I. LA TACTIQUE DES ANCIENS
Depuis l'âge de pierre, la tactique a opéré par le choc et par le jet.
Aborder l'adversaire, pour le frapper avec la lance ou avec l'épée, ou bien, le tenir à distance et rompre ses rangs, en lançant des projectiles : voilà la tactique primitive.
Alors comme aujourd'hui, les chefs habiles essayaient de se porter en force sur les points faibles de l'ennemi, de le tromper, de l'envelopper, de le tourner surtout.
Les fameux mouvements tournants de 1 870 remontent aux premières batailles de l'antiquité.
Les Grecs, dans leurs luttes continuelles pour l'hégémonie, c'est-à-dire pour la prépondérance de leurs petites cités orgueilleuses, ont fait de l'art de la guerre une étude constante.
Etre citoyen de Sparte, d'Athènes ou de Thèbes, c'était être soldat; l'éducation ne préparait l'enfant qu'au seul métier des armes, et les maîtres de tactique étaient les personnages importants de la cité.
C'est que la défaite avait, à cette époque, de graves conséquences : être pris sur le champ de bataille, blessé ou non, c'était la mort, ou l'esclavage avec la marque au fer rouge.
Pour vivre, pour rester libre, il fallait être vainqueur.
Les rapsodes, les historiens, les poètes de la Grèce antique ne célèbrent jamais que la guerre et la conquête. Ils ont divinisé les généraux heureux, comme Miltiade ou Léonidas, et le nom d'Alexandre, vainqueur de Darius, est resté, à travers
les âges, rexpression suprême de la grandeur humaine.
La phalange macédonienne résume, à elle seule, les formations et la tactique des Grecs.
Au centre, une masse serrée et compacte de 16,000 oplites pesamment armés (1,000 de front sur 16 de profondeur) ;
Aux ailes, 8,000 j^eltastes plus agiles (sur 8 rangs) ;
Sur les flancs, 4,000 cataphractes, cavaliers bardés de fer ;
Devant le front, les psilites, archers ou frondeurs, sans armes défensives, engageaient l'action à portée de traits ; mais ils se repliaient derrière les ailes de la phalange, quand l'ennemi avait dessiné son attaque.
Voilà l'origine de Y ordre profond.
La direction de la ligne de bataille d'une armée grecque était, le plus souvent, parallèle au front de l'ennemi.
Cependant Épaminondas inaugura, à Leuctres, V ordre oblique, en portant, contre le point faible des Spartiates, une masse compacte de soldats d'élite et en gardant en réserve le reste de l'armée thébaine, jusqu'au succès de l'attaque principale (271 avant J.-C).
L'ordre oblique, longtemps abandonné, fut repris par Gustave-Adolphe et il valut à Frédéric II la plupart de ses succès.
En résumé, nous trouvons, à l'origine de la tactique,
des formations profondes, employées d'ordinaire sur une seule ligne. Cette ligne est parallèle ou oblique au front de bataille de l'ennemi.
La phalange, hérissée de sarisses, lances de \ G coudées (6'"82), est inébranlable de pied ferme; dans une plaine unie et facile, aucun choc ne peut la rompre.
Mais, quand elle marche, le moindre mouvement de terrain l'entr'ouvre, et l'oplite, embarrassé par cette perche immense, qui devient inutile dans la mêlée, reste à la merci de l'adversaire agile, qui s'est glissé dans une ouverture.
Voilà pourquoi la phalange a été vaincue par la légion.