ARMÉE DE CHARLES IX (1S
Catherine de Médicis envoya Castelnau à Bruxelles, afin de demander au duc d'Albe un renfort de cavalerie, et elle convoqua l'armée royale.
Le connétable leva dans Paris un régiment de milice " bourgeoise, appela l'arrière-ban, et ordonna aux sénéchaux de lui envoyer la gendarmerie et les enseignes de gens de pied, disponibles dans les 9 gouvernements. *
Timoléon de Cossé-Brissac courut à Lyon pour en ramener les bandes de Piémont, et Philippe Strozzi alla chercher à Amiens les 10 vieilles enseignes du régiment de Charry, qui gardaient la frontière de la Somme. « Ces 10 enseignes se composaient chacune de SO vieux soldats choisis, qui, pour la plupart, avaient commandé ou étaient dignes de le faire ; ils n'étaient qu'arquebusiers avec quelque peu de hallebardiers.
1 Normandie Guyenne, Languedoc, Provence, Dauphiné, Bour-» gogne, Champagne et Brie, Picardie, Ile de France*
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« M. le prince et l'amiral détachèrent aussitôt Mouy Saint-Phal avec 1.200 chevaux pour aller défaire Strozzi où il fût ; car c'était une dangereuse petite troupe pour eux. Mouy rencontra les 10 enseignes entre Abbeville et Amiens ; il les trouva marchant en vrais gens de guerre, serrés, résolus et entournoyés de tous côtés de bons chariots, qui marchaient toujours en forme de barricades. Ne les osant attaquer ni enfoncer, il fit quelque petite et légère escarmouche de chevaux huguenots pour les attirer hors de leurs charrettes ; mais les braves capitaines * et soldats, tirant arquebusades bien à propos, ne cessèrent de marcher, ni Mouy de les cavaler, en attendant son bon ou qu'il les trouvât le moins du monde débandés et étonnés. Enfm Strozzi et ses gardes françaises se retirèrent si bien, en tenant la tète vaillamment à l'ennemi l'espace de 8 jours, qu'à huit lieues de Paris, Mouy les donna au diable, et s'en alla d'un côté pendant qu'ils allaient de l'autre. Les 10 enseignes entrèrent à Paris par la porte neuve, au grand étonnement du roi, de la cour, de l'armée et des parisiens. » ^
Le 1" novembre 1567, il y avait dans Paris 16.000 hommes de pied français ou suisses, 4.000 gendarmes, chevau-légers ou arquebusiers à cheval, et 14 pièces
' « Les capitaines étaient Bordas de Dace, lieutenant du mestre de camp Strozzi^ Charrion, Cosseins, Forcez, Navillon, Cadillan, les deux Gohas, tous gascons; Jean de Cabanes, auvergnat, et Irombcrry, basque. » (Branlômc.)
2 « Branlôme.
o96 L'A3imAL COLIGNY.
de campagne. Les Parisiens réclamaient une sortie générale : le connétable la prépara, dès le i 4, par des reconnaissances de cavalerie et par l'occupation d'Argenteuil et de la Chapelle.
Les chefs protestants, au lieu de concentrer leurs forces en prévision d'une attaque, avaient détaché d'Andelot et Montgomery vers Pontoise, avec 500 chevaux et quelques compagnies d'arquebusiers. Ils étaient réduits à 3.000 hommes de pied et à 1.500 cavaliers, saîis artillerie, lorsque, le 10, au point du jour, les éclaireurs de l'armée royale commencèrent à déboucher de la butte Montmartre et du faubourg Saint- Denin.
Bataille de Saint-Denis (10 novembre 1567).
Le maréchal François de Montmorency commandait ïavant-garde, composée du bataillon suisse, d'une partie de la gendarmerie et des arquebusiers à cheval.
