LA LIGUE HELVÉTIQUE
Ceux-ci alors forment le hérisson * en croisant le fer des piques, ou bien ils s'élancent à la charge, sans rompre leur ordonnance.
Par un pacte solennellement consenti à Zurich % le 10 juin 1390, les Helvètes s'étaient imposé une discipline sévère.
« Lorsque, sous les bannières déployées de nos villes « et de nos cantons, nous marcherons contre nos enne- « mis, alors, braves comme nos ancêtres ' , nous reste- « rons ensemble, courageux et loyaux.
Puis les bataillons se sont échelonnés, à portée de coulevrinc A' B, C pour marcher en ordre de combat.
En présence de l'ennemi, les bataillons, l'artillerie et le charroi ont fait halte. Les coulevriniers du bataillon de tête A' se sont portés eu avant, sous les ordres du lieutenant, pour se déployer en tirailleurs E, E', E" et engager l'escarmouche; ils sont soutenus en arrière par les arbalétriers r,r' ,r" qui sont les renforts. Les piquiers ont formé le hérisson A' en croisant leurs longues lances : c'est la réserve de la ligne de combat.
Le 2« balaillon B détache ses coulevriniers {cou), conduits par le lieutenant, pour renforcer les tirailleurs du bataillon de droite; ses arbalétriers se tiennent prêts à marcher.
C'est le bataillon de deuxième ligue.
Le 3* bataillon forme la réserve, à peu de distance du convoi (ch.) qui couvre son flanc. Ce convoi a une garde spéciale Y, Y'.
En cas d'échec, on organiserait promptement une enceinte de voilures et de chariots, afin de protéger la retraite des deux autres bataillons.
* Cette formation n'est pas nouvelle : nous avons vu les routiers de Renaut de Boulogne s'en servir h. Bouvines, en 1211. {TomeI,page'itî\.)
2 Les signataires du traité de Zurich étaient les confédérés des villes libres et des cantons de Zurich, Lucerne, Berne, Soleure, Zug, Uri, Schwitz, Unterwalden et Glaris.
3 Depuis la bataille d'Autun (ri8 ans avant J.-C). si glorieuse pour
s CHARLES LE TEMERAIRE.
« Celui qui sera convaincu, par deux témoins, d'avoir « abandonné les rangs ou d'avoir manqué à quelque « obligation imposée par la loi, sera arrêté par les « magistrats de sa ville ou de son canton, et il sera c< puni dans sa personne ou dans ses biens. Ce sera un « avertissement pour les autres.
« Celui qui devant l'ennemi recevra un coup d'épée, « un coup de lance ou toute autre blessure, le mettant « hors d'état d'agir encore pour lui et pour l'armée, « ne devra pas abandonner ses compagnons d'armes ; « il attendra auprès d'eux l'issue du combat.
« Tous les confédérés défendront le champ de « bataille et harcèleront l'adversaire jusqu'à la fin du « péril.
« Souvenons-nous qu'à Sempach ' l'ennemi s'est
les vaincus, le territoire des Helvèlcs, englobé par César dans la grande Séquanaise, avait partagé les vicissitudes de l'empire romain.
Comprise dans le royaume d'Arles, rHclvélie était devenue, en 930, une province immédialc de l'empire germanique.
Peu à peu, certaines de ses cités avaient été déclarées villes libres impériales, et, jusqu'en 4273, ses trois cantons forestiers, Uri, Schwitz et Untcrwalden, avaient vécu indépendants sous le patronage des empereurs.
La maison de Habsbourg resserra le joug. La cruauté de ses baillis réveilla chez les Helvètes leur antique passion pour la liberté, et, le 4"^' janvier J308, la Ligue helvétique tenta de chasser les impériaux de ses montagnes ; elle y réussit après lu sanglante victoire de Morgarten (131 S).
En 13G3, la Suisse était un pays libre de tout lien monarchique ou féodal. En vain la maison d'Autriche essaya-t-elle d'y rentrer : les Suisses furent encore vainqueurs à Buttisholz (1378), à Sempach (1386) et à Nœfels (1388).
* Sempach, sur la rive orientale du lac de Sempach (canton de
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« rallié peinlant qu'on pillait son camp et qu'il aurait « souffert bien davantage sans notre ardeur au pillage. « Que désormais personne ne songe au butin avant « que les chefs ne l'aient permis.
« Tout ce qu'on trouvera sera remis aux chefs; ils « répartiront les prises, d'après l'effectif des contin- « gents, entre ceux qui auront participé à l'action.
« Puisque le Dieu tout-puissant a déclaré que les « églises étaient ses demeures, puisqu'il a renouvelé, « par une femme, le salut du genre humain, notre « volonté est qu'aucun des nôtres ne se permette de « forcer, de piller, de dévaster, d'incendier les églises, « couvents ou chapelles, ni d'attaquer à main armée, « de blesser ou de frapper les femmes et les fllles.
« On peut cependant poursuivre ses ennemis ou leurs « biens jusque dans les églises. On n'épargnera pas <.< les femmes qui nous attaqueraient en poussant des « cris si perçants, qu'il pourrait en résulter un grave « préjudice pour nos armes '. »
Nous avons dit comment, en 1444, 6.000 Suisses tinrent tète pendant toute une journée aux 40.000 Ecorcheiirs, Armignacs ou Malandrins, amenés par le dauphin Louis sous les murs de Bâle.
Lucerne), est restée célèbre dans les annales de Tindépendance helvétique par la victoire que les confédérés y remporicrcnt, le 9 juillet 1.386, sur le duc Léopold d'Autriche. Un capitaine suisse, Arnold de Winkelried, décida la victoire en se jetant sur les lances des hommes d'armes, rangés en plialange, et en se faisant tuer pour ouvrir ainsi un passage à ses compagnons.
1 Jean de Mùller, Histoire de la Confédération suisse. Leipzig, 1780.
Les héros de Saint-Jacques se servaient déjà de canons placés sur des affûts à roues et surmontés de manteaux en bois qui protégeaient les servants *.
Fig. 138.
Le courage des montagnards suisses avait plu à leur vainqueur : Louis XI songeait déjà à les associer à ses vastes projets * lorsque leur fierté républicaine exaspéra le tout-puissant Charles de Bourgogne.
Le grand duc d'Occident, qu'on nommait Charles le
ï Ces tarras-bnchsp , mis en usage dès 1443, constituaient un progrès fort remarquable; car déjà ces canons, mobiles sur deux roues et d'un emploi facile, égalaient par leur effet, s'ils ne les surpassaient pas, les anciennes machines de jet, plus compliquées, d'un transport beaucoup plus embarrassant, d'un service moins commode et moins sûr.
2 Le 13 août 1470, Louis de Saineville et Jean Briçonnet, maire de la ville de Tours, ambassadeurs du roi et chargés de ses pleins pouvoirs, conclurent avec les envoyés de Berne, représentant aussi Lucerne, Uri, Schwitz, Unterwalden, Zug et Glaris, un traité d'alliance entre les ligues suisses et le roi. Ce traité stipulait :
« Au cas cil monseigneur le roi voudrait faire la guerre au duc de Bourgogne, ou le duc de Bourgogne au roi , nous et nos chers confédérés les seigneurs de la haute Allemagne, nous ne devrons, ni par