S6 LES BASQUES
mœurs. A mon avis du moins, ni les Turdétans qui, selon Strabon, savaient écrire et conservaient des poèmes vieux de six mille ans ; ni les Calagurritains ; ni les Celtibères, n'étaient Basques. En faut-il dire autant des peuples placés par les géographes et les historiens classiques vers les Pyrénées mêmes, les Cantabres, les Vascons, les Vaccéens, les Callaïques, les Astures, les Boiates, et d'autres encore? Je ne saurais l'affirmer, mais les éléments d'identification manqueront toujours ; et je préfère, pour ma part, voir dans les Basques une tribu peu nombreuse, réfugiée depuis des siècles dans un coin des montagnes franco-espagnoles, sans civilisation, sans histoire, antérieure aux grands mouvements de migration qui paraissent avoir suivi la dernière période, glaciaire, quelque vingt mille ans peut-être avant l'ère chrétienne. Spécimen oublié de ces races incultes, dernier représentant de ces êtres à peine hommes qui chassaient le renne et l'ours des cavernes (dont on a, paraît-il, trouvé des ossements fossiles dans les grottes de Sare), restes inconnus des Troglodytes de l'âge de pierre, les Basques, immobiles, immuables et insouciants, auront vu passer à leurs pieds les Celtes, les Ibères, les Romains, les Carthaginois peut-être, à coup sûr les Arabes, les Goths, les Francs, les Normands même, jusqu'au jour où, cédant eux-mêmes à la loi fatale du progrès, débordant de leurs retraites, ils se sont mêlés à la grande civilisation latine qui les emporte désormais dans son incessante et implacable évolution.
Inconnus, ai-je dit, pas tout à fait sans doute, car, si la faim chasse le loup du bois, la nécessité dut plus d'une fois pousser les Basques à descendre de lours montagnes
pour attaquer les campements ou les villes de la plaine ; et plus d'une fois aussi, pour protéger leurs colonies, les Romains durent envoyer des soldats dans les repaires de ces incorrigibles sauvages. Traquées, affamées, cernées, des bandes entières durent plus d'une fois être prises, emportées au sens littéral du mot, et établies de force loin de leur pays d'origine. C est ainsi que Pompée, à ce que racontent saint Jérôme et Isidore de Séville, enleva des Vascons et en forma une colonie qui est devenue Saint-Bertrand de Comminges. D'autres colonies ont pu être ainsi formées et par là s'expliquerait la présence, dans le midi de la Gaule et en Espagne, de villes anciennes dont le nom semble appartenir à la langue basque * .
Estr-il nécessaire, dans cette hypothèse, de parler des luttes que soutinrent les habitants du pays basque actuel contre les Romains vraisemblablement, contre les Goths et les Francs très certainement ? Je ne crois pas inutile de dire quelques mots au moins de ce qui se passa sous les Goths et sous les Francs mérovingiens, d'après les chroniqueurs du temps, Grégoire de Tours, Frédégaire, Isidore, et autres ; il y a là des faits offrant quelque intérêt pour l'histoire de notre patrio.
Clovis s'empara de l'Aquitaine et par suite de toute la Gascogne et du pays basque actuel, à la mort d'Alaric, en
^ Je suis extiêmcment sceptique à Têtard des étymologies et des identifications de localités auciennes. 11 ne me répugnerait pourtant pas de 'voir le nom moderne Oihar%un ou Oyarzun dans 1 Oiasân de Strabon, VŒaso de Mêla, et VOÎarso de Pline, qui aurait occupé l'emplacement actuel de Saint* Sébastien ou du Passage ; un village da nom d'Oyarzun existe encore à 8 ou 10 kilomètres de là.
Tan 502 de notre ère. Mais, vers l'an 5*73, sous le règne de Clotaire II encore enfant, des bandes pillardes, venant d'Espagne, passèrent les Pyrénées, ravagèrent les champs et les vignes, s'emparèrent des troupeaux ; en vain le duc Austrovald tenta de les arrêter, leurs incursions recommencèrent de plus belle et s'étendirent de plus en plus. En 602, Théodebert et Théodoric envoyèrent une armée contre eux, les battirent, leur imposèrent un tribut et leur donnèrent pour chef un nommé Genialis. La leçon n'avait sans doute pas suffi, car en 636, Dagobert dut envoyer du fond de la Bourgogne une armée qui occupa tout le pays, a Quand ils virent », dit Frédégaire, « dès le commencement de la bataille qu'ils allaient être battus, ils tournèrent le dos suivant leur habitude lorsqu'ils n'étaient pas les plus forts, et se réfugièrent dans les gorges et les rochers des Pyrénées. » Mais les soldats les poursuivent, les tuent, les prennent, « brûlent leurs maisons et les dépouillent de tout ce qu'ils ont ». Ils firent leur soumission et demandèrent la paix. L'armée s'en revint fort heureusement, quoique dans la vallée Subola (ou Eohoîa), le duc Arembert (ou Harimbert) fut massacré avec ses principaux compagnons « par suite d'une négligence ».
L*année suivante, les vaincus, que tous les historiens appellent Vascons, envoyèrent, sous le commandement d'un nommé Aiginan (ou Amand), une véritable ambassade à Dagobert, alors à Clichy, pour lui promettre obéissance. Nous voyons pourtant qu'en 742 ils se révoltèrent encore et ne furent domptés qu'en 745.
