DE LA DEUXIEME EDITION
Ceci est le livre d'un soldat. C'est aussi le livre d'un patriote. Personne ne le lira sans aimer davantage la France, sans être ému de ses malheurs et fier de ses gloires.
Quoique les détails techniques soient nombreux et précis, comme il convient en un pareil sujet, il y a dans cet ouvrage un sursum corda perpétuel; on y sent l'émotion sous la science, comme une flamme sous la cendre. Pour moi qui n'ai qu'un culte, celui de la Patrie, je recommande la lecture des Origines de la Tactique française non-seulement à tous ceux qui portent une épée, mais à tous ceux qui, dans les ordres les plus dilTérents de recherches et d'études, travaillent avec courage au relèvement de leur pays.
Le livre de M. le Colonel Hardy de Périni ne sera inutile à aucun d'eux; tous y trouveront d'édifiantes paroles et d'admirables exemples.
Alfred MÉZIÈRES.
L'esprit militaire, engourdi dans notre France trop prospère, s'est réveillé avec nos désastres.
Le sang versé à Wœrth, à Saint-Prival, à Coulmiers, à Palay, à Villersexel, au Bourget, a fécondé la noble terre des Franks, et l'invasion a ravivé l'amour de la patrie.
A côté de l'armée active, qui attend patiemment son heure et qui se prépare, par le travail, aux grands efforts qu'on lui demandera demain peut-être, a grandi Vannée de réserve, armée sérieuse et réfléchie, qui sait que la patrie a besoin de son concours. Sous le même uniforme, il n'y a plus qu'un même cœur, qu'une même volonté, qu'un même patriotisme.
Le travail est devenu pour tous un devoir sacré, et c'est un devoir facile.
Quand on sait à fond les règlements, quand on a bien compris les nouvelles lois de la guerre, il faut, pour devenir un officier instruit, relire attentivement l'histoire et étudier les campagnes célèbres, avec la carie sous les yeux et la plume à la main. Il faut comparer, commenter, prendre des notes, faire provision de souvenirs historiques.
Cela ne vaut pas l'expérience; cependant, « sur le champ de bataille, la plus heureuse inspiration n'est, le plus souvent, qu'un souvenir. »
C'est Napoléon qui l'a dit.
Pour ne pas nous effrayer des grands mots, stratégie, logistique, tactique, essayons d'abord de les définir,
La stratégie est la partie directrice de l'art de la guerre; elle apprend à disposer et à faire agir les armées sur le terrain d'opérations.
C'est par elle que l'on prépare l'invasion du pays ennemi ou la défense du sol national.
Alexandre, Annibal, César, Philippe-Auguste, du Guesclin, Gustave-Adolphe, Maurice de Nassau, Turenne, Vendôme, Frédéric II, Jourdan et, au-dessus d'eux, Napoléon, sont les plus célèbres parmi les stratégistes. ,
La logistique et la tactique sont la partie executive de la stratégie.
AVANT-FKOFOS. 3
La logistique met les armées en mouvement et pourvoit à leur subsistance.
La lactique les lait manœuvrer et combattre; c'est la science du champ de bataille.
Si les stratégistes sont rares, les tacticiens sont nombreux. De Xénophon à Coligny, de Bernard de Saxe- Weimar jusqu'aux, lieutenants de Napoléon, on les compte par centaines.
Rappelons, pour mémoire, qu'on a divisé la tactique en deux parties : la tactique élémentaire et la grande tactique.
La tactique élémentaire comprend les manœuvres particulières de l'infanterie, de la cavalerie et de l'^^irtillerie. Elle s'applique au bataillon, à l'escadron ou à la batterie, aussi bien qu'à la plus petite unité de combat.
La grande tactique s'occupe des manœuvres d'ensemble des trois armes; c'est la tactique de la division, du corps d'armée et de l'armée.
L'auteur de ces quelques leçons familières n'a ni l'autorité ni l'expérience indispensables pour professer l'art militaire.
Avec ceux de ses camarades, qui se sont faits volontairement ses élèves, il veut seulement prendre les historiens pour guides et étudier les modifications successives que le progrès des armes a imposées à la tactique.
L'histoire enseigne : <( (pi'à la guerre lovt est simple;
que les solutions dépendent de la méthode, de la précision, du jugement, qui ont présidé aux combinaisons ' », et u qu'on obtient par le travail autant que par le génie - ».
Elle montre, aux époques les plus diverses, les mêmes fautes ramenant les mêmes désastres, et l'ordre, la discipline, la régularité des manœuvres, assurant presque toujouis la victoire.
Crécy, Poitiers, Azincourt, Rosbach ressemblent aux tumultueuses défaites de nos aïeux gaulois.
Car, trop souvent « le réalisme a triomphé du chevaleresque », trop souvent « la fougue guerrière, la confiance irréfléchie, l'imprudence française enfin, sont venues se briser contre une machine de guerre bien montée et régulière ^ » .
En 1870, « le succès des armées allemandes a été la conséquence logique d'une organisation supérieure, maniée par des hommes de talent ' ».
Il ne faut pas croire cependant « qu'on metle la victoire en équation » ; le hasard ou la fatalité déjoue souvent les plus sages combinaisons.
' Général Deligny, Instructions généra Ips du IV*^ corps d"arniép (autograptiiées).
- Napoléon, Maximes de guerre.
' Général Deligny, idem.
' Général Lewal. Cours de tactique. Paris. Duniainp. 1875.
Mais, s'il n'y a pas de règles infaillibles, il y a, du moins, des principes généraux consacrés par le succès.
Ce sent ces principes que nous voulons étudier, à la
suite des grands capitaines, qui ont écrit l'histoire
à coups d'épée!
SOMMAIRE
I. La TACTIQUE DES ANCIENS. — La phalange grecque. — La légion romaine. — Les bandes gauloises. — Les armées du Bas- Empire. — Invasions barbares. — Importance du camp dans l'ancienne tactique.
II. La CHEVALERIE. — Le règne de la lance. — Les croisades. — La
guerre de Cent ans; tactique des Anglais. — Du Guesclin. — Jeanne d'Arc.
III. Les ARMÉES PERMANENTES. — Compagnies d'ordonnance et francs-
archers. — Suisses et lansquenets. — Légions et régiments.
IV. La TACTIQUE FRANÇAISE. — Gucrrcs de religion. — Cavalerie : rei-
tres et dragons. — La brigade de Gustave-Adolphe.— Turenne : l'école française.
V. La BAÏONNETTE. — L'ordre profond : la colonne. — Le maréchal de Saxe. — Frédéric II : l'ordre mince et l'ordre oblique. — La Révolution. — Napoléon.