LA LIGUE HELVÉTIQUE
hii renaissance militaire a précédé d'un demi-siècle la renaissance des lettres et des artS;
Les capitaines de Berne ou de Zurich, en consultant les historiens de l'antiquité, apprirent les formations
de la phalange grecque et l'ordre échelonné des Romains.
« Les Suisses, dit Machiavel \ imitent la phalange grecque. Ils forment de gros bataillons qu'ils disposent sur une même ligne, ou bien, s'ils les échelonnent, ce n'est pas pour que le premier bataillon puisse se retirer dans les rangs du deuxième, comme dans la tactique romaine, mais c'est pour que tous les bataillons puissent se protéger et se flanquer mutuellement.
« Dans ce cas, ils placent un bataillon en avant et un autre en arrière, un peu sur la droite du premier, de manière que, si celui-ci a besoin d'être secouru, le second puisse venir promptement à son aide.
c< Un troisième bataillon est derrière, à portée de coulevrine ' (150 mètres environ).
' Histoire de Florence, lu24.
2 Les Suisses adoptèrent les armes à feu, ea 1422, après l'échec qui leur enleva Bellinzona. Cette rencontre est instructive : ■
« Carmagnola, condottiere au service de Philippe-Marie Visconli, duc de Milan , ayant rencontré dans les plaines de la Lombardic 18.000 Suisses, tous piquiers, s'en alla au-devant d'eux, quoiqu'il n'eût que 6.000 chevaux et quelque infanterie à leur opposer.
« Au premier choc, les Milanais furent rompus et mis en fuite, mais Carmagnola ne se découragea pas; la honte lui servant d'aiguillon, il rallia sa cavalerie et revint à la charge.
« A une*certaine distance de Tennemi, il lit mettie pied à terre à ses gens d'armes armés de toutes pièces; ceux-ci fondirent, serrés et en bon ordre, sur les Suisses.
n On en vint aux mains: les Milanais s'ouvrirent un passage à travers la forêt de piques. Quand ils furent au milieu des Suisses, les piques devinrent inutiles et sans ctïet, à cause de leur trop grande loneueur.
LA LIGUE HELVÉTIQUE. ii
« Cette distance laisse aux deux premiers bataillons assez d'espace pour se retirer, s'ils sont battus.
« Elle permet au troisième bataillon de se porter en avant sans heurter les deux autres ; car une grande multitude ne saurait s'intercaler dans les rangs aussi facilement qu'une troupe peu nom1:)reuse.
« Chaque bataillon est formé en redoute, c'est-à-dire en carré plein, avec les piquiers au centre, sur sept ou neuf rangs ; les arbalétriers et les coulevriniers à l'extérieur ; le capitaine en avant, le lieutenant en serrefiles et l'enseigne au milieu du premier rang des piquiers. »
On marche dans cet ordre.
« La tuerie fut. d'au tan L plus aflVeuse que, le premier rang rompu, les autres ne pouvaient plus relever les piques pour les opposer à l'ennemi qui les serrait de trop près. Les rangs encore intacts pressaient, en reculant, ceux qui étaient derrière, et ceux-ci, par un courage mal entendu, pressaient i'c\)\. qui étaient devant. Si bien que celte presse réciproque empêcha les Suisses de laisser tomber leurs piques pour mettre l'épée à la main.
« De ces 18.000 Suisses, il ne s'en sauva que 3.000 qui mirent bas les armes ; le reste fut étendu mort sur le champ de bataille.
« Cet exemple remarquable prouve l'ascendant que l'audace et l'habileté ont sur le nombre. » (Folard.)
Le titre du grand ouvrage auquel nous empruntons cette citation est une curiosité :
« Histoire dePolybe, nouvellement traduite du grec par dom Vincent TImillier, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur ; avec un commentaire en un corps de sciences militaires, enrichi de notes critiques et historiques, où toutes les grandes parties de la guerre, soit pour l'offensice, soit pour la défensive, sont expliquées, démontrées et représentées en figures; ouvrage très-utile, non-seulement aux officiers généraux, mais même à tous ceux qui suivent le parti des armes .par M. de Folard, chu'
fi CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
Si l'ennemi se présente pendant la marche, les piquiers s'arrêtent, les coulevriniersy dirigés par le lieutenant^ se déploie?ît en tirailleurs, en avant et sur les flancs.
Quand les tirailleurs sont forcés de se replier, ils se rallient derrière les piquiers.
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Capitaine.
Lieutenant.
Enseigne. Enfant perdu.
Fig. 137. 1
valier de l'ordre militaire de Saint-Louis, mestre de camp d'infanterie. 8 volumes, Paris, 1727. »
« Nous avons fidèlement reproduit, dans la figure 137, les indications de Machiavel.
Les 3 bataillons A, B, G ont été d'abord disposés sur la même ligne; chacun ayant ses piquiers au centre, sur 9 rangs, et ses arbalétriers ou coulevriniers aux flancs.