Us n'avaient pas été plus sages de Tautre côté des Pyrénées. Eif^lO, le roi wisigoih Gundemar leur avait in-
fligé une première leçon ; mais en 672, Wamba envahit leur pays, le ravagea, brûla leurs maisons, et les pourchassa tellement que, « déposant la férocité de leurs âmes », ils donnèrent des otages et implorèrent la paix.
S'agit-il ici des Basques ou d'un autre peuple ? Quoi qu'il en soit, Tinvasion musulmane passa à travers leurs montagnes sans y laisser la moindre trace ou le moindre souvenir. Leurs habitudes n'avaient point changé, puisque moins d'un siècle après, quand Charlemagne revint de son expédition contre Marsile, ils laissèrent passer le gros de l'armée, fondirent sur l'arrière -garde et tuèrent le fameux Roland. C'est à Roncevaux qu'aurait eu lieu cette affaire : ceux qui en doutent n'ont qu'à aller visiter le couvent qui y existe encore et les bâtiments qui l'entourent. Ds y verront, soigneusement conservées, les masses d'armes d'Olivier et de Roland et les pantoufles de l'arohevêque Turpin; ils y pourront voir aussi d'autres reliques, non moins authentiques et tout aussi précieuses, un doigt do sainte Anne, deux épines de la couronne de Jésus-Christ, du propre sang du même Jésus-Christ, enfin du lait de la Sainte- Vierge.
Nous sommes encore dans la période incertaine de l'histoire du pays. Les. divers noms des provinces basques dont les limites ont d'ailleurs varié, au moins quant à la Biscaye, ne donnent aucune indication sur l'époque où ces divisions ont été établies.
Les noms de Navarre, d'Alava, de Biscaye, de Guipuzcoa, n'apparaissent pas avant le dixième ou le onzième siècle. Que signifient-ils? Je ne puis le dire. On a voulu expliquer « Navarre » par le basÇue Naharra, Gnabarra,
Rcliquei bistohqaM coutervées ù Roncerau
« bigarré, chatoyant », par allusion à la diversité de nature de son sol, mais cela n'est pas sérieux. Encore moins admissible est l'explication d' « Alava » par Alàba « fille », sous le fallacieux prétexte que cette province est la fille des autres, a été peuplée par le Guipuzcoa et la Biscaye. « Guipuzcoa », où Vu ne figure que pour rendre le g dur, s'écrivait naguère par i sans^ initial, ce qui est peut-être l'indice d'une aspiration ancienne ; quoi qu'il en soit, un ' fantaisiste du commencement de ce siècle y voyait le sens de Qvriz-push-ko àk, a nous, ceux dont la parole a été brisée », c'est-à-dire « nous, dont le langage a été détruit et confondu, nous qui étions dans la tour de Babel ; » de là à supposer, avec l'abbé Diharce de Bidassouet que le père éternel parlait basque, il n'y a qu'un pas ; d'autres lisaient egui puiztta « puits de vérité », ce qui est très joli, mais peu clair. Il a été proposé pour « Biscaye » une étymologie plus extravagante encore ; un honnête Espagnol, partant du mot Bizcaino « biscayen » , assure que ce nom a dû être donné aux habitants du pays par Auguste qui, irrité de leur résistance inflexible, les traitait de « deux fois Caïns », Us Gaines.
Quant à la Basse-Navarre, faut-il en faire « la partie basse de la Navarre », ce qui n'est peut-être pas topographiquement très exact, ou dans le qualificatif « basse » faut-il plutôt voir le basque tasOf hasa, bas « sauvage, forestier, montagneux? » Les lecteurs apprécieront. Le nom de la Soûle, en latin Subola, Soïa, en basque Zuberoa, qui est beaucoup plus ancien, n'est pas mieux expliqué.
L'appellation « Labourd » est encore plus sûrement ancienne et authentique. Bayonne, Boiiis, Boiatum ou Boe-
42 LES 6ÂSQUË3
tum dvitas, paraît avoir porté le nom de « Lapurdum ». La notice des dignités civiles et militaires de Tempire d'Occident dit qu'il y avait un tribun de la cohorte novempulanienne en résidence à Lapurdum (vers 400 ap. J.-C). Sidoine Apollinaire (vers 450) parle avec éloges des langoustes de Bayonne ou du Labourd, IocusUb lapwdenses. Dans lé traité d'Andlau (588), la part de Childebert comprend deux portions de « Lapurdo ». Mais quel est le sens de ce mot ? On y a vu la terminative di « pays, région, enclos, demeure » et îapur a voleur » ; ce serait quelque chose comme « pays de voleurs, de pillards » ; mais il parait bien diffîcile d'admettre que des gens s*appellent eux-mêmes « voleurs ». Il est vrai que les Basques pourraient avoir appelé le pays ainsi à cause des habitudes de ceux qui les y avaient précédés. Mais Toi'thographe îau-urdi, adoptée par un écrivain basque de 1718, suggère une étymologie plus admissible peut-être ; îau-urdi, qui aurait très bien pu devenir Idburdi, puis lapurdi, signifierait « pays des quatre eaux, des quatre fleuves (Bidassoa, Nivelle, Nive et Bidouze) ». Quant à la capitale Bayonne, on y a vu Ibai-on « bonne rivière », comme dans Baigorry on voit Ibaigorri « rivière rouge, c'est-à-dire dont les eaux sont colorées en rouge » par l'oxyde de fer gi abondant dans les roches qu'elle traverse.
