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258 LL ROI CIIEVALlEIi.
3" Être assisté de bons et loyaux conseillers, usités et accoutumés d'armes et de batailles ;
4° Laisser ignorer où il veut aller; plus le conseil sera tenu secrètement et mieux l'entreprise réussira ;
5" Mettre l'élite de ses gens de guerre dans l'endroit qu'il croira le plus périlleux;
6" Avoir, dans chaque bataille, des coureurs et chevaucheurs bien montés et loj^aux ;
7° Tenir l'armée bien rangée et ordonnée par batailles, de manière que si l'ennemi survient à l'improviste, il la trouve en bonne ordonnance et toujours appareillée de combattre ;
8° Savoir s'il dispose de plus de cavalerie que d'infanterie ou réciproquement, et quelle est la plus grande force de l'armée ; se rappeler que c'est en plein champ que les gens de pied combattent le mieux.
« Le prince connaîtra, comme tout bon capitaine, les cinq manières de former une troupe en bataille.
La première, en ligne longue et étroite; ce qui n'est bon que pour défendre un port (passage) ;
La seconde, en carré; c'est la pire ;
La tierce, en manière de force ou de tenaille ; c'est la meilleure ;
Là quatrième, en écii;
La cinquième, en cerck.
Pour bien juger de la formation à choisir, on considérera l'artillerie des deux partis.
Li' uosiEu iji:s Gui-:[mi:.s. 259
« Sept clioses donnent l'avantage à la guerre :
1" Un bon ordre de bataille et la ^supériorité en artillerie et en gens de guerre ;
2" La position ;
3" Les circonstances atmosphériques : le vent, la pluie, le soleil, avantageux ou contraires ;
4° La connaissance qu'on a de l'approche de l'adversaire avant d'être attaqué ;
S" Être reposé et repu ;
6" Avoir concorde et amour entre soi ;
7" Savoir, peu ou prou, les projets de l'adversaire.
c< Les occasions favorables pour une attaque sont :
1° Le moment où l'ennemi est lassé de cheminer;
2° Quand il passe une rivière ; qu'il est engagé dans un défilé ou embourbé en terrain marécageux;
3° Quand il gravit une montagne ;
4° Quand il a le soleil, la poussière et le vent dans les yeux ;
5° Pendant qu'il dort ou qu'il se repose ; à la condition que les troupes qui attaquent soient reposées elles-mêmes et qu'elles aient mangé.
« Si on est bien appareillé, prêt et ordonné, et si l'on surprend l'adversaire avant qu'il ait ordonné ses batailles, alors il se trouble, il hésite; et c'est la moitié de la victoire que d'avoir troublé son ennemi avant le combat.
« En résumé, il faut laire ce qui est profitable aux
siens et nuisible à l'adversaire. Coutume ' aide plus en bataille que vertu ; mais souvent lieu " aide plus que vertu, et vertu plus que multitude. »
« Un petit nombre de gens bien avisés est plus digne d'avoir victoire que grande multitude rude et sans enseignement. »
« Art et sagesse valent mieux que puissance \ »
CAMPAGNE DE -lolo.
Pour entreprendre, à son tour, la conquête du Milanais, François F'' était assisté des bons et loyaux conseillers que prescrivait Louis XI; mais, outre les gens bien avisés qu'il avait, en grand nombre, il disposait de 60.000 hommes et de 30.000 chevaux.
C'était la plus nombreuse armée qu'un roi de France eût réunie depuis Bouvines, et cette armée devait trouver en Italie de vaillants alliés.
Venise, menacée par les Espagnols, appelait les Français et leur assurait un renfort de 16.000 soldats aguerris, commandés par le célèbre Alviano. Gènes promettait d'ouvrir ses portes à François V\ en haine du duc de Milan.
' L'expérience.
- La position topographique.
"> « Tout l'avantage de la guerre ne gît pas en multitude de légions d'hommes armés, mais seulement en sûre conduite des sages capitaines, droite exécution de preux soldats et vigoureuse défense de juste querelle. » ( Discours de La Trémoille, rapporté par Jedn d'Âulon.
CAMPAGNR DE 151 5. 264
Cependant Maximilien Sforza avait formé une nouvelle ligue avec l'empereur Maximilien, le roi d'Espagne Ferdinand le Catholique et le pape Léon X.
Pendant que l'armée de cette ligue se concentrait à Plaisance, sur le Pô, 20.000 Suisses venaient s'établir à Suse, au débouché des cols du mont Genèvre et du mont Cenis, afin de fermer aux Français les seules routes qu'on eût suivies jusqu'alors pour pénétrer en Piémont.
Lyon avait été désigné comme point de rassemblement de l'armée française.
Le duc de Gueldre et Robert de la Mark, seigneur de Sedan, y avaient conduit 26.000 lansquenets; la fameuse bnnde noire, reconstituée par le capitaine Tavannes et portée à 6.000 combattants, était le corps d'élite de cette infanterie allemande.
Pedro Navarro, le glorieux vaincu de Ravenne, devenu Français par vengeance contre Ferdinand le Catholique qui l'avait accusé de lâcheté, avait amené de INavarre, de Biscaye et de Gascogne, 10.000 gens de trait.
Il était venu le même nombre d'aventuriers français, sous les capitaines Georget, Bonnet et Maiilevrier.
Le grand maître do l'artillerie, Jacques Galiot de Genoilhac, avait réuni à Lyon 72 gros canons et plus de 300 pièces légères, avec un nombreux matériel « à la mode française», qu'escortaient 2.500 pionniers, outre les artillers.
François P'' arriva à Lyon le trois août iSlS, avec
lo connétable Charles de Bourbon', les trois maréchaux de France, Lautrec, Trivulce et La Palice, et un maniflque cortège de princes, de grands seigneurs et de capitaines illustres ^
La maison du roi, la noblesse volontaire et la gendarmerie formaient une force irrésistible de plus de 3.000 armures de fer, suivies d'un grand nombre de pages, d'archers et d'arbalétriers à cheval. l.SOO chevau-légers devaient faire le service d'éclaireurs et les reconnaissances.
De Lyon, cette armée alla, par différents chemins, se concentrer à Grenoble et à Briançon.
Mais, au moment de franchir le pas de Suze, François P'" apprit que le passage était gardé par les Suisses, et que Prosper Colonna, avec 700 cavaliers pontificaux, se tenait en embuscade aux environs de Saluées, « se flattant de prendre les Français comme pigeons en cage. »
PASSAGE DES ALPES (août iSlo).
Cette prétention piqua l'amour-propre des capitaines
< Fils de Gilbert de Montponsier, descendant direct du sixième fils de saint Louis, Robert comte de Clermont et sire de Bourbon ; il avait épousé, en iSOo, sa cousine Suzanne de Beaujeu, fille du duc Pierre II de Bourbon, gendre de Louis XI.
2 Les ducs d'Alençon et de Vendôme, Claude de Lorraine, seigneur de Guise, Bavard, Himbcrcourt, Aubigny, Béarn, Bussy d'Amboise, La Clavette, Sancerre, Fleurange, etc.
PASSAGE DES ALPES (,iomI iSlo). 2G3
Un chasseur do chamois offrit de les guider à travers les défilés, qui mènent d'Embrun à la source de la Stura par la vallée de Barcelonnette.
Le roi fit faire la reconnaissance de ces défilés par le maréchal de Lautrec et par Pedro Navarre. Pour de tels hommes, il n'y avait pas d'entreprise impossible; le sentier proposé fut déclaré praticable, et Navarre se chargea d'y û\ire passer l'artillerie.