‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 92 sur 152 · COSSÉ-BRISSAC · texte numérisé non relu

COSSÉ-BRISSAC

Le gouverneur français du Piémont, le vieux prince de Melfl, étant mort, au mois d'août 1550, après avoir tenté de rétablir la discipline * parmi les bandes delà les monts, son successeur, le maréchal de Brissac% prépara activement la reprise des hostilités contre l'armée impériale du Milanais.

Après une inspection minutieuse des places de son gouvernement, Brissac fit appliquer dans toute leur

< » Le maréchal Carracciolo, prince de Melfi, nommé lieutenant général en Piémont, y trouva les bandes de gens de pied fort déréglées et ressemblant plus à des brigands qu'à des soldats, bien que ce grand M. de Langey y eût passé et y eût mis quelque règle et police.

< Un soldat ayant pris une poule d'un vivandier, le maréchal la lui fît manger rôtie avec toute la plume. Un autre, dont le barbet avait pris une volaille le long du chemin, aurait passé par les piques, s'il n'avait pu prouver que son barbet s'était échappé des mains du goujat qui le tenait en laisse.

» Le brave capitaine Mazère, rencontrant une bande d'oisons, leur demanda s'ils ne voulaient point souper avec lui; les oisons répondirent dans leur jargon : — « Oui, oui, oui! » Alors Mazère en prit deux pour son souper. Le maréchal, l'ayant appris, le fit enfermer pour \V> jours au château de Turin, et l'y aurait laissé plus longtemps, s'il n'avait pas été le premier à rire de la plaisanterie.

« Un caporal, qui n'avait pas posé ses sentinelles comme il le devait, fut arquebuse tout armé. » (Brantôme).

' Sa charge de maître et capitaine général de l'artillerie était passée, le 9 juillet 1S50, à son lieutenant général, .lean marquis d'Estrées et baron de Cœuvres.

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rigueur, en les complétant au besoin, les ordonnances et les règlements de Guillaume du Bellay.

Pendant une année il leva des recrues, exerça des troupes, organisa les services*, et, quand le roi lui donna l'ordre, en septembre 1551, d'intervenir dans la querelle du duc de Parme avec l'Empereur, l'armée de Piémont enleva brusquement Chieri et San-Damiano; puis, par une marche audacieuse, elle obligea le gouverneur du Milanais, Fernand de Gonzague, à évacuer le Parmesan.

Ces succès facilitèrent les négociations d'Henri II

• « Il décida : Que ceux qui, en cas urgent et nécessaire, auraient refusé de travailler aux approches de l'artillerie ou d'aider à la tirer d'un mauvais pas, seraient cassés et bannis.

« Que les capitaines, l'armée marchant en campagne, donneraient ordre que chaque soldat enfilât en la corde qu'il iiorte en écharpe autant de pain qu'il lui en fallait pour deux repas.

« Qu'ils visiteraient chaque semaine leurs compagnies pour reconnaître si les soldats étaient fournis de tout ce qui est requis pour com- Dattre à toute heure, et même si les arquebusiers étaient garnis de poudre, plomb et corde à m<"'che pour la faction d'un jour.

» Que les capitaines d'infanterie feraient toujours porter sur leur bagage 10 livres de poudre, un gros trousseau de mèche et du plomb l)0ur subvenir à une pressée nécessitée.

• Qu'à toute montre, il serait pris sur la solde du soldat un sol par écu, consigné entre les mains du mestre de camp ou de Vatiditeiir général, pour être converti tant en un magasin d'armes qu'en un hôpital ambulatoire pour secourir les malades et les blessés.

• Qu'aux montres de la gendarmerie ou de la cavalerie, il serait pris, par quartier de solde, sur chaque homme d'armes, archer ou cheval léger, à proportion de sa paie, de quoi faire un fonds de 400 écus par compagnie, pour aider à remonter celui qui, hors sa faute, aurait perdu armes et cheval. Cette somme devait être remise aux mains du maréchal des logis. (Du Villars).

avec les princes luthériens d'Allemagne, que Charles- Quint croyait avoir domptés par sa victoire de Mûhlberg*, mais qui frémissaient plus que jamais sous le joug de la maison d'Autriche. Leur chef, Maurice de Saxe, déclara le roi de France Protecteur des ligues germaniques^ et l'engagea à s'emparer des villes de l'empire qui n'étaient pas de langue allemande ".