Faire l'histoire des Basques ou de leur pays, dans le sens ordinaire de ce mot « histoire », serait donc une entreprise extrêmement difficile. Après avoir indiqué les incursions des Normands qui, dit-on, s'avancèrent jusqu'en Bigorre où ils détruisirent les thermes et les piscines romaines» considérerons-nous comme faits historiques intë-
ressaut le Labourd les voyages dans ce pays, pour ne parler que des rois de France, de François P*", de Charles IX et de Louis XIV? On sait que le grand Roi épousa Tinfante Marie-Thérèse, à Saint-Jean-de-Luz, le 9 juin 1660 : la grande porte de Téglise fut murée le lendemain ; elle a été tout récemment restaurée. Faut-il parler de Tile des Faisans ou de la Conférence ? Faut-il rappeler la prise de Bayonne par Alphonse le Batailleur, roi de Navarre, en 1168 ; les sièges avortés mis devant cette ville par Henri de Transtamare en 13*74 et trois ans après par les troupes castillanes ; sa capitulation signée le 15 août 1451 par son commandant et qui termina la conquête de T Aquitaine par les soldats du roi de France ? Faut- il raconter la tragicomédie de l'abdication de Charles IV, père de Ferdinand VII, entre les mains de Napoléon, au château de MarraCy à la porte de Bayonne ? Mais il n'y a là vraiment rien qui intéresse spécialement les Basques.
Au surplus, Thistoire des sept provinces basques ne commence réellement qu'au huitième ou au neuvième siècle, c'est-à-dire après l'invasion musulmane de TEspagne. La domination des Sarrazins ne dut jamais être solidement établie dans ces régions montagneuses, d'accès difficile, peuplées de gens pauvres et demi-sauvages. Aussi est-ce là que se réfugièrent les chrétiens indépendants, les débris des armées nationales, les descendants des seigneurs goths, et c'est de là que partirent les premiers appels de guerre, c'est là que s'organisèrent les premiers essais de résistance, c'est là que se prépara ce qu'on appelle la « reconquête ». On ne voit pas bien quel rôle jouèrent les Basques dans ce mouvement, car leur trace ne s'y retrouve
nulle part : tout y est chrétien et surtout espagnol, c'est-àdire gothico-romain.
Les peuplades qui habitaient alors les provinces septentrionales de l'Espagne, et qui étaient restées indépendantes, avaient en commun la haine des conquérants orientaux ; peu à peu et sous la direction de chefs habiles et entreprenants, ces a rebelles » se groupèrent, s'organisèrent, et formèrent vraisemblablement un grand nombre de républiques ou d'états fédératifs d'où sortirent bientôt les royaumes des Asturies à l'Ouest, et de Sobrarve, puis de Navarre et d'Aragon, à l'Est. Le premier roi de Sobrarve, contemporain de Pelage, fut*, parait-il, vers l'an 724, un certain Xavier Ximenès. La Biscaye forma de même une « seigneurie » soumise à un certain Ozmin! L'Alava, plus avancé dans le territoire soumis aux Maures, constituait une Behefria : le sens exaét de ce mot n'est pas connu, mais le gouvernement de la province était essentiellement oligarchique. Le Guipuzcoa et le Labourd ne semblent pas s'être élevés jusqu'à former des états distincts ; ils comprenaient seulement de nombreuses confédérations territoriales désignées sous le nom espagnol de ffermandadês (fraternités) : ce mot se retrouve sous la forme gasconne Armantat dans un document du temps de Henri IV d'Angleterre où il est parlé de la condition originelle des habitants du Labourd. La Soûle et la Basse-Navarre dépendaient du royaume de Navarre et en ont longtemps suivi le sort : elles comprenaient un certain nombre de vicomtes vassales; celle de Soûle eut la plus longue durée. Le Labourd forma également une vicomte vassale des ducs de Vasconie, puis d'Aquitaine; en 11*7*7, Bayonne, devenue prévôté royale.
cessa d'appartenir au vicomte qui transféra sa résidence à Uataritz où le remplaça plus tard un bailli royal.
Je ne saurais raconter ici les péripéties successives de la lutte entreprise contre les Sarrazins par les Navarrais et les Basques ; je rappellerai seulement qu'en 921 à Val-de- Funquera, à plus de vingt kilomètres au S.-E. de Pampelune, l'ariùée chrétienne fut écrasée par les troupes d'Abderrahman, Khalife de Cordoue, qui emmena en captivité Hermoygius, évéqué de Tuyd. L'évêque obtint sa liberté quelque temps plus tard, mais il dut laisser en otage son neveu Pelage que le Khalife fit mettre à mort le 9 juin 925. La ville de Saint-Palais tire son nom, affirme-t-on, de celui du jeune .martyr. En revanche, le 16 juillet 1212, les rois de Navarre, d'Aragon et de Castille coalisés battirent à plate couture les musulmans dans la plaine connue sous le nom de Las Navas de Tolosa, à 48 kil. au nord de Jaen en Andalousie. A cette bataille avaient pris part des Biscayens commandés par un certain Diego de Haro. Les chaînes qui entouraient la tente du Khalife furent emportées comme trophées de guerre par le roi de Navarre, Sanche le Fort ; il en distribua des morceaux aux églises de Pampelune, d'Irache, de Tudela et de Roncevaux où elles se voient encore. C'est depuis lors que, sur Fécu de Navarre, figurent les fameuses « chaînes ».
