‹ Les batailles d'autrefoisChapitre 104 sur 203 · BATAILLE DE COURTRAY · texte numérisé non relu

BATAILLE DE COURTRAY

Bataille de Courtray (Il juillet 1302).

Pour châtier les bourgeois révoltés de Bruges, le comte Robert d'Artois était entré en Flandre par Tournay, avec 7.500 hommes d'armes, 10.000 archers et 30.000 miliciens des communes.

« Le 11 juillet 1302, 20.000 bourgeois, âprement et épaissement ordonnés par Gui de Namur et Guillaume de Juliers, et portant avec eux reliques de saints, glaives, lances, épées, broches et massues à pointes de fer, se rangèrent dans la plaine, en avant de Courtray, derrière un étroit canal, creusé en forme de demilune, au milieu d'un marais impraticable pour la cavalerie '.

« Ils avaient formé (en deuxième ligne), avec 8.000 piétons, une très-grande bataille, en guise d'un écu la pointe en avant, et ils s'étaient entrelacés l'un l'autre, pour qu'on ne les pût percer". ;>

1 Pleine de fange et de palu Est en Flandres toute la terre :

N'aiment pas là Français la guerre, Car Français soni tôt dissipés.

Si ne combattent à sec pié ;

Car sont nourris trop tendrement. (Geoffroy de Paris.)

« La chronique rimée de Geoffroy de Paris est certainement due à un Parisien qui était contemporain et quelquefois même témoin des événements qu'il raconte. . . . C'est un interprète fidèle des opinions et des sentiments qui agitaient de son temps la capitale du royaume. • (Préface du xxii' volume des Chroniques de l'histoire de France, par do Waillyet Léopold Delisle).

2 Chronique de Saint Denis.

5;(J0 Lt:S ARMURES DE FEU.

Quelques centaines de chevaliers belges ou allemands, qui les avaient rejoints, mirent pied à terre et attendirent, la lance à la main, à côté des piquiers, le choc de l'armée française, formée en dix colonnes profondes.

Les archers et les piétons des communes de France, sous le commandement de Jean de Brûlas, entamèrent l'attaque, et refoulèrent la première ligne flamande.

Toute la fleur de baronnie

Là vint tout apparaillié {prête au péril).

Devant furent la gent à pié,

Arbalestriers, qui bien lo firent,

A traire (tirer) et à geter se mirent

Des deux pars ( côtés) angoissement ;

Et tant getèrent vraiement

Que les saëtes [carreaux) leur faillirent {manquèrent).

Les autres genz de pié se tirent {se portent)

Avant, pour l'assaut envéir (attaquer).

Là, put on maint dar véir {voir)

Et main espié (épieu) et mainte lance.

Là, gent de pied forment (violemment) s'avance ;

Si, se tenant serréement,

Flamens assaillent durement ;

Et les Flamens fort se deffendent,

Et au mieux qu'ils peuvent se vendent.

Et les reculent à grant force.

Chacun de bien férir (frapper) s'efforce;

Et tant par force et par durté

Se sont ensemble si heurté.

Que les Flamens convint retraire (tournent le dos).

Français qui bien le voulurent faire,

Par vive force les percièrent;

Devant, derrière les frappèrent ;

Chascun pensant honneur acquerre ,

Des Flamens ont jonchié la terre.

BATAILLE DE COURTRAY (1302). i^i

Et si la gent de pié le fist Qu'auqucs les mistrcnt à desconfit'.

Le connétable Raoul de Nesle voulait qu'on profitât de ce succès des g-ens de pied, pour tourner la position ennemie ; mais Robert d'Artois, fougueux et imprudent comme son père l'avait été à Mansourah, demanda au connétable s'il avait peur ' ?

D'après Viollet-le-Duc.

Fig. 102.

Il ordonna à l'infanterie de se replier derrière les ailes et à la baronnie de se former en une seule

' (Les piétons firent si bien qu'ils les mirent à peu près en déroute.) Geoffroy de Paris.

- Telle est la version de la Chronique de Saint-Denis, qui est Ig

LES ARMURES DE FEn.

masse, pour charger la grosse bataille des 8.000 piétons flamands.

compte rendu officiel. Voici le récit, un peu différent, de Geoffroy do Paris, qui met en scène le chancelier de France, Pierre Flotte :

Et quand la grant chevalerie

it afleibie (compromise) la partie Des Flamens, si on dist entr'elz (ils dirent entre eux) :

Seigneurs, regardez à vos elz [de vos yeux)

Comment nos gens de piè le font ;

Flamens près de déconfis sont.

Avant! seigneurs grans et menors (wioindrcs).

Gardez que nous aions l'ennor (l'honneur)

Et le pris de cette bataille.

Faisons retrairc (retirer) la piétaille;

Ils ont très-bien fait leur devoir ;

Or nous convient l'ennor ravoir. • Le quens (comte) d'Artois ces mots a dit, Et Pierre Flotte répondit :

Sire encor n'est-il pas besoing

Que nous allions de ci plus loing :

Laissons aux gens de pié leur pris.

Car ils ont très-bien entrepris (commencé),

Et, se Diex plest (sHl plait à Dieu) bien passeront (finiront).

Si mesticr est (s'il en est besoin), moult tôt seront

Secourus, car nous sommes près.

Et nous i bouterons après (nous chargerons derrière eux),

Et les suivrons petitement (à petite distance) ;

Si prendront en nous hardement (notre présence leur donnera

Et cœur de bien faire et courage. -

Mais le comte d'Artois ne veut rien entendre; il passe outre, en accusant de trahison Pierre Flotte et les hommes d'armes du Languedoc. Flotte s'indigne, et répond fièrement :

• Que jà tant avant ne serez

• Que je ne soie encore avant.

• Et que je ne soie au chef devant (en tête) I

• Or y allons, Dieu nous conduise ! •

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