‹ Les Basques et le pays basque, moeurs, langage et histoireChapitre 18 sur 20 · I. — Les trois Vérités · texte numérisé non relu

I. — Les trois Vérités

Un renard arriva devant une rivière. Il n'avait pas d'argent pour payer son passage ; il cria an batelier : « Hé! l'homme I voulez-vous me passer? Je vous dirai trois vérités.» L'homme lui dit que oui. Le renard saute dans le bateau et commence ainsi : « On dit que la metture (pain de maïs) est aussi bonne que le pain (de froment) ; c'est un mensonge, car le pain est bien meilleur. Voilà une vérité. >i Au milieu de l'eau^ il reprit la parole : « On dit souvent : quelle bella nuit l on dirait le jour ; mais ce n'est pas vrai, car jamais la nuit n'est aussi belle que le jour. » En arrivant à l'autre bord le renard s'élança à terre en disant : « homme ! ô homme I tu as de bien mauvaises chausses, mais tu les aurais bien phn mauvaises encore si tous ceux que tu passes ne te payaient 1 pas mieux que moi I » J'étais alors là, aa bord de l'eau, et j'ai appris CCS trois vérités et je ne les ai pas oubliées depuis.

n. — Le Cuaâ.

Comme bien souvent dans le monde, il y avait' im eoié*

■ I ■ ■ Il !■ I I ■

Il possédait un moulin. Dans ce pays-là, il y avait un roi. Un jour, ce roi fit. venir ce curé devant lui et lui dit : « Un monsieur prêtre ssjt beaucoup de choses et doit en savoir beaucoup. 11 faut quQ vous me disiez trois choses : combien il y a de. chemin d*ici au ciel, combien je vaux exactement, et ce que j*ai dans Tesprit ? et cela dans tel temps ou sinon je vous ferai mourir. » Notre monsieur prêtre s'en revient chez lui tristement ; les jours suiv nts, il était encore plus triste. Il se promenait autour du moulin. Le meunier, le voyant et remarquant sa tristesse, lui dit une fois : « Qu'avez-vous, monsieur? Pour être devenu comme cela, vous avez quelque peine. Dites la moi. — Bah l même * en vous le disant, je n*y gagnerais rien* »

Le terme fixé approcha et le curé maigrissait de chagrin à vue d'œil. Le meunier lui dit un jour : « Monsieur, ditesmoi ce que vous avez. «I*y remédierai certainement. »Le temps indiqué finissait le lendemain ; pensez comment était notre monsieur prêtre ! Il dit à son meunier ce que lui avait demandé le roi, ajoutant, qu'il avait cherché dans tous les livres sans avoir rien appris nulle part et qu'il lui faudrait mourir. Le meunier lui dit : « Si vous voulez me donner le moulin pour moi, je prendrai votre soutane et j'irai devant le roi à votre place. » Notre prêtre aurait bien donné dix moulins s'il les avait eus. Il lui répond donc que oui certainement, et il lui donne sa soutane.

Notre meunier s'en va à sa maison et dit à sa femme dé lui dévider en un peloton tout le fil qu'elle pouvait avoir à la maison. Le lendemain il part avec son peloton où il avait fait une marque avec un petit nœud; il arrive chez le roi. Le roi fort content de le voir. Notre faux prêtre lui dit: «Voici juste juste la mesure exacte du chemin qu'il y a d'ici au ciel ; si vous ne le croyez pas, vérifiez-le vous-même... Vous voulez aussi savoir combien vous valez : eh bien ! notre Seigneur bien-aimè a été vendu pour trente pièces d'argent ; vous ne pensez sans doute pas valoir davantage. » Le roi demeura stupéfait de soa grand esprit. « Vous voulez en troisième lieu que je

vous dise ce que vous avez dans la pensée ; vous croyez que c'est le prêtre d'avant, mais je ne le suis point ; déplus, vous pensez à tout ce que je vous ai dit. » Le roi admirait la science de ce prêtre. Le meunier lui dit qui il était et le roi lui dit que c'est lui qui devait être curé, qu'il l'avait bien mérité par sa science. On renvoie l'autre curé et on l'installe à sa place.

Il fallait de temps en temps que les curés prêchassent ; une de ces époques arriva. Notre meunier monte en chaife et se met à dire : « comme les autres, comme les autres, comme les autres », et ainsi de suite pendant une heure en tapant sur la chaire. Quand les offices furent terminés, les gens^ se rendirent chez le roi pour S3 plaindre : quel curé leur avait-on envoyé là? pendant une heure il n'avait fait que leur crier : comme les autres ! Le roi leur répondit : <^ S'il a dit comme les autres, il a fait beaucoup et j'en suis content. » Il vint tant de gens pour se plaindre que le roi ordonna à son portier de faire mettre en prison tous ceux qui viendraient réclamer contre ce curé. La paix fut ainsi vite rétablie.

Quelques jours après notre meunier est appelé pour prêcher dans une paroisse voisine. Il se trouva dans un grand embarras. Que fit-il? Il monta en chaire et dit pour commencer : « Celui qui m'entendra sera sauvé et celui qui ne m'entendra pas sera damné », et il se mit à remuer les lèvres et à frapper sur la chaire, mais personne ne pouvait rien comprendre cl ils demeuraient à se regarder les uns les autres. Une vieille femme se réveilla comme le sermon finissait et dit, en se frottant les yeux : « Qu'il a bien prêché ! quelles belles paroles il a dites! » Tous furent stupéfaits de voir qu'elle avait entendu et ils restèrent coi désormais. Notre nouveau prêtre vécut et devint très riche avec sa cure et son moulin tandis que l'autre devenait pauvre et se voyait abandonné de tous. J'y étais alors et maintenant je suis ici.

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