Mais pour en revenir aux Basques et aux chrétiens du Nord, le principe fondamental de ces constitutions d'États, celui qui domine toute l'histoire civile et politique de l'Espagne, c'est l'indépendance pendant l'invasion sarrazine et la part prise à la guerre de reconquête. Par là s'expliquent les différences de condition des divers habitants
46 LES BASQTJES
des provinces. En Castille, en Léon, le roi est le seul maîire souverain et propriétaire du sol ; en Navarre, il le partageait, au fur et à mesure, avec ceux qui Taidaient à en chasser les infidèles : ceux là seuls parmi les Navarrais étaient nobles qui descendaient des i^^c(Wt^^^ Chevaliers on Gentilshommes Linagers, qui avaient pris part à la guerre ; mais, entre eux et les vilains, il y avait une catégorie sociale intermédiaire, les Infançons, dont les ancêtres avaient été les commandants des contingents d'infanterie recrutés parmi les roturiers. En Alava, il y avait des nobles et des roturiers ; mais en Biscaye et en Guipuzeoa, et même en Labourd, où il n*y a pas eu de reconquête, tous les habitants sont nobles parce qu'ils n'ont jamais été sujets des Sarrazins et n'ont jamais cessé de pratiquer le christianisme. Seulement les Guipuzcoans, les Biscayens et les Labourdins, n'étant nobles que de « terre » et non « de sang », cédaient le pas aux nobles Alavais ou Navarrais qui marchaient sur le même rang que les Hidalgos [Hijos de algo « fils de quelque chose ») de Castille. Ceux-ci étaient devenus propriétaires de terrains conquis qu'ils peuplaient de leurs serfs ou de leurs soldats et faisaient cultiver par eux; ceux-là avaient tous conservé leurs domaines héréditaires. Mais les Labourdins et les autres Basques prenaient toujours le pas sur les gens des communes étrangères ; dans les négociations engagées en 1695 avec le Guipuzeoa et la Biscaye pour la conclusion d'un traité de commerce, les députés du Labourd réclamèrent la préséance sur ceux de Bayonne.
En Navarre, les rois se dépouillèrent parfois d'une portion de leur part territoriale au profit des églises, des cou-
vents ou dea communes, c'est-à-dire des groupes locaux de roturiers, sur lesquels ils voulaient s'appuyer pour tenir les nobles en respect. Par là s'expliquent les diversités du droit municipal ancien dans le pays basque.
Le droit civil n'y était naturellement pas plus uniforme. Il résultait d'uiie multitude de lois, de coutumes non écrites, qu'on appelait observances et où les souvenirs du droit romain ou du droit gothique se mêlaient à des conventions plus récentes. Ces observances prirent corps dans les fmros (en français, /î>rs)^ qui furent plus tard écrites et qui ont eux-mêmes varié à travers les âges. Chaque province avait son fwro ou for général, mais, en outre, chaque région chaque vallée, chaque village avait le sien propre qui provenait soit d'une convention municipale soit d'une « lettre de repeuplement », caria depohîacion. On appelait ainsi un acte par lequel le souverain, pour encourager l'immigration des étrangers dans ses états presque déserts, autorisait la création d'un nouveau centre d'habitation en accordant à ses fondateurs et à leurs descendants à perpétuité des faveurs exceptionnelles et des immunités particulières.
Les franchises, les privilèges, résultant àesfueros généraux, avaient pour origine les premières associations territoriales de chrétiens en vue de la guerre à outrance contre les Maures. Lprsque ces croisés, si l'expression n'est pas trop hardie, se réunirent sous l'autorité d'un chef commun élu par eux, roi, comte ou simplement seigneur, ils lui imposèrent certaines conditions relatives surtout à la possession des terres reconquises. Toutes les provinces du nord de l'Espagne avaient ées/ueroB de cette nature.
l'Aragon, la Castille, la Catalogne, entre autres ; on sait que Charles-Quint, pour avoir violé losfueros, vit se soulever contre lui les communeros commandés par Padilla : il les écrasa à Villalar en 1521 et c'en fut fait de l'indépendance des communes espagnoles.
Le mot fiiero oufm', qui a proprement lé sens de « code, loi, charte constitutionnelle » , est généralement interprété par a franchises, privilèges ». C'est ce que pensaient du moins les Basques, lorsque, soulevés par les carlistes, ils prenaient les armes en 1833 et en IS^S, aux cris de :' « vivent les fueros ! » Ce qui leur importait, en effet, ce n'était pas tel ou tel détail du droit civil ou criminel, mais les grandes franchises qui assuraient à leurs provinces une véritable autonomie.
Ces franchises consistaient surtout dans Texemptioa plus ou moins absolue du service militaire, la liberté commerciale, principalement en ce qui concernait le tabac et le sel, le paiement d'un impôt unique en bloc, l'administration par les juntes provinciales et par des fonctionnaires nés dans le pays.
