LA REVANCHE FRANÇAISE (U49-14S
En quatre ans, cette première armée monarchique *
^ • La France allait ressaisir, par la discipline, la supériorité que lui avaient enlevée l'anarchie des milices féodales et les premiers progrès
LA REVANXnE FRANÇAISE (^149-i453). 631
reprit, une à une, aux Anglais, toutes les villes de la Normandie et de l'Aquitaine.
En 1450, elle battit Thomas Kyriel à Formigny, et elle tua à Castillon, en 1453, le vieux Talbot, V Achille d'ouire mer.
L'esquisse rapide de la délivrance du territoire et le récit de ces deux batailles heureuses nous reposeront de la longue série de défaillances, de deuils et de défaites que nous parcourons depuis Crécy.
Au mois de mars 1459, un capitaine ang-lais aj^ant, en pleine trêve, donné l'assaut à Fougères, quatre armées françaises attaquèrent à la fois les possessions anglaises.
Dunois, « lieutenant général du Roi pour le fait de guerre, » envahit la haute Normandie, pendant que Charles VII entrait lui-même dans le Vexin, avec une réserve de 200 lances d'élite.
Le connétable de Richement conduisit le contingent breton dans le Cotentin ; le duc d'Alençon entra dans le Perche, et le comte de Foix en Gascogne.
des Anglais dans l'art de la guerre. Ces progrès étaient dëpassds d'un seul élan ; jadis la France avait enianté la chevalerie ; c'était encore la France qui enfantait le système militaire moderne, destiné à remplacer la chevalerie.
« L'introduction générale des armées régulières, renouvelées de l'empire romam par la France, et bientôt imitée par le reste de l'Europe, devait coïncider avec le développement des gouvernements monarchiques. » (Henri Martin. Histoire de France, tome vi, page, 421).
La plupart des villes répondirent avec empressement aux lettres royales, qui les pressaient de secouer le joug de l'étranger.
Malgré le régent Sommerset, malgré Talbot, les garnisons anglaises furent chassées presque partout, et les villes ouvrirent joyeusement leurs portes aux troupes françaises, qui, bien pourvues, régulièrement soldées*, observaient une sévère discipline. .
Le 10 novembre, Charles VII fît son entrée triomphale dans cette ville de Rouen, où 18 ans auparavant il avait laissé brûler Jeanne Darc.
CAMPAGNE DE 1 ioO.
L'Angleterre essaya d'entraver cette rapide revanche des armes françaises.
Au printemps de 1450, sir Thomas Kyriel débarqua à Cherbourg avec des renforts, qui portèrent à 6.000 hommes l'armée anglaise de Normandie. Il reprit Valognes, franchit l'embouchure de la Vire, aux gués de Saint-Clément % et se dirigea vers Bayeux.
1 Grâce au patriotisme de Jacques Cœur, l'argentier du Roi, qui avait avancé 200.000 écus d'or « pour la recouvrancc de la Normandie. »
2 C'est le passage connu sous le nom du Grand Vey, qui, de l'embouchure de la Taute, conduit à celle de la Vire, à travers la passe de Carantan, les bancs de la Ravine et de Féraiilon, après un parcours de plus de 7 kilomètres.
CAMPAGINI-: Dt: MoO 533
Le comte de Clermont' le suivait à la tète de 5 ou 600 lances des compagnies d'ordonnance, pendant que le connétable de Richement partait de Saint-Lô avec 1.300 bretons, pour barrer aux Anglais la route de Bayeux.
Kyriel trouva à Formigny^ une bonne position défensive et l'occupa.
Clermont la fit attaquer sans attendre le connétable; mais celui-ci, guidé par le bruit de deux petites coulevrines françaises, intervint assez à temps pour ressaisir la victoire, que les Anglais croyaient déjà avoir gagnée \
Voici le récit de Jean Cliarticr * :
Geoffroy de Couvrans et Joacliim Rouault, qui conduisaient les coureurs du comte de Clermont, chevauchèrent tant à la poursuite des Anglais, qu'ils trouvèrent leur piste.
