GUERRES DE RELIGION
Ainsi, depuis le siège de Troie, tous les peuples guerriers ont fourni leur part d'innovations et de perfectionnements à l'art de la guerre.
Cet art, les Romains l'ont porté à son apogée ; mais la décadence étant venue, nous avons retrouvé dans la tactique du moyen âge la marque successive des races orientales, établies sur les ruines du Bas-Empire.
Après la Renaissance militaire^ les nationalités, en se séparant violemment, ont ouvert la période des grandes guerres continentales.
Dès lors, chaque peuple de l'Europe a tenu à honneur d'avoir son armement spécial, ses méthodes de guerre, sa tacLi(iue nationale.
Lorsque les querelles religieuses vinrent interrompre, pour un temps, la lutte que la France soutenait contre la maison d'Autriche, la guerre reprit un ca-
ractère de fureur et d'acharnement qu'elle avait perdu au moyen âge.
Plus de rançon ! Les prisonniers étaient assassinés, et le soldat des deux partis combattait pour égorger.
Les généraux protestants disposaient de moins de ressources que ceux de l'armée royale ; ils savaient le sort qui les attendait, s'ils se laissaient prendre : aussi, après une défaite, redoublaient-ils d'énergie et de prudence.
La retraite savante et méthodique remplaça les déroutes du moyen âge, et Coligny vaincu se montra toujours plus redoutable, après un échec, que ses adversaires après une victoire.
Ces sanglantes guerres civiles eurent ainsi un résultat inattendu : elles produisirent la Tactique française.
Henri IV et Sully étaient les élèves de Coligny; Gustave-Adolphe recueillit précieusement leurs leçons, les perfectionna et les transmit à Turenne.
En 1380, on forme les armées sur trois lignes : avant-garde, bataille et réserve.
Les flancs sont protégés par des enfants perdus, à pied et à cheval, qui se prêtent un mutuel secours, comme les partisans d'Arioviste ou de César.
L'artillerie est disposée devant la première ligne. Les ailes, essentiellement mobiles, doivent tourner l'ennemi, enlever ses canons et couper sa ligne de retraite.
TRAiNSFOUMATlOiNS SUCŒSSIVES DK LA TACTIQUI-. 29
cavalertf; • reitres et dragons.
Le canon et l'arquebuse, en renversant les chevaux et les cavaliers les mieux bardés, avaient rendu les lourdes armures inutiles et la charge en haie dangereuse.
Quand l'action du feu devint prépondérante, on allégea le cavalier ; mais on eut le tort de remplacer la lance par le pistolet et l'action par le choc, par Xarquehusade.
Les reîtres allemands, qui jouèrent un actif rôle dans les guerres de r-eligion, se formaient en escadrons de vingt à trente rangs.
A portée de pistolet, le premier rang tirait, puis, tournant à gauche, il démasquait le second rang, pour aller recharger les armes à la queue de l'escadron. Le deuxième rang tirait à son tour, démasquait le troisième, et ainsi de suite.
Quelquefois les reîtres chargeaient au trot^ l'épée à la main; ils renversèrent ainsi, dans plusieurs rencontres, la haie des gendarmes français.
Mais quand ceux-ci, vers 1560, eurent adopté la formation en gros escadrons, les rôles changèrent; et les reîtres ne soutinrent plus le choc de la gendarmerie de France (Bataille de Moncontour).
Les arquebusiers à cheval des guerres d'Italie devin-
rent, sous Henri II, les dragons du maréchal de Bris-sac. C'était de l'infanterie à cheval, armée d'épées. do demi-piques et de mousquets légers.
Elle devait se porter rapidement sur un point imprévu, prévenir l'ennemi au passage des défilés ou former la pointe d'avant-garde.
Pour ouvrir la route, elle portait des hoyaux et des pelles.
Les dragons se couvrirent de gloire à Rocroy (1643), où ils enfoncèrent les redoutables carrés de l'infanterie espagnole.
Rocroy fut le tombeau de ces nairis basanés, armés de lapertuisane, de l'épée, du poignard et du mousquet, qui, depuis Gonsalve de Cordoue, et pendant un siècle et demi, avaient été les maîtres de la Flandre et de l'Italie.