‹ Les batailles d'autrefoisChapitre 105 sur 203 · BATAILLE DF. COURTRAY · texte numérisé non relu

BATAILLE DF. COURTRAY

« Retournez, gent de pié, rarrière ! s'écria-t-il 1 » Alors, au milieu d'un nuage de poussière, les gens de

pied français entendirent « grand bruit de chevaux. » L'ordre de battre en retraite les étonne, les trouble ,

ils croient que la bataille est perdue sur un autre point,

que :

t D'aulre part venus Fussent Flamens, qui retenuz Eussent nos gens mis ii mort. >»

Ils reculent, leurs rangs s'ouvrent ; les Flamands y pénètrent pendant que, derrière eux, les hommes d'armes accourent, au cri de « Mont joie ! » en renversant amis et ennemis sur leur passage.

D'après VioUet-le-Duc.

FiiT. 103.

Les Flamands n'attendent pas cette charge ; ils se retirent en bon ordre, jusqu'à un pont de la Lys bien gardé par leurs gens, et ils se forment en phalanges profondes derrière le fossé et le marais.

' Chacun tenant son gondendart *• Levés contre Français les fers, Comme on attend les sangliers, Les Flamens Français attendaient. «

Les chevaliers des premières bannières, lancés au galop, roulèrent dans le canal avec leurs destriers. En un instant ce fossé, coupé à pic, fut comblé d'hommes et de chevaux. Les suivants s'embourbèrent dans le marais.

La queue de la colonne, emportée par son élan, augmentant à tout instant le désordre et la confusion, la tête fut détruite et rompue sans avoir combattu.

Fig. 104.

Tout ainsi la chevalerie

Vint au marais par sa folie,

Et les chevaux, jusques aux sangles.

Se férircnt dedans la fange

Et de tant comme ils s'efforçaient D'issir, en tant plus refondaient [s'enfonçaient), Et quant l'autre aider cuydait {croyait aider), Chacun d'eux arrière rechdait {retombait) 2.

Alors les Flamands, franchissant le canal en deux endroits, vinrent assaillir les flancs de cette cohue embourbée et ils en firent un affreux carnage.

Quant Flamens ont ce regardé.

Ils ne se sont de riens tardé ;

* C'est la hallebarde de la figure lOi. 2 Guillaume Guiart.

DATAILLK DE COUUTKAY (1302).

Au marais se sont aprou'iiitiz,

Et leurs basions ont aorochiéz

Les chevaliers, qui là gisaient,

Et tout ainsi qu'ils les tiraient

Il les démenaient à martyre.

Onques nul n'en voulurent élire (choisir)

Ni prendre vif; mais ils tuèrent

Tous ceux viis qu'ils accrocliièrcnl ^.

Comme son père, Robert d'Artois paya de sa vie son imprudence.

<:< A l'aspect de la ruine de son avant-garde, le noble comte, qui n'avait accoutumé de fuir, se plongea avec sa compagnie de forts et vaillants gentilshommes au milieu des Flamands, comme un lion enragé. Mais la grande multitude de lances, que les bourgeois tenaient serrées les unes contre les autres, empêcha le comto Robert de très-forcer et transpercer leurs batailles.

« Ceux de Bruges n'épargnèrent nulle àme , ni grand, ni petit, mais, de leurs lances aiguës et bien ferrées, ils faisaient trébucher et choir chevalier après chevalier et les tuaient à terre.

« Ceux dont les armures émoussaient la pointe de fer des hallebardes ( gondendacs ) , étaient assommés à grands coups de maillets de fer ou de lléaux.

« Et le comte, quoiqu'il fut navré de trente blessures au moins, toutefois combattait - il vaillam-

D^après Viollet-le-Duc, Fig. 103.

1 Guillaume Guiar!.

ment, préférant gésir mort, avec les nobles hommes qu'il voyait mourir devant lui, que de se rendre et d'être mis à rançon ^ . ■->

Courtray marque l'avènement de la pique.

L'exemple des Flamands sera suivi, en 1308, par les Suisses (bataille de la Reuss) et, avant même que la poudre ait parlé, l'armure de fer, la charge impétueuse, la bravoure irréfléchie, tout ce qui a régné sans conteste depuis Charlemagne, trouvera un rude adversaire dans le piquier mal vêtu, qui sait attendre l'homme d'armes de pied ferme et le recevoir à longueur de bois.

Qu'il vienne un général prudent comme Edouard III, comme le Prince Noir ou du Guesclin son adversaire, que la tactique féodale se trouve aux prises avec un capitaine, qui sache employer l'infanterie et qui ne combatte qu'à son heure, sur un sol défavorable à la cavalerie, et la chevalerie deviendra une force impuissante, d'un emploi dangereux.

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