BAYARD
Le chef de la guerre folle, le rebelle vaincu à Saint- Aubin-du- Cormier, devait être un roi belliqueux.
Mais il fut aussi un roi indulgent, économe des deniers publics, secourable aux pauvres gens, et, s'il perdit l'Italie après l'avoir de nouveau conquise, il gagna du moins le beau titre de « Père du peuple. »
Le règne de Louis XII marqua l'apogée de la gendarmerie de France.
Il y eut, à la fin du XV siècle, entre les chevaliers des compagnies d'ordonnance, une généreuse émulation de prouesses et une soif de gloire, qui furent partagées par leurs adversaires. Les coups d'audace les plus inouïs, les défis les plus téméraires devinrent une habitude'; pour les gens de guerre de cette époque, le mot iinpossibte n'était pas français.
L'histoire a conservé une longue liste de valeureux capitaines et de chevaliers sans reproche, parmi les-
quels Bayard, Louis d'Ars, Ligny, La Palice et Gaston de Foix sont restés légendaires.
C'est à Fornoue que Bayard s'était fait connaître.
« A la première charge, le Bon Chevalier sans peur et sans reproche s'était porté triomphalement par dessus tous, en la compagnie du gentil seigneur de Ligny son bon maître, et il avait eu deux chevaux tués sous lui. Charles VIII lui avait baillé 500 écus; mais, en récompense, le bon chevalier lui avait présenté une enseigne de gens de cheval, qu'il avait gagnée dans la poursuite» '.
Pendant la campagne de 1499', qui nous rendit le
1 Le Loyal Serviteur.
2 L'armée française, rassemblée à Asti sous le commandement de La TrémoïUe, se composait de IG compagnies d'ordonnance (1.600 lances ou COCO chevaux), de o.OOO Suisses, portant l'ours de Berne sur leurs enseignes, de 4.000 Gascons et de 4.000 aventuriers français, avec 58 pièces d'artillerie (bombardes, basilics, serpentines ou coulevrines).
Elle se mit en marche, le 13 août 1499, dans la direction d'Alexandrie, où le lieutenant de Ludovic Sforza, Galéas de San-Sévérino, s'était réfugié avec l'armée lombarde.
Le sac d'Alexandrie, que les capitaines français ne purent empêcher, réveilla la haine des Italiens contre les Français.
« L'artillerie ayant été dans la nuit taudissée, chargée^ assise et affûtée devant les fossés à un jet d'arc de la ville, malgré une pluie torrentielle qui avait rempli d'eau les tranchées^ la canonnade commença au point dujourj avec un fracas si épouvantable qu'il semblait que Vulcain eût mis en besogne tous les marteaux de sa forge. Bientôt la brèche fut si largement ouverte que 300 hommes y eussent passé de front. Alors, pour combler les fossés^ serviteurs et laquais apportèrent des fagots et des ramées^ sans se soucier des pierres et des traits^ aux-
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Milanais, Bayard, appartenait encore à la compagnie d'ordonnance de Louis de Luxembourg, comte de Ligny et de Saint-Pol.
Quand Louis XII retourna en France ^ , en laissant à
quels ils ne répondaient que par des sauts de joie et des gambades, car, ne demandant que le pillage, ils étaient impatients d'cnlendrc le cri de Vassaut, »
L'armée lombarde évacua la ville, que Chabannes de la Palice et Yves d'Alègre occupèrent avec leurs compagnies d'ordonnance, pendant que d'autres capi laines gardaient les portes pour empêcher les gens de pied d'entrer dans Alexandrie. Mais les gens de pied, voyant que les premiers entrés avaient mis la main aux boutiques, pénétrèrent, au nombre de 7 à 8.000, i)ar l'ouverture des murailles, en disant qu'ils voulaient avoir leur part du butin.
• Le comte de Ligny se jeta seul au devant d'eux, l'épée à la main, et les chargea à tour de bras en leur faisant défense d'aller plus loin, sous peine de la hart, pendant que le seigneur de Saint-Simon leur ordonnait, d'une fenêtre, de se retirer. Deux ou trois flèches sifflèrent aux oreilles du comte de Ligny, et les piétons passèrent fièrement devant lui, arbalètes bandées, piques ou hallebardes sur l'épaule.