C'était lui offrir Cambrai et les Trois-Évêchés, Toul, Metz et Verdun, ces vieilles cités austrasiennes, berceau de la monarchie franke.

A cette nouvelle, un grand élan national, une généreuse ardeur patriotique entraîna l'élite de la jeunesse française au camp de Vitry, où le connétable de Montmorency avait donné rendez-vous à ses capitaines pour le voyage d'Austrasie^.

VOYAGE D'AUSTRASIE (1o52j.

Le 10 mars 1552, Montmorency, ayant pour maré-

1 Neuf princes luthériens et onze villes impériales avaient conclu le 31 décembre 1330, à Smalkade, une ligue offensive et défensive contre Charles-Quint et les États catholiques. Après des fortunes diverses, l'armée de la ligue, commandée par l'électeur de Saxe Jean Frédéric, fut attaquée et battue aux environs de Mûhlberg par 16.000 vieux soldats espagnols, italiens et allemands (24 avril 1S47). L'électeur, fait prisonnier, fut dépossédé au profit de son cousin Maurice de Saxe, qui, trahissant presque aussitôt l'empereur, devint le chef des luthériens d'Allemagne.

2 Cette clause du traité de Chambord (Ib janvier 1S52) annonçait un revirement vraiment national de la politique française vers les frontières naturelles du Nord. (Henri-Martin, Histoire de France, livre XLIX.)

3 II ne faut point demander de quelles allégresse et affection chacun

VOYAGE D'AUSTRASIE (1o52) 42b

chaux de camp' Gaspard de Saiilt, seigneur de Ta-

s'excita à se préparer à la guerre. En quoi tout l'hiver se passa, et il n'y avait bonne ville où les tambours ne se fissent ouïr pour faire levée de gens de pied. Toute la jeunesse des villes se dérobait de père et de mère pour s'enrôler ; la plupart des boutiques demeuraient vides de tous artisans, tant était grande l'ardeur, en toute qualité de gens, de faire ce voyage et de voir la rivière du Rhin. Aussi lallait-il bien du monde pour porter promptement les compagnies de gens de pied à 300 hommes chacune. » (Garloix, livre IV, chap. xiii.)

1 « Le maréchal de camp a la principale charge après le chef de l'avant-garde, et c'est sur lui que l'armée se repose la plupart du temps. Non seulement le maréchal de camp doit établir l'assiette du logement, choisir le lieu de combat, régler l'ordre de bataille, tenir l'œil à toutes choses au déloger, mais encore il doit être prévoyant et provident tant des vivres que des autres choses qui sont à l'armée et qui en d(''pendent.

« Dans une grande armée, il faut au moins 3 maréchaux de camp: un pour l'avant-garde, le second pour la bataille, et le troisième pour venir en aide au second.

« Le maréchal de camp est la voix et l'organe de commandement du général, le portefaix et sommier de l'ost et de l'armée ; il faut que toutes choses, tant petites soient-elles, passent par son su, et la plupart par son ordonnance ; qu'il en tienne comme registre pour le soulagement du général et des principaux chefs de l'armée. Il doit connaître tous les chefs et capitaines jusqu'aux plus petits; savoir les forces dont chacun dispose tant de cheval que de pied, et en avoir l'état; être au fai de l'équipage et de la suite de l'artillerie; le grand-maître ou son lieutenant lui enverra souvent un de ses commissaires pour s'informer au près de lui, s'il y a à marcher, à habiller les chemins ou à faire des ponts. De même le commissaire général des vivres ou son représentant devra être à toute heure au logis du maréchal de camp, pour recevoir les ordres, pour s'entendre avec lui sur la manière de pourvoir aux vivres, et pour savoir s'il n'est rien intervenu depuis le dernier arrêt ou communication. Si l'on doit marcher, le maréchal de camp désignera les chemins que prendront les vivres, assurera leur sûreté, leur donnera au besoin une escorte et réglera leurs étapes, même s'ils doivent cheaiiner loin de l'armée.

' Le maréchal de camp doit avoir dans la main les guides, ou au

vannes, et le sieur de Bourdillon, franchit les défilés

moins leur capitaine ; il en a la charge, pour s'enquérir à toute heure des chemins, pour voir la difficulté ou la faculté de marcher (car quelquefois si l'on n'y prend garde on achemine et embarque l'armée en des lieux, où il est malaisé de conduire ce grand et pesant faix de l'artillerie); comme aussi pour l'embarrassement des bagages et pour la commodité ou l'éloignement des vivres.

