‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 67 sur 152 · LE ROSIER DES GUERRES · texte numérisé non relu

LE ROSIER DES GUERRES

— « Nous travaillons en vain, ce gros garçon gâtera « tout! »

Avait dit Louis XII de son cousin, François d'Angoulème, l'héritier de sa couronne '.

Cependant jamais règne ne commença sous de plus heureux auspices.

Le nouveau roi, dans tout l'éclat de ses vingt ans, « était de belle taille, bien proportionné de membres, beau de face, avec une telle majesté au visage que tout

' « Il l'avait fait élever aux études dans le collège de Navarre, à Paris ; et, bien que François n'y eût pris qu'une très médiocre teinture de la langue latine, néanmoins le peu qu'il savait lui donnait un grand goiit des sciences, particulièrement de Vastronomie, de la physique, de l'histoire naturelle et de la jurisprudence. Il avait auprès de lui les plus habiles gens de son royaume, qui s'entendaient à lui faire des discours méthodiques de ces belles connaissances; le plus souvent, durant son dîner, quelquefois à la promenade ou dans son cabinet. Il profita si bien de leurs entretiens, qu'il devint aussi habile que ses maîtres. •> (Mézeray, Histoire de France.)

en lui ressentait de la grandeur royale. Eloquent au possible, homme de bon discours, il prenait un singulier plaisir à ouïr les hommes rares parler devant lui ; à leurs raisons il ajoutait souvent les siennes, si pertinentes que la plupart admiraient sa gentillesse et sa subtilité. » '

Mais c'était surtout de la guerre que François P'' aimait à s'entretenir, avec les merveilleux capitaines ' qui l'avaient dirigé dans ses premières campagnes, en Navarre contre les Espagnols, en Picardie contre les Impériaux et les Anglais.

Les dernières négociations de Louis XII semblaient au nouveau roi autant d'humiliations, dont il fallait tirer une prompte vengeance ; aussi employait-il les heures de repos que lui imposaient les fatigues de la chasse, ou les horions reçus dans les tournois \ à étudier, dans le traité de Machiavel *, les devoirs d'un roi belliqueux.

^ Jean Rabel, Histoire de François i""'.

® « Louis XII eut de son temps les meilleurs capitaines qu'eut jamais roi de France depuis les 12 pairs de Charlemagne. » (Brantôme.)

3 « Le 29 novembre 1ol4, mon fils courant en lice aux Tournelles, fut blessé entre les deux premières jointes du petit doigt, environ 4 heures après midi. » [Journal de Louise de Savoye.)

* • C'est une nécessité pour un prince de se donner tout entier à l'étude de la guerre. En temps de paix, il doit tenir ses soldats en haleine et se livrer à la chasse. Cet exercice, en l'habituant à la fatigue, lui apprendra Yassiette des lieux, la pente des montagnes, les entrées et les issues des vallées, la largeur des plaines, la nature des cours d'eau et des marais; de cette façon, il connaîtra, non-seulement son pays et la manière de le défendre, mais encore les autres pays qu'il a intérêt à connaître; car les collines, les vallées, les plaines, les ri-

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Admirateur de Louis XI, « qui avait eu bien raison, disait-il, de mettre les rois hors de pages, » il savait par cœur les maximes du Rosier des guerres ', que le général de Montlhéry avait rédigé pour ses successeurs.

Voici les principales de ces maximes :

« Celui-là est digne d'être chevalier, qui a l'oeil ouvert, la tête droite, la poitrine large, les bras gros et carrés, le cou gros, les doigts longs, le ventre petit, les reins larges, les cuisses et les pieds nerveux et

vières et les marécages de la Toscane, par exemple, ont une certaine ressemblance avec ceux des pays voisins. Bien connaître une province, c'est apprendre le terrain en général.

« Cette étude est le premier devoir d'un bon capitaine; c'est celle qui lui apprend à reconnaître l'ennemi, à établir son camp, à diriger son armée, à livrer les batailles ou à assiéger les villes. Lorsque Pliilopœmen voyageait avec ses amis, il s'arrêtait souventpour leur demander :

— a Si l'ennemi était sur cette colline, et que notre armée fût ici, qui aurait l'avantage de la position ?

— « Comment pourrions -nous aller à l'ennemi et l'attaquer dans les formes ?

— « Par oîi nous retirerions-nous en cas d'écbec?

— « Comment poursuiverions-nous en cas de succès? »

« Il examinait tous les cas qui peuvent se présenter à la guerre, recueillait les avis et donnait lésion avec toutes les raisons h l'appui. De cette façon, quand il faisait la guerre, il ne lui arrivait jamais rien qu'il n'eût prévu.

• Un prince doit encore nourrir son esprit en recueillant dans l'histoire les actions des grands capitaines, les causes de leurs victoires et de leurs revers. C'est ainsi qu'Alexandre a imité Achille, César Alexandre et Scipion Cyrus. » (Le Prince.)

* Le manuscrit de Louis XI fut imprimé in-folio par ordre de François I*', en 1523, sous le titre « Rosier historial de France ». Le président d'Espagnet eu a donné l'édition la plus connue. (Paris. Nicolas Buon, 161 G.)

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durs ; on doit, dans un chevalier, rechercher la force plutôt que la grandeur de la stature.

« Il est rare qu'on puisse férir bons coups d'épée ou de hache, quand on n'a appris qu'à tenir la plume, l'aiguille ou le rasoir '.

« Le chevalier doit avoir sens, force, hardiesse, loyauté et exercice de son art.

« Sens de chevalier fait plus pour la victoire que multitude de gens ou force des combattants.

« Quand on jette dard en la bataille % le chevalier, par sa hardiesse, vient courant et saillant; il ébahit la pensée et les yeux de ses adversaires, et les navre avant qu'ils se soient mis en garde ou qu'ils se soient préparés à se défendre.

« Le loyal chevalier n'est pas corruptible ; il aimerait mieux mourir que de servir en rien les ennemis du royaume ou faire une vilaine fuite.

« C'est pillard et non chevalier qu'il faut appeler celui qui, ordonné pour la garde et la défense du droit commun et bien payé de ses gages, vit nonobstant sur le commun. »

Quant au prince :

« Il n'a pas au monde de moyen plus sûr pour défendre son bien que d'être aimé de ses gens ; le plus épouvantable c'est d'en être craint.

1 Ceci était sans doute une épigramme de Louis XI à l'adresse de son barbier Olivier le Daim, qui tranchait du gentilliomme depuis qu'il avait été ambassadeur à Gand.

2 Contre les cens de trait ou de canon.

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