LES PAYSANS
La route étant libre jusqu'à Paris, les Anglais allèrent jusqu'à Bourg-la-Reine *, sans rencontrer un
1 « Dans sa prévoyance de l'attaque des Anglais, le dauphin Charles avait fait brûler les villages des environs de Paris, où ils auraient pu s'établir; il en fit autant des faubourgs Saint-Germain, Saint-Marcel et Notre-Dame-des-Ghainps. Il se refusa à toutes les provocations belliqueuses d'Edouard III ; quelques tentatives d'assaut des chevaliers anglais, quelques sorties des chevaliers français, impatients de leur inac-
homme darme. Mais en revanche les paysans attaquaient les traînards et défendaient contre les maraudeurs le peu qui leur restait. Organisés en compagnies, sous le commandement du plus brave et du plus fort d'entre eux, armés de massues ou de faux, ils avaient construits des repaires fortifiés, où ils attendaient courageusement l'attaque de l'ennemi. La compagnie de Guillaume des Allouettes protégeait à elle seule les abords de Compiègne.
Un de ces humbles héros, le grand Ferré, a légué son nom à la reconnaissance populaire *.
La saison était mauvaise; il pleuvait sans relâche.
lion, n'eurent aucune suite. Au bout de huit jours, Edouard « dont l'armée ne trouvait plus rien à manger », s'éloigna de Paris par la route de Chartres, annonçant le dessein d'entrer «au bon pays de Beauce, où il se rafraîchirait tout l'été », et d'où il reviendrait, après les vendanges, remettre le siège devant Paris, pendant que ses lieutenants ravageraient toutes les provinces voisines. » (Guizot, d'après le continuateur' de Nangis.)
1 • Les Anglais ont attaqué le petit village de Longueil, occupé par les 200 paysans de Guillaume des Alouettes; ce capitaine vient d'être blessé mortellement en défendant une barricade.
« Quand le grand Ferré arriva près de son capitaine expirant, il fut pris d'une vive douleur, et il se jela furieusement au milieu de l'ennemi. On !e \oyait, dépassant tous ses compagnons de la tête, brandir sa hache; pas un de ses coups ne manquait son homme. Les casques étaient brisés, les têtes fendues, les bras coupés II tua dix-huit Anglais et en blessa trente-six. Ses compagnons faisaient merveille à son exemple, si bien que les Anglais n'en voulurent plus et tournèrent le dos. Les uns sautèrent dans le fossé plein d'eau et se noyèrent; les autres s'entassèrent aux portes, mais les traits y pleuvaient drus et serrés. La bannière anglaise était plantée au milieu de la rue. Le grand Ferré lua le porte-enseigne, arracha la bannière et ordonna à un paysan d'aller
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Le roi conquérant avait vieilli ; son armée était lasse, découragée, désappointée surtout de ne trouver rien à prendre. Une marche pénible, à travers les plaines de la Beauce, un jour de grande tempête, décida Edouard III à négocier la paix avec le dauphin.
Le traité de Brétif/mj termina,, au mois de mai 13G0, la première et la plus triste période de la guerre de Cent ans! *
la jeter dans le fossé. Celui-ci hésitait et montrait les Anglais qui étaient nombreux encore.
« Suis-moi, lui dit le grand Ferré! ».
« Il prit sa liaclie à deux mains, frappa à droite, frappa à gauche, et s'ouvrit un chemin jusqu'au fossé où il jeta la bannière.... Bien peu de ceux qui étaient venus pour prendre Longueil s'en retournèrent, grâce à Dieu et au grand Ferré, qui en tua, ce jour-là, plus de quarante! • (Traduction du texte latin du continuateur de la Chronique de Guillaume de Nangis.)
1 Mais à quel prix! On abandonnait au roi d'Angleterre le duché de Guyenne, les comtés de Poitou, d'Angoulême et de Ponthieu, et on lui payait pour la rançon du roi 3.000.000 d'écus d'or, ce qui représenterait aujourd'hui plus de 248 millions. — Les rançons j)arliculières des captifs de Poitiers s'élevaient à une somme plus considérable encore. De tout temps, les balailles perdues ont coûté bien cher à !a Fiancij !