« Le maréchal de camp doit être averti de tout ce qui se passe aux environs et au loin, afin d'assigner à chacun son rôle. La plupart des espions doivent lui passer par les mains pour lui donner des nouvelles des ennem.is de toutes sortes, de manière qu'il puisse instruire les escortes ou les reconnaissances, et les empêcher de tomber en quelque inconvénient par faute d'avis. Les espions doubles sont les meilleurs pourvu qu'ils soient plus fidôles qu'à l'autre parti.

« Quant l'armée est prête à assembler, le maréchal de camp doit connaître le dessein du souverain ou du général, et, après avoir pris 'état de toutes les choses qui concernent l'armée et qui en dépendent, il doit représenter ces choses au général, pour qu'il soit ordonné dans le conseil à ce qu'on fera pour exécuter l'intention du souverain. Il doit demander au général en quel ordre il prétend que l'on marche cl qu'on répartisse les troupes, régiments et compagnies, tant à l'avantgarde qu'à la bataille et à l'arrière -garde (s'il y en a une), afin qu'il fasse là-dessus le règlement à communiquer aux commandants des régiments et des troupes.

« 11 doit faire état et rôle pour les gardes, afin qu'il n'y ait confusion. Le maréchal des logis de Vannée tiendra un contrôle de la cavalerie pour avertir ceux qui sont de garde; il les commandera un jour d'avance. Pour le service de guerre et d'escorte, on désignera deux compagnies, qui se tiendront toujours prêtes à marcher. On préviendra de même le colonel général ou le mestre de camp des gens de pied, désignés pour renforcer les gardes, aller en guerre ou escorter.

« Les compagnies des maréchaux de camp ne montent la garde ni jour ni nuit ; on les conserve pour les courses ou exploits imprévus, sans les faire rouler avec les autres compagnies; il doit yen avoir toujours une fraction prête à monter à cheval. Quand l'armée marche, ces compagnies restent en bataille jusqu'à ce que le camp soit assis et logé et le guet ordonné. Si les maréchaux de camp n'ont pas de compagnies à eux, ils en choisiront jiour faire ce service. Il sera bon aussi

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de l'Argonne, avec 1.500 hommes d'armes*, et leur suite d'archers % do coustilliers ou de valets, avec 2.000 chevau-légers ', autant d'arquebusiers à cheval', 26.000 hommes d'infanterie française en deux

qu'ils mènent avec eux, quand ils marclieront, les compagnies qui doivent prendre la garde do jour et de nuit, afin qu'arrivées les premières, elles aient le temps de manger et soient accommodées pour bien faire leur devoir. » {Maximes et avis du maniement de la guerre, par André de Bourdeilles (frère de Brantôme), capitaine de 50 hommes d'armes et sénéchal de Périgord.)

^ « Montés sur gros roussins ou coursiers français, sur chevaux turcs ou espagnols, avec les bardes peintes aux couleurs des capitaines, armés, du haut de la tête jusqu'au bout du pied, avec les hautes pièces et plastrons, portant la lance, Tépée, l'estoc, le coutelas ou la masse. Les chefs et membres des compagnies et' les autres grands seigneurs étaient armés fort richement de harnais dorés et gravés en toute sorte; leurs chevaux, forts et adroits, étaient caparaçonnés de bardes et lames d'acier légères et riches, ou de mailles fortes et déliées, recouvertes de velours, de drap d'or ou d'argent, avec orfèvrerie et broderie en somptuosité indicible. )) {Commentaires de François de Rabutin, gentilhomme de la compagnie du duc de Nevers, publiés en 1554).

2 « Armés à la légère, portant la demi-lance, le pistolet à l'arçon, l'épée ou le coutelas, montés sur cavalins et chevaux de légère taille, bien remuants et voltigeants. » (Idem).

3 I Armés à la légère de corselets, brassards elbourguignotes; ayant la demi-lance, le pistolet, le coutelas (comme bon leur semblait) ou l'épieu gueldrois ; montés sur cavalins, doubles courtauds ou chevaux de légère taille et vites. » {Idem).

