II
Milan, afin d'ouvrir la route ci l'armée du roi, et de tenir tête aux troupes napolitaines que le duc de Calabre, flls de Ferdinand II, avait rassemblées dans les Romagnes.
L'armée de Charles VIII comptait près de 50.000 hommes :
3.600 lances (21.600 chevaux); 10.000 archers ou arbalétriers bretons; 8.000 hacquebutiers gascons; 8.000 piquiers suisses et allemands.
L'artillerie, composée de 140 grosses pièces, de 200 canons légers et de 100 hacquebutes à croc, était partie de Lyon.
Le grand-maître, Guy de Lauzières, l'avait partagée en deux convois, sous l'escorte des pionniers chargés de préparer les chemins et d'aider au transport du matériel.
« Icelle artillerie fut mise et chargée en bateaux audit lieu de Lyon, partie pour aller sur mer et l'autre pour être menée par voyages *, jusqu'aux lieux et places où le roi et son conseil avaient ordonné \ »
Le roi passa le mont Genèvre, le 2 septembre, et alla coucher à Oulx en Piémont, d'où il gagna Turin.
Là, il apprit que le duc d'Orléans avait déjà dispersé à Rapallo, les troupes napolitaines'.
' Par étapes.
2 Commincs.
"' La floUe napolitaine, composée de 35 galères légères, de 18 na-
LE VOYAGR DE IVAI'fJ-:s.
Fig. 100.
-lOO LA CONQUÊTE DE NAPLES ('l494-9o).
C'était d'un bon augure pour l'expédition.
La terreur qu'inspiraient l'artillerie française et la mauvaise guerre ' que faisaient les Suisses, transformèrent le voyage deNaples en une marche triomphale.
vires et de plusieurs autres moindres vaisseaux, portait une nombreuse artillerie, 3.000 hommes de débarquement et les bannis génois qui promettaient une victoire complète au frère du roi deNaples, l'amiral don Frédéric, prince de Tarente. Mais avant que celte tlottc arrivât en vue de Gênes, le bailly de Dijon, Aqtoine de Bessey, y était entré avec 2.000 Suisses îi la solde du roi de France, et Ludovic Sforza y avait envoyé quelques compagnies d'infanterie, commandées par Gaspard et Antoine de San-Sévérino.
L'arrivée du duc d'Orléans, à la fin d'août, avec la flotte de Marseille et de Villefranche, retint Gênes dans le devoir. Don Frédéric n'osa pas attaquer les Français ; il .alla lever à Livourne quelques renforts d'infanterie, débarqua, à 20 milles de Gènes, Objetto de Fiesque avec 3.000 piétons, puis il s'éloigna à toutes voiles, pour ne pas affronter la flotte française.
Fiesque s'était emparé du bourg de Rapallo et courait le pays. Pour en avoir raison, le duc d'Orléans, s'étant embarqué avec un millier de Suisses sur la flotte française (18 galères, 6 galions et 9 gros vaisseaux), bombarda Rapallo du côté de la mer, pendant que l'infanterie italienne, venue de Gènes par la grand'roule, lui donnait l'assaut au nord-ouest.
L'action s'engagea dans la soirée du 8 septembre. < Les Aragonais avaient pris position près du pont de Rapallo, entre le bourg et la mer, en un lieu escarpé, comme l'est toute cette côte. La première atlaque des Suisses échoua ; troublés de combattre sur un terrain où ils ne pouvaient pas déployer leurs bataillons, ils commençaient déjà à se retirer, lorsque quelques paysans italiens, habitués à combattre dans les rochers, vinrent assaillir de toute part les Aragonais. Ceux-ci, battus en flanc par l'artillerie de la flotte française, qui s'était approchée du rivage le plus qu'elle avait pu, s'enfuirent dans la montagne en laissant sur le champ de balaillc une centaine de morts. Celait une perte énorme et sans précédent, depuis quatre siècles, dans les annales de la guerre en Italie. » (Guicciardini).
* La mauvaise gicerre, c'était le droit de tuer indistinctement tous
LE VOYAGE DE NAPLES. m
Cependant cette marche fut lente et confuse, parce que le jeune roi faisait séjourner son armée partout où il trouvait des fêtes pour lui et du pillage pour elle.
On se dirigea sur Florence par le pas de Suze, Turin, Asti (où une maladie du roi fit perdre 15 jours), par Casai, Pavie, Plaisance, Parme et le défilé de Pontremoli.
A Sarzane, le parc d'artillerie s'augmenta de 40 grosses pièces venues par mer. On suivit la côte jusqu'à Pise; de là, on remonta l'Arno jusqu'à Florence, dont le moine Savonarole ouvrit les portes aux Français, le 17 novembre.
Le 28, l'armée se dirigea vers les États de l'Église, par Sienne et Viterbe. A Signa, d'Aubigny fit sa jonction avec le roi, après avoir chassé Ferdinand d'Aragon des Romagnes.
Charles VIII arriva sous les murs de Rome, sans avoir eu à livrer bataille. Il y fit son entrée par la Porte du Peuple, dans la soirée du 31 décembre, à la lueur des torches.
les prisonniers. Martin du Bellay nous l'apprend dans ses mémoires : « En io24, 200 prisonniers suisses ayant été égorgés par l'ordre de Jean de Médicis, leurs concitoyens demandèrent qu'on leur permît de faire la mauvaise guerre, ce qui leur fut accordé; de sorte que, durant trois semaines, aucun des ennemis ne tomba entre les mains desdits Suisses qu'il ne fût massacré; si l'on amenait quelques prisonniers à notre camp, il leur était permis de les tuer. »