‹ Les batailles d'autrefoisChapitre 149 sur 203 · ORDRE DE MARCHE DE L'ARMÉE ROYALE · texte numérisé non relu

ORDRE DE MARCHE DE L'ARMÉE ROYALE

c Or , il fut ordonné et déterminé que :

1" «. Messire Jocelyn de Hallewyn et le seigneur do Rambures mèneraient les 1.760 ouvriers, chargés d'aller devant pour aplanir les chemins, couper les haies et buissons, abattre frètes (escarpements), remplir vallées et faire le nécessaire pour ouvrir le passage :

Tête d'avant-garde.

2" c< Derrière les pionniers viendrait ïava?ît-garde, où les maréchaux de France, de Bourgogne et de Flandre auraient en leur gouvernement 1.200 hommes d'armes, 600 arbalétriers et 4.000 piétons flamands, portant pavois ou autres armures :

Gros d'avant-garde.

3° «. Le comte de Flandre et sa bataille, (où il pouvait

de Poitiers, le Bègue de Vilairn-!s, Raoul de Coucy, le comte de Convcrsanl, le vicomte d'Assy,. Raoul de Raineval, le sire de Sempy, Guillaume des Bordes, le sire de Sully, Olivier du Guesclin, Maurice de Tréséguidy, Guy de Bayeux, Nicolas Painel, les maréchaux de Bourgogne et de Flandre et Enguerrand d'Eudin.

ORDRE DE il ARGUE DE L'ARMÉE ROYALE. 433

y avoir environ 16.000 gens d'armes, chevaliers, écuyers ou gens de pied), chevaucheraient su?-" l'aile de l'avant-garde, pour la conforter s'il en était besoin :

Flanqiieurs ; deuxième colonne parallèle.

4° « La bataille du roi de France marcherait derrière l'avant-garde ; elle serait composée de 6.000 hommes d'armes et de 2.000 arbalétriers génois ou autres :

Coiys principal.

Pierre de Villiers portait l'oriflamme, escortée par 4 chevaliers, Maurice de Tréséguidy, Baudrains de la Heuze, Robert le Baveux et Guy de Saucourt. Le Borgne de Ruet portait la bannière royale ; Le Borgne de Mondoucet celle du connétable.

A V arrière-garde, 2.000 hommes d'armes et 200 arbalétriers avaient «pour chefs et gouverneurs» les comtes d'Eu, de Blois, de Saint-Pol et d'Harcourt, les seigneurs de Châtillon et de La Fère.

Le sire d'Albret, le sire de Coucy et messire Hugues de Châlons étaient chargés de « mettre les batailles en arroy, en paix et en bonne ordonnance :

Maréchaux de bataille.

« Messire Guillaume de Mamimes et le seigneur de Champ-Rémy étaient ordonnés maréchaux pour loger le roi et sa bataille :

Maréchaux de camp,

« Il iut décidé que, le jour où l'on combattrait, le roi serait à cheval et nul autre fors lui. Pour être à ses

.i34 CHARLES VI.

côtés, étaient désignés huit vaillants chevaliers, Raineval, Vilaines, Pommiers, Eudin, Assy, Guy de Bayeux, Painel et des Bordes :

Aides de camp du roi.

« Pour chevaucher devant le roi et aviser le convenant des ennemis le jour de la bataille, le connétable Clisson, l'amiral Jean de Tienne et Guillaume de Poitiers » :

Chef d'état-mojor et lieutenants généraux.

Cet ordre de marche semble avoir été dicté pour une armée moderne.

Il prouve quels progrès l'art militaire a faits en France avec du Guesclin et avec ses émules ou ses élèves, Clisson, Coucy, le Bègue de Vilaines, Jean de Vienne, Raineval, Sempy, Louis de Sancerre.

Ce sont là de grands noms que notre histoire nationale doit recueillir précieusement ; car ces capitaines sont les créateurs de la Tactique française, qui, après avoir imité l'étranger, en puisant aux sources de l'antiquité grecque et romaine, prendra, peu à peu, son essor pour servir de modèle à toute l'Europe.

De Séclin ', où le conseil avait été tenu, l'armée devait, le lundi 4 novembre, traverser Lille sans s'y arrêter et l'aire étape à l'abbaye de Marquette, pendant que l'avantgarde, précédée des pionniers, irait reconnaître les passages de la Lys entre Commines etWarneton (pag. 431).

