LE CAMP DE PHILIPPE LE BEL
Ceux à j)i('', qui n'ont pas de rentes Ni deniers dont ils aient tentes, Courent les arbres ébranchier.
Vous les verriez branches tranclicr El vers les serjanz les traîner; Et petits rameaux (in)cliner Et faire loges et fcuillies Des branches qu'ils ont cueillies.
Le camp est entouré d'une enceinte de chariots, c'est la tradition des ancêtres gaulois, germains ou barbares ; mais les leçons romaines ne sont pas oubliées : le quartier du roi, bien gardé, occupe le centre d'un vaste rectangle, percé de larges rues ;
Puissiez voir cstendues Grandes tentes aux champs tendues, Oui plus d'une grant lieue dure; L'enceinte autour et la clôture...
Entre les autres, avec art, Sont les tentes du roy assises, Plaisanz, avenantes et belles, A la circuile desquelles Les serjanz d'Orléans Armés, chaque nuit, veillent.
Avec une connestablic De soudoiers de Picardie.
Les cantiniers, les marchands de toutes sortes, encombrent le camp de Philippe le Bel. Nous les avons vus déjà au camp de saint Louis, où même ils payèrent de leurs personnes en arrachant le frère du roi des mains des Infidèles.
En l'ost, ça et là, par les rues, Sont encor bonnes gens, Qui du travail de leurs mains vivent, El qui, pour gaingner, l'est suivent.
Ils font petits fourniaux et fours Aux fossés, près des quarrefours; (Moult se sont du faire hastez;) Là cuisent tartes et pàtcz.
Taverniers, dont maint sont en dètcs^ Ont tonneaux de vin en cliarrètes, Qu'aux soudoyers, qui en demandent, Trouble (avec la lie), ils vendent.
Les autres : « petite bière ! • crient, Qui est d'Arras, si comme ils dient.
Ça et là vous oïriez vieillotes Crier haut, à diverses notes, Les unes pour fromages vendre, Autres pour pain blanc, dur ou tendre.
Les cuisiniers leurs pots réscument; Les logis de toutes pars fument...
Et les ribauz, portant brelans.
Ne seront pas de jouer lents
De Fampoux, l'armée va, imr Vitry, camper sous les murs de Douai'.