Le connétable se tenait au centre de la bataille, à côté de l'artillerie, avec son hôt de gendarmerie ; il avait à sa gauche un bataillon d'arquebusiers, précédant l'infanterie parisienne ; à droite, les régiments de Brissac et de Strozzi. Deux escadrons, commandés, l'un par le maréchal de Cossé-Gonnor, l'autre par Montmorency-D'Amville, flanquaient cette infanterie.
L'armée royale devait enlever Saint-Ouen et Aubervilliers, seuls points d'appui des avant-postes huguenots dans la vaste plaine Saint-Denis, et diriger ensuite une attaque d'ensemble contre l'Abbaye.
BATAILLE DE SAINT- DENLS (lO novi^nl.rr V^Gl). •"HI?
Condé, malgré la disproportion de ses forces, avait résolu d'accepter la bataille. Son infanterie était répartie en 3 bataillons de 1.000 hommes, flanqués chacun par deux haies de cavalerie. Il chargea l'amiral de défendre Saint-Ouen avec l'aile droite, mit Genlis avec l'aile gauche dans Aubervilliers, et déploya entre ces deux villages le corps de bataille, dont il conserva le commandement.
La chaussée pavée qui traversait la plaine, les vergers des deux villages et les tranchées intermédiaires furent garnis des meilleurs arquebusiers.
Vers trois heures, une batterie de gros calibre, éta-
Fig. 259.
blie sur le mamelon de la Villette, ouvrit le feu contre Aubervilliers et fit éprouver de grandes pertes à l'aile gauche protestante. *
* « Les Français se moquent mal h propos de ceux qui baissent la tête sous les projectiles; les Espagnols, courbés en deux, se raccourcissent d'un pied ; les Suisses se couchent. Eviter la mort- sans fuir,
Le connétable, sans attendre les résultats de cette canonnade, s'élança contre le village avec sa gendarmerie bardée et étincelante, dont les riches armures et les écharpes rouges contrastaient avec la modeste casaque blanche* des soldats huguenots. Mais Genlis,sur l'ordre de Condé, fit avancer ses arquebusiers, qui endommagèrent beaucoup l'hôt du Connétable. Il y eut un moment de confusion ^ ; la cavalerie de Genlis en profita pour assaillir le flanc droit de la gendarmerie catholique, pendant que les chevau-légers de l'amiral, appuyés par des arquebusiers à pied, s'élançaient sur son flanc gauche, et que Condé l'attaquait de front avec 5 cornettes écossaises.
c'est prudence. Les soldats qui sont forcés de demeurer en une même place ne doivent s'éparpiller ni remuer, quelques coups qui leur arrivent ; autrement le canonnier juge avoir donné dedans, et continue. » (Gaspard de Tavannes.)
1 Dès la première guerre, Condé qui se prétendait • défenseur de Dieu et protecteur du roy » avait adopté l'écharpe blanche, couleur de la croix que les Français, depuis les croisades, portaient sur leurs armes ei dans leurs enseignes. Les catholiques avaient, par opposition, adopté l'écharpe rouge du roi d'Espagne, leur allié.
— « Vos gens sont meuniers, mon cousin 1 dit, un jour, Catherine de Médicis à Condé.
— « C'est pour mieux piquer vos roussins, ma cousine ! » répondit le prince, qui avait la riposte vive et l'humeur joyeuse.
2 « Quelques gens d'armes catholiques y firent très-mal et prirent la fuite fort vilainement. Sur quoi M. de Guise arriva, qui, avec quelque cinquante gentilhommes, arrêta la furie des huguenots, conduits par M. de Genlis, très brave et hasardeux gentilhomme. J'entendis alors M. de Guise, fort en colère contre les gens d'armes fuyards, crier par deux fois tort haut :
— « Ah ! gens d'armes de France, prenez la quenouille et quittez la lance ! » (Brantôme. Des couronnels français.)