« Alors la licence n'eut plus de frein; les soudards enlevaient les meubles et les marchandises; tout ce qu'ils pouvaient prendre par force et emporter, leur semblait de loyal acquit. Pour mieux célébrer la loi cruelle de guerre, ils mirent le feu dans Alexandrie et la désolèrent comme une ville prise d'assaut.
« Trivulcc fit pendre les principaux auteurs de ce hiitin, mais tous les gens de pied étaient prêts à commcllrc les mêmes excès à la première occasion. » (Paul L. Jacob, bibliophile (Paul Lacroix). Histoire du XVP siècle en France, d'après les originaux manuscrits et imprimés. Paris, L. Mame, 1834).
Il n'y a malheureusement que quatre volumes, devenus fort rares, du remarquable ouvrage de M. Lacroix ; le 5° a été détruit dans un incendie, enl836j et le savailt auteur, privé des matériaux qu'il avait réunis au prix de longues recherches, a dû reiioncer à conduire jusqu'à 1610 ce monument du XVP siècle, « qu'il avait taillé dans le marbre. »
* Après la prise d'Alexandrie, Gênes et loutes les villes du duché de
I4i LA GENDARMERIE DE FRANCE (I'i99-1507j.
Triviilce le gouvernement du Milanais, le Bon Chevalier demeura en Italie, « parce qu'il désirait les armes sur toutes choses, et qu'il imaginait bien que le seigneur Ludovic le More, étant allé chercher secours en Allemagne, ne tarderait pas à revenir en puissance et qu'il y aurait encore à combattre. »
Milan fut en effet surpris, le 5 février 1500.
Baj^ard tenait alors garnison à 20 milles de Milan, « avec d'autres jeunes gentilshommes, qui faisaient chaque jour courses les uns sur les autres, belles à merveilles.
« Un soir, il fut averti qu'il y avait dans Binasco ' 300 chevaux italiens, qui seraient bien aisés à défaire.
« Il pria ses compagnons que leur plaisir fut de les aller visiter avec lui.
« Tous s'apprêtèrent de bon matin et s'en allèrent, jusqu'au nombre de 40 ou 50 hommes d'armes, pour essayer s'ils feraient quelque bonne chose.
« Messire Jean Bernardin Cazachio, le capitaine de
Milan se tournèrent françaises. Ludovic Storza se réfugia à Inspruck, auprès de l'empereur Maximilien, et le château de Milan capitula le 1-4 septembre; Louis XII accourut de Lyon pour faire son entrée triomphale à Milan, le 6 octobre ; il traita avec bonté ses nouveaux sujets et prit, de concert avec son conseiller habituel le cardinal Georges d'Amboise, de sages mesures qui auraient fait accepter la domination française par les Lombards, si le nouveau gouverneur du Milanais, Trivulce^ n'avait songé à ses amitiés et à ses rancunes particulières, plutôt qu'aux intérêts de sa patrie d'adoption. i Sur le Naviglio Grande, à 16 kilom. au sud-ouest de Milan.
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Binasco, était tros-gentil chevalier, sage et avisé à la guerre. Il avait aux champs bonnes espies, qui lui apprirent comment les Français cheminaient pour le venir trouver, et il ne voulut pas attendre d'être pris au nid. Il se mit, de sa part, en ordre, et se tira hors des barrières de la ville, à portée de deux ou trois jets d'arc.
« Quand le capitaine lombard eut avisé ses ennemis, il eut grande joie ; car, au peu de nombre qu'ils étaient, il pensa qu'ils ne lui feraient pas de déshonneur.
« Français et Italiens commencèrent à approcher les uns contre les autres, criant, ceux-ci :
— « France ! France !
« Ceux-là :
— « More ! More !
et, à l'aborder, il y eut grosse et périlleuse charge, car, des deux côtés, il en fut porté à terre qui, cà grandpeine, remontèrent à cheval.
« Qui eût vu le bon chevalier faire faits d'armes, entamer les têtes, couper bras et jambes, l'eût pris plutôt pour un lion furieux que pour un galant damoisel.
« Bref, ce combat dura une heure, sans qu'on pût dire à qui était l'avantage; ce qui fâcha fort le bon chevalier :
— « Hé! Messeigneurs, dit-il à ses compagnons, si « peu de gens nous retiendront-ils toute la journée? « Si les Lombards qui sont dans Milan en étaient aver- « tis, pas un de nous ne se sauverait. Donc, prenons cou- « rage, je vous en supplie, et poussons-les par terre ! »