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LES GRANDES COMPAGNIES

Les routiers et les brabançons n'avaient pas été si complètement détruits à Bouvines', que cette mauvaise graine n'eût germé parmi les malheurs de la France.

Sous les Valois, on les appelait encore les compagnies. Leurs chefs anglais, navarrais, allemands ou français, étaient de noble race et n'avaient nulle honte à transporter leurs services d'une bannière à une autre, selon qu'ils y trouvaient leur profit. Nous avons vu l'Archiprêtre gagner fort honnêtement à Poitiers l'argent du roi de France; Eustache d'Aubrécicourt et Robert Knolles servaient, au même prix, les intérêts du roi d'Angleterre.

La France payait les frais de ce brigandage, qui survivait à l'invasion, en prolongeant les souffrances du peuple.

Les compagnies appelaient la France «leur chambre»

« Paçes 243 et 2S2.

et les bandits de toutes conditions accouraient à la curée, des quatre coins de l'Europe'. Les derniers arrivés, les plus sanguinaires, s'appelaient les Tard-vemis.

La plus considérable de ces bandes, la grande compagnie, dévastait la Bourgogne. Elle comptait plus de 15.000 combattants.

Le roi Jean, au retour de sa somptueuse captivité d'Angleterre, envoya contre elle une armée de 2.000 chevaliers ou écuyers du Dauphiné et du Languedoc, outre les gens de moindre état, sous les ordres de son cousin Jacques de Bourbon (avril 1362).

« Quand les compagnies, qui se tenaient entre Chalon-sur-Saône et Tournus, apprirent que les Français se recueillaient et s'assemblaient pour les combattre, leurs capitaines se réunirent et tinrent conseil.

« Puis ils délogèrent et montèrent contre mont, par

• € La cupidité n'était pas d'ailieurs l'unique motif qui grossissait les compagnies; toutes les passions turbulentes de la vieille féodalité, comprimées depuis un siècle par les rois, se déchaînaient dans une baccliaiiale universelle. S'il y avait là de « pauvres brigands . qui ne faisaient leur métier que pour « gagner », on comptait aussi bon nombre de nobles hommes, de valeureux chevaliers, qui, sans négliger le profil de la guerre, aimaient surtout la vie d'aventure pour elle-même, surprenaient les châteaux, brûlaient les villages, comme auparavant ils donnaient de beaux coups de lance dans les tournois, « afin d'acquérir los et renom pour l'amour de leurs amies ». C'est là ce qui explique la supériorité militaire des compagnies; ces armées de bandits, il faut bien le reconnaître, étaient toutes composées de gens d'élite, et ce furent elles qui ressuscitèrent chez nous l'art delà guerre, presque inconnu des milices féodales. » (Henri Martin, Histoire de France. Tome v.)

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