^ <r Armés de Jacques et manches de mailles ou cuirassines, avec la bourguignote ou le morion, l'arquebuse de 3 pieds de long à l'arçon; montés sur bons courtauds, chacun suivant sa puissance. Il y avait aussi de 3 à 400 Anglais, partis de leur pays sous la conduite d'un mylord, et venus à la guerre pour leur plaisir; lesquels étaient à cheval sur guildins (chevaux hongres) et petits chevaux vites et prompts, sans être fort armés; ils étaient vêtus de jupons courts, avec le bonnet rouge à leur mode, et la lance comme une demi-pique, dont ils se savaient très bien aider. » {Idem}.

bataillons', et 42 pièces d'artillerie % afin d'aller rejoindre sous les murs de Toul, « première ville neutre à l'entrée de Lorraine », le bataillon de 8.000 lansquenets que le Rhingrave et le capitaine Schertel y avaient amené.

Toul ouvrit ses portes au connétable, et Henri II y fit son entrée le \2 avril, suivi de sa maison ' et de ses

' « Le 1" bataillon se composait de lo à 1600 hommes des vieilles enseignes, soudoyées et entretenues, dès le temps de François I", aux guerres de Piémont, de Champagne et de Boulogne; parmi lesquels d'anciens et braves soldats et jeunes gentilshommes de maison servaient pour leur plaisir et sans solde du roi; 9 à 10.000 étaient armés de corselets et de bourguignotes à. bavière, avec brassards, gantelets et tasseltes jusqu'au genou, portant long bois (pique) et la plupart le pistolet à la ceinture ; o ou 6.000 étaient des arquebusiers, armés de Jacques et manches de mailles, avec les morions autant riches et beaux que possible, l'arquebuse ou scopette luisante, polie et légère, les fourniments fort exquis et braves; le reste avait des armes selon la qualité des personnes. Le 2' bataillon était formé de Gascons, Armagnacs, Biscayens, Béarnais, Basques, Périgourdins, Provençaux et Auvergnats, faisant montre de 10 à12.000 hommes, ayant l'air et le port de gens de guerre et exercés tant par terre que sur la marine. » (Rabutin).

Le bataillon, en 45S2, est notre division d'infanterie.

2 t 16 grosses pièces, canons et doubles canons, 6 grandes et longues coulevrines, 6 moyennes, 12 bâtardes et 2 paires d'orgues, étrange et nouvelle façon d'artillerie. » (Idem).

3 — « Je veux, avait dit Henri II à François de Scépeaux, seigneur de « Vieilleville, que la compagnie du maréchal de Saint-André et celle « du duc de Guise accompagnent ma cornette, tant que le voyage du- » rera, et j'ordonne que vous y commandiez généralement. « (Carloix.)

La cornette royale était un fanion carré, bleu d'azur, semé de fleurs de lys d'or, sous lequel se groupaient pour la durée de la campagne • les grands seigneurs qui n'avaient point de charge et qui voulaient toujours être vus de Sa Majesté. »

VOYAGE D'AUSTUASIE (1552). 429

gardes (Fig. 228). De là, par Nancy et Pont-à-Mousson, il se dirigea triomphalement vers Metz.

L'antique capitale du royaume d'Austrasie, devenue depuis 985 une ville libre impériale, fut occupée, le

A, de Neuville.

Fig. 228. i

18 avrill 552, par l'armée française ' au nom des libertés

••Emprunté à VHisloirc de France de M. Guizol, lonie 111. Paris, Hachette 1874.

- a Tavaiincs, entré seul dans Metz, harangue les bourgeois, les in-

germaniques. La communauté d'origine renoua aussitôt les vieux liens qui rattachaient Metz-la-Pucelle au royaume des Franks *, et, dès l'année suivante, elle prouva, par une défense héroïque contre l'armée

timide, les emplit de promesses, en tire parole de recevoir le connétable avec ses gardes et une enseigne de gens de pied; il leur dit que puisque le roi voyage pour la liberté d'Allemagne, il ne peut pas ne pas avoir son logis en leur ville, et il conduit les échevins au connétable. Soudainement tous les mejlleurs piétons de l'armée sont mis sous une même enseigne, et ils entrent dans la ville de Metz avec les deux maréchaux de camp à leur tête. Bourdillon avance en la place; Tavannes demeure à la porte, que les bourgeois veulent à toute force fermer quand ils voient cette enseigne si bien accompagnée, mais Tavannes les en empêche par de belles paroles. Le capitaine suisse à la solde de ceux de Metz, qui tient les clefs, en voyant entrer 700 hommes, jette ses clefs à la tête de Tavannes avec le mot du pays « tout est choué ! » et quitte la porte, que Tavannes tient jusqu'à ce que le connétable arrive. » (Mémoires de Gaspard de Tavannes).

