‹ Les Basques et le pays basque, moeurs, langage et histoireChapitre 6 sur 20 · LA LANGUE BASQUE · texte numérisé non relu

LA LANGUE BASQUE

Le voyageur parisien, qui a coutume de traiter avec le plus souverain mépris les langues étrangères, est généralement, au premier abord, très choqué d'entendre parler le basque. Il ne manque pas de trouver ce langage fort laid et très désagréable. Mais, dès qu'il a surmonté cette première répugnance que rien ne justifie, car il l'éprouve instinctivement pour toutes les langues qu'il entend parier pour la première fois, force lui est de convenir que les sons» du basque n'ont rien de désagréable, rien de pénible à l'oreille ; que, par exemple dans la bouche des femmes, l'espagnol peut devenir bien autrement dur; enfin, qu'eu général il lui est assez facile de répéter, d'une manière suffisante pour être compris, la plupart des mots et des phrases que son hôte s'empresse de lui apprendre. La prononciation de l'allemami et surtout de l'anglais offïe do tout autres difficultés.

Il y a longtemps que ce fait a été mis en évidence, et le grand Scaliger, il y a plus de trois siècles, le reconnais-

sait en ces termes : « Ce dialecte n'a rien de barbare, de sifflant ou d'aspiré. Tlla diaîectus nihil larhari, aut striâoris, aut anhelitus habet, »

Pour donner une idée de la nature de cette langue remarquable, nous allons essayer d'esquisser d'une façon très générale les principaux faits de sa grammaire.

Disons tout d'abord que le nom original et propre de cette langue est le mot escnara, dont la signification précise n'est point encore fixée ; l'hypothèse la plus probable toutefois est celle qui traduit escuara par ce manière de parler », c'est-à-dire « langage ». Une autre forme d'e«ciuira est euscara, d'où l'on a fait l'adjectif français euscarien qui est employé comme synonyme de basque.

Les linguistes modernes ont simplifié l'étude de la grammaire par une classification rigoureuse des éléments du langage ; il suffit aujourd'hui, pour connaître suffisamment le caractère d'un idiome, d'avoir déterminé d'une part les sons qu'il emploie, et de l'autre la manière dont il décline, conjugue et combine les diverses espèces de mots.

Les sons qui constituent l'alphabet basque ne sont pas plus difficiles à bien prononcer que ceux des alphabets français, espagnol ou allemand.

Quant à la déclinaison, il est on ne peut plus aisé de s'en rendre compte, car elle ressemble absolument à la déclinaison de notre langue. Elle est composée, comme la nôtre, d'une préposition et d'un nom ou d'une préposition, d'un article et d'un nom ; seulement l'ordre est inverse : au lieu de prépositions, le basque emploie des post-positions, c'est-à-dire que là où nous disons, nous : «jusque

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ehez moi, àé fsmme, des (de ks) hommôs », il dira, lui : « moi ehez jusque t me-gana-^ftUno, « femme de n emeusU" rerij « homme-rles-de » gizon-ak-en. Il oonyient dé rappeler que ce n'est point là un pfoeédé bien rare, car, en Europe, le suédoiâ, le danois et le roumain placent également Tarticle après le Bom qu'il détermine.

L'êuscafiin'a, pas de duel; il n'a que deux nombres, le singulier et le pluriel dont le signe est k. Ajoutons qu'il ne coifinaît pas la distinction des genres ; telle est la raison pour laquelle un basque parlant français dira â:'équemment « ce fefiàme, il est. beau; cette garçon, il est méchante f>4

Mais c'est le verbe basque qui a le plus surpris les éii*angers. Rien de moins original, nous youlons dire rien de tnoinsr spécial pourtant, que le sjstétne du yerbe basque et rien de plus aisé que de concevoir la formation de ce vaste échafatidage et de s'en faire une idée : un tableau et quelques accolades suffisent pour donner la clef de cette gigantesque dérivation.