D'après les fmros écrits ou traditionnels^ l'accès du territoire basque est interdit aux troupes régulières, et les gens du pays ne doivent le service militaire qu'en temps de guerre, parce que c'est alors une des obligations de la noblesse, mais à certaines conditions. Ainsi, les contingents biscayens ne devaient pas être conduits au-delà d'un certain arbre appelé MaJato, près de Luyando, à cinq lieues au sud de Bilbao, si ce n'est de leur plein gré et avec solde. En Guipuzcoa, la durée du service est volontaire, mais il faut pour la mobilisation un appel du r-oi et
un ordre de la junte : entre autres soldats guipuzcoans devenus célèbres, on cite Jean d'Urbieta, natif de Hernani, qui eut Thonneur de faire prisonnier François P'' à Pavie. Suivant les ftieros, privilèges et traités de l'AIava, les recrues levées en masse doivent être payées ; elles ne doivent pas être assujetties à un service de garnison ; les Hidalgos ne peuvent être versés que dans les corps de cavalerie. Les Guipuzcoans et les Biscayens devaient cependant à l'Etat, en tout temps, le service de mer, mais les listes des classes étaient dressées par les fonctionnaires provinciaux, et les marins basques n'étaient pas soumis à l'inscription maritime. Les Labourdins fournissaient volontairement de nombreuses recpues à la marine royale française ; une milice nationale de mille hommes, dont les officiers étaient nommés par les abhès, c'est-à-dire par les maires des paroisses, était exclusivement chargée degarder et de surveiller les frontières; en 1311, les Labourdins prétendaient qu'ils devaient au roi le service militaire gratuit seulement en temps de guerre et jusqu'au port de Caulas(?)-sur-Garonne ; au-delà, ils avaient droit à une solde et ne pouvaient être retenus plus de quarante jours.
Sous le régime forai, les provinces ne devaient au pouvoir central ou nominal qu'un impôt en bloc, qu'un tribut annuel, fixé une fois pour toutes, et dont les députés décidaient la répartition par villages et par feux. Les Assemblées représentatives pouvaient d'ailleurs lever toutes sortes d'impôts dans l'intérêt du pays, mais les fonds ne devaient être employés que sur place. Les juntes avaient en outre le droit — et on le leur a souvent fait faire
— d'offrir au souyerain telle ou telle somme à tiife de don personnel et gracieux. Le tribut du Guipuzcoa était en 1509 de 1,245,925 maravédis ; jusqu'à œs dernières années, la Biscaye et l'Alava ne payaient annuellement au trésor que onze mille francs chacune. En 1764, le Labourd payait au roi de France une capitation de 13,140 livres, dont 640 représentaient le contingent de la noblesse : le pays avait toujours été très pauvre, car, au treizième siècle, nous voyons les principaux seigneurs emprunter de l'argent à la cathédrale de Bayonne à laquelle ils déléguaient, pour gage, les dîmes que leur devaient certaines paroisses. En Basse-Navarre, l'impôt était variable et se payait, par moitié, en deux termes ; la répartition était minutieusement réglée par dixièmes, quarts, trente-troisièmes, mais les maisons nobles et infançonnes « remissionnées » ne payaient aucune taxe.
L'administration des provinces était confiée en général à des Députés généraux en nombre variable, nonmiés par les juntes ; à côté des députés figurait un fonctionnaire spécial, le corrégidor qui était le représentant du roi et qui servait pour ainsi dire d'intermédiaire entre le pouvoir central et le gouvernement local. Le corrégidor transmettait les décrets et décisions de l'autorité supérieure de Madrid, qui ne devenaient exécutoires qu'après examen par les représentants du pays ; cette formalité était appelée poMé faràl. Dans les provinces françaises, un syncUe remplissait les fonctions exercées de l'autre côté des monts par les députés-généraux, et le hcdUi royal correspondait au carrègidcr.
Les assemblées, ou, comme on dit en Espagne^ le^juntei,
LE PATS BASCfUE 51
se réunissaient d'ordinaire chaque année à des époques fixes, avec un cérémonial minutieusement réglé et traditionnellement suiyi dans ses détails les plus puérils, dans des endroits désignés d'avance, palais spéciaux, églises, places publiques ; et même, en Biscaye, sous un arbre, le fameux chêne de Guernica. Les députés étaient élus par un corps électoral censitaire ; la représentation n'était pas proportionnelle, mais le vote des représentants Tétait : en Alava, par exemple, les députés d'un même district, quel que fût leur nombre, n'avaient qu'une voix ; en Guipuzcoa, au contraire, chaque député prenait part au vote, mais sa voix comptait en raison du nombre de maisons ou plutôt de (( feux » de sa circonscription électorale : le total des suffrages s'élevait en 1861 à 2440 1/2, et la voix du député de Saint-Sébastien comptait pour 245, celle du député de Hernani pour 35 1/31 et ainsi de suite. En Navarre, et par suite en Basse-Navarre et en Soûle, il y avait de véritables Cortès (proprement « cours plénières ») divisées en trois lyras ou ordres (noblesse, clergé et tiers-état) : en Basse-Navarre le clergé avait six représentants, et' le tiers vingt^six ; la noblesse avait un nombre de députés variable, mais on comptait 142 maisons nobles ou infançonâes pouvant être représentées ; on votait par ordre : dans des cas particuliers, on pouvait convoquer xme jointe extraordinaire. L'assemblée générale du Labourd portait le nom basque de Bilçar ; elle se composait des maires des trentetrois paroisses qui constituaient le pays ; la réunion ,'prési-. dée par le bailli royal, se tenait dans le petit bois de Capito-harri « pierre du chapitre », tout près de la ville d'Ustaritz où sont conservés les registres contenant les
' y ('^^ français) de ces délibérations.