e Le roi, après avoir bien revisé son armée, bataillon pour bataillon de gens de pied, hôt pour hôtde gendarmerie et tous les escadrons de cavalerie légère et d'arquebuserie à cheval, après avoir fait ronfler son artillerie, qui était de 00 pièces de tous calibres, outre l'escoppetterie de toutes les bandes tant vieilles que nouvelles et des arquebusiers à cheval (ce qui dura plus de deux heures), fit son entrée à Metz le lundi de Pâques, marchant derrière son armée, qui entra par la porte Saint-Thibault et sortit par la porte Sainte-Barbe pour aller loger à 3 lieues de Metz. Le gouvernement de la ville fut donné à Artus de Cessé, sieur de Gonnor, frère puîné de M. de Brissac. » (Garloix.)

1 « Le connétable fit publier dans la ville et aux environs, par toute l'armée, qu'à peine de mort ou de griève punition, homme ne fut si hardi de prendre aucune chose sans payer raisonnablement, de ne battre ni molester ses hôtes ou habitants du territoire de 3Ictz ; de ne pas quitter son logis sans les contenter, et de ne mettre la main aux armes si ce n'était contre les ennemis. Dedans et dehors la ville et aux environs, furent levés potences et signes patibulaires. Cette ordonnance fut tenue et si bien observée en toute l'armée du roi sans mutinement

VOYAGE D'AUSTUASlIi (tÔEii). 4-31

de Cliarles-Quint, qu'elle tenait à rester à jamais Irançaise '.

Parti de Metz le 20 avril, Henri II traversa les Vosges iDOur passer en Alsace. Mais alors les liabi-

£. Hardy.

Fig. 229.

tudes de maraude et d'indiscipline que les vieilles

ni violence qu'au parlir, chacun s'en alla conlent, cl il demeura au peuple une bonne opinion de nous, en louant riiunianité du roi et de la noblesse de Franco. » (Rabulin.)

i On va partout disant

Par le pays de France, Que Metz se réjouit Et vit à sa plaisance De voir sous la croix blanche, La noble fleur de lys.

{Y'wilU chanson.)

bandes françaises avaient rapportées d'Italie, effrayèrent les habitants et compromirent l'entreprise.

« Quand nous fûmes entrés sur les terres d'Allemagne, dit Carloix, le Français montra son insolence au premier logis, et effraya si bien tout le reste que nous ne trouvâmes plus un seul homme à qui parler. Tant que le voyage dura, il ne se présenta personne avec sa denrée sur le passage ; il fallait faire 5 à 6 lieues pour aller au fourrage ou aux vivres, et encore sous bonne escorte, car 10 hommes n'en revenaient pas; de quoi l'armée souffrit infinies ]5auvretés. Ce malheur nous commença le 6 mai, à l'approche de Saverne*. »

Les bourgeois de Strasbourg remplirent les fourgons de M. de Lezigny% surintendant général des vivres de

1 « A Saverne commencèrent les grandes chaleurs, qui accrurent notre travail de beaucoup. Les gens de pied souffrirent encore plus que nous, hommes d'armes, qui montions à cheval à deux heures après minuit et y demeurions jusqu'à midi avant d'être logés. Mais, le plus souvent, nous logions dans les villages, où nous trouvions vivres et rafraîchissements; tandis que les soldats à pied partaient avant nous et cheminaient jusqu'à la même heure, ayant toujours les armes sur le dos, marchant en bataille avec la chaleur et la poussière qui les grevaient et altéraient grandement. Quand ils arrivaient en leur quartier, ils ne trouvaient que la place vide, sans vivres, et, le plus souvent, sans moyen d'en recouvrer promptement. Ainsi, altérés par cette chaleur véhémente, ils buvaient l'eau merveilleusement froide des Vosges, et ils tombaient en grandes maladies, pleurésies et fièvres, dont moururent grand nombre de braves hommes. » (Rabutin).

