TACTIQUE DE LA PREMIÈRE ARMÉE PERMANENTE
Tels étaient les éléments constitutifs de la première armée permanente.
Quant à la tactique française, elle s'était perfectionnée sous l'impulsion de du Guesclin, de Richemont, de Dunois, et de tant d'autres vieux capitaines qui, en se battant tous les jours contre un ennemi prudent et expérimenté, avaient appris sa méthode et s'en servaient souvent mieux que lui.
Le camp était établi sur une hauteur; on Venclavait avec les chariots, et même on l'entourait d'un fossé,
quand on avait le temps, et que l'ennemi était proche. L'armée marchait en trois batailles.
Vavant-garde, conduite par les maréchaux, se composait de la plus grande partie des compagnies d'ordonnance.
Les archers à cheval formaient la pointe avec les arbalétriers gascons ou les aventuriers soldés.
Des coureurs, écuyers nobles, impatients de gagner leurs éperons, éclairaient la marche, reconnaissaient la position ennemie et venaient rendre compte directement aux maréchaux ou au connétable.
L'artillerie légère ( fauconneaux ou coulevrines ) , accompagnait l'avant-garde avec les gens de canon et les pionniers, taupins ou gastadours, chargés d'ouvrir la route au charroi et à la cavalerie.
Près de l'ennemi, les voitures de l'artillerie marchaient par file sur le flanc de la colonne, de manière à former un premier rempart, si l'on était attaqué à i'improviste.
Des archers et des arbalétriers accompagnaient alors le convoi d'artillerie légère pour garnir promptement les intervalles en cas de halte, pour monter sur les chariots et arrêter l'ennemi par leurs saïetles et leurs carreaux, pendant le déploiement de la gendarmerie et la mise en batterie des engins à feu.
La bataille proprement dite suivait à peu de dis-
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tance, sous le commandement direct du connétable, devant qui étaient portées l'épée de France et la bannière royale, à croix blanche.
Les plus grands seigneurs du royaume entouraient le connétable et formaient son état-major. Son escorte se composait des compagnies françaises ou écossaises de la garde du Roi, quand elles étaient à l'armée.
L'infanterie, suivait par compagnies provinciales, sous la direction du grand maître des arbalétriers.
Ces compagnies se composaient de gens de trait ou de bideaux (piquiers), armés de fauchards, de vouges et de guisarmes.
Derrière la bataille, la grosse artillerie, les bagages, le convoi de vivres.
Une ou plusieurs compagnies d'ordonnance escortaient le gros convoi et formaient V arrière-garde.
Pour se ranger en bataille, la gendarmerie de l'avant-garde se déployait en haie sur deux lignes, sous la protection de ses archers à cheval, des gens de pied et de l'artillerie légère.
Les écuyers se plaçaient derrière les hommes d'armes, et les coutiliers se tenaient, îx peu do distance, prêts à obéir au moindre signe. Ils devaient relever leurs maîtres blessés, leur donner des chevaux de rechange, ramasser leurs armes, ou bien achever l'ennemi blessé, entourer et désarmer les prisonniers.
Si la gendarmerie se portait en avant, les chevaliers
marchaient sur la même ligne, couchaient les lances en même temps pour charger, et partaient ou s'arrêtaient au signal du capitaine.
Il était recommandé de ne pas prendre trop longue carrière, afin de ne pas mettre hors d'haleine les destriers pesamment chargés.
La grosse artillerie à feu (bombardes, canons, ribeaudequins), ou balistique (caables, balistes, perrières), était disposée devant le front de l'infanterie du corps de bataille.
Celle-ci était distribuée par petits bataillons carrés, échelonnés en échiquier, pour mieux résister à la cavalerie.
Ces carrés présentaient quatre rangs de fauchards, de vouges et de guisarmes ; au centre, les arbalétriers et les archers venaient, après V escarmouche, se rallier derrière les piquiers, quand ils étaient trop pressés par la ^Valérie ennemie.
Le convoi était placé en arrière de la ligne de bataille, au point le mieux abrité. Son escorte de gendarmerie formait le plus souvent la seule réserve de l'armée.