\g,yee^^^ ^aux se réunissaient de même parfois '" coB^^ ^d^po^^ ^o^s ; mais le plus souvent Tasjj lal^^' git; au sortir de la messe, sous le porelie sàpi^^ ,^ y^ des églises, au-dessous du clocher par ïarg^ ^ ^ Ces réunions dans les églises, ces noms ecclé- ^ \.a de « chapitres » et d' « abbés », donnés aux a>liées communales et aux maires, étaient ordinaires jg Gascogne. Ils remontaient aux temps troublés où ., pjpire romain s'effondra : les évêques centralisèrent tous les pouvoirs et par une confusion logique les seigneurs locaux s'attribuèrent des fonctions religieuses, ils s'appelèrent adbés (en gascon adbat, en basque aphez, auzaphez, hahîmtiophez) et baptisèrent, confessèrent, marièrent à qui mieux mieux.
Les provinces dont il s'agit ne se considéraient point comme formant partie intégrante des royaumes de France ou d'Espagne ; c'étaient « le pays de Labourd, la vicomte de Seule, le rc/aume de Navarre, la seigneurio de Biscaye, les provinces d'Alava et de Guipuzcoa » annexées à la France ou à l'Espagne pour la forme, d'une manière fiictice ; le seul lien était la personne du souverain : c'est, do nos jours, le cas du grand-duché de Luxembourg vis-àvis de la Hollande. Aussi, les jE'/a^s de Basse-Navarre refusèrentrils en 1649 d'envoyer des députés aux Etats Gémraux de « France » ; en 1789, les représentants de ce petit a royaume » avaient reçu le mandat formel d'affirmer â Versailles l'indépendance de leur pays, et ils se retirt'rent de l'Assemblée nationale quand l'unité de la France et sa division en départements eurent été décrétées.
Les provinces se regardaient tellement comme autonomes et indépendantes qu'elles veillaient avec un soin jaloux au maintien de leurs franchises. En 1391, 1399, 1401, 1407, 1466, les juntes de Guipuzcoa affirmèrent leur droit de refuser l'impôt. En 1590, celle de Biscaje envoya des messagers au roi pour protester contre un projet d'imposition émanant de ses ministres et elle obtint gain de cause; de 1718 à 1727, elle lutta pour empêcher l'établissenaent des douanes royales à la frontière, car elle jouissait du libre commerce, c'est-à-dire du droit d'exporter en franchise les produits de ses riches mines de fer. De leur côté, les Labourdins se soulevèrent plusieurs fois, notamment en 1696, parce qu'on leur contestait l'élection de leur syndic. C'est ici le cas de rappeler la légende historique à laquelle est rattaché le nom de Pés de Puyane, maire de Bayonne (1342). Jaloux des droits et prérogatives de la cité qu'il administrait, il prétendait imposer le paiement d'une redevance, d'une sorte de droit d'octroi, partout où atteignaient à la haute mer les eaux salées de l'Océan, et notamment au port de Villefranque, à deux lieues et quart do Bayonne. Les Basques se moquèrent de cette prétention et refusèrent de s'y soumettre, ce qui amena plusieurs rixes acharnées. Irrité, le maire de Bayonne fit, dit-on, saisir cinq Basques des plus éminents et les fit attacher vivants, à la basse mer, aux piles du pont, pour qu'ils pussent goûter si les eaux étaient salées au reflux. Cet acte d'épouvantable cruauté fut vengé avec non moins de férocité : les Basques massacrèrent impitoyablepaent la garde bayonnaise du pont. Des démêlés du même genre avaient déjà eu lieu près d'un siècle auparavant ; Basques et Bayonnais
procès-verbaux officiels (en français) de ces délibérations. Les conseils paroissiaux se réunissaient de même parfois en Lalpurd, dans des petits bois ; mais le plus souvent l'assemblée se tenait, au sortir de la messe, sous le porche large et ouvert des églises, au-dessous du clocher par conséquent. Ces réunions dans les églises, ces noms ecclésiastiques de « chapitres » et d' « abbés », donnés aux assemblées communales et aux maires, étaient ordinaires dans> la Gascogne. Ils remontaient aux temps troublés où Tempire romain s'effondra ; les évéques centralisèrent tous les pouvoirs et par une confusion logique les seigneurs locaux s'attribuèrent des fonctions religieuses, ils s'appelèrent dbhés (en gascon àblat, en basque aphez, auzaphez, haldarnaphez) et baptisèrent, confessèrent, marièrent à qui mieux mieux.
Les provinces dont il s'agit ne se considéraient point comme formant partie intégrante des royaumes de France ou d'Espagne ; c'étaient « le pays de Labourd, la vicomte de Soûle, le royaume de Navarre, la seigneurie de Biscaye, les provinces d'Alava et de Guipuzcoa » annexées à la France ou à l'Espagne pour la forme, d'une manière factice ; le seul lien était la personne du souverain : c'est, do nos jours, le cas du grand-duché de Luxembourg vis-âvis de la Hollande. Aussi, les Etats de Basse-Navarre refusèrentrils en 1649 d'envoyer des députés aux Etats Généraux de « France » ; en 1789, les représentants de ce petit a royaume » avaient reçu le mandat formel d'affirmer à Versailles l'indépendance de leur pays, et ils se retirèrent de l'Assemblée nationale quand l'unité de la France et sa division en départements eurent été décrétées.