En son état actuel, le verbe basqUe est formé d'un nom décliné et de deux auxiliaires, avoir et être, « Je viens » se rend par <;< je suis en action de venir » ethortzen niz, et « vous mangerez » par « vous avez à manger » yamn ou yango âusu. Cette combinaison a un avantage : en joignant au iûéme nom verbal les deux auxiliaires, on obtient deut manièl:*e8 différentes d'exprimer une même adUon^ eette action^ en effet, peut être faite ou soufferte : c'ê^t de qu'on nomme des voéx ; « je suis dans cette chose qu'oti appelle éclairer », c'est*^à-dire « j'éclaire, je suis luitiineux », verbe neutre, voix moyenne et intransitive ;

ne s*aimaient point : en 1200, un parti de Basques pénétra dans la yille et imposa aux autorités municipales la reconnaissance d*un évéque dont elles ne Toulaient pas. U oonvient de rappeler aussi les ardentes querelles entre les Navarrais et les Guîpuzcoans, au xiv« siècle; ces derniers battirent leurs adversaires, en 1^21, dans le combat, qui est demeuré célèbre, de Beotibar. Il j a même eu des guerres civiles dans les provinces, témoin, au xviP siècle, la grande querelle des êdbélchuri et des eabelgarri a ventrss blancs » ou « ventres rouges », ainsi nommés de la couleur de leurs ceintures; partisans, les premiers du seigneur de Urtubie et les seconds du seigneur de Saint- Pée-sur-Nivelle , ils menacèrent d'ensanglanter tout le Labourd.

Après la réunion de la Navarre au royaume « des Espagnes », le roi se faisait représenter à Pampelune par un vice-roi qui était le chef du gouvernement local et distinct de cette <c nation ». Ce fut seulement en 1812, lors de l'usurpation napoléonienne, que la Navarre se fit représenter aux Certes générales du royaume pour la première fois, aux célèbres Certes de Cadix. J^a Biscaye était considérée aussi, en 1491, comme une « nation séparée » et, en 1506, on ne voulut pas admettre ses députés aux Certes de Bui^os, sous le prétexte que c'étaient « des étrangers ».

Le Labourd avait été attaché depuis longtemps à l'Aquitaine et, comme elle, il a été régi par la couronne d'Angleterre, de Louis le Jeune à Charles VII ; les velléités particularistes y ont toiyours été moins fortes qu'ailleurs. A la Révolution, ses députés prirent une part fort active

aux travaux de TAssemblée nationale. La Basse-Navarre et la Soûle appartenaient au roi de France depuis 1513, quand Ferdinand-le^Catholique eut consommé la spoliation du royaume pyrénéen. La Biscaye s'était annexée à l'Espagne par un traité daté du 21 juin 1356, après la mort de son seigpeur, don Tello, époux de Jeanne de Lara ; en 880, Alphonse de Léon avait tenté de s'emparer de la « seigneurie y>, mais Lope Zuria, à la tête des Biscayens^ l'avait battu à Arrigorriaga. Les hermandades de Guipuz*^ £Oja s'unirent successivement à, la Navarre (1027), à la Castille (1076), à la Navarre de nouveau (1127), et définitivement à la CadtiUe (1200) ; smôs, le 9 mars 1482, la junte d'Uâa^ragpa sigoiait av.ee TAngleterre un traité par lequel la{^oyince s'engageait à garder la neutralité en cas de gu^re entre l'Angleterre et l'Espagne. L'Alava était «os^la propriété d'une « confrérie » de nobles, d'eccléaiasti^ued ret de dambes qiai «e jaunissaient tous les ans, le^ 24 juin, à Arria^a; éUe ^aijb sftn «chef, qui commandait à tout le pays^ m»is le pouvoir aupréme n'était point héréditaire en Alanra, à l'inverse de ce qui se passait dans les autres provinces ; les rois de Navarre furent souvent élus seigneurs d'Alava; mais, en 1076, la province s*unissait à la Castille, pour s'en séparer bientôt «lo^ès ; elle s'y réunit de nouveau en 1200, mais ce fut seufc^ment ea 1332 que la confrérie d'Arriaga céda tous ses ùtoiàs âii m de Castille, par un traité formel en vingttrois articles.

En vertu de ces conventions les rois de Navarre, dans leur royaume, et, plus tard, pour les trois autres provinces basques, les rois d'Espagne, devaient, à leur avènement au

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trône, confir^pier solennellement les fueros des provinces et en jurer le maintien. On montre encore, à Roncevaux, l'exemplaire des « Evangiles » sur lequel les rois de Navarre prêtaient jadis ce serment. En Biscaye, cette solennité devait s'accomplir sous Tarbre de Guernica. Pendant l'insurrection de 1873-1876, don Carlos le jeune s'est donné la fantaisie de renouveler cette antique cérémonie. Elle aura été célébrée ainsi pour la dernière fois, car le gouvernement de Madrid a, en fait sinon en droit, supprimé, en 1876, les privilèges de TAlava, de Guipuzcoa et de la Biscaye, comme en 1839, après la première insurrection carliste, on avait supprimé ceux de la Navarre. Désormais, le pays basque espagnol ue différera pas du reste de la Péninsule ; et les fueros, où rien ne répond aux besoins des . générations actuelles, où rien n'est conforme aux principes du droit social moderne, iront bientôt rejoindre ces institutions du passé, qu'on salue avec respect parce qu'elles étaient, à leur époque, d'utiles instruments de progrès et de liberté, mais dont le maintien ou la résurrection seraient absolunaent regrettables, parce qu'elles embarrasseraient sans profit la marche en avant d'un généreux •peuple.