« Alors, bien qu'ils eussent peu de gens avec eux, ces preux et hardis chevaliers allèrent vaillamment férir sur l'arrière-garde, en laquelle ils tuèrent et mutilèrent plusieurs Anglais. Puis, ils se retirèrent pour prévenir le comte de Clermont, qui n'était pas très-loin derrière eux.
■i II avait une commission de « lieutenant du roi pour la poursuite des Anglais. >
2 Entre Bayeux et Isigny.
5 Le connétable de Richcmont est ainsi le premier général qui ait marché au canon,
* Chronique de Charles VII.
« Celui-ci , accompagné du comte de Castres, de Brézé, sénéchal de Poitou, de Retz, amiral de France, des seigneurs de Montgascon, de Mauny et de Mouy, fit grande diligence et grandement son devoir de courir après les Anglais.
Il les poursuivit tant qu'il les atteignit auprès du village de Formigny, situé entre Carentan et Bayeux.
Bataille de Formigny (16 avril 1450).
« Quand les Anglais aperçurent les Français venant ainsi à eux, ils se mirent en bataille, et mandèrent diligemment quérir un de leurs capitaines, nommé Mathago ', croyant faire merveille. Ce Mathago les avait quittés le matin même pour s'en aller à Bayeux ; mais, sur ce mandement, il retourna aussitôt à l'aide de ses compagnons.
« Les Anglais et les Français furent les uns devant les autres, pendant trois heures au moins, toujours s'occupant en escarmouches.
« Pendant quoi, les Anglais faisaient, par le moyen de leurs dagues et épées, de grands trous et fossés en terre * devant eux, afin que ceux qui les assauldraient vinssent tomber dedans avec leurs chevaux.
« Les Anglais s'étaient mis fort à leur avantage, car ils avaient laissé derrière leurs dos grand'quantité de
' Sir Mathieu Gough.
2 Remarquons ce nouvel emploi, par les Anglais, de la fortification improvisée, qui nous rappelle les travaux d'Ambriorix (page 180).
BATAILLE DE l'ORMIGNY (1G avnH450), MS
jardinages, pleins de pommiers, poiriers et autres arbres, afin qu'on ne les pût surprendre par derrière.
Echelle de
i* SOO UOO €00 600 VMO
Fig. i34.
« A environ un trait d'arc derrière eux, ils avaient une petite rivière*, et, entre deux encore, d'autres jardinages pleins d'arbres ; le tout afin qu'on ne les pût attaquer à dos.
« Comme le comte de Clermont avait peu de gens • VAure inférieure, qui se jct[e directement dans la baie d'Isigny.
avec lui au reg"ard de ses adversaires, il avait, des le J4 avril, envoyé hastivement à Saint-Lô, devers le comte de Richemont, connétable de France, afln qu'il vînt à son secours, lui mandant : « qu'autrement lui et « ses gens étaient bien taillés et en péril d'avoir fort à « faire, attendu que les Anglais excédaient les Français « par le grand nombre de leurs gens de guerre. »
« En recevant cette nouvelle, le connétable était parti bien hastivement, le mercredi quinzième jour d'avril, environ sur les trois heures du matin, et il avait chevauché diligemment pour courir la besogne (bien qu'il arrivât tout droit de Bretagne), jusques en un lieu nommé Trévières*.
« Il avait en sa compagnie Jacques de Luxembourg, le comte de Laval, le maréchal de Lohéac, le maréchal de Bretagne, les sires d'Orval, de Saint-Sever et de Boussac, avec 200 ou 240 lances et 800 archers.
« Le mercredi, il avait couché à Trévières, et le lendemain matin, il avait chevauché très-diligemment, bien qu'il sût que les Anglais avaient déjà passé la Vire aux gués de Saint-Clément.
« Le connétable vint jusques à un moulin à vent, audessus de Formigny. Là, en voyant les Anglais, il fit mettre tous ses gens en bataille.
« Or, avant son arrivée, l.SOO archers d'ordonnance du comte de Clermont (.4), ayant mis pied à terre pour
* Sur VAiire, au sud de Formiqnv.
DAT.MLLE DE l-OUiîlGNY («G avril liiiO). 637
attaquer la position ennemie, avaient été reboutés bien âprement par les Anglais {a a'), qui ensuite avaient gagné quelques coulevrines (c) sur les Français.
