‹ Les batailles d'autrefoisChapitre 142 sur 203 · G DU G L'ESC LIN · texte numérisé non relu

G DU G L'ESC LIN

Faisant brusquement volte-face, « ils retournèrent tous ensemble, aux cris répétés de :

« Notre-Dame, Guesclin ! »

« En grande volonté de recueillir les ennemis.

« Leurs bannières se dirigèrent de toutes parts vers les Navarrais, et ils les assaillirent tous à pied. »

Du Guesclin et ses Bretons s'attaquèrent aux Anglais ; les Gascons de la réserve française aux Gascons du Captai de Buch.

« Quand les Navarrais virent que les Français étaient retournés en bonne ordonnance, ils reconnurent leur faute. Cependant, comme ils étaient gens de grande entreprise, ils ne s'ébahirent de rien, mais ils eurent bonne intention de tout recouvrer par bien combattre.

« Ils se reculèrent un peu et se rallièrent ; puis les hommes d'armes ouvrirent leurs rangs, et laissèrent passer les archers, pour les faire tirer.

« Les archers se déployèrent et commencèrent à lancer leurs flèches de grande manière. Mais les chevaliers français étaient si fort armés et pavoises contre les traits que pas un ne fut blessé. Ils marchèrent aux hommes d'armes navarrais et anglais, et engagèrent l'action corps à corps, à la lance, à l'épée, à la hache. »

Tous ces vaillants étaient à pied.

« Pendant que le Captai se battait moult vaillamment d'une hache et donnait des coups si grands que nul n'osait l'approcher, les trente cavaliers désignés fendaient la presse, avec l'aide des Gascons qui leur firent

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voie; ils entouraient le Captai, l'attachaient sur un cheval et l'enlevaient au galop. Les Navarrais « qui semblaient bien forcenés », criaient encore :

« Rescousse au Captai ! Rescousse ! »

« Que leur chef était déjà en lieu sûr, sous bonne garde.

« Il y eut belle appertise d'armes autour de son pennon. Le bâtard de Mareuil se fit tuer en le défendant, mais les capitaines gascons (Pommier, Courton, de l'Estrade etd'Albret) réussirent à prendre cet étendard, à le déchirer et à le ruer par terre.

« La prise du Captai et le conquêt de son pennon, en empêchant ses gens de se rallier, décidèrent la victoire en faveur des Français.

« Ils obtinrent la place, mais il leur en coûta grandement de leurs gens. »

Charles V reçut à Reims, la veille de son sacre, la nouvelle de cette victoire. Ce ï\ii «la joyeuse étrenne de sa noble royauté ».

NOTRE-DAME, GUESCLLN !

Pendant seize ans, le cri de guerre de Gocherel rallia tous les gens de cœur, qui n'avaient pas désespéré du salut de la patrie.

Ce ne fut un cri de victoire qu'une fois sur doux, à peine, car des capitaines comme le Prince Noir ou Jean Chandos, étaient de sérieux adversaires, qui ne faisaient jamais de fautes tactiques et qui savaient ins-

pirer à leurs soldats une obéissance aveugle, une confiance absolue.

Mais le plus grand honneur de messire Bertrand fut de faire crier :

« Notre-Dame, Guesclin ! »

aux compagnies de routiers, qui dévastaient la France, de s'imposer à elles comme un chef respecté, et de les entraîner à des expéditions lointaines, qui, avec des chances diverses, assurèrent à Charles V des alliés puissants, et rendirent à la bannière de France un peu de son glorieux prestige d'autrefois.

« Du Guesclin, dit avec raison un de ses historiens ', « fut une glorieuse exception parmi tant de cham- « pions de la force brutale et irréfléchie.

« Il tira de son propre fond tout ce qu'il fit voir de « génie militaire, dans un temps où l'art de la guerre « était si négligé.

« Sans avoir lu les auteurs grecs et romains, il re- « mit en pratique les campements, les marches sa- « vantes, les dispositions réfléchies et les manœuvres. « que les capitaines français de son temps se fai- « saient gloire d'ignorer. »

La Fortune n'est fidèle qu'aux jeunes gens; aussi maltraita-t-elle ce vieux capitaine, rude et maussade, qui n'était pitoyable qu'aux pauvres et aux faibles.

' iMesnard. Histoire de du Guesclin.

AUKAY (iiisepleiubre i3G4j. 399

Auray (24 septembre 1364j.

Du Guesclin, envoyé par le roi de France au secours de Charles de Blois, le compétiteur français du duché de Bretagne, fut battu devant Auray, le 19 septembre 1364, par Jean Chandos, qui dirigeait l'armée de Jean de Montfort.