Les fueros ont évidemment, dans une certaine mesure, préparé les Basques au régime libéral ; mais, d'autre part, ils ont entretenu dans le pays un esprit que nous appelons généralement en France l'esprit clérical et ultramontain. Un ancien député républicain espagnol, fédéraliste pourtant, comparait le gouvernement des provinces basques à « une oligarchie de caciques que les prêtres mènent par le bout du nez ». Il est certain que les soulè-

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vem^ts de 1833 et de 1874 ont eu lieu, nqfk ^ulemeat aux eris de c< vivent les fueros ! » mais aussi ^ux ^erîi de u vive la religion I v En 1790, la plupart des prêtres du pajs basque français se refusèrent à prêter le serment civique ; beaucoup passèrent en Espagne et denAourèrent sur la frontière, préchant à leurs paroissiens le mépris des autorités nationales et la désobéissance aux lois« Biea peu de communes basques, en effet, étaient républicaines ; -les représentants du peuple en mission dans le département essayèrent d'empêcher les émigrations en m&ss0, les défSi^tions de conscrits, les résistances passives, mais ib ii*obtinrent que de médiocres résultats.

Lorsque T armée des Pyrénées etccidentales « campée depuis Saint-Jean de Luz jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Pwrt, eut battu les Espagnols et les émigrés qui s'étaient joints à eux; lorsqu'au mois de juillet 1794, les colonnes républicaines se furent emparées de Valcarlos, du Baztan, de Vera, du mont Saint-Martial et de Fontarabie^ Saint-Sébastien leur ouvrit ses portes avec empressement. Les. Guipuzcoans accueillirent fort amicalement les Français et peut-être, dit avec raison un jeune historien, M. Ducéré, de Bajonne, rêvèrent-ils la constitution d'une République basque autonome sous le protectorat de la France. Mais le bon accord ne dura pas longtemps \ les uns et les autres n'entendaient point la liberté de la mtéme manière : il j eut d'ailleurs, parait- il, des excès et des injustices de la part des vainqueurs : on cassa les y^^;^^^ on emprisonna les prêtres, on chassa les religieuses.

Llnvasion napoléonienne acheva de rattacher les Guipuzcoans à l'Espagne. Les Français étaient exécrés lors-

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qu'en 1813 r«rmée aiaglo-portiigaise de W^ington vint mettre le siège devant Saint-Sébastien, où le général Bej l&t une admirable défense. La vOle prise d'assaut, les troupes ô^a&ealses se retirèreat damila eitad^le et les habitants se précipitèrent avec joie au devant de leurs lib^^teurs, dont l'impartiale histoire ne saurait trop Aétrîr la conduite. La soldatesque anglaise, désobéissant à ses chefs ou peut-être abandonnée par eux à ses plus mauvais instincts, brûla, pilla, massacra, viola tout dans la malheureuse cité. Le 31 août 1813, Saint-Sébastien n'existait pour ainsi dire plus ; les touristes, qui visitent aujourd'hui cette charmante ville, traversent sans y songer le vieux quartier, où toutes les rues sont tirées au cordeau : ce vieux quartier date de 1814 ! A Tangle de la caïle del Pozo et de la calU San Jeronimo, on peut lire l'inscription suivante, en espagnol : « Le 31 août 1813, les alliés prennent d'as- 5) saut cette citéj occupée par l'armée de l'invasion, la » brûlent, la pillent et assassinent un grand nombre de ses M habitants. »

Devant la plaque de marbre où est inscrite cette accusation formelle, un Français s'indignait, à côté de moi, de l'épithète donnée à l'armée française. Je n'ai pu partager son indignation ; le mot est juste, puisque le fait est vrai. Je n'ai pas été plus scandalisé à Madrid, devant le monument célèbre du 2 mai 1808 ; j'ai même regretté qu'on ait efiacé, sur la porte de Tolède, Tinscription latine où il était question de a Napoléon, tyran des Gaulois » ; mon amour-propre national n'était nullement choqué de ces appréciations ou de ces accusations, et je me rappelais ces deux belles phrases d'un écrivain moderne : « Soyons

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