‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 93 sur 152 · VOYAGE D'AUSTRASIE · texte numérisé non relu

VOYAGE D'AUSTRASIE

Cependant il avait suffi à l'amiral d'Annebaut do réunir aux légionnaires de Champagne 3 ou 4.000 Suisses et 2 ou 3.000 chevaux, « tant des Ordonnances que d'autre cavalerie, pour arrêter la dévastation et les 10.000 méchancetés que l'armée de la reine de Hongrie perpétrait sur la rivière d'Aire, entre Sainte-Menehould, Châlons et Attigny ». A la première démonstration de l'amiral, les Impériaux avaient reculé jusqu'à la Meuse et s'étaient enfermés dans Stenay, après avoir incendié Grand-Pré.

D'Annebaut, prenant résolument l'offensive, passa la Meuse au-dessus de Verdun et vint mettre le siège devant Danvilliers. En même temps la concentration des trois premières colonnes de la grande armée royale s'opérait devant Rodemack, qui se rendait au premier coup de canon.

Henri II, sans s'attarder à attaquer Thionville, dont la garnison était nombreuse et vaillante, se dirigea à marches forcées vers Etain, pour rejoindre l'armée de Champagne sous les murs de Danvilliers. Cette pointe heureuse livra Verdun au roi; il y fit son entrée le 12 juin, jour de la Trinité.

L'artillerie du comte d'Estrées réduisit Danvilliers et Ivoy *, pendant que le maréchal de la Mark rentrait

^ L'occupation d'Ivoy par l'armée française donne une idée précise des mœurs militaires en loo2. « Le connétable, voulant épargner à Ivoy les horreurs du pillage, ordonna h plus d'un quart de lieue en arrière de la ville toutes les bandes de gens de pied de quelque nation qu'elles fussent; puis il fit entrer dans la ville, pour la garder, deux compagnies de gendarmerie. De quoi les bandes françaises et les lansquenets

par la brèche dans son château de Bouillon '. Montmédy capitula avant d'avoir été attaqué (23 juin).

Les Trois-Évêchés lorrains étaient conquis ; mais il y avait encore Cambrai à recouvrer. Le connétable voulut tenter l'entreprise malgré les grandes chaleurs et la fatigue des troupes. Il entra en Hainaut, brûla Chimay, sans rencontrer l'armée des Pays-Bas, « qui s'était rompue et évanouie », et enleva Trélon et Ga-

irrités, entrèrent dans la ville par la petite brècne de la porte du pont (dont on ne se donnait de garde), la saccagèrent et la pillèrent, en disant que puisqu'ils avaient eu toute la fatigue, étant toujours aux tranchées et h la bouche des canons, on ne devait pas, contre tous les droits de la guerre, les priver de leur espérance et préférer les gens de cheval aux gens de pied pour la garde des villes. Les gens d'armes voulurent empêcher le sac de la ville et se mirent h frapper à tort et h travers sur les soldats; mais ceux-ci se mutinèrent et le fils aîné du connétable fut tiré d'une arquebusade, qui donna dans l'arçon de la selle d'armes; un doigt plus haut, il en avait tout droit dans le ventre. Le guidon, le maréchal des logis et environ 15 gentilshommes y furent tués. Quand on voulut informer et arrêter les coupables, les 4 régiments de lansquenets se mutinèrent si àprement que les prévôts de l'hôtel de la connétablie, des maréchaux et des bandes durent se retirer; 3 archers du prévôt du connétable furent estropiés. (Carloix).

* Le maréchal de la Mark obtint du roi de reprendre son duché de Bouillon à l'évêque de Liège, qui l'avait usurpé. Il vint, avec sa compagnie d'ordonnance, 12 ou 1.500 chevaux, 3 ou 4.. 000 légionnaires de Champagne commandés par le sieur de Jours, leur colonel, et 5 ou 6 pièces de grosse et moyenne artillerie, planter le siège devant le château de Bouillon, perché sur un rocher haut et droit, au-dessus d'un bourg dérompu et déchiré par la guerre. Pour démontrer sa petite armée plus grosse qu'elle n'était, il fit plusieurs fois passer et repasser par un môme lieu les compagnies de cheval et de pied, afin que la garnison, en voyant un si grand nombre d'enseignes, crût que c'était toute l'armée française. « (Rabutin.)

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