en sait rien, le Vent seul pourrait le savoir; il ajoute qu'on lui a volé cette maison qui a les lattes en or, les tuiles en diamant, et tout le fourniment en argent et en or; et demande au Vent si par hasard il ne l'a pas vue quelque part. Il lui répond : « Oui, oui, et pendant toute la journée d'aujourd'hui j'ai passé et repassé sans pouvoir lui enlever une seule tuile. — Si vous pouviez me dire où elle est. * . . — Elle est bien loin de l'autre côté de la mer rouge. » Notre homme, en entendant cela, ne fut point découragé : il avait déjà fait tant de chemin !
Il part donc et arrive d'une manière quelconque dans ce pays-là. Il demande si l'on connaît quelque part une place de jardinier vacante. On lui répond que le jardinier du château est parti et que peut-être sa place sera à prendre. Il y va tout de suite et reconnaît sa maison : pensez quels furent son contentement et sa joie l II demande si l'on a besoin d'un jardinier. On lui répond que oui. Notre jeune homme fût bien content. Il passa ainsi quelque temps sans rien faire. Il parlait avec une servante des richesses de leur maître et du pouvoir qu'ils avaient. Il se mit d'accord avec cette fille qui lui avait une fois raconté l'histoire de la tabatière et promit de bien la récompenser car il avait bien envie de voir cette tabatière.
Elle la lui apporta un soir. Bien content notre jeune homme observa où elle la serrait dans la chambre de la maîtresse do la maison. La nuit suivante, quand tout le monde fut endormi, il y alla et prit sa tabatière. Pensez avec quelle joie il rouvrit. Quand elle lui demanda : que guieres? ï\Té]pondïi:«gueguieres!
que quieres l rapporte-moi avec ce château à mon ancienne place et fais noyer dans cette mer rouge le roi et sa femme et tous leurs serviteurs ». Dès qu'il eut parlé, il se trouva transporté auprès de sa femme et ils vécurent là bien heureux et les autres furent pour jamais engloutis dans le fond de la mer.
Les contes basques se terminent d'ordinaire par la formule : (f et, s'ils vécurent bien, ils moururent bien ». C'est sur cette formulé que je laisserai mes lecteurs, sans prétendre définir ce qu'on peut entendre par bien vivre et bien mourir.