LÉGIONS PROVINCIALES
jusqu'au grade de lieutenant; ce grade conférait la noblesse.
Un an après cette formation, le roi se rendit successivement à Rouen, à Amiens et à Reims, pour passer en revue les légions de Normandie, de Picardie et de Champagne.
A entendre les nouveaux légionnaires, tous étaient impatients de partir en guerre; les 6.000 Picards chantaient à la montre d'Amiens, le 20 juin 1535 :
Ne déplaise aux Normands ni à leur compagnie, Si on donne l'honneur à ceux de Picardie : Ce sont des gens de mise ayant barbe au menton, Dont la plus grant partie ont tous passé les monts. Nous servirons le Roy, comme promis avons, En toutes ses aftaires jamais ne lui fauldrons ! '
Les Normands répondirent par ce rondeau martial :
De far le Roy, sont faits légionnaires Six mil Normands, tous ses pensionnaires,
1 La chanson des Picards a de nombreux couplets. Celui-ci :
Si vous voulez savoir la fleur des capitaines
Qui pour servir le Roy ne craignent pas leurs peines,
C'est Heilly et Canis et monsieur de Douchy,
Qui en telle besogne n'ont point le cœur failli.
Nous servirons le Koy, etc.
confirme le texte de Martin du Bellay, qui désigne comme ca})itainos de la légion de Picardie, « le seigneur de Sercu, Jean de Mailly, seigneur d'Auchy, Jean de Brebançon, seigneur de Cany, le seigneur de Saisseval et le seigneur de Heilly. A ladite montre d'Amiens, se trouvèrent toutes les dames, en la présence desquelles se dressèrent plusieurs escarmouches feinteS; tant à pied qu'à cheval, tant de la gendarmerie que de la noblesse de la Cour. » (Liv. IV.)
Pour le servir quand il aura besoin ; Tous bons suppôts, ayant cure et grand soin De lui ayder en tous ses gros affaires : Capitaines ', coullonnel, commissaires, Prêts de choquer contre les adversaires. S'ils sont requis aller soit près ou loin. De par le Roy !
Picards et Normands promettaient un peu plus qu'ils ne devaient tenir.
François I" conserva les bandes de routiers de Piémont ou de Picardie, en leur donnant le titre de vieilles baiides ^ ; de sorte que l'institution nouvelle eut au moins l'avantage de stimuler l'amour-propre de ces aventuriers aguerris, qui refusaient « de tenir ni réputer pour gens de guerre les légionnaires sortis du labourage pour s'affranchir des tailles, en servant le Roy quatre ou cinq mois seulement. ^ »
EXERCICES ET MANOEUVRES DE L INFANTERIE (ISSo)
D'après le Miroir des armes du capitaine Chantereau % les piquiers et les hallebardiers se formaient en carrés massifs de 4.S00 hommes; les flancs de ces carrés étaient protégés par deux colonnes profondes d'arque-
' " Les seigneurs de Bacqucville, de La Salle, de Saint-Aubin-l'Hermite, de Saint-Aubin-Gobelct, de Cantelou-aux-deux-Amants et de Sannevelles. • (Martin du Bellay.)
'■2 De ça et de là les monts.
^ Carloix, Mémoires de VieillevUle.
■* Manuscrit écrit en 1o40, et cité par le prince Napoléon-Louis Bonanarle dans ses Etudes sur VarllUerw. tome T. d. 14^}