« Aussitôt le connétable fit marcher Gilles de Saint- Simon, Anceau Gaudin et le bâtard de la Trémoille, vaillants chevaliers en armes, à la tête de 800 archers d'ordonnance, droit à un pont qui là était.
« A la vue du connétable, Mathago (il/), avec plus de \ .000 cavaliers anglais, s'enfuit vers Bayeux, pour se conformer à cet adage vulgaire, que mieux vaut une bonne fuite qu'une mauvaise attente.
« Ce que voyant, sir Thomas KjTiel se retira avec le corps de sa bataille, pour gagner le ruisseau et le village de Formigny.
« Au bout du pont, une partie des archers du connétable {FF') mit pied à terre pour attaquer l'aile gauche de la bataille anglaise. Plusieurs anglais furent là tués ou pris, et ceux de cette aile furent défaits et battus.
« Alors le connétable passa le ruisseau avec le demeurant de ses gens, et il se joignit au comte de Clermont, après que l'aile gauche des Anglais eut été déconfite.
« Puis, incontinent, Brézé, sénéchal de Normandie, vint demander congé au connétable de faire descendre son enseigne vers l'aile droite; ce que le connétable lui accorda.
« Lors, cet octroi et congé étant donnés au se-
î)38 LA DÉLIVRA^CE DU TERRITOIRE.
neschal, lui et sa compagnie chargèrent furieusement contre les Anglais, et tellement s'y comportèrent, que les Anglais de cette aile furent tous tués et déconfits.
« Bientôt après, marchèrent la compagnie du connétable et ses gens, en belle ordonnance, jusqu'auprès du village où ils passèrent la petite rivière sur le pont du grand chemin,
« Les Anglais entrèrent alors en grand doute et crainte, si bien qu'ils laissèrent et abandonnèrent le champ, et se reculèrent vers la rivière, sur le grand chemin, où ils furent derechef assaillis par toutes les compagnies des Français.
« Là, il fut vaillamment combattu de part et d'autre. Mais, bien que les Français ne fussent, en tout, par le rapport des hérauts, que 3.000 combattants, et les Anglais de 6 à 7.000, néanmoins, par la grâce et miséricorde du souverain Dieu des armées, les Anglais furent enfin totalement déconfits.
« Au rapport des hérauts, des prêtres et des bonnes gens, qui là étaient, il y eut de tués sur le champ et d'enterrés en la place, dans quatorze fossés, 3.774 Anglais.
« Thomas Kyriel fut fait prisonnier avec 12 ou 1.400 des siens. »
La victoire de Formigny assura la délivrance de la Normandie.
Sommerset rendit Caen le V' juillet, à l'armée commandée par le roi en personne'.
' Un intéressant mémoire du lieutenant Crct, officier d'ordonnance
LA GUEllRE EN GUYENNE. .'539
Jean Bureau avait mis en batterie, devant la ville, « tant de grosses bombardes, de gros canons, de veuglaires, de serpentines, de crapaudines , de ribaudequinset de coulevrines, qu'il n'était mémoire d'homme, que jamais on ait vu à roi chrétien si grosse artillerie, si bien garnie de poudre, de manteaux et de toutes autres choses pour approcher et prendre châteaux et villes, ni si grant'foison de charrois pour les mener, ni tant de manouvriers pour servir cette artillerie' ».
Cherbourg, le dernier refuge des Anglais en Normandie, fut évacué le 22 août\
En 14S1, après une courte campagne, Dunois, Bureau et Saintrailles avaient conquis toute la Guyenne anglaise, y compris Bordeaux et Bayonne.
Mais, les mesures impolitiques prises par Charles VII dans cette province y fermentèrent la révolte. Bor-
du général Jeanningros, a fort bien résumé l'histoire militaire deCaen et des sièges que la ville et son château ont eu h soutenir.
