CATHERINE DE MÉDICIS
La reine-mère, Catherine de Médicis, se substitua aux Triumvirs ; elle profita de l'apaisement momentané des haines religieuses ^ pour chasser les Anglais du Havre. Catholiques et protestants rivalisèrent de bravoure sous les yeux de Charles IX % et, après quinze jours de siège, le comte de Warwick, manquant d'eau et de vivres, consentit à capituler (28 juillet 1S63),
Condé s'était volontairement placé sous les ordres du connétable, à côté des maréchaux de Brissac * et de Bourdillon; mais Coligny avait refusé de prendre part à cette entreprise patriotique, « ne voulant pas, « disait-il, exposer l'avenir de son parti au ressenti- « ment de la reine d'Angleterre. »
1 Paix d'Amboise, dO mars 1563.
- La Cour s'était installée à Fécamp,
'> Il mourut gouverneur do Paris, le 31 décembre 1SG3, ayant eu. d'après du Villars, témoin de sa vie : « le courage de Cyrus, la tempérance d'Agésilas, l'entendement de ïhémistocle, l'expérience de Philippe, la hardiesse de Brasidas, et la suffisance de Périclôs au maniement de l'Etat •.
CATHRRtNE DE MÉDICFS (1503-1507). 587
Au retour du Havre, Catherine licencia les 7 régiments temporaires d'infanterie, dont il ne resta quo les compagnies de dépôt; mais elle retint les dix meilleures enseignes, pour former, sous le commandement de Charry', la garde française de Charles IX. Quant aux légionnaires, leur déroute dans la journée de Dreux leur avait porté le dernier coup; l'institution romaine de François P'', après vingt-huit ans de vicissitudes plus ou moins glorieuses, finit, en 1SG3, par la chanson des carporaux ^.
Une partie des bandes congédiées se répandit dans le royaume et vécut de rapines. Pour y remédier, une ordonnance royale, de janvier 1S66, mit dans les
1 « Assassine^, le 31 décembre 1563, au bout du pont Saint-Michel entre huit heures et neuf heures du matin, au vu et su de tout le monde, comme il se rendait au Louvre où était le roy, pour lui faire service, par un nommé Chatellicr, guidon de M. l'amiral de Chàtilion. » (Mémoires de Condé.)
'' Un carporeau, avant que de partir,
Dévotement fait chanter une messe, Pour faire vœu à Sainlc-Hardiesse De n'assaillir jamais que des oisons.
Viragon, vignette sur vignon !
Un carporeau bravement se monta D'un àne fort, qui portait la poirée, Et son varlet, d'une bique escrouppée Pour son sommier avait le poulichon.
Viragon, vignette sur vignon!
Un carporeau grôves et cuissards avait, Bien façonnés d'une longue citrouille.
Cloués do bois (qui jamais ne s'enrouiUe);
attributions de 50 commissaires des guerres le service des étapes, la discipline et la police des troupes en marche. Ces magistrats militaires devaient requérir l'exécution des lois et règlements, poursuivre les infracteurs, officiers ou soldats, prononcer leur arrestation, leur interdiction ou la saisie de leur solde.
A l'armée, le commissaire avait sa place de bataille à la gauche du commandant des troupes; dans une
Un plat d'ctain, il prit pour son plastron. Viragon, vignette sur vignon !
Un carporeau des gantelets avait, Dont l'un était fait d'osier et d'éclissc; Pour l'autre, il prit une grande ôcrcvisse, Et mit la main dedans le croupion.
Viragon, vignette sur vignon!
Un carporeau une arquebuse avait D'un franc sureau, cueilli de cette année; Son flasque était une courge écornée.
Et les boulets des navets de maison.
Viragon, vignette sur vignon !
Un carporeau sa brigantine avait De vieux drapeaux et de vieille ferraille ; Mais il gardait pour un jour de bataille Un vieil estoc d'un vieux fer d'Aragon. Viragon, vignette sur vignon !
Un carporeau à ses voisins conta Qu'il avait eu contre un reître querelle. Mais toutefois qu'à grands coups de bouteille, Il l'avait fait venir à la raison.
Viragon, vignette sur vignon !
Un carporeau à ses amis jura Ne retourner jamais à la bataille
GATHEKINE DE MÉDICIS (ioGa-iaOT). 589
ville, il prenait le premier rang après le gouverneur. Comme le questeur romain, il devait surveiller les fournitures, visiter les magasins et les hôpitaux, organiser les convois, ordonner les distributions, payer la solde, faire les montres et les revues '.
Pendant quatre ans, la guerre civile couva sous l'intolérance et les persécutions des gouverneurs; mais
Si, pour s'armer, n'avait une muraille, Cent pieds d'épais, et un voulge aussi long Viragon, vigneUe sur vignon !