2 M. de Lczigny, dit Pierre-Vive, partit avec 20 ou 30 commissaires et autant de clercs des vivres, pour aller à Strasbourg faire sa charge, accompagné d'un trompette de Sa Majesté. Et, s'étant présentés aux portes de la ville, après que la trompette eut commencé sa chamade de bien loin, on leur ouvrit fort courtoisement, attendu leur qualité et qu'ils apportaient de l'argent. Lezigny usa de telle diligence pour l'a-

VOYAGE D'AUSTRASll-: (I5i)2). 433

l'armée ' ; mais ils fermèrent leurs portes à l'avantgarde du connétable. Il fallut se contenter d'entrer à Haguenau et à Wissembourg, qui n'étaient pas en état de résister aux grandes coulevrines du comte d'Estrées.

Henri II se préparait à franchir le Rhin, pour faire sa jonction avec l'armée des princes allemands confédérés, et pour prendre enfin la revanche des cinq invasions de Charles-Quint, lorsqu'il apprit, le 12 mai, que Maurice de Saxe avait traité avec l'Empereur.

Cette défection déjouait tous les plans du Roi ; mais il sut faire sur mauvais jeu brave réponse. Il dit aux ambassadeurs des princes luthériens « qu'il lui suffi- « sait d'avoir obtenu la paix et la liberté de l'Alle- « magne, et qu'il se retirait en les priant de lui gar- « der leur amitié et de se ressouvenir du bien qu'ils « avaient reçu par son assistance ^ ».

chcmincmont des vivres, qu'il en fit partir le même jour et la malinéc du suivant pour 20.000 francs ; ce qui rafraîchit merveilleusement l'armée. (Carloix, livre IV, chap. xvi).

* Henri II avait créé deux surintendants des vivres, chargés des approvisionnements ; ils ordonnaient ou régularisaient toutes les consommations, et dirigeaient les commissaires aux vivres. Ceux-ci, munis d'un registre coté et paraphé par le surintendant, parcouraient les provinces on séjournait l'armée pour passer les marchés et assurer les distributions. A côté d'eux, les trésoriers, percepteurs de l'impôt, contrôlaient l'exactitude des comptes et distribuaient des deniers. Tous les employés, grands ou petits, devaient justifier directement de leur gestion à la Chambre des comptes de Paris; c'est ce que les Questeurs romains appelaient : Rationes ad œrarium referre.

2 Mémoires de Gaspard de Saulx-Tavannes,

Cette retraite était d'ailleurs imposée par les circonstances; une armée conduite par la régente des Pays-Bas, Marie d'Autriche, reine de Hongrie et de Bohême*, s'était emparée de la ville lorraine de Stenay et menaçait la Champagne; les Cantons suisses demandaient qu'on respectât leurs alliés d'Alsace; enfin, la vue des coureurs français semblait avoir fait oublier à l'Allemagne toutes ses rancunes contre l'Empereur.

Henri II, obligé de tourner le dos au grand fleuve sans l'avoir franchi, ne voulut pas du moins rentrer en France avant d'avoir tenté un coup de main contre le Luxembourg * et achevé la conquête des cités d'Austrasie.

Son armée, divisée en trois colonnes, suivit trois routes différentes.

Le corps principal, commandé par le Roi et composé de sa maison, de 500 hommes d'armes sous la charge

1 Sœur de Charles-Quint et veuve du roi Louis II, tué par les Turcs en 1S26, à la bataille de Mohacz. Son armée se composait de 15.000 hommes de pied de Flandre, Clèves, Gueldrc, Hainaut ou autres vallons, de 2.000 Espagnols, de 4.000 chevaux des Ordonnances de Bourgogne et de 2,000 autres chevaux de noblesse sous la conduite du comte de Mansfeld, gouverneur du duché de Luxembourg, de Martin Van Rossen, maréchal de Clèves, des comtes de Challain, de Maisgne et de la Chau. (Garloix).

2 1 Succession et propriété échues à la maison de Vendôme par la mort du connétable de Saint-Pol (1-475), qui en était vrai possesseur et seigneur de nom et d'armes, bien que Charles, duc de Bourgogne, l'ciit injustement usurpé depuis, ce pays de Luxembourg était un vrai réceptacle et refuge de larrons et de toute nation séditieuse propre à susciter tous les maux. » (Rabutin).