' Entre la Marcq (la rivière de Bouvinesj et la Dculc, au sud de la position de Wattignies.

LE BAC DE COMMINES (6 novembre 4382). 43")

LE BAC DE COM-^nXES (6 novembre <382).

Pierre du Bois, qui commandait les 9.000 Flamands, chargés de défendre le passage, avait fait si bien décheviller le pont de Commines, « qu'il n'était pas en puissance d'hommes de le réparer, au cas où il serait défendu et où l'on mettrait empêchement à sa réparation. »

Quand le connétable aperçut Pierre du Bois au pied du pont, sur la chaussée très-élevée de la rive gauche, et les Flamands « tous rangés d'une part et d'autre, il fit chevaucher aucuns de ses varlets ' dessous et dessus la rivière, pour chercher un gué. »

Ces varlets revinrent, après avoir fait une lieue en amont et en aval, sans rien trouver.

Alors le connétable délibéra, avec Jocelyn de Hallewyn et le sire de Rambures, sur les moyens de rétablir le passage.

Pendant ce conseil, le sire de Sempy et quelques chevaliers ou écuyers, qui connaissaient bien le pays, improvisèrent un bac " et passèrent la Lys entre Com-

1 Ces varlets (ou gros varlets) sont les archers à cheval qui suivent chaque homme d'armes ; c'est la cavalerie légère des armures de fer, qui bat l'estrade, court en avant et sur les flancs, mais qu'on laisse en arrière quand il s'agit de conquérir < prix et honneur par fait d'armes. •

- « Sempy avait fait acharier de la ville de Lille, sur un char, un bacquet, les cordes et toute l'ordonnance pour établir le passage.

-: Ses gens enfoncèrent sur le rivage un gros planchon (pieu), et ils y

mines et Werwick, en présence du maréchal de Sancerre, que le connétable avait envoyé sur les lieux pour s'informer de l'entreprise.

Quand Clisson sut qu'elle avait réussi, et qu'il y avait déjà plus de 150 hommes d'armes sur la rive gauche de la Lys, il lit engager, par ses arbalétriers et par les gens de pieds armés de bombardes portatives^ une vive escarmouche en avant de Commines, afin de détourner l'attention de Pierre du Bois et de faciliter le périlleux passage du bac.

A mesure que les chevaliers prenaient terre sur la rive ennemie, ils s'embusquaient silencieusement dans une aunaie. Le soir, il y avait dans cette aunaie,

attachèrent une corde ; trois varlets entrèrent dans le bacquel, et allèrent attacher la corde à un second planchon, qu'ils tichèrcnt sur l'autre rive. Les varlets ramenèrent ensuite le bacquet au sire de Senipy qui y entra avec huit hommes d'armes, en disant au maréchal de Sanccrre qui trouvait l'aventure audacieuse : « Qui ne s'aventure, il n'a rien. Au « nom de Dieu et de Saint-Georges! nous passerons, et demain, avant « qu'il ne soit jour, nous ferons bon exploit sur nos ennemis ! >

« Quand ils t'ureni passés, ils se cachèrent dans un petit boqueteau d'un aulnoy, et ceux qui étaient au rivage, par une corde qu'ils avaient, retirèrent le bacquet à eux. Les autres passèrent, neuf par neuf, et de si grande presse de vouloir passer l'un avant l'autre que, si le maréchal de France n'y eût été, qui y mettait ordonnance et attremprance (modération) du passer, il y aurait eu de nombreux accidents, car on aurait chaque fois chargé le bacquet plus qu'il ne pouvait contenir. > (Froissart, liv. ii, chap. 180.)

1 « Adonc vinrent arbaleslriers et gens de pied avant; il y en avait aucuns qui, avec bombardes portatives, liraient grands carreaux empennés de fer, et les faisaient voler au delà du pont, jusqu'à la ville do Commines.