Un carporcau devant Dieu prolesta Que pour la peur qu'il avait de combattre, Il aimait mieux chez lui se faire battre Que de chercher si loin les horions. Viragon, vignette sur vignon !
{Recueil de Leroux de Lincij.)
* La montre, c'est la constatation du droit à la solde d'après l'effectif; la revue, c'est l'inspection de la troupe en arme. Le commissaire des guerres, en vertu des ordres qu'il a reçus, requiert le commandant des troupes de les ranger en bataille au lieu et à l'heure qu'il lui désigne. Il se transporte sur le terrain, fait défiler les compagnies ou cornettes, alin de vérifier si le nombre des présents est conforme aux états fournis par les capitaines, et il examine l'armement, l'équipement et la tenue des hommes et des chevaux. Après la revue, il conrôie les absents en visitant les logements, les hôpitaux, les corps de garde. Ensuite, il arrête l'extrait de sa revue, signé par le commandant des troupes, et l'envoie au conseil du roi, avec l'état de sitr.ation des magasins, charrois et hôpitaux. C'est d'après l'extrait de la revue qu'il assure le service de la solde. La solde est remise mensuellement aux capitaines, qui doivent prélever sur elle toutes les fournitures nécessaires à l'habillement, à la nourriture, à l'entretien et au logement de leurs soldats, en santé ou en maladie. Les armes seules sont fournies par le roi. L'inlcrvcntion de l'Etat dans les marchés se borne, en
les finesses florentines de la reine-mère en retardèrent l'explosion. Enfin, en 1S67, la révolution religieuse et politique qui éclata dans les Pays-Bas sous le nom de Guerre des gueux', détermina en France une reprise générale des hostilités.
JOURNÉE DE MEAUX (29 scplcmbi'c ISô?).
A la fin de septembre, Catherine de Médicis était, avec le roi et la noblesse de cour, au château de Monceaux-en-Brie, attendant l'arrivée de 6.000 Suisses,
1567, à convoquer les marchands aux gites d'étapes ou dans les villes de garnison afin qu'ils traitent directement avec les capitaines.
Un commissaire général de la cavalerie était chargé d'administrer et de contrôler les chevaux et les cavaliers de toute l'armée.
Les sénéchaux et les baillis continuaient à approvisionner par des réquisitions la cavalerie du ban et de l'arrière-ban.
Par ordonnance du 13 décembre 1567, les 50 commissaires des guerres reçurent le titre d'écuyer et conseiller du roi avec jouissance et privilège de noblesse^ et à ccl cllct, on les inscrivit sur les contrôles de la gendarmerie.
* La Réforme pénétra, dès 1523, dans les Pays-Bas; tolérée par Charles- Quint, elle trouva dans Philippe II un implacable adversaire, et la persécution augmenta rapidement le nombre des adhérents à la religion nouvelle. Dans le conseil même de la régente Marguerite de Parme, siégeaient, depuis 1559, Guillaume de Nassau, prince d'Orange, les comtes d'Egmont et de Horn, qui, après avoir vaillamment servi la Tiaison d'Autriche sur les champs de bataille, réprouvaient ouvertement les mesures tyranniques du roi d'Espagne. La population des provinces de Hollande, de Zélande, d'Utrecht, de Gueldre et de Frise, s'étant soulevée en 1365j pour défendre ses croyances, ses privilèges et ses franchises, une députation de 300 gentilshommes, modestement vêtus, vint présenter ses doléances à la régente ;
— « Quels sont ces gueux? demanda le comte de Barleymont.
Les réformés des Pays-Bas firent de cette injure leur mot de rallie-
JOURNÉE DE MEAUX (i'J sciitenibrc -1507). S9i
Cil 20 enseignes, qui devaient servir ses ténébreux desseins contre les protestants, lorsque, à l'appel de Condé et de Coligny, SOO gentilshommes, cuirassés et bien montés, se réunirent à Rosoy-sur-Yères pour enlever Charles IX ' . La cour eut l'éveil et se réfugia à Meaux; aussitôt les chevau-légers protestants coururent à Lagny pour lui barrer la route de Paris; mais les Suisses étaient entrés à Meaux, et leur colonel, Pfeiffer, avait juré à Charles IX, bouillant de colère*, de le mener sain et sauf dans sa capitale.
Le 30 septembre, à quatre heures du matin, 10 enseignes suisses, conduites par le connétable, sortirent de la ville et se mirent en bataille sur la hauteur qui fait face à Paris. Le roi les rejoignit avec sa mère et ses frères ', sous l'escorte des 4 compagnies da Corps,
ment; ils peignirent sur leurs enseignes une écuelle et une besace, et commencèrent contre l'Espagne la Guerre des Gueux des bois et la Guerre des Gueux de mer, qui, malgré les supplices et les massacres, malgré les merveilleux soldats du duc d'd'Albe et de Don Juan d'Autriche, aboutit, en lo79, à l'indépendance des Provinces-Unies.