VOYAGE D'AUSTRASIK (1od2). 435

du connétable, do 1.000 à 1.200 chcvau-légers ou

arquebusiers à cheval, des

vieilles bandes françaises

(Fig. 230) et du régiment de ^$v?5i^ ro-J

lansquenets du colonel Scher-

tel, se dirigea, par le duché

de Deux -Ponts vers Rode-

mack% pour tourner Thion-

ville , boulevard et centre

d'opérations des Impériaux

sur la Moselle.

Une colonne légère, conduite par le duc d'Aumale%

D'après Philippoteaux.

Fis. 230. '^

1 En face de Sicrck, sur la rive gauche de la Moselle. « C'était un chcàteau assis au pendant d'une montagne, en lieu naturellement assez fort. Il fut fait rapport au Roy qu'un grand nombre de gentilshommes, demoiselles et autres voisins de réputation, s'y étaient retirés (estimant que Thionville serait assiégé avant ce petit château) et qu'on y trouverait vivres et provisions pour rafraîchir l'armée harassée et encore ennuyée de ce voyage. On devait, si le château refusait de se rendre à la première semonce, en donner le sac aux soldats pour les encourager davantage à faire ensuite leur devoir. » (Rabutin).

2 Gomme c'était un jeune prince encore inexpérimenté, le roi commanda à M. de Yieillevillc de l'assister avec la compagnie du maréchal de Saint-André (dont Vieilleville était lieutenant). « Cette colonne se composait de 10 compagnies de gendarmerie, 4.00U chevau-légers , 30 enseignes françaises (10 vieilles et 20 nouvelles), un réijimenù de lansquenets et 500 arquebusiers à cheval. » (Carloix).

5 L'usage de la fourche ou fourquine pour appuyer l'arquebuse remonte à 13-i4. L'arquebusier français portait en sautoir, de gauche à droite, un l'ournieinenl en buille, le long duquel étaient disposés des étuis en bois, en cuir ou en fer-blanc, contenant chacun une charge de poudre ; le flasque ou poire à poudre et le sac à balles étaient sus-

devait couvrir cette marche du côté du Palatinat, en franchissant les Vosges au col de Neustadt, et en suivant la route de Kaiserslautern à Sarrebrûck ' .

Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, reprit avec la 3" colonne «le chemin que l'armée avait tenu de Metz à Wissembourg, et protégea un grand convoi de malades et de bagages, qui avait pour escorte particulière deux compagnies de gendarmerie et quelques chevau-légers ou arquebusiers à cheval ' ».

pendus au fournicnicnt. Un petit amorçoir de corne, contenant le pulvdrin du bassinet, était passé au cou de l'arquebusier, qui avait pour armes défensives le morion et la cuirassine avec les tassettes sur le hautde chausses.

1 ' Yieilleville avait vu sur sa carte de la cosmographie du trait du Rhin qu'il avait 30 lieues à faire par des détroits et passages mal accessibles, et qu'il ne trouverait sur la route que 20 ou 22 villages ; aussi avait-il refusé de l'artillerie et remplacé tous les chariots par des mulets ou des sommiers. Il fit publier dans sa colonne à son de tambour et de trompette, qu'il était défendu, à peine de la vie, de dérober même une prune, et, grâce à ce bon ordre de police, les paysans nous fournirent quelques vivres. Une provision de vin, que nous avions emportée, fut fort escharsement distribuée dans les compagnies, comme si on eîit été assiégé; ce vin nous soulagea grandement. Toutefois, on ne put empêcher qu'il n'y eût beaucoup de malades à cause que tout le monde était logé à Vétoile et campait à la haie, faute de trouver villages. Nous marchâmes ainsi 12 jours en extrême nécessité, et, durant ces 12 jours, il n'y eut que les grands et aisés qui couchèrent dans les lits qu'ils faisaient porter; le reste de l'armée ne se dépouilla jamais. Au M" jour, nous vîmes la plaine, toute couverte de sapins à perte de vue, parmi lesquels se trouvaient, quasi de lieue en lieue, sur notre chemin de bons et gros villages, que M. de Yieilleville conservait comme son propre héritage. Une traversée de deux jours à travers celte agréable et non pareille foret nous conduisit à Kaiserslautern. La colonne campa autour de la ville, qui recueillit nos 200 malades. » (Carloix, chap. xxv.)

2 Rabutin.

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