Les provinces se regardaient tellement comme autonomes et indépendantes qu'elles veillaient avec un soin jaloux au maintien de leurs franchises. En 1391, 1399, 1401, 1407, 1466, les juntes de Guipuzcoa affirmèrent leur droit de refuser l'impôt. En 1590, celle de Biscaje envoya des messagers au roi pour protester contre un projet d'imposition émanant de ses ministres et elle obtint gain de cause; de 1718 à 1727, elle lutta pour empêcher l'établissement des douanes royales à la frontière, car elle jouissait du libre commerce, c'est-à- dire du droit d'exporter en franchise les produits de ses riches mines de fer. De leur côté, les Labourdins se soulevèrent plusieurs fois, notamment en 1696, parce qu'on leur contestait l'élection de leur syndic. C'est ici le cas de rappeler la légende historique à laquelle est rattaché le nom de Pés de Puyane, maire de Bayonne (1342). Jaloux des droits et prérogatives de la cité qu'il administrait, il prétendait imposer le paiement d'une redevance, d'une sorte de droit d'octroi, partout où atteignaient à la haute mer les eaux salées de l'Océan, et notamment au port de Villefranque, à deux lieues et quart do Bayonne. Les Basques se moquèrent de cette prétention et refusèrent de s'y soumettre, ce qui amena plusieurs rixes acharnées. Irrité, le maire de Bayonne fit, dit-on, saisir cinq Basques des plus éminents et les fit attacher vivants, à la basse mer, aux piles du pont, pour qu'ils pussent goûter si les eaux étaient salées au reflux. Cet acte d'épouvantable cruauté fut vengé avec non moins de férocité : les Basques massacrèrent impitoyablepaent la garde bayonnaise du pont. Des démêlés du même genre avaient déjà eu lieu près d'un siècle auparavant ; Basques et Bayonnais
ne s'aimaient point : en 1200, un parti de Basques pénétra dans la yille et imposa aux autorités municipales la reet»naissance d'un évéque dont elles ne Touiaient pas. U oonvient de rappeler aussi les ardentes querelles entre les Navarrais et les Guipuzcoans, au xrv* siècle; ces derniers battirent leurs adversaires, en 1321, dans le combat, qui est demeuré célèbre, de Beotibar. Il j a même en des guerres civiles dans les provinces, témoin, an xyit* siècle, la grande querelle des êabekhuriei des sabeifforri ^ yentim blancs » ou « ventres rouges », ainsi nommés de la couleur de leurs ceintures; partisans, les premiers du seigneur de Urtubie et les seconds du seigneur de Saini- Pée-sur-Nivelle , ils menacèrent d'ensanglanter tout le Labourd.
Après la réunion de la Navarre au rojaume « des Espagnes », le roi se faisait représenter à Pampelune par un vice-roi qui était le chef du gouvernement local et distinct de cette « nation ». Ce fut seulement en 1812, lors de l'usurpation napoléonienne, que la Navarre se fit représenter aux Certes générales du royaume pour la première fois, aux célèbres Certes de Cadix. La Biscaye était considérée aussi, en 1491, comme une « nation séparée » et, en 1506, on ne voulut pas admettre ses députés aux Certes de Burços, sous le prétexte que c'étaient « des étrangers ».
Le Labourd avait été attaché depuis longtemps à l'Aquitaine et, comme elle, il a été régi par la couronne d'Angleterre, de Louis le Jeune à Charles VII ; les velléités particularistes y ont toujours été moins fortes qu'ailleurs. A la Révolution, ses députés prirent une part fort active
aux travaux de F Assemblée nationale. La Basse-Navarre et la Soûle appartenaient au roi de France depuis 1513, quand Ferdinand-le^Catholique eut consommé la spoliation du royaume pyrénéen. La Biscaye s'était annexée à l'Espagne par un traité daté du 21 juin 1356, après la mort de son seigpeur, don Tello, époux de Jeanne de Lara ; en 880, Alphonse de Léon avait tenté de s'emparer de la « seigneurie }>, mai$ Lope Zuria^ à la tête des Blscayens^ l'avait battu à Arrigorriaga. Les hermandades de Guipuzton» s'unirent successivement à^ la Navarre (102*7), à la CastiUe (1076), à la Navarre de nouveau (1127), et définitivement à la CadtUle (1200) ; smôs, le 9 mars 1482, la junte d'U^a^raga sîgoait av.ee l'Angleterre un traité par lequel la province s'engageait à garder la neutralité en cas de guerre entre l'Angleterre et l'Espagne. L'Alava était iLUSsila propriété d'une « confrérie » de nobles, d'ecclésiastiques :.ejt de iams^ q^i^ jnéunissaient tous les ans, le^ 24 juin, à Arrio^a^ éUe élisait Sftn .chef, qui commandait à tout le pays^ mids le pouvoir aupréme n'était point héréditaire en Alava, à l'inverse de ce qui se passait dans les autres provinces ; les rois de Navarre furent souvent élus seigneurs d'Alava; mais, en 1076, la province s'unissait à la Oastille, pour s'en séparer bientôt 9igst(^ ; elle s'y réunit de nouveau en 1200, mais ce fut seulement ea 1332 que la eanfrérie d'Arriaga céda tous ses àKtà& mi m de CastiUe, par un traité formel en vingttrois articles.