BATAILLE DE SAINT-DENIS (10 novembre 1507). figg
« Le combat fut fort furieux et dura près de trois quarts d'heure; ceux qui y ont ensanglanté leur épée,' tant d'un côté que de l'autre, se peuvent vanter de n'avoir pas faute de courage, l'ayant éprouvé en un lieu si périlleux, L'arquebuserie à pied, que M. l'Amiral avait rangée à ses flancs, lui servit grandement, car, tirant de SO pas, elle fit, pendant la charge, grande offense en la cavalerie royale *, qui fut rejetée jusqu'à la porte Saint- Jacques. » ^
Le connétable fut entouré et désarçonné ; un Écossais, Robert Stuart, voulut lui arracher son épée brisée : il lui cassa deux dents avec le pommeau, et ce vieillard de 74 ans, blessé dans 8 batailles, cette incarnation légendaire du capitaine français au XVI" siècle, se soulevait encore pour braver ses ennemis, lorsqu'il eut les reins cassés par un coup de pistolet. François de Montmorency et D'Amville, n'accoururent au secours de leur père que pour relever un mourant.
Il faisait nuit ; les protestants, épuisés par cette lutte inégale, évacuèrent Saint-Ouen et Aubervilliers pour se retirer dans Saint-Denis. Leur retraite se fit en si bon ordre qu'on n'osa pas les poursuivre plus d'un demiquart de lieue ; les deux maréchaux de l'armée royale
' Mémoires de François de La Noile, ch. xiv.
2 1 M. de Martigues, colonel de l'infanterie française, la sut fort bien desparlir où il fallait; il avait mis dans le moulin de pierre de la porte Saint-Jacques 100 bons arquebusiers, qui firent rage et arrêtèrent ceux de M. de Gramont, qui venaient droit à nos tranchées, la tête baissée. » (Brantôme.)
Artus de Cossé et Montmorency , firent sonner d r étendard • pour rallier la cavalerie et reformer la ligne de bataille. « Il ne manquait que la milice parisienne, qui s'était retirée de la mêlée non moins diligemment que de bonne heure. » *
A la nouvelle de la bataille, D'Andelot était revenu de Pontoise à toute bride ; mais il arriva trop tard pour tenter un retour offensif : l'armée royale était rentrée dans Paris.
« C'était, dit Vieilleville, le roi d'Espagne qui avait gagné la bataille, car il était mort de part et d'autre assez de vaillants Français pour conquérir la Flandre et les Pays-Bas ! »
Après avoir donné à leurs vaillants soldats quelques heures de repos, Condé et Coligny, «pour rabattre un peu de la gloire que leurs ennemis pensaient avoir acquise, et leur montrer qu'ils n'avaient perdu le cœur ni l'espérance, mirent leur petite armée aux champs, et s'allèrent présenter, bien délibérés, devant les faubourgs de Paris. Ils brûlèrent un village et des moulins à venta la vue de la ville, pour l'acertener que tous les huguenots n'étaient pas morts et qu'il y avait
' « Le premier son du trompette crie : - boute-selle »; le second dit : « à cheval » ; ic troisième sonne « à V étendard •>, lequel est ordonné pour tirer aux champs en ordonnance. >> (Du Bcllay-Langey, Discipline militaire.)
2 La Noue.
BATAILLE DE SAINT-DENIS (lO novembre 1-'J67). 601
encore de l'exercice préparé ; mais personne ne sortit, à cause de la perte de M. le Connétable. *
« Toutefois, voyant que séjourner devant Paris était leur ruine, ils décampèrent, le lendemain (12 novembre), et s'acheminèrent vers Montereau » \ La Rochefoucauld les y rejoignit avec 9.000 hommes, levés en Poitou et en Guyenne, en amenant 6 pièces d'artillerie ' . De Montereau, Condé s'achemina par la Champagne et la Lorraine vers Baccarat, sur la Meurthe, où Jean- Casimir, fils de l'électeur palatin, assemblait les reîtres et les lansquenets qu'il lui avait promis.