DEVANT PAK
Il fallait maintenant bouter les Anglais hors de toute France.
Jeanne Darc voulut d'abord leur reprendre Paris.
Malgré la cour, malgré le roi, elle vint se poster à la Chapelle-Saint-Denis, et, le 7 septembre, elle tenta un coup de main hardi contre le boulevard Saint- Honoré.
M. Vallon, dans sa belle histoire de Jeanne Darc, a retracé de main de maître, d'après les chroniques, ce premier échec de l'héroïne.
<^ Le jour de la Nativité, les Français partirent de la Chapelle, divisés en deux corps : les uns devaient attaquer, les autres demeurer en observation pour prévenir les sorties et couvrir les assaillants.
« Alençon et Clermont, chargés du second rôle, allèrent se loger derrière une forte butte (le marché aux Pourceaux, depuis butte des Moulins ou butte Saint-Roch), d'où ils pouvaient surveiller la porte Saint-Denis.
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ce Retz, Gaucourt et la Pucelle se dirigèrent vers la porte Saint-Honoré, et, dès l'abord, ils forcèrent la barrière et enlevèrent le boulevard qui la protégeait. Comme la porte restait close et que, d'aucun côté, on ne sortait de la ville, la Pucelle, tenant à la main son étendard, se jeta avec les plus hardis, dans les fossés, sous le feu de la place. Pierriers, canons, coulevrines, étaient dirigés contre les assaillants, et un obstacle imprévu les tenait exposés à tous les coups sans qu'ils pussent arriver aux murailles.
« Ils avaient bien franchi le premier fossé, qui était à sec, et le dos d'àne ; mais, au revers, ils avaient trouvé le second fossé rempli d'eau. Jeanne, quoique surprise, ne s'en rebuta point. Tout en sommant la ville de se rendre, elle sondait du bois de sa bannière la profondeur de l'eau, et donnait ordre d'apporter des fagots qu'elle y faisait jeter pour établir un passage, quand elle fut frappée à la cuisse d'un trait d'arbalète.
« Il était tard; et cependant, Jeanne, bien qu'elle fût blessée, demeurait là.
— « Aux fagots et aux claies, tout le monde ! -> criaitelle.
c Et elle continuait de faire combler le fossé ; elle pressait les soldats de courir aux murs, leur disant que la place serait prise.
c< En effet, l'émotion était grande dans le peuple.
Dès le commencement de l'assaut, on avait vu des gens criant par la ville, que tout était perdu, que les ennemis étaient entrés dans Paris, qu'il n'y avait plus qu'à songer chacun à soi-même ; et la multitude, que les prédicateurs haranguaient dans les églises, s'enfuyait en désordre. On rentrait dans les maisons ; on fermait les portes.
« Mais, l'assaut durait depuis midi , et les capitaines, voyant les troupes lasses et Jeanne blessée, résolurent de le suspendre. Vainement elle insistait, refusant de s'éloigner ; ils rappelèrent les troupes. Quant à elle, il fallut que le duc d'Alençon, Gaucourt et d'autres, vinssent la prendre de force et la missent à cheval pour la ramener à la Chapelle. Et, sous le feu des canons qui, de la porte Saint-Denis, la poursuivaient de leurs boulets jusque par delà Saint-Lazare, elle ne cessait de protester, affirmant que la place eût été prise ! »