En vertu de ces conventions les rois de Navarre, dans leur royaume, et, plus tard, pour les trois autres provinces basques, les rois d'Espagne, devaient, à leur avènement au
trône, confir^aer solennellement lesfueros des provinces et en jurer le maintien. On montre encore, à Roncevaux, l'exemplaire des « Evangiles » sur lequel les rois de Navarre prêtaient jadis ce serment. En Biscaje, cette solennité devait s'accomplir sous Farbre de Guernica. Pendant l'insurrection de 1873-1876, don Carlos le jeune s'est donné la fantaisie de renouveler cette antique cérémonie. Elle aura été célébrée ainsi pour la dernière fois, car le gouvernement de Madrid a, en fait sinon en droit, supprimé, en 1876, les privilèges de TAlava, de Guipuzcoa et de la Biscaye, comme en 1839, après la première insurrection carliste, on avait supprimé ceux de la Navarre. Désormais, le pays basque espagnol ne différera pas du reste de la Péninsule ; et lesfueros, où rien ne répond aux besoins des générations actuelles, où rien n'est conforme aux principes du droit social moderne, iront bientôt rejoindre ces institutions du passé, qu'on salue avec respect parce qu'elles étaient, à leur époque, d'utiles instruments de progrès et de liberté, mais dont le maintien ou la résurrection seraient absolument regrettables, parce qu'elles embarrasseraient sans profit la marche en avant d'un généreux •peuple.
Les fueros ont évidemment, dans une certaine mesure, préparé les Basques au régime libéral ; mais, d'autre part, ils ont entretenu dans le pays un esprit que nous appelons généralement en France l'esprit clérical et ultramontain. Un ancien député républicain espagnol, fédéraliste pourtant, comparait le gouvernement des provinces basques à « une oligarchie de caciques que les prêtres mènent par le bout du nez ». Il est certain que les soulè-
5$ Ii£S SÂSQTJSS
yements de 1833 et de 1874 ont eu lieu, qk^ ^ulem^Bt aux eris de « vivent les fv£ro8 f » mais aussi ^ux ^em de n vive la religiwi 1 v En 1790, la plupart des prêtres <iu pajs basque français se refusèrent à prêter le serment civique ; beaucoup passèrent en Espagne ^ den^ourèrent sur la frontière, préchant à leurs paroissiens le mépris des autorités nationales et la désobéissance aux lois« Bi^i peu de communes basques, en effet, étaient républicaines ; -les représentants du peuple en mission dans le département essayèrent d'empêcher les émigrations en mâss^, les déjsertions <ie conscrits, les résistances passives, mais ik ]i*obtinrent que de médiocres résultats.
Lorsque Tarmée des Pyrénées occidentales « campée depuis Saint- Jean de Luz jusqu'à Saint-JeaU'-Pied-de-Port, eut battu les Espagnols et les émigrés qui s'étaient joints à eux ; lorsqu'au mois de juillet 1794, les colonnes républicaines se furent emparées de Valcarlos, du Baztan, de Vera, du mont Saint-Martial et de Fontarabie^ Saint-Sébastien leur ouvrit ses portes avec empressement. Les. Guipuzcoans accueillirent fort amicalement les Français et peut-être, dit avec raison un jeune historien, M. Ducéré, de Bayonne, révèrent-ils la constitution d'une République basque autonome sous le protectorat de la France. Mais le bon accord ne dura pas longtemps ; les uns et les autres n'entendaient point la liberté de la même manière : il y eut d'ailleurs, paraît-il, des excès et des iigustices de la part des vainqueurs : on cassa les yz^n^; on emprisonna les prêtres, on chassa les religieuses.
L'invasion napoléonienne acheva de rattacher les Guipuzcoans à l'Espagne. Les Français étaient exécrés lors-
LE ?A76 SÂSQfJE 5^
qu'en 1813 Tannée angto-portiigaise de Wellington vint mettre le siège âevant Saint-Bébastîen, où le général Rej ii une adimra%)le défense. La Tiâe prise d*as8aut, les trotipes françaises se retirèrent daas la eitadelie et les habitants se prédpkèrent avec joie au devant de leurs libérateurs, dont l'impartiale histoire ne saurait trop ilétrir la conduite. La soldatesque anglaise, désobéissant à ses chefs ou peut-être abandonnée par eux à ses plus mauvais instincts, brûla, piUa, massacra, viola tout dans la malheureuse cité. Le 31 août 1813, Saint-Sébastien n'existait pour ainsi dire plus ; les touristes, qui visitent aujourd'hui cette charmante ville, traversent sans j songer le vieux quartier, où toutes les rues sont tirées au cordeau : ce vieux quartier date de 1814 ! A Sangle de la caïle del Pozo et de la calls San Jeronimo, on peut lire l'inscription suivante, en espagnol : « Le 31 août 1813, les alliés prennent d'as- 5) saut cette citéj occupée par l'armée de l'invasijn, la » brûlent, la pillent et assassinent un grand nombre de ses » habitants. »
Devant la plaque de marbre où est inscrite cette accusation formelle, un Français s'indignait, à côté de moi, de l'épithète donnée à l'armée française. Je n'ai pu partager son indignation ; le mot est juste, puisque le fait est vrai. Je n'ai pas été plus scandalisé à Madrid, devant le monument célèbre du 2 mai 1808 ; j'ai même regretté qu'on ait effacé, sur la porte de Tolède, l'inscription latine où il était question de a Napoléon, tyran des Gaulois » ; mon amour-propre national n'était nullement choqué de ces appréciations ou de ces accusations, et je me rappelais ces deux belles phrases d'un écrivain moderne : « Soyons
» chauvins tant qu'il s'agira de défendre l'intégrité de la » patrie, cessons de l'être dès qu'il sera question d'agres- ); sion et de conquête. Toute la gloire des chauvins ne vaut » pas une goutte de sang humain répandue dans les aven- » tures guerrières, où toujours'la force et la ruse écrasent » le droit et la justice. »