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LES POLITIQUES

Il restait à Charles IX un frère, François, duc d'Alençon. Ce prince, impatient de jouer son rôle dans les malheurs de la Franco, se fit secrètement le chef du parti des politiques, formé par les Montmorency * en haine de la maison de Guise.

Les politiques s'allièrent aux huguenots pour la, prise d'armes du mardi-gras. Le 10 février 1574, M. de Guitry

* Le Connétable avait cinq fils : François de Rlontmorcncy, Henri d'Amville, Gabriel de Montbéron, Charles de Mc^ru, Guillaume de Thoré, et cinq lilles : mesdames de La Trémoïlle, de Turenno, de Ventadour, de Foix-Candaie et l'abbesse de Saint -Pierre de Reims.

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devait l'aire irruption avec 200 cavaliers dans le château de Saint-Germain, et s'emparer de la personne du Roi, pendant que Montgomery débarquerait à l'embouchure de la Vire, et que La Noue et Montbrun prendraient l'oftensive, l'un en Poitou, l'autre en Dauphiné '. «Depuis le moindre capitaine jusqu'au plus simple gentilhomme, chaque confédéré devait contribuer de tout son pouvoir à surprendre quelque place forte. » Mais la Reine mère veillait : la conspiration de Saint-Germain n'aboutit qu'au supplice de ses instigateurs, La Môle et Coconnas, désavoués lâchement par le duc d'Alençon, et à l'arrestation de deux maréchaux, Montmorency et Cossé-Gonnor *.

La guerre n'en était pas moins déclarée ; Catherine de Médicis opposa le duc de Montpensier ^ à La Noue,

1 « Le roi de Navarre était aussi de cette partie et trempait dans les mêmes desseins, pour le désir d'avancer sa propre fortune et de se retirer de cette espèce de servitude dans laquelle il vivait près de sa belle-mère et du Roy, son beau-frère, outre la mauvaise intelligence qu'il y avait entre lui et sa femme. De manière que par le tumulte et le changement des aifaires, il espérait se délivrer de tous ses ennemis et s'ouvrir le chemin de la liberté, à laquelle il était grandementcnclin de sa nature. >• (D'Avila.)

2 « Ils furent encoiïrés et faits prisonniers au bois de Vincenncs, le 12 avril 1574; puis, un beau matin, ils furent menés dans un coche par les gardes françaises et suisses, tambourin battant, à Paris, dans la Bastille, où ils demeurèrent près d'un an et demi. • (Brantôme.)

3 Montpensier créa la fourniture par entreiirise en chargeant un marchand de Niort de fournir à son armt'e, pendant toute la campagne, des rations de vivres, dont la nature, le jioids et le prix moyen avaient été stipulés à l'avance.

le dauphin d'Auvergne à Montbrun, et Jacques de Matignon à Montgomery. L'armée royale de Normandie, la plus nombreuse des trois, se composait de ^.000 fantassins français, de 1.200 cavaliers, d'un grand nombre de gentilshommes volontaires servant sans paie, et de 14 pièces d'artillerie, prises dans le château de Caen et dans les villes d'alentour.

A l'exemple de Geoffroy d'Harcourt, dont il semblait l'émule, le meurtrier involontaire de Henri II conduisit vaillamment sa dernière campagne ; mais, pendant que Matignon l'assiégeait dans Saint-Lo, Jean de Villiers, maréchal de camp, courut à l'embouchure de la Vire* et s'empara de ses vaisseaux. Montgomery, chassé de Saint-Lô, se réfugia à Domfront, qui tenait pour la cause; il y fut pris, le 26 mai, et Catherine de Médicis lui fit trancher la tète.

Charles IX ne put pas assister au supplice. Tourmenté par les visions sanglantes de la Saint-Barthélémy, ce roi de 24 ans agonisait sur un lit de douleur ; il mourut quatre jours après la victoire de Matignon (30 mai 1574).

HENRI HJ.

En apprenant la mort de son frère aine, le prétendu vainqueur de Jarnac et de Moncontour, devenu roi de Pologne, quitta secrètement Varsovie pour empêcher

' Avec les 1.200 arquebusiers du régiment de Sainte-Colombe, les clievau-légers de Jean de Lavardin et 4 pièces de canon.

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son frère cadet de s'emparer de la couronne de France; il y réussit grâce à sa mère, et la cinquième guerre civile inaugura le règne de Henri III '.

Le héros de cette guerre fut Henri de Lorraine, chef de la maison de Guise, plus ardent et plus ambitieux encore que son père et grand capitaine comme lui.