Nous y avons appris entre autres détails curieux que * les défenseurs, pour éventer les mines de l'assiégeant, plaçaient sur leurs remparts des vases remplis d'eau, qui révélaient, i)ar le tremblement du liquide, le travail souterrain de l'adversaire. »
Pendant le siège de 4450 les gros canons, servis par les compagnies bourgeoises de Rouen, étaient d'un calibre si monstrueux qu'un homme pouvait entrer dans l'àme et s'y asseoir. Charles VII défendit qu'on les dirigeât sur la ville, à cause des ravages qu'ils auraient produits.
1 Gilles Bouvier. Histoire de Charles VII (attribuée à Alain Charlier).
2 Giraud, maître canonnicr, (|ui dirigeait l'artillerie française devant
deaux rappela les Anglais et ouvrit ses portes à lord Talbot, qui, avec l'aide de quelques barons rebelles, reprit plusieurs places importantes (1452).
Une seule bataille eut raison de la rébellion et de ce retour éphémère de la domination anglaise.
C'est encore Jean Cliartier qui nous racontera cette victoire.
« L'an 1453, le treizième jour de juillet, fut mis le siège par les Français devant le chastel de Castillon assis sur la rivière de Dordogne, en Périgord, occupé et tenu par les Anglais.
« Le roi avait envoyé à ce siège les deux maréchaux de France, Lohéac et Jallongne, le sire de Bueil, amiral de France, Loys de Beaumont, sénéchal de Poitou, le comte de Penthièvre, maître Jehan Bureau, trésorier de France, et plusieurs autres grands seigneurs, barons, chevaliers et écuyers, avec grande compagnie de gens de guerre, jusques au nombre de 16 à 1.800 hommes d'armes avec leurs archers.
« Là était aussi la grosse et menue artillerie du roi, dont avaient la charge maître Jehan Bureau et son frère Gaspard.
Cherbourg, disposa une batterie de bombardes en un point liès-favorable de la grève, que la marée recouvrait deux fois par jour. Au moment du flux, les canonniers enveloppaient les pièces avec des peaux graissées; ils rouvraient le feu quand la mer se retirait.
15ATA1LLK DE CASTILLOX (17 juillet l'i53). 541
« Ils avaient en leur compagnie 700 maiioiivriers qui, par l'ordonnance dudit trésorier de France et de son frère, firent hastivement bien clore un champ de fossés ; dans ce parc, était enfermée toute l'artillerie.
« Le siège fut donc mis devant Castillon.
« La chose étant venue à la connaissance du sire de Talbot, celui-ci partit incontinent et en grand'hâte de Bordeaux, accompagné de 800 à 1.000 cavaliers anglais.
« Il avait avec lui son flls lord Lisle, le sire de Molins et plusieurs des plus vaillants du royaume d'Angleterre ou du pays de Bordelais, tant seigneurs, chevaliers qu'écuyers.
« Derrière lui, venaient de 4 à 5.000 Anglais à pied.
« Talbot et sa compagnie arrivèrent devant l'armée de siège, le mercredi, dix-septième jour de juillet, au point du jour.
Bataille de Castillon (17 juillet U53),
« Quand les Français surent la venue de Talbot, ils rentrèrent tous dans leur camp, qui était bien fermé de fossés, comme il a été dit.
« Talbot trouva cependant sur son chemin aucuns francs-archers français, qui ne s'étaient pas encore réfugiés dans le camp retranché, parce que, étant à pied, ils n'avaient pas pu assez diligemment le gagner.
« Les Anglais frappèrent fort et ferme sur ces francs-archers, et en tuèrent de 100 à 140. »
« Cependant, les Français arrivèrent dans leur camp et se mirent de toute part en bonne ordonnance.
« Leurs canonniers assortirent levrs bombardes, coulevrines et ribaudequins sur les fossés, devant l'avenue, en face des Anglais.
« Sur ces entrefaites, la garnison de Castillon trouva moyen de demander à Talbot de s'avancer légèrement et promptement, parce que les Français s'enfuyaient.
« Mais Talbot fut fort ébahi, quand de ses yeux il vit les belles fortifications qu'avaient faites les Français, leurs fossés, leur artillerie, leur parc, et surtout leur bonne et ferme résolution de défendre tout cela.
« Cependant, Talbot et sa compagnie arrivèrent droit à la barrière, croyant forcer d'emblée l'entrée du parc.