LE DAC DE COMMINES (6 novembre ^382). 437

16 bannières, 30 pennons et 400 hommes d'armes, <c toute fleur de gentillesse, sans un varlct. »

Le maréchal de Sancerre passa la Lys, à la tombée de la nuit, et forma cette troupe d'élite « sur les marais joignant la rivière, en pas et ordonnance, bannières et pennons devant, comme pour tantôt combattre.

c< Le sire de Sempy était au premier chef, et l'un des principaux gouverneurs et conduiseurs, parce qu'il connaissait le pays mieux que personne. »

Sancerre n'étant pas revenu, le connétable eut les dernières nouvelles du passage en voyant flotter, sur la rive gauche de la Lys, les bannières et les ^)ennons de ses gens.

Il avisa aussitôt au meilleur moyen de profiter de cette diversion et de secourir la poignée de braves, qui, enfoncés jusqu'à mi-jambes dans la fange du marais, supportaient gaiement les rigueurs d'une longue et pluvieuse nuit de novembre, « par les grands désirs et plaisance qu'ils avaient de conquérir le passage et honneur, car grand fait d'armes ils y voyaient.

— « Passe qui peut ! »

s'écria Clisson, et il ordonna de rétablir le pont, coûte que coûte.

• Ux se commença l'escarmouche forte et roide; et ceux de l'avant" garde montraient qu'ils passeraient s'ils [iouvaicnt.

« Les Flamands qui s'étaient paveschiés (fortifiés) du côté du pont, montraient aussi leurvisageetfaisaient très-grande défense. )- (Froissart.)

i38 CHARLES VI.

Les pionniers jetèrent les portes et les planches du faubourg de Commines sur les arches ; les hommes d'armes et les gens de pied y mirent leurs targes ou leurs pavois, pendant qu'on amenait « deux chariots de claies, qui grandement aidèrent à la besogne. »

Cependant, Pierre Du Bois avait défendu à ses Flamands de descendre de la chaussée, pour aller assaillir les 400 français du marais.

— « Ces gens d'armes, disait-il, ne sont de fer ni « d'acier; ils ont travaillé tout le jour, et ils vont « estamper (errer) toute la nuit dans ce marais; il est « impossible qu'au jour, le sommeil ne s'en empare et « ne les abatte. C'est alors que nous viendrons tout « coyment sur eux pour leur donner assaut; nous « sommes assez nombreux pour les enclore. :>

Il y eut donc trêve jusqu'au jour.

Sempy s'acquitta très-loyalement d'être c gaiite et escoiite des Flamands^ car, il était au premier chef et il allait soigneusement, tout en se tapissant^-, voir et imaginer leur convenant, pour le rapporter au maréchal de Sancerre. r>

Les Français étaient en éveil et sous les armes,

* Vingt exemples nous apprennent avec quel soin et quel zèle lo sercice des avant-postes était fait à celte époque. 2 Patrouille rampante.

LK BAC DE COMMINES (G novembre 1382). 430

quand les Flamands, conduits par Pierre du Bois, « vinrent à eux tout serrés, en un tas, marchant le petit pas, sans sonner mot. »

Au signal convenu, les 400 chevaliers et écuyers crièrent à pleine voix leur cri de guerre, ou celui de leurs seigneurs, pour tromper l'ennemi sur leur nombre:

— « Sempy ! Laval ! Sancerre ! Enghien ! Antoing ! Vertaing! Sconnevort! Salm! Hallewyn !

«se Et tous cris dont il y avait là gens d'armes. »

Ils reçurent l'attaque à la pointe de leurs longues lances. « Devant les fers tranchants et affilés de Bordeaux, les cottes de mailles flamandes ne tenaient pas plus que toile doublée. »

Pierre du Bois tomba blessé à la tête et à l'épaule ; ses gens reculèrent pour le tirer de la presse. Alors, les 400 armures de fer s'ébranlèrent à la fois, firent une trouée irrésistible au plus épais des assaillants, « ne les épargnant pas à occire et à abattre, non plus que chiens, et à bonne cause, car c'était le sort que leur réservaient les Flamands, s'ils avaient eu le dessus. »

Pendant cette lutte héroïque de 400 hommes contre 9.000, le connétable faisait rétablir le pont en toute hâte, mais, quand il put passer, les Flamands fuyaient déjà de tous côtés, après avoir mis le feu à Commines, pour retarder la poursuite.

G. 000 gens de pied, envoyés par le comte de Flandre

au secours de l'avant-garde, allèrent sur-le-champ réparer le pont de Warneton, pour que le charroi y passât plus aisément.

Page 1