L'ordre de bataille du parti français était le même qu'à Cocherel : trois batailles et une arrière-garde, chacune de mille combattants environ, « si serrés et si joints qu'on n'y eût pas jeté une pomme, qu'elle ne fût tombée sur un bacinet ou sur une lance. »

— « Si Dieu m'assiste ! s'écria Jean Chandos, en « regardant ces dispositions, il appert aujourd'hui que « toute fleur d'hommes et de chevalerie est en face de « nous, avec grand sens et bonne ordonnance '. »

Et Chandos s'empressa d'adopter l'ordonnance de messire Bertrand.

Mais, pendant que du Guesclin n'avait à mettre en ligne que des hommes d'armes lourdement armés, ou de flers barons peu disposés à obéir à un simple capitaine, Chandos composait chacune de ses quatre divisions de 500 des hommes d'armes disciplinés de Poi-

1 Froir^sart. Liv. i, 2' partie, chap. 165 ol suiv.

tiers, et de 300 de ces terribles archers Anglais ou Gascons, si adroits et si agiles.

La réserve française était conduite par six ou sept chevaliers ardents, qui s'indignaient d'être à l'arrièregarde, et qui étaient bien résolus à se jeter du premier coup dans la mêlée.

La réserve anglaise, au contraire, avait été confiée au « sage et avisé chevalier », sir Hugh Caverly, qui sut obéir strictement à Jean Chandos.

Chandos avait dit à Caverly :

— « Vous vous tiendrez sur l'aile la plus menacée, et « vous ne vous mouvrez de votre pas, pour chose qui c< advienne, que vous ne voyez nos batailles branler ou « s'ouvrir. Alors seulement, vous vous porterez à leur « secours, pour les réconforter et les rafraîchir. Vous « ne pouvez faire aujourd'hui meilleur exploit. »

Le rôle de cette réserve anglaise est, comme nous allons le voir, l'enseignement tactique de la journée d'Auray.

On se battit avec furie, bataille contre bataille', à pied ou à cheval, avec la lance et surtout avec la hache %

* Les chevaliers de Bretagne des deux partis « placèrent l'une contre l'autre les bannières des deux seigneurs qui s'appelaient ducs ». Il avait été décidé que pour en finir avec celte longue et sanglante querelle, on mettrait à mort celui des deux prétendants qui serait pris.

2 . Cliaque homme d'armes portait son glaive (sa lance) droit de-

AURAY (2i septembre 130*). 404

qui, depuis Poitiers, était l'arme de prédilection de la chevalerie.

Olivier de Clisson, le digne émule de du Guesclin, eut l'œil crevé par la pointe d'une hache, « dont il fut féru en travers, et qui abattit la visière de son bacinet. »

Pendant que les armures de for de la réserve française s'éparpillaient dans la mêlée, «messire Hugh Caverly, qui était sur l'aile avec une belle bataille de bonne gent, courait à l'endroit où il voyait les siens branler, desclore ou s'ouvrir, afin de les raboutir et de les mettre sus par force d'armes.

« Cette ordonnance valut l'avantage aux Anglais ; car, sitôt que Caverly, après avoir remis sus les foulés, voyait une autre bataille s'ouvrir ou branler, il y courait et la réconfortait de la même manière que la précédente. »

Au centre, la bataille bretonne do du Guesclin résistait à tous les assauts. Jean Chandos dut monter à cheval, avec une grande route de ses gens, et la charger de front, pendant que Caverly l'attaquait de flanc.

« Messire Bertrand ni les siens ne purent porter ce

vantlui (fig. 79, pag. 227), retaillé à la mesure de cinq pieds, et une hache forte, dure, et bien acérée, à i)clit manche, à son côté ou à son col. Et s'en venait ainsi tout bellement au pas, chaque sire (français), au nom de Dieu et de monseigneur saint Yves! en bon arroy et entre ses gens, sa bannière ou son pcnnon devant lui, bien avisé de ce qu'il devait faire. » (Froissart, Livre i, 2' partie, chap. 188.)

faix. Après avoir donné maints pesants horions do leurs haches, fendu et effondré maint bacinet, et navré maints hommes à mort, ils furent pris à rançon.

« Là fut toute la fleur de chevalerie de Bretagne, pour le temps et pour la journée, morte ou prise, car bien peu de gens d'honneur échappèrent. »

Charles de Blois, tombé l'épée à la main, ayant été égorgé, Jean de Montfort était duc de Bretagne *.

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