« Ils y trouvèrent belle frontière de vaillantes gens, bien experts au fait de la guerre, lesquels firent bon visage et hardi, et accueillirent bien vertement et comme il faut ces Anglais, et très-hardiment les repoussèrent et les firent reculer ; ce qui les étonna d'autant plus, que la garnison leur avait mandé tout le contraire.
« En cette journée, Talbot était monté sur une petite haquenée, dont il ne descendit point pour se mettre à pied, parce qu'il était fort ancien homme, déjà vieil et
nATAILLIÎ Dr: CASTILLON (17 juillol i/io3j. ."iia
usé. Mais, il fit mettre pied à terre à tous ceux <le sa compagnie qui étaient venus à cheval.
« Quand ces Anglais arrivèrent, ils avaient huit bannières déployées, tant du roi d'Angleterre que de Saint-Georges, de la Trinité et de Talbot, avec plusieurs étendards sciemment et msdicieusemeni pourpeîisés et inventés, chargés d'inscriptions et de devises injurieuses, au mépris et dédain des bons Français, qui soutenaient fidèlement le parti de leur roi légitime.
« Alors, commença grand et terrible assaut, où se passèrent de grandes vaillances de part et d'autre ; où il fut merveilleusement combattu, main à main, à coups de haches, de guisarmes, de lances et de traits, moult vaillamment.
« Ce chaplis dura l'espace d'une grosse heure; car les Anglais y revenaient toujours avec grande ardeur, et aussi les Français ne s'épargnaient pas à les bien recevoir.
« Cependant, les défenseurs de la barrière avaient tant travaillé à sa garde et conservation et à résister à l'ennemi, qu'ils n'en pouvaient plus, bien que les Anglais fussent très-forts matés.
« Ils firent demander des secours aux sires de Montauban et de la Hunaudaye, qui gouvernaient et conduisaient les gens que le duc de Bretagne avait envoyés au roi.
c< Ces troupes auxiliaires, de grand et noble cou-
544 LA DÉL1VRA^'CE DU TRRRITOIRK.
rage, tout d'abord et incontinent qu'elles furent arrivées, firent tant, avec l'aide de Dieu et par leur prouesse, que les Anglais tournèrent enfin le dos, et qu'ils furent mis en fuite et défaits.
« Lors, toutes leurs bannières furent abattues et renversées par les Bretons, qui en sont demeurés bien dignes de recommandation.
« On entendait alors dans le camp, une si terrible tempête et une telle cliqueterie de coulevrines et de ribaudequins, que c'était une merveilleuse chose à ouïr.
« Il fut cette fois tellement besogné sur les Anglais, qu'à la fin ils furent contraints de s'enfuir, comme il vient d'être dit. Toutes leurs bannières furent ruées jus, et là demeurèrent plusieurs morts sur la place. Spécialement, la haquenée de Talbot fut tuée d'un coup de coulevrine ; en tombant, elle renversa son maître, qui fut incontinent tué par quelques archers.
« Ainsi fut la fin de ce fameux et renommé chef anglais, qui depuis si longtemps passait pour l'un des fléaux le plus reformidable et l'un des plus jurés ennemis de la France, dont il avait été l'effroi et la terreur.
« Dans ce mémorable et signalé combat, furent tués le fils de Talbot, lord Lisle, messire Hedouel Houl, le chevalier Thomas Auringham, le seigneur gascon de Puiguilhem, avec trente chevaliers des plus vaillants du royaume d'Angleterre.
« Les Français qui avaient combattu à pied étaient
FIN Dl- LA GLRRRK DK CF.M ANS. 545
si forts lassés, travaillés et hors d'haleine, qu'ils ne purent pas poursuivre.
« Le plus grand nombre des Anglais se réfugia dans Castillon. Le reste s'enfuit à l'aventure ; quelques-uns se jetèrent dans la Dordogne et se noyèrent.
« Ceux qui fuyaient à travers champs furent chassés par le comte de Penthièvre, par le bailly de Touraine et par plusieurs autres barons, qui poursuivirent ces fuyards jusqu'à Saint-Émilion.
« Près de 500 Anglais furent enterrés sur place ; un plus grand nombre se noya. »