Au mois de septembre 1575, le duc d'Alcnçon s'évada de la Cour et réunit en Poitou ïarmee des malcontents, que Montmorency d'Amville et le vicomte de Turenne devaient rejoindre, l'un avec 15.000 combattants, levés dans son gouvernement de Languedoc, l'autre avec les réformés d'Auvergne et de Guyenne. En môme temps, le palatin Jean-Casimir, sur la promesse que Condé lui avait faite de lui livrer les Trois-Evêchés, levait des reîtres, des lansquenets et des Suisses, en leur rappelant la grasse curée de 1568.

Deux mois avant que Varmée de Condé fût prête, une avant-garde, composée de 2.000 reîtres'', de 200

* Son premier acte militaire (1574) fut l'organisation définitive du Régiment des gardes frmiçaises à 12 compagnies, sous le commandement de Béranger du Guast, « qui fit ce régiment aussi beau que jamais». En 157S, Henri III imposa aux monastères, qui entretenaient comme moines lais les officiers et les soldats invalides, une somme annuelle, destinée à doter une maison de refuge. Les pensionnaires de cette maison devaient porter un manteau, décoré d'une croix de satin blanc bordée de bleu, avec la devise : « Pour avoir bien servi la iJatrie ». Faute d'argent, l'institution n'eut qu'une durée éphémère, et Henri IV la remplaça, le 7 juillet 1605, par la maison royale de la Charité-Chrétienne, établie à Paris, rue de l'Ourcine.

2 Ils accouraient en France

Pensant se remplumer.

gentilshommes français et de 2.000 hommes de pied de différentes nations, traversa la Champagne, sous la conduite de Guillaume de Montmorency-Thoré, pour rejoindre le duc d'Alençon.

Henri de Lorraine courut au devant de Thoré, à la tête de l.OOO lances, de 2.000 cuirasses ou arquebusiers à cheval et de i .000 fantassins français ou allemands, et le rencontra sur la Marne, près de Dormans.

Combat de Dormans (13 octobre -1375).

Les étrangers, lassés du voyage, au lieu de franchir la rivière en arrière des bois, au gué du Vergei^ soutinrent bravement l'escarmouche contre les premières troupes royales, conduites par le maréchal de camp Fervaques, par Charles de Gontaut-Biron et par Philippe le Rhingrave.

Guise, divisant le reste de ses gens en deux corps, qu'il mit au large, donna V avant-garde au comte de Laval et se réserva la bataille. « Bien qu'on combattît on rase campagne et que les Français eussent l'avantage du nombre, la victoire fut disputée pendant plusieurs heures. A la fin, Guise avec les gentilshommes qui le suivaient en la bataille, et Mayenne, son frère, avec les lanciers de l'avant-garde , dirigèrent une

El nous meUre en outrance Comme le temps passé !

{Vieille dianson.)

COMBAT DE DORMANS (15 octobre 1575). 657

attaque d'ensemble contre le gros escadron des reîtres ; ceux-ci, n'ayant que l'épéo et le pistolet, ne purent résister à la /e^r/e des lances'. Dès que l'escadron l'ut entamé, les arquebusiers et les mousquetaires de Strozzi se jetèrent hardiment au plus tort de la mêlée pour abattre les cavaliers allemands * ; des cornettes entières jetèrent leurs armes en demandant grâce.

Montmorency-Thoré passa la Seine comme il put, avec quelques gentilshommes, en abandonnant son infanterie, qui se débanda, et son maréchal de camp, Clarvant, qui fut pris.

Henri de Lorraine, le plus ardent à la poursuite, s'acharnait après un reître qui fuyait devant lui, lorsque l'allemand, « tirant par derrière son poitrinal » , l'atteignit à la joue gauche. La cicatrice en demeura au duc de Guise et lui valut le surnom de Balafré que son père avait porté \

1 « La cavalerie française est meilleure que toutes les autres. Tant que les reîtres feront leurs compagnons de leurs valets, et qu'ils tourneront à gaucho pour recharger le pistolet sans aborder l'ennemi, tant que les Italiens et les Espagnols se fieront à leurs lances et caracols, tant que les Turcs n'auront pas d'armure défensive, tous seront battus par notre gendarmerie, qui choque tête pour tête, fend les escadrons, perce au travers et s'y fait jour : c'est le meilleur combat de cavalerie. On obtient ainsi que chaque capitaine ou soldat réponde de ses coups sans que la frayeur ou l'ébranlement les fasse évanouir en l'air. » (Mémoires de Tamnncs.)

2 <■ Le peu d'arquebusiers qu'avait M. de Guise lit très bien, et les mous([uetaireSj que les reîtres n'avaient guère vus ni ouïs, les étonnèrent fort. » (Brantôme.)

j « Henri de Guise, vrai héritier en tout de son père, hérita de lui ce bonheur de battre les reîtres, plus mauvais et redoutables par renommée que [)ar effet. » (Brantôme.)

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