PHILIPPE D'ARTEVELD
Après le brillant fait d'armes de Commines, que l'histoire a presque passé sous silence malgré l'admiration qu'il inspira aux chroniqueurs, l'armée roj'ale se concentra devant Ypres, qui lui ouvrit ses portes.
La West-Flandre était conquise : toutes les villes se rachetaient du pillage ; tous les paysans désarmaient.
A cette nouvelle, Arteveld, au lieu d'attendre les Français sous les murs d'Oudenarde, où ils n'auraient pu le rejoindre qu'à travers mille obstacles et par des chemins impraticables dans cette saison, laissa un corps d'observation devant la ville assiégée, et courut à Gand, pour y convoquer l'arrière-ban de la Flandre occidentale.
Il passa la Lys à Courtrai, le 23 novembre, avec 50.000 hommes, et il marcha au-devant de l'armée royale qui, d'Ypres, allait à Bruges par Roosebeke, dans l'ordre de marche précédemment décrit.
Le mercredi, 26 novembre, les deux armées couchèrent à moins d'une lieue l'une de l'autre, entre Roosebeke, où le roi était logé, et Roulers, sur les deux
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versants de la colline de Goudbergh (la montagne d'Or) (Fig. 120, page 431.)
« Philippe d'Arteveld avait établi son camp en une place assez forte, entre un fossé et un bosquet ', en arrière d'une haie si épaisse qu'on ne pouvait aisément venir jusqu'à lui. »
Sa troupe d'élite se composait de 9.000 Gantois ; GO archers anglais avaient la garde de sa personne.
Arteveld ofl'rit à souper aux capitaines flamands, pour leur donner ses dernières instructions.
— «La journée de demain, leur dit-il, serapour nous, « si Dieu le permet, car nous ne trouverons jamais « seigneurs qui osent nous combattre en rase cam- « pagne, et l'honneur nous sera cent ibis plus grand « que si nous avions eu le confort des Anglais. S'il-s « étaient là, ce seraient eux qui auraient la renommée, « ce ne serait pas nous.
« Avec le roi de France est toute la fleur de son « royaume ; il n'en a rien laissé derrière lui. Or, dites « à vos gens qu'on tue tout sans merci, c'est le moyen « d'avoir la paix, car je veux et je commande sur la « tète, qu'on ne fasse pas un prisonnier, si ce n'est le « roi.
« Le roi n'est qu'un entant ; il est excusable, car il « ne sait ce qu'il fait ni où on le mène ; aussi, nous le i< conduirons à Gand pour qu'il apprenne notre langue»
' Petit bois.
« et pour qu'il devienne un Flamand. Mais les ducs, « les comtes, les hommes d'armes, occiez les tous. Les « communes de France ne vous en sauront pas mau- « vais gré, car elles voudraient, je le sais, que pas « un ne remît le pied en France.
« C'est le service qu'elles attendent de nous, et que <c nous allons leur rendre. »
Pendant que les capitaines flamands buvaient, sous la tente d'Arteveld, à l'extermination des Français, ceux-ci faisaient bonne garde.
Malgré le froid, malgré la pluie, « les seigneurs dormaient, toutes les nuits, tout armés sur les champs, attendant l'attaque à toute heure. »
Chacune des trois batailles avait son guet, sa troupe de sûreté particulière.
Cette nuit-là, le guet de la bataille du Roi était fait parle comte de Flandre, avec 600 lances et 1.200 autres gens.
<- Le jeudi, deux heures avant l'aube du jour, Philippe d'Arteveld fit sonner sa trompette pour réveiller son ost.
« Tous les Flamands se levèrent et s'armèrent. Ils sortirent de leur logis, et, conduits parleurs capitaines, ils s'en vinrent en une bruyère, en dehors d'un bosquet. Devant eux, il y avait un fossé assez large et nouvellement relevé ; par derrière, grand foison de ronces, de genêts et d'autres menus bois.
« Dans ce fort lieu, ils s'ordonnèrent tout à leur aiso
LE C0NNÉTA15LI-: OLIVIEU DE CLISSON. 4i?
en une gTosse bataille drue et épaisse de 50.000 des plus forts, des plus apperts, des plus outrageux, et qui le moins accomptaient leurs vies\
« En avant, se tenaient ceux de Gand, et Philippe à leur tête. Il était à pied, mais un page maintenait près de lui un beau coursier de 500 florins, pour qu'il put le monter, si la chasse se faisait sur les Français.
« Les autres contingents se pressaient en arrière, armés de maillets, de houètes (pics), de chapeaux de fer, de hoquetons et de gants de baleine. Chaque combattant portait un plançon (pieu) à picot (pointe) de fer et à virole, avec un grand couteau à la ceinture.
« Les compagnies de chaque ville ou chastellenic avaient des parures de même couleur pour se reconnaître -.
« Chaque métier avait sa bannière.
« Les Flamands se tinrent tous cois dans cette ordonnance, en attendant le jour. »
LE COxXNÉTABLE OLlVIEll DE CLISSON.
Charles VI voulait garder auprès de lui, pendant la bataille, le connétable de Clisson que « son Pèro
1 Oui avaient fait d'avance le sacrifice de leur vie.
- Froissart nous donne une description pilloresquc de ces uniformes flamands :
« Une compagnie portait cottes mélangées de jaune et de bleu; les autres, une bande noire surune cotte rouge; les autres, chevronnées de blanc sur une cotte bleue; les autres, ondoyécs de vert et de bleu; les autres, une jambe échiquetée de blanc et de noir; les autres, écartelées
aimait et se confiait sur tous autres, » et donner au sire de Coucy le dangereux honneur de conduire l'avant-garde.
Mais Clisson revendiqua avec fermeté le droit que lui conférait sa charge de connétable.
— «Depuis quinze jours, dit-il à l'enfant roi, je n'ai « fait autre chose que de remplir mon office pour votre « honneur et celui de vos gens; j'ai indiqué à chacun « sa tâche et sa place. Si demain nous combattons, par « la grâce de Dieu, et si l'on ne me voit pas à l'avant ■ « garde, on sera surpris; on me blâmera de retirer, « au moment décisif, ma direction et les conseils « de ma vieille expérience.
« On croira que je me mets à l'abri, et que je ne « vous ai obéi que pour fuir les premiers horions.
« Je vous en prie, très-cher Sire, ne changez rien à « ce qui a été arrêté pour le meilleur, et je vous dis « que vous y aurez profit ! »
Le roi laissa faire ce fidèle serviteur ; il exigea seulement qu'il vînt à la messe royale.
« Au matin, toutes gens d'armes s'appareillèrent, tant en l'avant-garde qu'à l'arrière- garde, comme aussi en la bataille du roi, et s'armèrent de toutes pièces, hormis les bacinets.
de blanc et de rouge ; les autres, toutes bleues et un quartier de rouge ; les autre^, coupées de rouge dessus et de blanc dessous. » (Liv. ii, cliap. 193.)