I « Se saisir de la personne du roi était toujours la première préoccupation des partis ; réussir dans cette tentative, c'était, en quelque sorte, donner à la rébellion un caractère légal; les protestants se rappelaient quel profit leurs adversaires avaient tiré d'un coup de main de ce genre au commencement de la première guerre civile, et, malgré la différence des circonstances, ils espéraient être aussi habiles et aussi heureux. » {Histoire des princes de Condé pendant les XVI" et XVII" siècles, par M. le duc d'Aumale. — Michel Lévy, 1863).
- « Ceux de la religion excitèrent l'indignation et la haine du ro contre eux, parce que, à leur occasion, il fut contraint de se retirer à Paris avec frayeur et vitesse; si bien que depuis, il leur garda toujour!< une arrière-pensée. • (La Noué.)
3 Henri, duc d'Anjou, cl François, duc d'Alençon.
392 L'AiMIRAL CULIG.W.
des Cent-SLiisses, de 300 gentilshommes et des 10 autres enseignes de Pfeiffer.
« Nous prîmes la route de Paris, raconte le vicomte de Turenne, et nous fîmes une lieue au plus en cet ordre. Sur les huit heures, le maréchal François de Montmorency, qui avait été envoyé à Lagny pour parlementer avec les chefs huguenots, vint annoncer au roi qu'ils étaient à cheval. Le connétable rassembla tous les Suisses, mit le roi et sa suite sur la main droite, et lui, avec les gens de fait, forma l'arrière-garde, à main gauche, du côté où ceux de la Religion pouvaient venir. Ceux-ci commencèrent à paraître sur les onze heures: Timoléon de Brissac, le tant valeureux gentilhomme, les alla reconnaître avec ce qu'il y avait de plus gaillard; il y fut donné quelques coups, nous marchant toujours, et les cavaliers huguenots se ralliant sur notre aile gauche, comme s'ils voulaient charger le bataillon. Les Suisses, quoique nouveaux levés et de peu d'expérience, firent bonne mine ; jetant leurs fardeaux et baisant la terre, ils tournèrent la tète vers l'ennemi, les piques baissées. Les huguenots s'arrêtèrent.
« Nous marchâmes droit à Claye ; après une demilieue, ceux de la Religion se séparèrent en 4 escadrons pour donner par le flanc du bataillon et l'assaillir en queue. Lors le Roy, avec ce qui était auprès de lui, mit l'épée à la main, et se jeta à la tète des Suisses pour se mêler avec le plus proche escadron des ennemis. M' le connétable courut au Roy, et l'arrêta en prenant la bride de son cheval. »
Mais la prompte volte-face des Suisses et leur fière
JOURNÉE DE xMEAUX (29 septembre 1507). 593
attitude avaient arrêté de nouveau la cavalerie protestante. On alla jusqu'à Mitry; « là, le connétable, apprenant que le duc d'Aumale était venu de Paris au-devant du Roy avec le chevalier du guet ' et quelque cavalerie volontaire, fit partir Charles IX sous l'escorte de sa Maison, pendant qu'il faisait ferme avec les Suisses. Le roy courut tout d'une traite jusqu'à Paris, où il entra, à sept heures du soir, aux acclamations du peuple. Le connétable coucha à Claye avec les Suisses ; il était au Bourget le lendemain, et, le surlendemain, à Paris. » *
La journée de Meaux, dirigée contre la personne du roi, faisait de Condé, de Coligny et de tous ceux de la Religion des rebelles armés contre la couronne. Le parti opposé exploita le ressentiment de Charles IX, et la guerre civile prit, dès lors, le caractère d'acharnement et de barbarie impitoyable qu'elle conserva jusqu'en lo94.
' Le guet, remontant à l'aftpanchissement des communes, fut la première garde municipale, composée des gens de métier. Une ordonnance de Jcan-lc-Bon prescrivit, en 1303, que chaque métier ferait le guet à son tour; deux clercs du guet réglaient le service, qui durait du couvre-feu jusqu'au jour. Plus tard, on ajouta au guet des métiers une compagnie de 20 sergents à pied et de 20 sergents à cheval, qui, sous le commandement du chevalier du guet royal, était chargée de faire des patrouilles et d'inspecter les postes bourgeois. Henri II, en 1559, avait supprimé le guet des métiers et porté l'effectif de la compagnie du guet royal à. 32 archers à cheval et 240 archers à pied. Le chevalier du guet, nommé par le roi, était placé sous les ordres du Prévôt des marchands.
2 Mémoires de Henri de La Tour-d' Auvergne, vicomte de Turenne et duc de Bouillon.